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Tarzan
Année : 1984
Système : Colecovision
Développeur : CBS
Éditeur : CBS
Genre : Action
Par JPB (11 février 2005)

Si je vous demande de trouver le point commun entre ces noms : Pitfall!, Jungle King (ou Jungle Hunt, c'est selon), vous me direz ?
Ils mettent en scène un personnage dans la jungle ? Bonne réponse.
Ils font penser à Tarzan ? Excellent, c'est la réponse que j'attendais. Rappelez-vous que dans Pitfall!, le héros pousse le cri de Tarzan (enfin, sur VCS Atari, le cri est un peu heu, dénaturé, mais on arrive à le reconnaître).

Ainsi, des jeux s'étaient inspirés de Tarzan auparavant. Cependant, il faut attendre 1984 pour que le personnage d'Edgar Rice Burroughs entre en scène pour de bon dans le monde des jeux vidéo. Problèmes de droits ? Peut-être...

La boîte du jeu.

Bref, Tarzan débarque. Et pas sur n’importe quel support : sur la Coleco. Dépaysement garanti ? On va voir ça ensemble si vous le voulez bien.

OOOOIIIOOOIIIOOOOOOOOO !! (cri de Tarzan)

Le jeu se présente de façon standard : une suite d’écrans fixes dans lesquels vous allez diriger le seigneur de la jungle en personne. Le joystick de la console sert à le déplacer dans toutes les directions, le bouton gauche permet de sauter, le droit sert à boxer un ennemi. Et pour l'entendre pousser son fameux cri, il faut appuyer sur une des touches numérotées.

Au début, quelque part dans la jungle.
Notez le score et la barre de vie en haut (je ne les montrerai plus).

Qu’est ce qui vous attend ? Vos amis, les grands singes, ont été capturés. C’est pas la première fois d’ailleurs, mais là le sort semble se liguer contre vous. Car cette fois-ci, non seulement des chasseurs s’y mettent, mais une vieille idole maléfique semble s’être réveillée au fin fond de la jungle, et ses adorateurs sont de la partie. Ils ont eux aussi mis la griffe sur vos amis qui sont promis à un sort terrible...
Mais heureusement, vous êtes là, vous le seigneur de la jungle, et vous allez tout arranger.

Ennemis méchants mais Tarzan plus fort !

Vous pensez bien que tout n’est pas rose dans la jungle. De vieilles rivalités ont toujours cours. Certains animaux qui ont déjà eu des démêlés avec Tarzan en profitent pour lui mettre des bâtons dans les roues. Trois d'entre eux peuvent être présents à chaque écran.

Tarzan voyage dans la jungle, à l'affût des dangers.

Bolgani, c'est le gorille noir. Tout en muscles mais heureusement pas très malin. Ce qu'il aime, c'est se précipiter droit sur Tarzan et lui balancer un énorme pain dans la tronche en grognant. Mais Tarzan, lui aussi, peut lui décrocher un de ses directs dont il a le secret. Celui qui se fait boxer par l'autre se retrouve étourdi, incapable de bouger pendant quelques secondes. Si c'est Tarzan qui est touché, il perd de l'énergie ; au contraire, si le gorille est assommé, Tarzan récupère un peu de vie. L'astuce c'est de boxer Bolgani pour récupérer toute votre énergie, puis de le laisser en plan, parce que c'est vrai, quoi, vous n'avez pas que ça à faire !
Bolgani est tellement obnubilé par Tarzan qu'il peut se jeter dans un piège. C'est toujours marrant de se débarrasser de lui comme ça.

Gimla est le crocodile présent dans les cours d'eau. Il nage sans but, paresseusement, jusqu'à ce que Tarzan se mouille les pieds et le reste. Alors, tel un missile, il fonce sur sa proie et ouvre la gueule quand il arrive tout contre. Tarzan ne peut pas lutter contre lui dans l'eau : Gimla le mord, Tarzan perd de l'énergie et coule à pic. Heureusement, il ne reste pas inanimé longtemps : reprenant conscience, il crache l'eau de ses poumons et se met à nager comme un forcené vers le rivage.
Il existe deux manières de se débarrasser de Gimla. La première c'est la plus facile (si le crocodile se rapproche suffisamment du rivage, il met souvent de la mauvaise volonté) : lui sauter dessus. Le crocodile disparaît alors dans une gerbe d'éclaboussures. La deuxième, c'est après avoir été mordu par lui, de réapparaître au même endroit. Ça arrive mais c'est plus rare.

Histah, c'est le serpent. Fourbe jusqu'au bout des écailles, il se tapit dans la végétation, ne laissant apparaître que ses deux yeux jaunâtres. Quand Tarzan passe près de lui, il se détend comme un ressort et le mord. Tarzan perd de alors l'énergie et est incapable de faire quoi que ce soit pendant quelques instants, pendant lesquels le vil reptile rampe partout d'allégresse. Mais Tarzan peut le mettre hors d'état de nuire en lui sautant dessus, soit à l'avance en repérant ses yeux, soit une fois que le serpent s'est dévoilé. Le timing est assez délicat.

Les yeux d'Histah brillent en bas à gauche, Bolgani se prend un direct de Tarzan...
et Gimla nage paresseusement dans l'eau.

Des pièges sont cachés un peu partout. Si Tarzan tombe dans l'un d'eux, il perd un peu d'énergie, mais ça ne va pas plus loin. Disons qu'ils ne sont pas très dangereux, mais qu'ils sont pénibles.

Moi Tarzan, toi Cheetah ?

Non, ce n’est pas la guenon qu'on voit dans les films avec Johnny Weissmuller qui vous accompagne au bout de quelques écrans, mais le petit singe N’Kima qui, lui, est bien présent dans les romans. Au début du jeu, vous êtes seul, car votre petit compagnon a lui aussi été capturé par des chasseurs : il est enfermé dans une cage tout en haut d'un mât, au milieu de leur camp. Quand vous le trouvez, vous devez le libérer de sa cage : quand vous aurez réussi à affronter les humains armés de fusils, quand vous aurez réussi à éviter les pièges cachés autour du mât, quand vous aurez réussi à grimper tout en haut et à forcer la cage, alors oui, N’Kima vous suivra au péril de sa vie.

Tarzan sauve N'Kima d'un terrible sort... et se défoule sur le chasseur !

Enfin, il ne peut pas lui arriver grand chose, c’est vrai : il reste simplement au-dessous ou au-dessus de vous, vers le milieu de l'écran, et ne vous quitte pas des yeux. N'kima est bien utile lors de vos pérégrinations dans la jungle : il est capable de vous prévenir quand vous vous rapprochez d'un danger. Un piège, un serpent embusqué, et aussitôt N'Kima s'arrête, lève les bras et se met à pousser des cris stridents !

Cependant, il existe une chose que N’Kima aime plus que Tarzan : les bananes. C'est pour ça que je vous disais qu'il ne vous quitte pas des yeux. Si par exemple, vous voyagez lestement de liane en liane en haut de l'écran, et qu'il s'y trouve des bananes, N'Kima qui vous regarde au-dessus de lui, se précipitera droit sur elles et vous laissera vous débrouiller sans lui. Pour éviter cette trahison il aurait fallu que vous passiez sur le sol, N'Kima vous aurait regardé (en-dessous de lui) et du coup n'aurait pas vu les bananes !
Bien évidemment, le principe inverse est aussi valable... Vous pouvez toujours changer d'itinéraire... sauf quand vous êtes au sol et qu'il n'y a pas moyen de remonter à un arbre...

Des bananes en haut...
... ou en bas... Tarzan les évite.

Que N'Kima accompagne Tarzan ou pas, n'a au final pas d'incidence sur la mission et le jeu. Simplement, comme je le disais plus haut, le petit singe est une bonne aide pour repérer les pièges sournois.

Tarzan fâché ! Idole lui prendre la tête !

À trois occasions pendant son parcours, Tarzan aura la joie de délivrer ses amis les grands singes. Une fois, il en sauvera un qui est prisonnier d'un camp de chasseurs, tout comme l'était N'Kima quelque temps plus tôt. Les deux autres fois, il libèrera deux grands singes enfermés dans des cages, suspendues au-dessus d'un petit étang, et gardées par des fidèles de l'idole maléfique. Ces adorateurs ont le même aspect que Bolgani, mais sont de couleur claire.

Tarzan, je le sais d'expérience, 'faut pas le gonfler : voir les adorateurs de l'idole martyriser ses amis le met en rogne, je vous raconte pas ! Il saute d'un bond sur la première cage, colle un uppercut au premier ennemi - ce qui le fait basculer dans l'étang - puis casse la serrure de la cage pour que le grand singe puisse s'enfuir. Immédiatement, l'adrénaline courant encore dans ses veines, il fait subir le même sort au second adorateur (l'envoyant d'abord dans l'eau puis dans le ventre de Gimla), libère son second compagnon, et reprend la route vers l'idole qui commence sérieusement à le courir.

Quoi ? Ça pas se passer comme ça !
Toi prendre ça dans ta tronche !

Mais ce n'est que du menu fretin. Au bout du parcours, au cœur de la jungle, l'idole de pierre se dresse et rayonne de malfaisance. Cinq degrés de pierre grise depuis le sol, avec des colonnes brisées de chaque côté. Les quatre premiers niveaux contiennent chacun une prison dans laquelle se morfond un des grands singes... Et tout en haut, dominant ses adorateurs et ses prisonniers, l'idole elle-même, masque de pierre aux traits à la fois indifférents et maléfiques.

Tarzan va devoir procéder par ordre. Tout d'abord, libérer tous ses compagnons et en profiter pour mettre des raclées aux adorateurs. Dès le sauvetage du premier grand singe, l'idole se met à lancer des boules de feu depuis ses yeux : Tarzan doit les éviter à tout prix. Et il doit arriver à grimper ou descendre tous les niveaux pour sauver tous ses amis.

L'idole va lancer une boule de feu.
Là, elle crache de la lave.

Une fois que tous les grands singes se sont échappés, l'idole manifeste sa colère en crachant de la lave par la bouche... comme par hasard juste en face du seul accès que Tarzan peut emprunter. Heureusement, elle s'arrête quelques secondes entre deux coulées, et Tarzan doit mettre à profit ce court laps de temps pour gravir le dernier niveau. Une fois à l'abri de la lave, devant la tête de l'idole, il n'a plus qu'à lancer son fameux cri pour que la tête s'enfonce et disparaisse, vaincue par le seigneur de la jungle.

Tarzan être super jeu ! Mais tarzan avoir vieilli !

Et on recommence, mais ça, je pense que vous vous en doutiez.

Que dire au niveau technique ? Que comme d'habitude, visuellement le jeu assure. Les décors sont composés de blocs (arbres, rivières, lianes, buissons...) placés différemment, ce qui fait qu'on les reconnaît bien individuellement mais que leur assemblage présente parfois de bonnes surprises. Selon la difficulté du jeu, il y a plus ou moins d'écrans à traverser en tout (je crois me rappeler qu'on en a une douzaine au niveau 1 et au moins le double au niveau 4). Je me souviens d'avoir vu des passages remplis d'eau sur trois écrans de suite, c'était vraiment joli.
On ne sait pas quelle sera la configuration de l'écran qui suit, à part bien sûr les écrans intermédiaires avec les chasseurs et les adorateurs (on va les appeler boss intermédiaires) qui sont standardisés. Cette grande variété des décors, ainsi que les couleurs parfaitement choisies, font que Tarzan est une réussite graphique.

L'animation des sprites est fluide, sans bugs particuliers. Des petits détails sont bienvenus, comme l'eau éclaboussée derrière Tarzan qui nage... Les mouvements des personnages sont bien faits, sans qu'il y ait de quoi crier au génie, mais Tarzan qui court n'a pas la démarche d'Obélix, et donc de ce côté-là c'est réussi. Et se balancer de liane en liane est un vrai plaisir !

Ah oui, un petit bug d'animation : quand Tarzan est à l'écran des chasseurs, et que ceux-ci tirent au fusil, il arrive fréquemment que la balle passe au-dessus de lui mais qu'il soit touché quand même...

Tarzan pousse son cri. L'idole disparaît.

Les sons : la musique est sympa, mais vite lassante. Il y a trois thèmes : les décors standards, les écrans de boss intermédiaires, et l'écran de l'idole. On peut heureusement couper la musique, et ne laisser que les bruitages.
Ceux-ci sont très simples, mais les actions (taper, plonger...) elles aussi sont simples.

La jouabilité de Tarzan est excellente, on s'amuse à parcourir les écrans et à mettre des torgnoles au gorille. Moins répétitif que d'autres jeux de la même époque (les Schtroumpfs par exemple), on pouvait réellement passer des heures à se balader dans la jungle mystérieuse sans se lasser. On se prenait au jeu quand N'Kima voyageait avec Tarzan, et que soudain on apercevait des bananes... trop tard, le petit singe était déjà parti ! Quelle peste ce bestiau !

On peut encore y prendre plaisir le temps de quelques parties, mais sans plus, l'évolution des technologies et des gens a fait son oeuvre.... Rendez-vous compte, ce jeu a déjà vingt ans... On faisait de belles choses, il y a vingt ans... Mais ça ne nous rajeunit pas !

Tarzan fut testé :
- dans le Tilt n°16 d'Octobre 1984 (Tubes, 5/6).

JPB
(11 février 2005)
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