Mastodon
Le 1er site en français consacré à l'histoire des jeux vidéo
Actualité de l'émulation [contenu fourni par Emu-France]
Total War - La série
Anne : 2004
Systme : Windows
Dveloppeur : Creative Assembly
diteur : Electronic Arts - Activision - Sega
Genre : Stratégie Temps Réel

Rome Total War

La jaquette du jeu. Pas exactement un sommet d'esthtisme. Ce qui est regrettable au regard de la qualit des artworks...

Dans ce troisime opus sorti en 2004, Creative Assembly nous plonge dans l'Antiquit pour participer la fondation d'un des empires les plus clbres de l'histoire humaine. Au joueur de transformer la rpublique romaine en une grande puissance englobant tout le monde mditerranen. Le principe de la srie reste inchang, une carte stratgique gre au tour par tour, et des batailles piques en temps rel, le tout avec son lot de nouveauts.

Malgr la 3D, la carte stratgique reste jolie et trs lisible. Notez le remaniement de l'interface depuis Medieval.

Ce qui frappera probablement le plus l'ancien joueur de Medieval ou de Shogun est le passage de la carte stratgique la 3D. Rome Total War voit ainsi la fin de la carte stylise faon jeu de plateau, et des provinces reprsentes par des cases o l'on dplace ses pions. Cette modification n'est pas seulement cosmtique mais affecte profondment le gameplay. Dans Medieval, il tait possible de dplacer une arme sur n'importe quelle case adjacente, sans tenir compte de sa mobilit, raison d'une province par tour de jeu. Maintenant, une arme ne peut franchir qu'une certaine distance par tour, en fonction de son type (cavalerie, infanterie ou armes de sige), et devra donc traverser une province de part en part pour arriver la suivante. Il en rsulte que certaines provinces, comme celles de l'Afrique du Nord ou de la pninsule arabique, seront bien plus longues traverser que d'autres. Ca n'a l'air de rien, mais a change compltement la manire d'apprhender une partie, que ce soit dans le dplacement de ses troupes ou la dfense de ses propres provinces. Dans le mme sens, les montagnes, les rivires et les forts sont infranchissables. Il est donc possible de protger une zone avec un nombre relativement rduit de troupes postes intelligemment. Une arme bloquant un pont pourra ainsi abattre des effectifs nettement plus importants avec peu de pertes. Si ces nouvelles possibilits donnent un nouveau souffle Total War, on peut tout de mme regretter que la faible IA du jeu soit largement incapable d'en tirer profit, mais nous reviendrons sur ce point plus tard.

La 3D s'invite galement dans les batailles en temps rel, qui gagnent ainsi en lisibilit et en esthtisme. D'une vue haute sur le champ de bataille zoomant jusqu'au coeur de la mle, on se surprend souvent jouer avec la camra pour capturer tout le souffle pique d'une belle charge de cavalerie. Les batailles profitent en outre d'un discours du gnral en prambule pour motiver les troupes. Si le gameplay de ces phases reste globalement identique aux jeux prcdents, avec une interface toute neuve mais base sur le mme principe d'icnes qu'auparavant, elles prennent dornavant un ct encore plus cinmatographique et spectaculaire qui n'est pas dplaisant.

Les Spartiates en phalange, la meilleure unit d'infanterie du jeu.

Evidemment, les mcanismes de la guerre antique diffrent quelque peu de ceux du Moyen Age europen ou japonais. On oublie donc samouras et chevaliers pour accueillir hoplites, chars de combats et lphants de guerre. Plusieurs types de formation apparaissent galement, qu'il faudra apprendre bien matriser. De nombreuses units peuvent adopter une formation en phalange, soit un groupe compact de guerrier avanant lentement, piques en avant, et pratiquement invincibles de face. Les archers monts peuvent maintenant former le cercle cantabrique, permettant de tirer tout en restant trs mobiles, vitant les flches ennemies. Et bien sr, que seraient les lgions romaines sans la fameuses formation de la tortue ? Bref, manier les diffrentes armes de cette poque demandera un peu de doigt. Au final, les batailles en temps rel sont toujours aussi riches et passionnantes. Mais commenons par le commencement...

Chaque faction est reprsente par une famille qu'il faudra prendre en main travers les annes.

En dbutant pour la premire fois une campagne, seuls les Romains, reprsents par trois factions, sont disponibles. Le joueur a donc le choix entre les Julii, dmarrant au nord de la pninsule italique et destins lutter contre les peuples barbares, les Brutii, faisant face la Grce et la Macdoine, et enfin les Scipii, un pied en Sicile, directement aux prises avec la puissante Carthage.

Les siges sont spectaculaires.

Changement de contexte oblige, Rome Total War apporte certaines nouveauts pour mieux reflter les particularits de l'poque. Au revoir donc au Pape de Medieval, et bonjour au snat romain. Reprsent par une faction non-jouable, celui-ci donnera diverses missions aux trois factions romaines : prendre une ville, faire le blocus d'un port, soumettre une faction, etc. ... En rcompense, le joueur peut recevoir des units particulires, une somme d'argent, ou simplement le fait de rester dans les bonnes grces du Snat. Ceci peut permettre certains membres de sa faction de faire carrire dans le cursus honorum et d'accder des fonctions officielles telles que prteur, dile, questeur ou consul, offrant d'importants bonus aux personnages concerns.

Une mission typique du snat. A mesure que votre popularit auprs du peuple grimpe, ces missions deviennent de plus en plus difficiles, et leur ralisation ne sera pas toujours dans votre intrt. - L'cran de diplomatie.

Toutefois, le snat est aussi un obstacle qu'il faudra renverser en prenant Rome et en devenant la seule autorit de l'empire. Ainsi, les dernires annes d'une campagne complte dans le camp romain seront marques par une guerre civile, opposant les trois factions au sommet de leur gloire dans une lutte fratricide. Mais avant de marcher sur Rome, il est ncessaire d'obtenir le soutien du peuple. Pour cela, une seule solution : conqurir encore et toujours plus de terres ; le peuple aime les hros et les conqurants.

Romains contre Romains. L'lite des lgions en plein affrontement pour la domination de l'empire.

Disposant d'excellentes troupes polyvalentes, tant dans l'infanterie que dans la cavalerie, les trois factions romaines sont, quelques nuances prs, identiques. En cours de partie, une rforme militaire, dite de Marius, amliore encore la qualit des armes romaines pour en faire la terreur absolue du monde mditerranen.
Les autres factions jouables apportent une varit bienvenue. Pour ce qui est des factions dites civilises, nous avons au programme les Cits grecques, appuyant leurs armes sur de lourds hoplites, dont le spartiate est la crme des crme ; Carthage, la grande rivale de Rome, avec ses fameux lphants ; l'Empire sleucide, puissante faction disposant de troupes varies, alliant une cavalerie lourde puissante des lphants et d'excellentes phalanges, ce qui en fait une des factions les plus intressantes et polyvalentes jouer ; et l'Egypte. Pour cette dernire, les concepteurs du jeu ont dcid de faire un pied de nez l'histoire et de crer des units exotiques, tels des gardes et des archers du pharaon, en passant par la cavalerie du dsert. De mme, tous les personnages de cette faction ont un look sentant bon l'poque des pharaons. On peut probablement mettre cet anachronisme sur le compte d'une volont de varit, ce qui n'est pas bien dommageable mais fera sans doute grincer les dents des puristes.Viennent ensuite les Parthes, faction dlicate prendre en main, qui met de ct l'infanterie au profit des archers monts et de la cavalerie lourde, obligeant le joueur revoir totalement ses schmas stratgiques pour parvenir ses fins.

La cavalerie lourde parthe, prte raliser un superbe strike contre la tortue romaine, lors de la bataille historique de Carrhes. - Une charge de chars gyptiens.

Enfin, trois factions dites barbares compltent le choix possible. Les Gaulois, les Germains et les Britons demanderont un fin stratge pour tirer profit de troupes plus dsorganises et rompant facilement leurs rangs, malgr quelques bonnes units comme les lanciers germains ou les morbides lanceurs de ttes britons. S'il y a dj de quoi faire avec ces quelques onze factions, on peut tout de mme s'tonner de ne pas trouver certaines factions importantes, prsentes dans la campagne mais non jouables. C'est le cas entre autres de la Macdoine, pourtant un des acteurs majeurs de l'poque, ou encore du Pont. Mme si leurs armes disposent d'units proches de celles d'autres factions, elles restent suffisamment diffrentes, notamment dans leur situation de dpart pour proposer une campagne intressante. On remarque ainsi que le nord des Balkans est vierge de faction jouable, ce qui est bien dommage pour la diversit des parties.

En dehors d'tre la terreur des champs de bataille, les lphants font des armes de sige de fortune tout fait acceptables. Mais attention lorsque leur conducteur perd le contrle...

En parlant de diversit, le moment est bien choisi pour voquer l'un des points noirs de Rome TW : le sentiment de dj vu d'une partie l'autre. D une IA limite ne sachant par tirer avantage de chaque faction et au systme rsolvant les combats automatiques en favorisant outrageusement certaines units au dtriment d'autres, une campagne passera toujours par des schmas identiques, seulement troubls par l'intervention du joueur. Tout cela fait que telle faction sera pratiquement toujours limine face telle autre, et pass les premiers tours de mise en place d'un empire dcent, la victoire se rvle bien souvent facile atteindre, tant l'IA est incapable de riposter intelligemment face au joueur, se bornant attaquer les rgions les plus proches de son territoire. Cela est particulirement vrai du point de vue romain. Extrmement puissante (trop ?) et versatile, l'arme romaine peut faire face sans aucune difficult n'importe quelle faction. Mme s'il s'agit d'un jeu la gloire de Rome, cette omnipuissance nuit beaucoup l'quilibre des parties. Toutefois, la perspective de la guerre civile met un peu de sel dans la dernire ligne droite des campagnes romaines, puisqu'il s'agit ce stade du jeu d'une confrontation entre trois gigantesque blocs, avec des fronts dans le monde entier. Les affrontements en sont souvent passionnants.

La guerre civile est engage. Les Julii (en rouge) repoussent les Brutii et les Scipii (verts et bleu) vert l'est.

On regrette surtout qu'aucun lment ne vienne perturber le bon droulement d'une campagne, l'image des rebellions de gnraux dans Medieval Total War. On note par rapport ce dernier un lger manque de finition. Certains dfauts qui figuraient dans les deux prcdents opus auraient ainsi pu tre corrigs, telle la diplomatie dficiente ou l'IA peu convaincante. Certes, les options diplomatiques sont largies mais l'IA reste un partenaire de ngociation peu fiable. Une alliance n'est ici qu'un moyen de gagner du temps, et il ne faudra pas trop compter sur une aide relle dans les moments difficiles. Reste que cela n'affecte qu'en peu de chose le plaisir de jeu. L'poque reprsente dans Rome Total War est passionnante et intelligemment transcrite dans le gameplay. Mais ces petits dfauts ds peut-tre une sortie prcipite font que cet pisode n'est pas encore le Total War ultime.

Les cavaliers d'Attila le Hun la conqute du monde romain.

Cet opus bnficie de deux extensions. La premire, Barbarian Invasion propose de revivre la fin de l'Empire Romain d'Occident. Rome est ici en fcheuse posture, ses frontires envahies par les Francs, les Goths et autres Vandales. Refaire l'histoire en sauvant l'empire sera un rel challenge. Cette extension apporte, mise part un nouveau contexte stratgique, quelques nouveauts bienvenues, en particulier les hordes. Celles-ci sont des factions sans domiciles fixes dbutant leur campagne avec de larges armes. Ne pouvant tirer des revenus de leurs provinces, elles pourront mettre sac les communauts infortunes sur leur passage pour payer les mercenaires ncessaire au maintient de leurs troupes. Bien entendu, elles pourront tout fait s'tablir quelque part aprs avoir parcouru le monde antique en entranant terreur et destruction dans leur sillage. Prsentant des factions quilibres et varies associes quelques nouveauts sympathiques, Barbarian Invasion est une excellente extension qui rafrachit avec succs le gameplay de Rome Total War.

La seconde extension, Alexander, est un peu diffrente. Il s'agit ici d'une campagne qui nous met dans la peau du clbre conqurant macdonien, et qui demande au joueur de conqurir un immense empire en cent tours. Le challenge est cors, et il faudra tre aussi audacieux et fin stratge qu'Alexandre pour mener bien cette mission. S'adressant aux chefs de guerre les plus confirms, Alexander est une extension particulirement intressante. A noter qu'elle est disponible en tlchargement sur le site de l'diteur ainsi que dans le pack Total War Eras.

La ralisation de Creative Assembly est nouveau couverte de rcompenses (meilleur jeu de stratgie 2004 pour Gamespot, Gamespy, IGN, ...) tandis que le succs public dpasse de manire fracassante celui des deux pisodes prcdents. Outre la full 3D, convaincant visiblement un public plus jeune, ce succs apparat comme une tendance lourde du jeu de stratgie en temps rel, de plus en plus orient vers la complexit (Myth en 1997, Homeworld en 1999, Sudden Strike en 2000, Cossacks en 2001, Blitzkrieg en 2003, Warcraft III en 2003,...). Il n'est pas interdit de considrer la srie Total War comme l'initiatrice, ou tout au moins l'un des principaux moteurs, de cette tendance.

Spartan Total Warrior

"Viens l que je t'explique en quoi Sun Tzu diffre de Carl von Clausewitz !"

Marqu de l'empreinte de Sega, propritaire du studio britannique depuis 2005, Spartan Total Warrior a peu de chose voir avec un jeu de stratgie. Il s'agit plutt d'un beat them all 3D lorgnant du ct de la srie-phare de Koei, Dynasty Warriors. Cette nouvelle licence (remarquez le subtil glissement de Total War Total Warrior), indique un virage du studio vers l'arcade, malheureusement pas entirement convaincant. Si le jeu, au vu des tests, demeure honorable, le succs public demeure modr et le studio reoit peu de rcompenses.

Medieval II : Total War

Vues injouables mais magnifiques.

Premire vritable suite, la preuve il y a un "II" dans le titre, Medieval II est prvu pour fin 2006, suivant le cycle de deux ans entre chaque titre Total War. Reprenant le moteur 3D (amlior) de Rome Total War, cette nouvelle pope mdivale blouit par des graphismes stupfiants et promet plusieurs nouveauts dans le gameplay. Outre l'ajout du Nouveau Monde comprenant les Aztques et les Mayas, le principal changement vient nouveau du mode tour par tour. En effet, comme chaque nouvel pisode, la gestion stratgique se rapproche toujours plus de Civilization, notamment par une diplomatie radicalement modifie. Autre nouveaut trs attendue, Creative Assembly a enfin promis une campagne jouable en multijoueur.

Oh merci Gropix, non vraiment, c'est trop d'un coup, je ne... H, t'en va pas avec !

Posant un beau coup publicitaire et un regard en arrire avant d'diter le premier Total War depuis le rachat du studio, Sega et Creative Assembly sortent Total War : Eras en juin 2006. Compilant l'ensemble des jeux Total War ainsi que leurs add-ons, ce superbe pack (que tout Grospixellien peut m'offrir pour achever ce dossier, dans l'intrt de l'histoire vidoludique bien sr) comporte plusieurs bonus dont un documentaire sur la srie comprenant un entretien avec Mike Simpson.

Total War needs you : engagez-vous, rengagez-vous ! En 2006, Creative Assembly recrute.

Au final, la srie Total War apparat comme le rsultat d'un long processus. A la fois du ct des jeux "grand public", avec la complexification du gameplay dont il tait question dans le paragraphe sur Rome Total War, mais aussi du ct des wargames et autres jeux de stratgie destins un public plus cibl. En effet, la volont de crer des jeux profonds mais plus simples d'accs et intgrant les apports de la stratgie en temps rel pointe depuis une dizaine d'annes chez les diteurs spcialiss. Les sries Panzer General, Close Combat et Combat Mission ou encore un jeu comme Sid Meier's Gettysburg illustrent cette volution. Sorte d'hritire de cette convergence, Total War a profondment influenc les jeux de stratgie, indiquant une approche plus exigeante et plus proche des wargames classiques mais accompagnant cette dmarche d'un souci d'accessibilit dont tmoignent les interfaces stratgique et tactique des jeux Total War. Cette association de simplicit et de profondeur, digne des jeux de Sid Meier, vous fera apprcier cette srie, mme si vous n'tes pas un acharn de stratgie.

Thezis & Cham'
(14 aot 2006)
Page 3 sur 3
>>>
Un avis sur l'article ? Une exprience partager ? Cliquez ici pour ragir sur le forum
(54 ractions)