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Jungle King
Année : 1982
Système : Arcade, Apple II, Atari 8-bits, Atari VCS, C64, Colecovision, PC, Vic-20
Développeur : Taito
Éditeur : Taito
Genre : Arcade / Plate-forme
Par JPB (27 novembre 2011)
Le flyer. Cliquez sur une image pour une version plus grande.
Comme pour tous les flyers présents sur cette page, merci au site Arcade Flyer Archive !

Je me rappelle fort bien de cette borne, qui se trouvait dans la salle de jeu du côté de la Place Delille à Clermont-Ferrand - celle où se trouvaient Mad Planets, Moon Patrol ou encore Mario Bros. Je l'aimais bien, mais disons que je trouvais d'autres jeux plus intéressants... Je ne pouvais pas jouer à tout non plus ! Alors j'y revenais de temps en temps, pour une ou deux parties, et puis je passais à autre chose... etc.
Je me rappelle aussi que j'avais trouvé étrange que le jeu sur consoles de l'époque s'appelle Jungle Hunt, et pas Jungle King, alors que c'était pourtant le même... Pas d'inquiétude, je vous expliquerai ça plus loin.

Jungle King, créé par Taito, sortit en août 1982. Même si son nom n'apparaît nulle part, ni dans le flyer ni dans le jeu, il s'agit d'un hommage non déguisé à Tarzan : le marquee que vous pouvez voir en haut de cette page ne laisse planer aucun doute à ce sujet. Cela vaudra quelques soucis par la suite à Taito, j'y viendrai dans un instant.

L'écran titre et le début du premier niveau.
Tarzan pousse son célèbre cri - digitalisé d'après les films de Johnny Weissmuller.

Vous dirigez donc le "Roi de la Jungle", qui part à travers la jungle délivrer la "Princesse de la Jungle". Et si vous n'avez pas compris que ça se passe dans la jungle, je ne peux plus rien pour vous. ;)

les quatre niveaux

Les lianes

Dans cet écran, vous dirigez Tarzan (autant l'appeler par son prénom après tout) qui doit sauter d'une liane à l'autre pour rejoindre le fleuve. La difficulté consiste à gérer le balancement de la liane sur laquelle vous vous trouvez, afin d'atteindre la suivante qui ne se balance pas au même rythme.

Tarzan s'élance de liane en liane jusqu'au fleuve.

Rien de bien compliqué du moment que vous prenez votre temps, le compte à rebours est largement suffisant pour ça.

Le fleuve

Étape suivante : nager jusqu'à l'autre rive du fleuve. Tarzan, avant tout, va se faire une petite coloration, visiblement le noir ne lui plaît pas et il va se teindre les cheveux en blond. Et tant qu'à faire, il change aussi de culotte...

Tarzan ne refuse pas un combat s'il le faut vraiment.

Attention à trois éléments :
- rester sous l'eau trop longtemps entraîne la noyade de Tarzan : il faut remonter pour reprendre son souffle, bien regarder la barre Diving pour ne pas vous faire avoir ;
- les crocodiles qui nagent aléatoirement à contre-sens ne doivent pas être touchés, mais on peut les éliminer au couteau tant qu'ils n'ouvrent pas la gueule en grand (dans ce cas ils sont invulnérables) ;
- les bulles d'air qui remontent des profondeurs, à deux endroits du parcours, rendent Tarzan incapable de bouger ou de se défendre s'il se retrouve pris dans l'une d'elles.

La grande montée

Si vous doutez encore de la puissance des héros des jeux vidéo, regardez ce niveau où Tarzan grimpe la pente en courant sans arrêt, et où il se permet de sauter par-dessus des rocs sans s'essouffler ! Et en plus de ça, il a encore trouvé le temps de se refaire une permanente et de se teindre les cheveux en roux cette fois, et puis son pagne était trempé alors il en a mis un sec.

Par-dessus ou par-dessous, tout est affaire de timing.

Le but est d'atteindre la clairière, tout en haut de cette pente. Certaines roches sont plus grosses que les autres, vous pourrez choisir de passer dessous en courant (quitte à vous baisser) ou par-dessus en sautant, comme pour les petites. En dehors de ces sauts où vous devez faire attention au timing, cette étape est des plus faciles : à fond, comme Alesi !

La clairière

Jusqu'ici c'était facile. Dans ce niveau, les choses deviennent sérieuses, alors Tarzan n'hésite pas un instant : chevelure pourpre et pagne de soirée de rigueur !

Sauter par-dessus les obstacles pour rejoindre la Princesse !

Vous arrivez dans la clairière où la Princesse de la Jungle est attachée à une liane, suspendue au-dessus d'une énorme marmite bouillonnante. Et deux indigènes - certainement cannibales vu la scène - vous empêchent d'aller la secourir. Il faut donc que vous arriviez à bondir par-dessus ces deux rigolos (vous avez vu leur masque ?), en évitant leurs lances, puis par-dessus la marmite pour atteindre la Princesse. Mais les deux indigènes bougent de façon indépendante, et la Princesse monte et descend au-dessus du feu !
Le timing est ici très difficile à réussir, car il est fréquent d'arriver à passer les deux gugusses pour se retrouver bêtement devant la marmite, avec la Princesse tout en haut de l'arbre, hors d'atteinte ! Vous devrez certainement vous y reprendre à plusieurs fois avant de réussir.

Et voilà, bisou de rigueur !

Après la récompense, tout recommence - en plus difficile bien entendu. Attention, le compte à rebours n'est pas remis à zéro...

Petite partie technique

Jungle King tourne sur un Z80, ce qui est commun à l'époque pour de nombreux jeux d'arcade. Le son est géré par un autre Z80 et cinq chipsets additionnels.

Visuellement, le jeu est en 256 x 224 pixels, ce qui est là aussi assez commun pour l'époque. Les décors sont simples mais efficaces, même si on peut les trouver pauvres en détails ; au moins sont-ils colorés. Ce qui me chagrine un peu, c'est qu'avec 64 couleurs disponibles, ils n'aient pas réussi à faire correspondre celles du sprite principal d'un niveau à l'autre... Enfin, d'un autre côté, c'est marrant et ça rappelle des souvenirs des années plus tard.
Autre chose bizarre, ces bandes noires de chaque côté de l'écran pour les trois premières épreuves (je les ai enlevées pour les captures ci-dessus, mais vous les verrez plus bas). Elles disparaissent à l'écran titre, à la quatrième épreuve et aux écrans de récompense... Quelle raison pouvait-il y avoir à cette différence de résolution ?

L'animation est suffisamment fluide pour qu'on puisse jouer correctement. On notera un bel effort avec un petit scrolling en parallaxe pour les deux premières épreuves (en bas de l'écran).

Côté son, le cri de Tarzan digitalisé au début de la partie est surprenant, aucun risque de ne pas le reconnaître. Pas d'autres bruitages marquants, mais une musique qui vous accompagne tout au long du jeu : elle est agréable et facile à mémoriser, l'entendre des années plus tard fait qu'on l'associe immédiatement à Jungle King. Deux ou trois petits jingles supplémentaires viennent ponctuer le jeu, notamment à la fin d'un niveau.

La borne est colorée et bien réalisée, comme vous pouvez le voir ci-contre. Elle propose une manette à 8 directions, et un seul bouton qui sert soit à sauter, soit à utiliser le couteau. Rien de compliqué.

Problème de droits

Taito ne demanda jamais la permission d'utiliser l'image de Tarzan à la succession d'Edgar Rice Burroughs, propriétaire du personnage : certainement parce qu'ils pensaient que, comme le héros du jeu n'était pas nommément cité, il n'y aurait pas de problèmes. Cependant, peu de temps après la distribution de Jungle King en salles, Taito fut poursuivie pour violation de droits d'auteur, le personnage du jeu ressemblant beaucoup trop à Tarzan.
Petite parenthèse : il faudra attendre le jeu Tarzan sur ColecoVision en 1984 - qui n'a aucun rapport avec celui-ci - pour que le personnage de Tarzan puisse être officiellement utilisé.

Jungle Hunt

Taito dut alors arrêter la production de Jungle King, et modifier certains éléments pour que cette ressemblance ne soit plus visible. C'est ainsi que sortit Jungle Hunt, en octobre 1982 - réalisé par Taito America.

Le flyer. Cliquez sur une image pour une version plus grande.

Gros changement : le héros est désormais un explorateur avec chapeau, short et bottes. Je trouve qu'il ressemble plus à un cycliste qu'à un explorateur, mais bon, ce n'est que mon avis. En tout cas, dans Jungle Hunt, plus de cri de Tarzan au début du jeu, il est remplacé par le petit jingle de fin de niveau. Mais en dehors du changement de sprite et de quelques petites retouches esthétiques (comme les lianes qui deviennent des cordes), le jeu est absolument identique à Jungle King. Même dans les changements de couleur du sprite principal !

Pas d'erreur : c'est le même jeu !

Pirate Pete

Encore plus fort ! Toujours en 1982, sortit un autre jeu de Taito America, basé sur Jungle King : Pirate Pete.

Le flyer. Cliquez sur une image pour une version plus grande.

Je n'ai pas trouvé la raison de la sortie de ce clone, mais bon : ils l'ont fait, et seulement un mois après Jungle Hunt ! C'est encore le même jeu, mais par contre il y a eu un effort de diversification : les graphismes et la musique principale (même si le jingle de fin de niveau est toujours le même) sont bien différents de l'original. Voyez vous-mêmes :

Pas d'erreur : c'est le même jeu ! Je ne l'ai pas déjà dit ça ?

La difficulté est plus élevée dès le départ, au niveau de la clairière : un pirate supplémentaire, en haut de la falaise, s'amuse à lancer un couteau sur votre personnage... Prudence !

Dans tous les cas, le record officiel de Jungle King (qui, à mon avis, peut être étendu à Jungle Hunt) est détenu par Michael Torcello, il a réalisé 1 510 220 points le 16/12/1983.

La jungle des conversions

À cause des soucis de droits que l'on vient d'évoquer, ce n'est pas Jungle King mais Jungle Hunt qui est adapté sur pratiquement tous les supports de l'époque. Voici le texte d'introduction provenant de la notice de la version Atari 2600, que ma petite femme et ses frangins avaient achetée quand ils étaient petits :

La publicité commune avec Dig Dug.

 

Permettez-moi de me présenter. Je suis Sir Dudley Dashly et la chasse au gros est mon passe-temps favori. Ou du moins, elle l'était jusqu'à hier 4 heures (l'heure du thé, n'est-ce pas) lorsque mon épouse, Lady Pénélope Dashly (Lady P., pour être plus concis), fut enlevée dans notre campement. Vous imaginez bien que l'évènement m'a gâché mon thé ! Il semblerait que deux sauvages aient aperçu Lady P. et aient décidé d'en faire leur propre goûter !
Peu après que Lady P. ait été enlevée, les tam-tams se mirent à résonner dans la jungle. Mes porteurs m'ont traduit le message qui me paraît être une sorte de mémo de la jungle :

À : La communauté cannibale. De : La société des restaurants cannibales. Objet : Le goûter.
Le menu d'aujourd'hui comprendra un supplément ! La soupe du jour sera un bouillon de citoyenne britannique, fraîchement cuisiné et servi promptement à 16 heures précises. Ne manquez pas ce délice spécial pour le goûter ! Pour assister à ce repas, empruntez l'itinéraire suivant : prenez onze lianes dans la Forêt de la Mort, tournez à droite et suivez la Rivière aux Reptiles, croisez quatorze crocodiles pour déboucher sur les Éboulements. Traversez ceux-ci et vous parviendrez au Camp Cannibale. Sautez pour passer les deux gardes (attention aux pointes de leurs lances), tournez à gauche et... vous y êtes ! Bon appétit.

 

Version Atari5200 / Atari 8 bits.
Version Apple II.
Version VCS Atari.
Version ColecoVision.
Version Commodore 64.
Version Commodore Vic-20.
Version PC CGA.

La version Intellivision, finalisée à 85% par Gavin Claypoole, ne fut hélas jamais terminée.
Une version MSX a été développée récemment (2007 !) et se fonde sur la version ColecoVision.

Toutes ces adaptations, vu le jeu de départ, proposent le même challenge que l'original - avec plus ou moins de bonheur au niveau graphique. Donc rien à dire sur le travail effectué, il faut reconnaître que Jungle Hunt ne propose pas un challenge technique exceptionnel !

Oh, j'ai failli oublier : comme pour Donkey Kong et Pac-Man, apprenez que MB a réalisé un jeu de plateau basé sur Jungle Hunt !! Il semble y être question d'un singe fou, le jeu serait-il un mélange de Donkey Kong et Jungle Hunt ?

MB s'accrochait-il aux licences juteuses ?

Pour conclure

Voilà, je vous ai tout dit à propos de Jungle King. J'espère que vous tenterez de faire une ou deux parties sur M.A.M.E., le jeu est amusant - au moins pendant un petit moment - et qui sait, la musique ravivera peut-être vos souvenirs...

JPB
(27 novembre 2011)
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