Au
début des années 1980, les films dans lesquels l’informatique
ou les jeux vidéo ont un rôle important commencent à
percer à l’écran. On a ainsi droit au mythique
Tron en 1982,
dans lequel Flynn, un programmeur de jeux, se retrouve "aspiré"
dans le monde virtuel des mêmes jeux qu’il a créés.
En 1984, ce sera The Last Starfighter qui racontera le destin
d’un joueur de jeux vidéo, dont les talents sur ce qui
est en fait un simulateur lui vaudront d’être enrôlé
dans une armée extraterrestre ; il y aura aussi Electric
Dreams dans lequel l'ordinateur devient vivant, amoureux de la
voisine de son propriétaire... et jaloux de celui-ci.
Mais
pour le moment, arrêtons-nous en 1983. Cette année-là,
deux films vont puiser leur inspiration dans l’univers
des jeux vidéo.
Le premier, En Plein Cauchemar, raconte
quatre petites histoires à la manière de Creepshow
; l’une d’elles, « L’Évêque
des Batailles », met en scène J.J. Cooney,
un talentueux joueur de salles d’arcade, qui va devoir
combattre dans notre monde des entités venues tout droit
du jeu vidéo auquel il joue.
Le second film, celui qui nous intéresse, est réalisé
par John Badham (Tonnerre de Feu). Il relate l’histoire
de David Lightman, jeune lycéen de Seattle, fana d’informatique,
qui trouve une publicité pour de nouveaux jeux vidéo.
Il essaie d’entrer dans le système de cette société
et se retrouve en fait connecté à l’ordinateur
du NORAD, la Défense Américaine... Lançant une
partie de "guerre thermonucléaire globale", il va
s’apercevoir – et d’autres aussi –
que ce n’est pas seulement un jeu.
Nul doute que vous avez reconnu le scénario de War Games.
 |
 |
L'affiche
du film (presque identique à celle du jeu) et la
cartouche. |
Ce
film connaît immédiatement un grand succès.
On voit bien que David, le personnage central (Matthew Broderick)
est un vrai fana des jeux vidéo. Sa chambre avec l’ordinateur
et tout le matériel – y compris le modem antédiluvien –
ne laisse planer aucun doute sur sa passion ; les plans où
on le voit jouer à Galaga
dans la salle d’arcade sont mémorables. Et les
écrans géants du NORAD... De grands moments.
Mais revenons à nos moutons.
War Games c’est bien sûr plus qu’un
film. C’est aussi un jeu vidéo, basé sur
le film. Et le jeu lui-même n’est pas une simple
daube commerciale, comme on l’a vu si souvent : on peut
réellement s’amuser.
Vous
ne me croyez pas ?
Je vais vous montrer.
Greetings
Professor Falken
Contrairement à son homologue du film, Johua, ici l’ordinateur
ne vous propose pas une petite partie d’échecs.
Il vous dit simplement bonjour, puis vous demande de choisir
un niveau de difficulté entre 1 et 8. Bien entendu, le
niveau 1 est idéal pour débuter, tandis que le
8 est un vrai cauchemar.
 |
 |
L'intro
habituelle des jeux ColecoVision, et l'intro Made in War
Games. |
Désormais,
c’est vous et vous seul, depuis le NORAD, qui allez assurer
la défense du territoire des États-Unis, divisés
en 6 secteurs. Vous devez tenir un certain temps, le compte
à rebours étant visible tout au long du jeu au
bas de l’écran. Vos armes sont de quatre types
: les sous-marins, les avions, les missiles et le satellite
qui parcourt les différentes zones chacune à leur
tour. En face, l’ennemi vous oppose les mêmes armes
(sauf le satellite). Son objectif est de détruire les
grandes villes et vos bases afin de vous empêcher de riposter.
Ne
parlant ici que de la version ColecoVision (même
si War Games a existé sur des supports
différents), il faut dès à présent
insister sur le maniement du jeu. Pour une fois, le clavier
numérique des joysticks de la console ne sert pas seulement
à choisir le niveau de difficulté. Ainsi, un petit
cache souple est fourni avec le jeu, qui se glisse sous les
croisillons en plastique, et permet de voir l’action associée
aux touches.
 |
 |
La
manette de la Coleco, si décriée à
l'époque : sans puis avec le cache. |
Le
joystick lui-même sert à déplacer le viseur,
le bouton de tir sert... à tirer bien entendu, mais vous
allez surtout jongler entre toutes les touches et je vous assure
qu’à niveau élevé, c’est particulièrement
stressant !
Passez
en DEFCON 4 !
Dès le début de la partie, vous devez utiliser
l’environnement graphique et sonore. Des alarmes vous
préviennent dès l’intrusion de votre espace
par une menace quelconque. À vous de la repérer
au plus vite, et d’agir de manière à la
repousser.La carte générale permet d’avoir
une vision d’ensemble du territoire des États-Unis.
À cette échelle, les menaces sont représentées
par de simples pixels venant des extrémités de
la carte, et se dirigeant vers l’intérieur de vos
territoires. Certaines des six zones que vous défendez
sont moins vastes que d’autres, mais elles sont tout aussi
importantes.
 |
La
carte générale. À droite, les DEFCON.
Tout va bien mais des menaces arrivent au nord de A et
C. |
Quand
vous zoomez sur une zone en particulier, les menaces sont identifiées
en blanc : comme je le disais plus tôt, ce sont soit des
sous-marins, soit des avions, soit les trajectoires de missiles.
En fonction du type d’attaque, vous allez devoir réagir
1/ au plus vite, 2/ au plus près, 3/ avec l’arme
la mieux adaptée (vos équipements apparaissent
en bleu) et enfin 4/ passer à une autre menace avant
de savoir si vous avez bien détruit celle-ci.
Dans
tous les cas, vous gardez à droite de l’écran
une vision du statut DEFCON de chaque zone, ainsi que du statut
DEFCON global. Dès qu’une menace apparaît
dans un secteur, son statut DEFCON passe du gris au rouge.
Passez
donc en DEFCON 3 !
Le
jeu s’inspire fortement du principe de Missile
Command. Si vous vous souvenez bien, dans ce jeu des tirs
ennemis apparaissent du haut de l’écran, et vous lancez
des ogives pour les contrer. Le but est de calculer l’endroit
où les faire sauter, sachant d’une part que vos ogives
mettent un certain temps pour arriver à l’endroit que
vous avez choisi, et d’autre part que vos ogives explosent avec
un effet de zone : ceci permet de détruire d’un coup
plusieurs missiles ennemis.
 |
 |
Missiles
en approche, mais le satellite veille. |
Énormément
de missiles arrivent du nord. |
Ici
pas d’effet de zone (enfin si, un petit avec les missiles
ABMS), mais vos ripostes mettent un certain temps pour accomplir
leur trajet. Les missiles sont très rapides, les avions
et les sous-marins moins : à vous de calculer la trajectoire
de l’ennemi pour lui couper la route. Si au début,
vous pouvez regarder en direct ce qui se passe, quand l’ennemi
lance plusieurs attaques simultanées vous ne pouvez plus
vous permettre d’assister à l’anéantissement
de la menace : dès que les coordonnées ont été
envoyées à votre arme, il faut passer à
une autre.
Et
l’autre peut très bien se trouver dans une zone
différente ! C’est là que vous allez commencer
à jongler entre les sept écrans pour agir au plus
vite. Regarder la carte principale pour repérer des menaces,
charger la zone correspondante, activer la ou les ripostes,
passer à une autre zone si vous avez pu mémoriser
d’autres attaques en approche, et ainsi de suite. Rapidement
l’action devient infernale.
Passez
en DEFCON 2 !!
Le satellite est un atout dans votre jeu. En le sélectionnant
comme arme, il lance des rayons qui détruisent presque immédiatement
la menace visée, et de plus il est capable d’agir
sur tout type d’ennemi. De plus, un tir traverse toujours
l’écran, si vous êtes doué ou chanceux
vous arriverez à éliminer plusieurs menaces d’un
coup.
 |
 |
Interception
d'un avion ennemi en cours. |
Quelques
dégâts et un sous-marin ennemi. |
Seulement,
le satellite ne reste pas très longtemps dans une zone
: son parcours l’emmène dans tous les secteurs
l’un après l’autre, en diagonale. Ce parcours,
toujours identique, permet de savoir à l’avance
où il va se rendre, mais il est fréquent que le
satellite quitte un secteur au moment où vous en avez
justement besoin !
Passez
en DEFCON 1... et priez !
En
général, quand il reste deux minutes, l’ennemi
lance une offensive de grande envergure. Ceci sous-entend une
attaque simultanée des six zones par des dizaines de
menaces, principalement des missiles dans les trois secteurs
nord. C’est le passage le plus délicat : si vous
arrivez à vous en sortir, vous pouvez respirer ! Le problème
principal vient déjà du fait que, s’il y
a une seule menace dans l’ensemble des États-Unis,
le statut DEFCON diminue d’un point. Vous devez donc arriver
à éliminer les appareils ennemis au plus vite
: les dégâts subis par vos infrastructures font
aussi baisser le DEFCON de la zone. Et si vous subissez trop
de dégâts, il sera impossible de le remonter !
 |
 |
Le
satellite va s'occuper des sous-marins. |
Interception
d'un missile par un avion. |
Si
le DEFCON global passe à 1, vous avez 60 secondes pour
arriver à le remonter à 2. Ce DEFCON global étant
lié aux six DEFCON de chaque zone, il vous sera parfois
impossible d'arriver à empêcher l'inévitable
: la riposte des États-Unis, le lancement des missiles
nucléaires vers la Russie... et la fin du monde.
Mais...
Ce n'est qu'un jeu !
Une
fois le compte à rebours terminé, l’ordinateur
fait le décompte des sites qui n’ont pas été
détruits (villes représentées par un carré
bleu, et bases diverses) et vous annonce votre score. Si vous
n’avez rien perdu du tout, vous avez droit à un
bonus. Si la guerre est déclarée, vous avez perdu
mais un calcul de points est tout de même effectué.
 |
 |
Le
score final de la partie. |
DEFCON 1... Les États-Unis ripostent !
Fin du monde. |
Et
techniquement alors ? Graphiquement les secteurs sont bien reconnaissables
: on est aux USA, pas de doute. Les petits sprites sont simples
mais clairs, c’est bien ce qu’on leur demande pour
réagir rapidement. Leur animation est des plus succinctes,
c'est à dire un déplacement d'un point A vers
un point B en ligne droite, le sprite lui-même ne subissant
aucun changement. Quant au son, lui aussi est réduit,
juste quelques sonneries pour prévenir d'une attaque.
On a juste droit à une petite musique lors de la victoire,
au moment de l'affichage du score. C'est vrai qu'au final, on
pouvait s'attendre à une réalisation technique
plus impressionnante, la Coleco ayant déjà fait
preuve de ses capacités.
Le
maniement de War Games (par là j'entends
le déplacement du viseur à l'écran) est,
hélas, un peu limite quand on utilise la manette de la
Coleco. Bon, on fait avec, et la pratique aidant il
est possible de jouer très correctement et de réaliser
des scores parfaits. Mais ce genre de jeu, nécessitant
des réflexes ultra-rapides, se prête mal à
l'utilisation d'un joypad. Rappelez-vous, l'époque d'Arkanoïd
sur les micros 8 bits, quand il fallait déplacer la raquette
avec un joystick ! Une souris aurait certainement bien mieux
convenu à War Games.
Or, à l'époque, CBS avait sorti un autre accessoire
qui avait moins fait parler de lui que le module Turbo,
mais qui était intéressant : le Roller Controller.
C'était en fait un trackball, je n'ai pas besoin
de vous expliquer comment ça fonctionne ! War
Games était compatible avec cette extension,
et en plus dans ce mode deux joueurs se complétaient
: un qui déplaçait le viseur, l'autre qui choisissait
l'arme appropriée et qui tirait.
 |
Le
Roller Controller. Les deux manettes ne sont pas fournies... |
Je
n'ai jamais eu l'occasion d'essayer ce Roller Controller.
J'aurais bien aimé voir ce que ça donnait. War
Games devait certainement être bien plus prenant
et agréable !
Voilà,
j'en ai fini avec ma petite démonstration selon laquelle
War Games était plus qu'une simple utilisation
de la licence du film. En tout cas, j'y ai rejoué pour
faire cet article, et je me suis bien amusé. Les quelques
parties que j'ai faites, je les ai appréciées
sans lassitude, le challenge est toujours aussi ardu et prenant
en modes avancés. Le jeu a vieilli techniquement, c'est
certain, mais le fun est toujours présent !
War
Games fut testé :
- dans le Tilt n°14 de Juillet 1984 (Tubes, 5/6).
JPB