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Shadow the Hedgehog
Année : 2005
Système : GameCube, Playstation 2, Xbox
Développeur : Sega of America
Éditeur : Sega
Genre : Action / Plate-forme
Par DSE76 (08 janvier 2018)
Cover de Shadow the Hedgehog. Depuis ce jeu, la série Sonic n’est plus jamais vue comme avant.
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2005, SEGA of Japan, Haneda, Tokyo, Japon

Après l’achèvement de Sonic Heroes, Takeshi Iizuka s’est demandé quelle sorte de jeu il voulait faire : un Heroes 2 ? Un Adventure 3 ? Puis il s’est rappelé que la Sonic Team USA, durant le développement de Sonic Adventure 2, voulait développer le personnage de Shadow. Du coup, il rassemble l’équipe (renommée entre temps SEGA Studios USA) pour la création d’un nouveau jeu fondé sur le moteur de Sonic Heroes.

Quelques semaines après la sortie de Heroes, SEGA décida de faire un sondage pour savoir quel personnage aura son jeu. Quasiment tous les personnages furent proposés : en sont ressortis la plupart des personnages connus comme Knuckles ou Tails, quelques outsiders comme Espio mais c’est finalement un personnage récent qui a gagné : Shadow the Hedgehog, personnage dark au possible, à la pointe de son temps et aimé des innombrables 12-18 ans.

Screenshot promotionnel du jeu sortie à son annonce. Le Shadow comme ses fans l’adorent.

Après les révélations du sondage, SEGA participait au Walk of Game, une attraction de San Francisco conçue pour honorer les icônes du jeu vidéo. La firme d’Haneda pensait que l’opportunité serait parfaite pour présenter son nouveau jeu. Arrive le tristement célèbre trailer qui "flingue" des jeux Sonic comme Sonic 2 ou Heroes avant d’annoncer la couleur : explosions, armes à feu, aliens et couleurs oscillant entre l’orange et le marron.

Comme Shadow était un personnage plus sombre que les autres, SEGA Studios USA décida que le jeu devait viser un public plus mature. Ils s’inspirèrent de films comme Underworld, Constantine, Independance Day ou Terminator (vous remarquerez que cette liste contient un seul film de potable). Ce ton plus sombre permit d’introduire des éléments comme les véhicules ou les armes à feu. Le studio était fier de présenter un jeu où on pouvait courir et tirer en même temps, surtout que Shadow était considéré comme le seul personnage pouvant avoir un tel gameplay.

Shadow posant fièrement comme le héros badass à deux francs, six sous qu’il est.

Malheureusement, le jeu subira un concours de circonstances toutefois assez amusant : à cause des armes à feu et des jurons qui volent dans tous les sens, l’ESRB (l’organisme qui vérifie la catégorie d’âge pour les jeux aux États-Unis) donne à Shadow the Hedgehog un T (Teen ou +12 pour l’équivalent PEGI). Seulement, l’organisme américain crée une nouvelle note : E+10, compromis entre E (Everyone ou +3 pour l’équivalent PEGI) et T. SEGA s’engouffre vite vers cette note... ce qui signifie auto-censurer certains passages et en réduire la violence, comme supprimer le sang pour les humains ou colorer en vert celui des aliens. Vous l’aurez compris : Shadow the Hedgehog est non seulement un jeu démesurément edgy et "mature" mais démesurément edgy, "mature" et édulcoré.

Pour ne rien arranger, SEGA décide de remplacer les voix actuelles dans les jeux... par le cast de Sonic X, version 4 Kids (je conseille de regarder la version 4 Kids de Sonic X, c’est à mourir de rire). Si cela permet à marquer les débuts de Mike Pollock dans les jeux, qui est considéré comme l’une des meilleures voix de la série (au point de le garder lors d’un pénultième changement de voix en 2010), en revanche, certaines voix deviennent pires comparés aux précédentes. La palme revient certainement à Kathleen Delaney, qui parvient à transformer une chauve-souris de 18 ans en espèce de couguar de 40 ans. Les fans réclamaient le retour du cast précédent mais malheureusement, le décès de Deem Bristow (la voix d’Eggman) mettra fin au projet des fans et entérinera définitivement le nouveau doublage.

Bien qu’à sa présentation, Shadow utilisait pas mal de jurons, SEGA, pour forcer le jeu dans une catégorie d’âge, n’hésitera pas à censurer pas mal de passages, comme ce "Hell".

Pour sa prestation musicale, Jun Senoue voulait convaincre un maximum de groupes musicaux de néo métal pour composer les thèmes principaux du jeu. Malheureusement, Senoue et SEGA peineront à avoir les droits pour exploiter les différentes musiques. Certaines d’entre elles devront être supprimées et remplacées.

Le jeu sort en novembre-décembre 2005 et dire que la critique a été froide est un doux euphémisme : elle a vite descendu le jeu avec les déboires techniques qu'il cumulait. Toutefois, le bombardement de la presse et des joueurs n’a pas suffi à perturber les ventes puisqu’en 5 mois, le jeu se vendra à plus de 1,5 millions d’exemplaires (il faut dire que le jeu contenait tout ce qui pouvait faire plaisir au public-cible du jeu vidéo de l’époque). Mais la réception du jeu a vite refroidi SEGA de refaire un autre épisode.

Maintenant, allons critiquer leur race !

Holà, du calme, Mr Splash ! Bref, Shadow the Hedgehog est jeu de plateformes qui mélange un certain nombre de gameplays et genres comme la conduite ou le tir. Le jeu contient toujours la base des éléments de la série, à savoir qu’un anneau symbolise la fin du niveau et que d’autres, plus petits, sont éparpillés un peu partout afin de servir de points de vie (un seul en possession suffit à se protéger). Si le joueur n’en a aucun et qu’il se fait toucher, il perd une vie et doit retourner au dernier checkpoint.

Les actions de Shadow sont assez typiques des jeux Sonic : il peut courir, sauter, faire un jump dash s’il n’y a pas d’ennemis, faire une homing attack sur les adversaires. Il peut aussi courir sur les murs en sautant dessus et faire le Triangle Dash de Sonic Heroes. Shadow peut aussi s'agripper aux plateformes les plus proches, utiliser les ressorts pour se propulser et s’agripper aux barres ainsi qu’aux grappins. Enfin, Shadow peut grinder sur les rails, et une addition des plus bienvenues, surtout après Heroes : Shadow peut facilement changer de rails à l’aide du bouton A et la direction du rail souhaitée.

L’écran du jeu est un plus chargé que d’habitude.

Concernant le scénario du jeu, une comète étrange revient sur Mobius. Elle contient une race d’extra-terrestres nommés les Black Arms. Ces derniers veulent conquérir la Terre, ni plus ni moins. Leur chef, Black Doom, veut convaincre Shadow de rejoindre son camp et lui rapporter les émeraudes Chaos. Pendant son temps, le GUN prépare ses défenses pour repousser l’invasion. Aussi, Eggman tente de récupérer sa part de gâteau en affrontant et le GUN et les aliens.

Le jeu est en fait divisé en trois camps sur lesquels vous pourrez vous aligner en cours de jeu : Hero, Dark et Neutral. Chaque niveau dispose généralement de trois missions dans lesquelles vous pourrez choisir votre alignement, défini selon le personnage qui vous accompagne et surtout l’objectif que vous accomplissez. Un des protagonistes de Sonic Heroes, un émissaire du chef des aliens (Black Doom) ou le Docteur Eggman viendra vous offrir une mission que vous devez accomplir pour terminer le niveau dans l’un des trois alignements. Si l’œil de Black Doom ou le communicateur d’Eggman se contentent de lancer des remarques sur le jeu, les personnages qui vous accompagnent, eux, peuvent vous aider en cours de mission (ils agissent comme vos collègues dans Sonic Heroes). Ils peuvent même être contrôlés par un second joueur, façon Sonic 2.

Les niveaux sont répartis selon un arbre façon Out Run. En fonction de comment vous finissez le niveau, vous irez en haut, au milieu ou en bas de l’arbre. Plus vous irez en haut, plus vous serez considéré comme dark. Évidemment, le bas du tableau est réservé à Hero. Cela permet de créer des embranchements de niveaux différents et permet de varier le jeu. On traverse ainsi six stages et le dernier comporte deux fins différentes. Ce système était en fait prévu pour Sonic Adventure 2, mais il n’a pas pu être intégré.

Le déroulement du jeu se fait à la Outrun, un chemin pris vous mène à un autre niveau.

Le jeu introduit une nouvelle mécanique qui a fait couler d’encre : les armes à feu. Situées dans les caisses ou aux mains des ennemis, les armes sont automatiquement ramassées par Shadow. Il existe de nombreux types d’armes qui ont toutes leurs caractéristiques mais les munitions sont limitées. Récupérer des armes du même type permet d’obtenir des munitions correspondantes. Contrairement à une idée reçue, les armes sont bien utiles car, comme dans Heroes, les ennemis sont parfois de véritables sacs à points de vie. Avoir une arme facilitera les combats car ruinant très rapidement la santé de vos adversaires.

Autre mécanique introduite : les véhicules. Parfois dans le niveau, se trouvent quelques véhicules que Shadow peut conduire. Les commandes et actions des véhicules dépendent de ceux-ci. Malheureusement, à part deux véhicules, ils sont rarement indispensables. Pire, Shadow est beaucoup plus lent et moins mobile dans la grande majorité de ces véhicules. Pour rattraper un peu le tout, les tourelles, situées dans certains niveaux, permettent d’attaquer l’adversaire, s’avérant beaucoup plus utiles et efficaces que tous les moyens de déplacement mis à votre disposition.

Le jeu contient nombre de véhicules qui sont rarement utiles, mis à part celui-là (et un autre). En revanche, les armes vous seront indispensables contre les sacs à points de vie que sont les ennemis.

Au fur et à mesure que vous éliminez des ennemis, vous remplissez deux barres situées en haut de l’écran. La barre à droite est la barre Hero : lorsqu’elle est pleine, vous pourrez faire un Chaos Control, avec Shadow soit traversant le niveau à la vitesse de la lumière, soit ralentissant le temps face à un boss. Celle de gauche est la barre Dark : lorsqu’elle est remplie, vous pourrez effectuer un Chaos Blast, une attaque de zone qui élimine nombre d’ennemis. La barre bleue (Hero) augmente quand vous éliminez des aliens ou les robots d’Eggman (s’il y a des robots du GUN), et la rouge (Dark) quand vous détruisez des membres du GUN ou les robots d’Eggman (s’il y a les aliens).

Le calcul du score pour obtenir les ranks est un petit peu plus compliqué : le neutre est simple, ramassez le plus d’anneaux et terminez le stage le plus vite possible pour obtenir un bonus de points élevé. Hero et Dark, en revanche, nécessitent d’éliminer le plus d’ennemis du camp opposé en épargnant les adversaires du camp que vous avez choisi, car le score est calculé avec le score neutral plus le score du camp que vous avez choisi moins celui du camp opposé. L’ennui est que, assez souvent, vous serez forcé de détruire des ennemis du camp opposé pour progresser, ruinant votre score et donc votre note.

Quand l’une des barres est pleine, Shadow est entouré par une aura, est invincible et bénéficie de munitions illimitées. Il peut utiliser son pouvoir à l’aide de la touche triangle/Y.

Pour ce qui est des graphismes, Shadow the Hedgehog est dans la continuité de Sonic Heroes, mais on ne peut pas vraiment dire que jeu soit d’une grande beauté. Par moments, le jeu arrive à être plus moche que Sonic Adventure 2 avec certains niveaux repompés de cet épisode, en grande partie parce que le jeu a abandonné le blue sky typique des jeux Sonic pour du gris-marron... euh, gris-violet plutôt. Heureusement que les animations rattrapent un peu le tout.

La musique est tout aussi pauvre : la totalité de la bande son est composée de musiques hard rock, vraiment peu inspirées. Pas une seule ne se détache du reste : c’est incroyablement insipide, tout en participant à cette espèce de simili ambiance dark très peu convaincante.

Sky Troops est de loin le meilleur niveau du jeu, avec un niveau suffisamment mémorable et une musique qui l’est tout autant.

Il est temps d’examiner les éléments à charge : Shadow the Hedgehog est tristement connu pour son ambiance dark, à tel point que les anglophones surnomment le jeu "Ow the edge" grâce à un meme devenu populaire en très peu de temps. La Sonic Team USA brosse les joueurs accumulés par Sonic Adventure 2 (qui contient déjà les éléments de Shadow the Hedgehog) sans la moindre subtilité en intégrant des éléments de gameplay déjà vus et considérés comme matures pour les 12-18 ans... Peu importe si l’intégration de ceux-ci n’apporte rien et rend le jeu des plus puérils.

Le scénario est un bazar incroyable, fondé sur l’amnésie de Shadow, qui aurait pu être simplement réglée en demandant à l’un des protagonistes de Sonic Adventure 2 (au hasard, Rouge) de lui raconter son histoire. Au lieu de ça, Shadow doit suivre un mystérieux personnage - chef des aliens (les Black Arms) qui viennent d’envahir Mobius - sans le connaître vraiment ni se poser de question sur ses motivations. S’ensuit une narration qui se marche dessus, en grande partie à cause du système d’arbre qui permet de trahir l’un des deux camps puis de le rejoindre, puis de le retrahir... Les quelque 10 fins valent leur pesant d’or : toutes fondées sur la même structure, elles ne sont explicatives en rien et dans trois d’entre elles, Shadow tue Eggman ! (désolé pour le spoiler !)

Un extrait de la vidéo d’intro du jeu. Le jeu essaie désespérément de se montrer dark sans y parvenir, donnant un côté nanardesque.

La jouabilité du jeu est une catastrophe : pour une raison que j’ignore, ils ont décidé d’accentuer le côté glissant de Sonic Heroes (bien que je ne l’aie pas ressenti dans le dit jeu). Résultat : Shadow est un vrai patineur et son contrôle est un vrai calvaire. Les virages que prend le personnage ainsi que ses sauts donnent une sensation de non-contrôle des plus désagréables. Ça rend les phases de plateformes des plus délicates, en particulier à Cosmic Fall.

Le level design est tout aussi indigent : déjà, comme dans Sonic Adventure 2, le thème d’un niveau est recyclé dans un autre, qui se fait passer pour une zone toute neuve mais qui, en réalité, est juste une variante. Autre "particularité" aussi piquée à Sonic Adventure 2, le recyclage monstrueux d’assets : c’est d’ailleurs le nœud du problème de la pauvreté du level design de Shadow the Hedgehog. Des bouts de niveaux sont copiés-collés un peu partout et on a l’impression d’être déjà passé par là.

Cosmic Fall est sans doute l’un des pires niveaux en matière de plateformes et où les problèmes de contrôles se font le plus sentir.

Pour ne rien arranger, le jeu adopte un ton mature des plus puérils qui rend le tout impossible à prendre au sérieux. Le doublage n’arrange rien puisque les acteurs cabotinent comme jamais, en particulier ceux de Shadow, Sonic et Eggman. La traduction de SEGA of America est à la ramasse et donne de grosses perles : si la plupart des dialogues de Shadow sont devenus des memes ("Where’s that damn fourth chaos emerald ?"), certaines phrases sont un non-sens grammatical ("nous sommes en route vers l’ARK, ça veut dire que nous allons y aller aussi" (par chance, SEGA Europe a corrigé cette grosse faute dans la traduction française)), allant parfois avec ce contre-sens total dans une discussion entre le président et le commandant, qui parlait de Shadow dans la version originale mais parle de Robotnik dans la version anglaise (pour expliquer le contexte, ils remercient un type qui a voulu écraser une colonie spatiale sur Mobius pour se venger du meurtre de sa petite fille).

La structure du jeu elle-même pose problème : 10 fins alternatives, 2 pour chacun des 5 niveaux finaux. Seulement, comme les épisodes 3D de la série, Shadow the hedgehogdispose d’une Last Story, uniquement déblocable après avoir obtenu chacune de ces dix fins. Non seulement le joueur doit se taper 10 fois le premier niveau (Westopolis) car il n’est pas possible de reprendre à partir d’une branche, mais en plus, aucune des dix fins ne sont canons et elles ne servent strictement à rien : le fameux "Héros ou Méchant, à vous de décider" n’est qu’illusion car Shadow sauvera le monde de toute façon dans la Last Story.

Ce passage est une perle en version anglaise, mais SEGA Europe est visiblement plus doué que SEGA of America en matière de traduction : la version française, au moins, est correcte grammaticalement.

Shadow the Hedgehog est un véritable nanar vidéoludique, une parodie du jeu vidéo des années 2000 où l’on tentait vainement de brosser les 12-18 ans dans le sens du poil, en y mettant de la violence, de la pseudo-maturité, du réalisme sans donner un quelconque message. La série avait franchi une ligne rouge, abordant une pente définitivement glissante, mais ce n’est qu’au jeu suivant que le fond du trou allait être finalement atteint - mais ça, c’est pour une autre fois.

DSE76
(08 janvier 2018)
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