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Aliens, Predators et jeux vidéo
Ces deux monstres sacrés (c'est le cas de le dire) ont une histoire commune assez passionnante. Cet article en retrace l'historique et s'attarde sur une borne d'arcade signée Capcom, Alien vs Predator, qui n'a pas eu le succès qu'elle méritait.
Par Thezis (11 décembre 2006)

Créer une licence populaire auprès du grand public demeure l'espoir secret de toutes les sociétés productrices de "biens culturels". Lorsque celles-ci manquent d'imagination, elles mélangent deux licences connues pour en créer une troisième, soit un cross-over entre deux univers a priori différents. Si cette technique engendre la plupart du temps des collaborations courtes, rarement plus d'un épisode pour les séries télé par exemple, il en va tout autrement du croisement des deux bébêtes les plus rentables de la 20th Century Fox (outre le zoo de Star Wars et l'affreux gamin deHome Alone) : l'Alien et le Predator.

Pre-scriptum (je vous assure que ce mot existe !) : Initié par la pratique d'Alien versus Predator de Capcom, cet article doit beaucoup au concours MAME organisé sur Grospixels et à ses contributeurs. Je tiens particulier à remercier Lyle, Sodom, J et goycoechea qui ont beaucoup apporté à cet article ainsi que Kaede pour nos parties en multijoueurs. Leurs citations sont indiquées en italique et l'auteur est mentionné en gras.

Second pre-scriptum (septembre 2007) : Cet article dédié au départ à Alien versus Predator a finalement tellement grossi qu'il devient aujourd'hui un dossier consacré à tous les jeux portant sur ces deux licences. J'ai profité de cette nouvelle version pour intégrer certains commentaires parus sur le topic dédié. Je remercie donc SupaPictave, Lyle (à nouveau), Simbabbad et Xuenilom. Cette nouvelle version est surtout due à Laurent en ce qu'il préféra mettre mon premier article sous la bannière « Alien, Predator : les jeux ». Et une bannière pareille, ça se mérite. Donc, un an après sa première parution, le contenu de ce dossier est enfin en adéquation avec son titre.

Ce dossier se divise en trois parties :
1) Les univers d'Alien et de Predator
2) Les jeux fondés sur l'Alien et sur le Predator
3) Les jeux Alien(s) versus Predator

A l'origine

Deux dessins préparatoires de Giger et Moebius.

Tout commence en 1975 avec l'adaptation cinématographique de Dune, l'incontournable chef-d'œuvre littéraire de Frank Herbert que vous devez lire (message subtilement subliminal mais c'est pour la bonne cause) et qui inspira les excellents jeux vidéo Dune et DuneII. Dirigé par Alejandro Jodorowsky, aussi connu comme talentueux scénariste de bandes dessinées, le projet croule sous son gigantisme en 1977. Il doit finalement stopper, faute de moyens, malgré les 3000 dessins préparatoires déjà réalisés par Hans Ruedi Giger, Moebius, Salvador Dali, Chris Foss... ainsi que la collaboration du groupe Pink Floyd et du scénariste Dan O'Bannon. Vous pouvez consulter l'excellent site Dune - Behind The Scene pour en savoir plus sur ce projet.

Deux peintures de Giger pour Alien.

L'immense travail fourni n'est pas perdu pour autant. Outre une réutilisation d'une partie de ce matériel pour le Dune que réalisera finalement David Lynch dix ans plus tard, l'équipe du projet avorté se rassemble autour du nouveau scénario de Dan O'Bannon : Alien. Réalisé par Ridley Scott en 1979, le film incarne une incontestable réussite artistique et rencontre un succès public considérable en plus d'accessoirement figurer parmi mes films préférés. Fondé sur une peur diffuse et une ambiance qui s'installe progressivement par touches successives, ce premier Alien n'a pas pris une ride 30 ans plus tard et demeure aussi prenant à regarder. Les personnages sont toujours aussi bien campés et l'on se sent tout de suite impliqué émotionnellement dans leur destin. Les effets spéciaux, peu spectaculaires, ont aussi bien passé le cap des années là où beaucoup d'anciens et récents films de science-fiction paraissent désuets. Une des raisons de cette longévité découle d'une esthétique qui refuse le tape-à-l'oeil ou le propret pour une charte visuelle inspirée par un univers industriel poisseux et usagé. Cette esthétique graphique se retrouve, avant l'arrivée de l'Alien, dans les rapports entre les personnages, banals et quotidiens. Le résultat se situe à l'opposé des Star Trek ou des Star Wars et ouvre de nouvelles perspectives pour la science-fiction. Si une telle réussite découle de la somme de talents réunie pour l'occasion, un mérite tout particulier revient au Suisse Hans Rudi Giger. Designer de la créature, il a combiné chair, métal, symboles sexuels et ossements humains pour créer un monstre nouveau qui semble surgir des pires cauchemars (toute la théorie freudienne chère aux surréalistes comme Giger, élève de Dali, semble y être rassemblée). Aussi fascinant que repoussant, l'Alien est recouvert de références à l'anatomie humaine et pourtant aussi diffère autant de l'humanité que le pourrait une autre espèce.

Le film rencontre un énorme succès qui, Hollywood oblige, engendre plusieurs suites, très différentes les unes des autres. En 1986, James Cameron, déjà responsable d'une autre franchise sf à succès avec Terminator, prend en main cette suite et lui insuffle un cachet très personnel. Aliens, le « s » du titre est on ne peut plus éloquent : du film d'horreur diffus jouant sur le hors-champ et la suggestion la série bascule dans le film d'action radical où une compagnie de marines fait face à des centaines d'aliens. La différence ne plaît pas à certains fans mais le succès conséquent rassure la production dans son choix audacieux. La franchise Alien est dorénavant identifiée autant au film d'horreur qu'au film d'action.

Sorti six ans plus tard, Alien 3 a souffert le martyre avant de voir le jour. Pressé de sortir une suite, la Twentieth Century Fox lance la production alors que le scénario, qui a déjà connu de nombreuses versions (certains sites en recensent six complètes), n'est pas achevé. Poursuivant sa volonté de différencier les films les uns des autres, le studio engage David Fincher, un jeune réalisateur issu de la publicité, dont il s'agit du premier long-métrage. Celui-ci amène un univers visuel sombre et pessimiste, radical et très personnel pour une production de cette ampleur. Surtout que le tournage se révèle un enfer en raison des changements permanents dans le script, de l'abandon de coûteux décors, du changement de chef-opérateur, des conflits entre le studio et Fincher (qui désavouera le film), des problèmes avec la coiffure de Sigourney Weaver, du retournage de certaines scènes en raison des projections-test catastrophiques... Au final, le budget explosa de 45 millions $ à plus de 65. La version projetée en juillet 1992 est amputée d'une demi-heure mais rencontre malgré cela un succès équivalent aux opus précédents. Le film regorge d'idées mais peine à proposer un univers cohérent et une tension constante. Il faudra attendre 2003 pour qu'apparaisse une version longue, sur laquelle David Fincher refusa de travailler, plus aboutie mais toujours marquée par son développement chaotique. Traversé de nombreuses fulgurances graphiques, Alien 3 est, à la manière de Marnie (Alfred Hitchcock, 1964), un « film malade », rempli de qualités mais inabouti.

Simbabbad : Le seul qui vaut la peine en dehors du premier, c'est le troisième. Cette vision de montrer l'Alien comme l'ange de l'apocalypse, purificateur de péchés (tous les habitants de la planète sont des pécheurs, et Clemens meurt pile au moment où il se confesse à Ripley - elle étant innocente, l'Alien ne lui fait pas de mal), au point que l'un des prisonniers (celui qui devient fou) le libère car il le voit comme un guide spirituel (dans la version non coupée) - cette vision, donc, est géniale et rend honneur à la fois au premier film et au travail de Giger, tout en faisant quelque chose de très différent. Il faut noter aussi que Ripley est une sorte de vierge Marie dans ce film (elle porte un enfant sans avoir eu de rapport sexuel, un enfant qui devra sauver le monde de ses péchés), film qui est d'un nihilisme désespéré et absolu (NDT : On peut même voir la naissance de l'Alien sorti du boeuf comme une référence à l'animal présent dans la crèche de la Nativité). La scène de la crémation de Newt et Hicks coupée avec la naissance de l'Alien est également très symbolique et grandiose.

Cinq années plus tard, Alien 4 : Resurrection voit le jour de manière plus apaisée. Mais le résultat ne s'en trouve pas pour autant meilleur, loin de là. Confié au réalisateur Jean-Pierre Jeunet, déjà créateur d'un univers original et décalé avec son comparse Marc Caro, ce quatrième épisode aborde des thèmes passionnants (les manipulations génétiques, le lien physique entre Ripley et l'Alien...). Baignant dans des images originales et charnelles, ce film semble tout posséder pour convaincre. Hélas, le film de Jeunet est grotesque, dans tous les sens du terme. Graphiquement plus rococos que baroques, les idées visuelles sont toutes ridiculisées par une laideur infantile et plombées par un permanent humour balourd. Quant aux thèmes, ils sont abordés par-dessus la jambe, prétexte à des créatures plus ridicules les unes que les autres. Une énorme déception (n'hésitez pas à poster un avis contraire sur le topic dédié, ça ne peut être qu'intéressant).

L'angoisse version Schwarzenegger, la première version du Predator (merci dvdrama), et une affiche de Predator 2.

Les monstres font donc des entrées et la 20th Century Fox, détentrice des droits de la licence Alien, l'a bien compris. La Major décide donc de créer un nouvel extra-terrestre agressif. Mais plutôt que de viser le film d'angoisse et une réalisation suggérant l'horreur comme le fit Ridley Scott, cette nouvelle franchise marche sur les pas d'Aliens et du film d'action typiquement '80. Predator sort en 1987, il est réalisé par John McTiernan et met en vedette la super-star du genre, Arnold Schwarzenegger. Pétaradant et frontal, le film se permet une certaine subtilité dans la découverte progressive du monstre jusqu'au duel final, laissant le spectateur dans le flou quant aux motivations du Predator. Excellent film pop-corn, Predator incarne à merveille les qualités des films d'action des années 80 : bourrin au possible, il distille un plaisir direct et primaire (même si la dernière demi-heure quasiment muette vaut son pesant de cacahuètes cinématographiques). Une suite mélangeant le film d'action et le policier est réalisée trois ans plus tard par Stephen Hopkins. D'une qualité pour le moins mitigée, ce nouvel opus possède au moins le mérite de développer l'univers des Predators, sortes de chasseurs cherchant des proies de planète en planète.

Jika : Par contre, je trouve que le Predator est une créature parfaite. J'adore complètement le film de McTiernan et je trouve que ce film est un des meilleurs films d'action jamais faits. C'est d'ailleurs mon seul reproche vis-à-vis de l'article de Thezis : c'est pas joli joli de dénigrer Predator sous prétexte qu'on aime pas monsieur ! La créature Predator, cet aspect chasseur ultime mais respectant l'art de la chasse, je trouve ça brillant. Le Predator ne tue pas pour manger, il tue par sport, par plaisir. C'est mine de rien assez nouveau et peu de créatures imaginaires mettent ça en avant. Voila pourquoi le film AvP, même si c'est une vieille bouse, a au moins ce mérite : il montre vraiment ce que sont les Predators. Des chasseurs sportifs de l'extrême.

La création de la licence Alien versus Predator

Le logo de la compagnie et un exemple du travail de Mignola.

Si les deux licences rencontrent séparément un grand succès au cinéma, leur réunion va pourtant avoir lieu dans un autre média : la bande dessinée. Créée en 1986, la nouvelle maison d'édition Dark Horse Comics lance une triple politique fondée sur la publication d'auteurs en devenir ou confirmés auxquels est accordée une grande liberté (Mike Mignola, Frank Miller, Neil Gaiman, Chris Claremont, Dave Gibbons, Geoff Darrow, ...), la commercialisation de produits dérivés (statuettes, t-shirts, mugs, jeux vidéo, ...) ainsi que sur le développement de licences, essentiellement cinématographiques (Star Wars, Alien, Predator, King Kong, Scarface, ...).

Le premier numéro d'Aliens versus Predator - Trop de versus tue le versus ?

Très vite, la maison d'édition est couverte de récompenses et rencontre un succès énorme avec ses deux licences-phare : Alien et Predator. Pas besoin d'être devin pour apercevoir le bon plan qui se profile. Aliens versus Predator, scénarisé par Randy Stradley et dessiné par Phill Norwood et Chris Warner, est donc publié entre novembre 1989 et décembre 1990. Il est notable de constater que l'idée d'opposer les deux créatures émane bien de Dark Horse et non du plan furtif de Predator 2 (Stephen Hopkins, novembre 1990) où l'on aperçoit une tête d'Alien en trophée du chasseur extra-terrestre. Avec des ventes au-delà de 400.000 exemplaires, la réussite commerciale de la nouvelle série dépasse toutes les espérances, récompensant un comic classique mais bien réalisé. La mode du versus est lancée.

[Machine à brouzoufs mode on] où Tout le monde aura droit à son versus !

Si les autres versus sombrent rapidement dans le n'importe quoi (à l'exception notable du Robocop versus Terminator de Frank Miller et Walter Simonson en 1992), la série Aliens versus Predator maintient une certaine qualité dans les épisodes suivants (pour le tableau ci-dessous, le scénariste est d'abord indiqué puis le ou les dessinateurs) :

- AvP : Deadliest of the Species par Chris Claremont et Jackson Guice/Eduardo Barreto entre 1993 et 1995.
- AvP : War par Randy Stradley et Jim Hall/Mark Heike/Phill Norwood/Mike Manley/Javier Saltares/Chris Warner en 1995.
- AvP : Duel par Randy Stradley et Javier Saltares en 1995.
- AvP : Booty par Barbara Kesel et Chris Chalenor en 1996.
- AvP : Eternal par Ian Edginton et Alex Maleev en 1998.
- AvP : Xenogenesis par Andi Watson et Mel Rubi en 1999-2000.
- AvP : Thrill of the hunt par Mike Kennedy et Roger Robinson/Dustin Weaver en 2004, l'adaptation en comic du film Alien vs Predator de Paul Anderson.

On le voit, ce sont les produits dérivés, ici les comics, qui vont réellement développer les univers respectifs des créatures, particulièrement celui des Predators, assez mystérieux/fade (biffez la mention inutile) à l'origine. L'abréviation AvP provenant d'ailleurs des comics. Il est de plus intéressant de constater que ce sont les bandes dessinées justement qui vont réussir à unir deux styles différents, l'horreur diffuse d'Alien et l'action frontale de Predator, en une licence cohérente.

"Quel que soit le gagnant... nous sommes perdants." Rarement une accroche de film aura paru aussi sincère pour le spectateur humain.

Les comics et les adaptations vidéoludiques (voir ci-dessous) générant de gros profits, la 20th Century Fox met en chantier un film autour de la rencontre des deux monstres. Néanmoins, entre le premier script de 1991 et la diffusion sur grand écran, il faudra attendre 13 années d'un parcours chaotique. Le résultat... Eh bien, comment dire... Si Paul Anderson avait réalisé de sympathiques adaptations de jeux vidéo avec un amusant Mortal Kombat (1995) et un bourrin Resident Evil (2002), le résultat cinématographique laisse ici franchement à désirer.

"Hue dada !" - La fameuse scène décriée par Sodom.

Sodom : À ce propos, tu voulais des avis sur le film : c'est une grosse bouse. Satisfait ? Pour creuser un peu plus le sujet, Paul Anderson (ou je ne sais quel autre tâcheron) a pour ainsi dire coulé la licence "Alien" en une seule scène : celle où l'héroine recycle le corps d'un xénomorphe en arme et bouclier. Je peux te dire qu'à ce moment précis du navet, il y avait de nombreux rires dans la salle, mais avant tout des rires nerveux du genre "comment il a pu oser un truc pareil...". Jamais la création de Giger et Winston n'avait été autant ridiculisée, et je crains que le coup porté à sa crédibilité en tant que mythe fantastique ne soit fatal... Alien Vs Predator est un cross-over génial tant que l'on se place du point de vue BD ou Jeu Video ; au cinéma, ça ne passe vraiment pas car on a droit à quelque chose proche du vieux combat de catch, et je n'exagère pas : il manquait juste Hulk Hogan au générique. EDIT : J'oubliais, le film n'est pas trop mal si on se place du point de vue de la licence Predator. Il est certes nettement moins bon que le tout premier mais largement supérieur au second, en raison d'une bonne mise en scène des Predators. En fait, c'est là qu'est le problème : Anderson voulait visiblement faire quelque chose de bien de ce côté et ce sont les Aliens qui ont trinqué de l'autre. Le film d'action a prévalu sur le film d'horreur.

Et là c'est le mignon qui a prévalu sur l'action.

Alléché par autant d'enthousiasme et espérant tomber sur un bon nanar bien rigolo, je ne reculai donc devant rien pour louer l'objet du crime. Et malheureusement... c'est juste nul. Sodom n'exagère rien en parlant de catch pour les combats (un Predator qui prend un Alien par la queue pour le faire tournoyer et le lancer contre un mur !), le reste est à l'avenant. Personnages unidimensionnels qui mettent tout de même 40 minutes à poser le décor, mélange action/horreur/50 grammes de Cube qui ne tient pas la route, effets visuels affreux ou incompréhensibles grâce au super-montage-que-même-Michael-Bay-il-fait-pas-mieux, Aliens réduits à de la chair à canon pour Predators balourds... Un triste spectacle qui témoigne d'une profonde incompréhension des deux univers. Malgré cela, le film a trouvé son public et remporté un vrai succès au point de tripler la mise de départ (180 millions $ pour l'exploitation en salle pour 60 millions $ de budget), sans parler de la juteuse commercialisation en dvd. Et dire qu'une suite est déjà en chantier...

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