Le 1er site en français consacré à l'histoire des jeux vidéo
Operation Stealth
Année : 1990
Système : Amiga, Atari ST, PC
Développeur : Delphine Software
Éditeur : Delphine Software
Genre : Aventure / Point'n click
Par Laurent (18 octobre 2001)

À la vue de ce jeu, qui succède aux mythiques Voyageurs du Temps, une constatation s’impose : Delphine a parfaitement réussi sur ST et Amiga ce que Cryo a essayé en vain de faire sur PC quelques années plus tard, à savoir créer des jeux d’aventures grand public, destinés aux non-spécialistes de la chose, mais se plaçant au même niveau de qualité que les références du genre. Operation Stealth n’a rien a envier aux productions de LucasArts ou Sierra, tout en présentant une réalisation plus flashy et une difficulté moindre.

Si les Voyageurs du Temps développait un contexte narratif et artistique tout à fait original, Operation Stealth est par contre bourré de références. Vous y incarnez l’espion américain John Glames, une sorte de double de James Bond travaillant pour la CIA. Le Stealth, avion de combat révolutionnaire totalement indétectable, vient d’être dérobé et vos supérieurs soupçonnent le KGB d’être à l’origine du vol. Chargé de faire la lumière sur l’affaire en toute discrétion (votre spécialité), vous vous retrouvez rapidement à enquêter dans une république d’Amérique du sud, le Santa Paragua, dirigée par un dictateur qui a assassiné toute sa famille (sauf sa fille) à peine arrivé au pouvoir. Sur place, vous serez confronté à des tueurs professionnels à la solde du KGB, aux hommes du main du dictateur, ainsi qu’à sa fille qui veut votre peau (sans que vous sachiez pourquoi) et vous devrez identifier un mystérieux agent qui se fait passer pour vous. Au fil du déroulement du jeu, vous découvrirez que derrière le vol du Stealth on trouve une organisation terroriste nommée Spyder, mais le scénario, complexe et bourré de rebondissements, ne révèle toutes ses ficelles qu’à la fin de l’aventure.

On voit qu’on a là tous les ingrédients d’un roman d’espionnage, auxquels il faut ajouter les gadgets, innombrables, que John Glames va devoir utiliser pour se sortir de diverses situations (rasoir électrique, microphone, stylo cracheur d’acide, bracelet gonflable etc.) L’interface est pratiquement la même que celle des Voyageurs du Temps, c’est à dire qu’elle fait la part belle aux graphismes, les menus devant être appelés du bouton droit de la souris pour apparaître. Les développeurs ont tenu compte des critiques formulées à propos de leur précédent jeu, à savoir qu’il est possible d’agir sur des objets sans que le personnage se tienne à côté d’eux, et les plus petits apparaissent dans un coin de l’écran en zoom. Il est aussi possible d’examiner et de combiner les objets de l’inventaire, ce qui apporte de nombreuses possibilités. Cette interface high-tech que les puristes du jeu d’aventure avaient dénigrée devient presque aussi performante que celle des jeux LucasArts, tout en prenant moins de place à l’écran.

Les objets découverts et les situations dans lesquelles il faut les utiliser répondent à une logique simple, même si certaines énigmes sont coriaces. Par exemple, la combinaison d’un coffre-fort se trouve écrite sur un papier situé à un autre endroit, ce qui est prévisible, mais la découverte de ce papier n’est pas aisée du tout. Cet équilibre dans les difficultés, qui permet de satisfaire les joueurs de tous niveaux, est difficile à établir et les concepteurs d’Operation Stealth s’en sont très bien sortis. L’autre aspect déterminant, plus discutable, est la place importante laissée aux phases d’action. Dans les Voyageurs du Temps il n’y en avait qu’une, mais là elles sont nombreuses et de plus en plus fréquentes dans la dernière partie du jeu. Le hic, c’est qu’elles sont parfois extrêmement difficiles, pas très jouables, et il est impossible de finir le jeu sans les réussir (commentaire perso : elles ont eu raison de ma patience et je n’ai jamais pu terminer l’aventure...).

Exemples de phases d'action.

Passons au point fort de ce jeu acclamé à sa sortie : la réalisation. Les graphismes sont magnifiques, parmil les plus beaux qu’on ait vu dans un jeu d’aventure sur 16-bits. Le visuel est différent de celui des Voyageurs du Temps, dont les graphismes étaient signés Éric Chahi.

Des graphismes magnifiques.

Cette fois, c’est Michèle Baque qui impose son style, influencé par la BD et le dessin animé, comme elle l’a fait sur de nombreux jeux français sortis à l’époque (en particulier les excellents Adidas Beach Volley et Ivanhoe). Les personnages et décors ont une allure qui permet de reconnaître instantanément leur auteur. Le trait est franc, les visages légèrement caricaturaux, et les couleurs très vives et contrastées. Ce genre de graphisme, particulièrement mis en valeur par l’affichage 16 couleurs des ST et Amiga (sur PC, une version VGA-256 est sortie), convient parfaitement au scénario, plein d’humour mais prenant et complexe. De nombreuses animations font vivre les personnages, et les décors sont en simili-3D (il est possible de passer derrière certains objets). Pour conserver l’unité visuelle du jeu, les concepteurs se sont efforcés de conserver le style graphique très élaboré des phases statiques dans les phases d’action. Pas de miracle, celles-ci sont saccadées, et d’une maniabilité exécrable.

Operation Stealth représente six fois plus de données que les Voyageurs du Temps. Cela s’explique par la longueur du jeu, plus importante, et les animations, notamment les séquences d’intro et de conclusion de l’aventure, très longues et réussies. Les musiques, quant à elles, sont au format MIDI, permettant aux possesseurs d’Atari ST (ou d’Amiga ayant investi dans une interface MIDI) de les faire jouer par un synthétiseur et de bénéficier d’une bien meilleure ambiance sonore que celle dispensée par le chip d’origine de la machine.

Ce deuxième jeu d’aventure pour Delphine est donc un nouveau coup de maître, même si les nostalgiques se souviennent plus volontiers des Voyageurs du Temps, choc énorme et surtout inattendu à sa sortie. Operation Stealth a été un gros succès commercial, et a permis à l’équipe de Delphine pour son jeu d’aventure suivant, Croisière Pour Un Cadavre, de se montrer très ambitieuse (peut-être même trop pour un jeu 16-bits sur disquettes). Si leurs créations fabuleuses dans le domaine du jeu d’aventure/action font l’unanimité (Another World, Flashback), Operation Stealth est un peu oublié aujourd’hui et se montre toujours appréciable, car assez proche en qualité de titres beaucoup plus récents.

NB : Aux USA, le jeu a été édité par Interplay, propriétaire à l'époque de la licence James Bond pour le jeu vidéo. Du coup, le héros est devenu James Bond, et le jeu s’est intitulé là-bas James Bond – The Stealth Affair.

Laurent
(18 octobre 2001)