

Bon, franchement, Willy Beamish n'est pas un jeu très connu, il y
en a d'autres dont j'aurais pu vous parler avant, mais j'ai une tendresse particulière pour celui-la,
alors…
Au début des années 90, le studio de développement Dynamix
(où officient quelques anciens de Cinemaware), associé à
l'éditeur Sierra, se spécialise pour un temps dans l'aventure à tendance graphique
avec des jeux Heart of China ou Rise of the Dragon. Ces titres ne proposent qu'une interactivité
restreinte, inférieure à ce qu'on observe par exemple dans les point'n'click de LucasArts,
ainsi qu'une densité textuelle modérée. Le joueur s'y contente de choisir des directions,
des actions ou des options de dialogue, mais les ambiances visuelles sont très travaillés,
offrant le mieux que peuvent afficher les machines sur lesquelles ces titres tournent (en général
l'Amiga, le PC et le Mac). Willy Beamish, crée par Jeff Tunnell et son équipe, sort ainsi
en 1991 sur Amiga et PC, puis en 1992 sur Mac, et en 1993 sur Mega-CD, l'extension CD-ROM pour Megadrive
qui lui va à ravir tant il comporte de Mo de données comparé à une production
16-bits conventionnelle.

Les moyens mis en œuvre pour réaliser de tels titres étaient
comparables à la pré-production d'un long métrage animé. Dessinateurs et animateurs
planchaient longuement sur l'univers du jeu et ses personnages, pendant que les scénaristes
lui donnaient suffisamment de richesse pour que le joueur s'y plonge en dépit de la perte visuelle
que représentait le passage des dessins et des animations sur ordinateur.
Dans The Adventures of Willy Beamish, vous incarnez
Willy, un petit garçon de neuf ans qui est une véritable terreur, le cauchemar de tout parent
ou professeur. Il ne fait rien à l'école, ne pense qu'à s'amuser aux dépends
des autres en bravant les interdits, et la seule créature terrestre qu'il aime vraiment est son
crapaud Horny, la plupart du temps caché dans son cartable.


Willy n'a d'autre but dans la vie - outre l'interception de bulletins scolaires
calamiteux postés par l'école - que de devenir champion du monde de jeu vidéo (il
joue sur un micro de marque "Nintari" !), martyriser sa petite sœur, mépriser sa grande
sœur et s'échapper de l'école. Au cours de la progression dans l'aventure, il sera amené
à sauver son père, sa ville (sur laquelle un couple affairiste véreux veut mettre
la main), et faire face à diverses épreuves comme une course de crapauds à laquelle
Horny participe, ou encore le championnat du monde Nintari, à la fin du jeu (clin d'oeil direct
aux Nintendo World Championship). Mais entre temps, ce sont nombres de situations
hilarantes que vous aurez vécues à ses côtés, dans lesquelles les valeurs de
la société Américaine des eighties sont malmenées à travers une série
de personnages caricaturaux excellents.
Willy Beamish et Bart Simpson même combat ? certainement. Ses parents sont des cadres-sup débordés
de travail et constamment menacés de chomage qui n'ont pas une seconde à eux pour s'apercevoir
que leurs enfants sont livrés à eux-mêmes, son directeur d'école est un vieux
conservateur débile, l'infirmière est une bimbo siliconée et avide, et les copains
de Willy sont tous des demeurés qui se détestent. Tout cela constitue un tableau peu reluisant,
malgré l'apparence cartoon du jeu.

L'histoire peut partir dans plusieurs directions en fonction de la
réussite du joueur dans certaines portions du scénario, et l'ensemble de la progression
est santionné par un indicateur appelé "Trouble-O-Meter". Plus la situation de
Willy se complique, plus celui-ci grimpe : par exemple, lorsque le jeu démarre, Willy écope
d'heures de retenue à cause d'un incident survenu lors de la conférence de fin d'année
de son directeur d'école. Il doit alors trouver un moyen de s'échapper. S'il n'y parvient
pas, il sera puni de Nintari par ses parents, ce qui compromettra grandement ses chances de gagner le
championnat du monde, dans l'hypothèse où il parvient à s'y rendre, ce qui n'est
pas gagné d'avance etc. A tout moment, si le Trouble-O-Meter dépasse la cote d'alerte, le
jeu se termine. Willy Beamish n'est pas le seul jeu d'aventure à embranchements multiples, l'aventure
graphique permettant de bien meilleurs résultats en la matière que les tentatives ultérieures
dans le cadre d'Action-RPG en 3d et temps réel.

Images de la version Mac offertes par le
Grenier du Mac
J'ai personnellement joué à Willy Beamish sur Amiga,
mon affection pour l'univers du jeu m'ayant permis de tolérer d'insupportables temps de chargement
sur 12 disquettes (et ça n'allait guère mieux en l'installant sur disque dur), mais la version
PC permet de le faire tourner sur les machines d'aujourd'hui et goûter tranquillement
à l'humour du scénario (vous trouverez le jeu en français chez Lost
Treasures). Une version CD-ROM pour Amiga et PC fut éditée, dans laquelle les textes
sont doublés par des acteurs, mais elle est extrêmement rare aujourd'hui (surtout sur Amiga).
Lors des dialogues, les gros-plans sur les personnages y sont animés, mais de manière rudimentaire
(seules les lèvres bougent un peu, les expressions faciales ne varient pas). La version Mega-CD
- assez courante sur les sites de vente aux enchères - comporte également des dialogues
parlés, mais elle est handicapée par des temps de chargement quasiment aussi longs que si
l'on joue sur Amiga avec des disquettes.
Sur les versions disquette, le son de Willy
Beamish est assez pauvre. L'intro comporte tout de même une musique géniale dont vous trouverez
une version maison sur la page Gromix.
Il est dommage que le jeu n'ait pas été un franc succès
(une suite était prévue, puis annulée bien que scénario et character-design
fussent bien avancés), les joueurs ne se contentant déjà plus en 1991 d'un dessin-animé
interactif. Willy aurait pu faire l'objet d'une série animée qui aurait été
plus que jouissive et assez en avance sur son temps. Il est probable aussi que le décalage entre
la direction artistique "tout public" du jeu et l'humour assez adulte du scénario ait
désorienté le public. De toute manière, Willy Beamish précède de peu
une longue traversée du désert pour le jeu d'aventure.
Laurent