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Desert Strike: Return to the Gulf
Année : 1992
Système : Megadrive ...
Développeur : Electronic Arts
Éditeur : Electronic Arts
Genre : Action
[voir détails]
Par Tama (22 septembre 2014)

Ne pas commencer par le début était une habitude tenace chez moi. Tenez, par exemple j'ai commencé les jeux vidéo avec Sonic version Master System, et j'étais persuadé qu'il s'agissait de la version d'origine, que celle sur Megadrive en était l'adaptation ! Il en allait de même pour d'autres séries de jeux et même de livres (je ne commençais jamais par le début, allez savoir pourquoi...), il n'y avait donc pas de raison qu'il en aille autrement pour la série des Strike. Lorsqu'on m'offrit Jungle Strike lors du Noël de l'année 1993, je pensais qu'il s'agissait du premier épisode... Il m'a fallu de longues années (et probablement une rectification dans un article de Mega Force) pour remettre la chronologie en ordre.

Remarquez, je fais désormais l'inverse, je commence toujours par le premier épisode de chaque série en refusant obstinément de faire les autres avant ! En revanche, je continue de lire mes livres dans le désordre quand l'envie m'en prend...

Bref, toute cette introduction pour dire que j'ai découvert la série des Strike par le second épisode, Jungle Strike, et que j'en suis tombé amoureux. Je l'ai dans la peau, c'est maladif, viscéral même ! Mais comme il me semble idiot d'en parler sans aborder son aîné d'abord, je me suis résolu à rédiger une sorte de « double » article ! Je ferai volontairement l'impasse sur les trois épisodes suivants (Urban, Soviet et Nuclear donc), en tous cas pour le moment.

DESERT STRIKE : RETURN TO THE GULF

Année : 1992
Systèmes : Megadrive puis Super Nintendo, Amiga, DOS, Mac OS, Master System, Lynx, Game Gear, Game Boy et Game Boy Advance
Développeur et éditeur : Electronic Arts
Support : Cartouche et disquette

Tout commence donc en 1992 quand Mike Posehn, un simple ingénieur dont la boîte a été rachetée par Electronic Arts, se voit proposer la programmation du nouveau jeu de la firme aux innombrables FIFA et autres simulations de sport annuelles. Trip Hawkins, fondateur et président d'EA, lui suggère de s'inspirer de l'excellent Choplifter, comme Posehn le raconte à Sega-16. Celui-ci va donc en reprendre les bases mais ne se contentera pas d'une simple déclinaison, il va peaufiner la formule jusqu'à accoucher d'un concept d'une finesse et d'une précision incroyables.

Desert Strike se présente comme un jeu d'action en 3D isométrique, vu légèrement du dessus, dans lequel on contrôle un hélicoptère (un Apache). En tant que pilote émérite, on est envoyé en pleine région du Golfe Persique, peu après la Guerre du Golfe d'ailleurs, pour arrêter les agissements terroristes d'un dictateur local nommé Ibn Kilbaba. Autant prévenir tout de suite, le pitch et les cut-scènes du jeu sont très va-t-en-guerre, dignes de l'ultra-droite américaine. Heureusement que cela reste peu important et que ça ne se traduit pas dans le jeu en lui-même. On s'en fichait un peu à l'époque (et je ne lisais pas encore l'anglais), mais c'est très caricatural.

Avant le début d'une mission, vous pourrez choisir un copilote. Chacun d'entre eux est plus ou moins fort en ce qui concerne la visée à la sulfateuse et l'habileté à l'hélitreuil. Le meilleur d'entre eux est cependant porté disparu !

Revenons au jeu lui-même, qui se révèle être un mélange de genres très bien pensé. Vos objectifs lors des 4 niveaux vont être, en gros, de détruire les installations ennemies ainsi que leurs troupes, mais aussi de secourir les otages et les prisonniers de guerre, de sécuriser des éléments dangereux et les mettre hors de portée des balles perdues, et enfin d'escorter des véhicules importants en s'assurant que leur trajet se fasse sans heurts (traduction : que les balles et missiles atterrissent où vous voudrez, mais pas sur eux!). Pour ce faire, l'Apache est doté de 3 types de munitions différentes, chacune affectée à un bouton. Il y a une sulfateuse aux dégâts faibles mais à grande précision et aux munitions très nombreuses ; les roquettes Hydra aux dégâts équilibrés et aux stocks plutôt raisonnables ; et enfin les missiles Hellfire qui font très très mal mais en quantité très limitée et au rayon d'explosion conséquent, capable de tuer un civil par inadvertance.

En-dehors des munitions, il faudra aussi regarder les réserves d'essence car à chaque seconde qui passe, l'Apache voit son réservoir se vider. Idem pour le blindage, représentant les points de vie, qui baissera à chaque choc ou attaque. Regarder la carte, détruire des baraquements ennemis et repérer l'emplacement des réserves de munitions et d'essence sont des points cruciaux. Pour réparer le blindage de l'Apache en revanche, Desert Strike opte pour un système plutôt original. Vous pouvez trouver des caisses de réparation qui guériront l'intégralité des dommages subis, mais elles sont d'une telle rareté qu'il ne faut pas trop compter là-dessus ! L'autre solution est de sauver des civils : l'hélicoptère dispose d'un hélitreuil pour ramasser des objets en vol, mais aussi d'une échelle pour secourir les otages et les embarquer à bord (6 maximum), après quoi vous devrez les amener dans une « Landing Zone ». Une fois au sol, vos mécanos vous redonneront 150 points de blindage par civil en sûreté (l'Apache a 800 points au maximum). Très bien pensé, ces sauvetages constituent un des points principaux du gameplay, comme Choplifter avant lui, ce qui fait de Desert Strike un jeu bien plus intelligent et précis qu'il n'y paraît, surtout si on le combine à une gestion précise des ressources.

Une pression sur Start met le jeu en Pause, et affiche le menu principal. Très clair, il vous indique tout ce que vous devez savoir : votre emplacement, vos objectifs, vos réserves de munitions actuelles, leur emplacement ainsi que celui des ressources (ici, les bidons de fuel sont affichés). N'hésitez pas à l'afficher souvent en cas de doute, il vous sera très utile !

Mais je brûle les étapes. Ce n'est pas à ça que l'on pense quand on prend le jeu en main pour la première fois. Au premier décollage on est déboussolé, puis au bout de deux minutes on nage en plein bonheur ! L'Apache réagit comme un charme, et comme tout le jeu est régi par un système d'inertie, on a vraiment l'impression de piloter un hélicoptère, et ce sans avoir besoin d'une vue à la première personne. Le travail fait sur la maniabilité est admirable, on apprend très vite à être précis dans ses placements pour hélitreuiller et tourner autour des cibles efficacement. Je conseille au passage de choisir un stick, ou tout du moins un périphérique en permettant l'usage : le « Professional Fighter 2 » sur Megadrive, 6 boutons avec un stick pouvant se dévisser, est idéal !

Le déroulement du jeu est quant à lui assez « libre ». On va vous donner une liste d'objectifs à remplir dans un ordre conseillé, et vous devrez retourner à la base une fois qu'ils sont tous complétés. Mais rien ne vous oblige à les réaliser dans l'ordre, et leur exécution n'est que rarement scriptée (sauf lors des escortes, forcément). Si vous estimez que commencer par le 2, faire le 3 puis ensuite le 1 est préférable, le jeu vous laissera faire comme bon vous semble ! Il y a aussi des objectifs secondaires, comme sauver vos collègues pilotes qui sont passés avant vous et qui pourront être sélectionnés comme copilotes par la suite, tous ayant leurs points forts respectifs.

En revanche, il arrive que certaines zones ou bâtiments disposent d'une sécurité renforcée (radars, etc), et que tenter de s'y attaquer vous place dans une « Danger Zone ». Si votre Apache entre dans de telles zones, un message apparaîtra à l'écran et la puissance des ennemis en sera décuplée, les rendant virtuellement invincibles ! C'est ce qui arrive quand on veut aller trop vite et qu'on n'a pas détruit le réseau électrique de la villa du grand méchant. Les 3 vies allouées en début de partie peuvent partir très vite.

Faire quelques détours finement calculés peut s'avérer payant. À gauche, l'avion en flammes du copilote manquant, à sauver des coups de feu ennemis ; à droite, des baraquements à détruire pour récupérer des munitions et du fuel mais attention, des ennemis peuvent s'y cacher !

Desert Strike n'est cependant qu'une ébauche. Ne proposant que 4 niveaux, toujours sur la même carte (un désert où seul l'emplacement des objectifs et des ennemis change) et trop peu d'ennemis différents, on en a vite fait le tour. Mais son challenge relevé, son rythme soutenu et son maniement jouissif vont marquer les joueurs. Le jeu finira tout de même en haut des charts et encensé par la presse. Bref, un joli touchdown, sur lequel Posehn et son équipe n'ont qu'à transformer avec une suite digne de ce nom : Jungle Strike sortira ainsi l'année suivante.

Jungle Strike

Année : 1993
Systèmes : Megadrive, Super Nintendo, Amiga, DOS, GameGear, Game Boy et Amiga CD32
Développeur et éditeur : Electronic Arts
Support : Cartouche, disquette et CD

L'écran-titre avec l'intro du jeu. La musique et les petits singes dans la forêt sont inoubliables.

Nous y voilà donc, à mon jeu d'amour que j'aime ! J'ai passé des heures et des heures à écumer tous ses niveaux, à entrer les mots de passe pour faire des petites sessions sur certains passages que j'adorais, à pester contre certains ennemis très puissants (on me dirait que le char Abrams a traumatisé une génération de joueurs que je ne serais même pas étonné)... Avec Streets of Rage, ISS Deluxe et Sonic & Knuckles, c'est probablement le jeu qui a le plus usé ma Megadrive de l'époque. Mais revenons à nos hélicos et nos terroristes très méchants.

Le danger, dans une telle situation, est de se reposer sur ses lauriers. Il aurait été si facile pour EA de se contenter de faire un Desert Strike 1.5, avec quelques niveaux en plus et des nouveautés mi-figue mi-raisin en s'imaginant que les acquis du premier épisode peuvent porter l'ensemble de l'édifice à eux seuls. Bien heureusement, Jungle Strike ne fera pas cette erreur (non, c'est Urban Strike qui aura ce mauvais rôle...).

Jungle Strike frappe sur Megadrive et Super Nintendo en 1993, pour être porté comme il se doit sur d'autres plateformes ensuite. Ibn Kilbaba, le grand méchant terroriste moustachu pas caricatural d'une certaine vision ethnique, a réussi à s'échapper du précédent affrontement. Plutôt revanchard, il s'allie avec Carlos Ortega, un baron de la drogue, se refait une santé et décide de marquer le coup en attaquant... Washington D.C ! C'est ainsi que la toute première mission prendra place près de la Maison Blanche, alors que des terroristes attaquent les bâtiments-phares des environs et menacent la limousine du président. Ce qui est l'occasion idéale pour le jeu de montrer ses atouts et atours, à commencer par la variété des niveaux : déserts, jungles, bords de mer, villes, montagnes escarpées ou terrains enneigés, le joueur aurait presque l'impression de faire un tour du monde en hélicoptère. Certes, le rendu à l'écran est plutôt inégal (je trouve l'herbe trop verte et plate, et les villes ne me vendent pas du rêve) mais cette variété est tout de même bienvenue, surtout qu'elle est très bien exploitée.

Le début devant la Maison Blanche. À droite, la mission 4 « Night Strike » qui se passe entièrement de nuit... et qui suppose que votre radar ne vous indiquera pas où se situent les munitions et bidons du fuel ! C'est à vous de les trouver et de vous souvenir où ils se trouvent. Il faut une organisation minutieuse pour ne pas se retrouver à sec !

L'autre nouveauté marquante est l'apparition de 3 nouveaux véhicules. L'hovercraft, la moto et l'avion F-117 « Stealth Fighter » accompagnent notre nouvel hélicoptère Comanche. Loin d'être là pour décorer, ils ont même leurs propres niveaux dédiés (le 2, le 5 et le 7) où vous devrez changer de véhicule et donc de gameplay. Plus lourds ou plus légers, capables d'arrêts secs ou pas d'arrêt du tout, armement différent obligeant à jouer sur l'anticipation des trajets ennemis, blindages supérieurs ou inférieurs, ils apportent une véritable bouffée d'air frais et un vrai quelque chose de plus : une nouvelle lecture du jeu.

Bien sûr, la maniabilité qui a fait son succès est de retour et s'est même offert un petit tour dans la salle de muscu ! Encore plus fine et précise qu'auparavant (je ne savais même pas que c'était possible, mais ils l'ont fait!), apprendre à maîtriser le Comanche et les autres véhicules est un vrai bonheur, jamais remis en question par la difficulté pourtant rehaussée. Car si votre Comanche a plus de blindage que votre vieil Apache, il a bien fallu équilibrer ! Cette fois les ennemis tapent beaucoup plus fort et plus précisément, sont placés à des endroits propices aux embuscades (les tourelles DCA dans les bâtiments deviennent presque monnaie courante) et les Danger Zones sont absolument impitoyables, n'espérez même pas tenir plus de 2 secondes devant un tank renforcé par l'alerte !

Les trois nouveaux véhicules ! L'hovercraft et la moto embarquent tous deux des mines très puissantes, qui vous obligeront à dépasser vos ennemis pour qu'ils passent dessus ; le F-117, lui, est virtuellement impossible à tuer, mais comme il ne dispose pas de vol stationnaire, le moindre choc avec un élément du décor entraîne sa destruction, et une vie en moins !

Pour le reste, les objectifs structurant les 9 niveaux restent les mêmes, mais c'est leur exécution pratique qui change la donne. En effet, avec des ennemis bien plus nombreux et variés, leur positionnement plus resserré, des Danger Zones à foison et l'environnement qui en rajoute (le niveau 4, entièrement nocturne, peut vite tourner à la catastrophe, sans compter les tanks camouflés dans la neige du niveau 7), il faut déployer des trésors de pilotage pour s'en sortir. Heureusement, tout est réglé au poil, la carte vous indique avec précision vos objectifs et vos ressources (même si ces petits malins ont introduit bien plus d'objectifs « masqués »), le joueur a donc toutes les cartes en main pour s'en sortir.

Plus varié, mieux réalisé, plus difficile, plus fin, plus tout-ce-que-vous-voulez, Jungle Strike sublime la formule de Desert Strike. C'est une tuerie incroyable, un incontournable de cette génération et les excuses du genre « oui mais j'aime pas les jeux de tir/d'hélicoptère/bourrins/insérez une excuse ici » ne fonctionnent même pas tant il s'agit d'un mélange habile des genres, quelque part entre tir, sauvetage et stratégie. Un de mes jeux favoris que je refais régulièrement, mon pad Fighter 2 ne prend jamais la poussière.

Pour finir, une image de votre pire cauchemar : le tank M1 « Abrams ». Il mange des hélicos au petit-déjeuner, seuls les pilotes expérimentés pourront s'opposer à lui... et en Danger Zone, il vous fume vos vies à une vitesse défiant l'entendement !
Tama
(22 septembre 2014)
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