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Les Sherlock Holmes de Frogwares
Le célèbre détective a très souvent été le héros de jeux vidéo et ce studio ukrainien, plus que tout autre, s'en est fait une spécialité avec la série des [i]Adventures of Sherlock Holmes(/i] que cet article passe en revue. Un tour d'horizon des innombrables adaptations de Holmes autres que littéraires est aussi au programme.
Par gregoire01 (17 mai 2018)

Note : cet article était à l'origine un Groblog posté en octobre/novembre 2014 (voir cette section du forum)

À l’occasion de la sortie de l'épisode Crimes et Châtiments, je me suis dit qu’il serait intéressant de faire une rétrospective de la saga des aventures de Sherlock Holmes signées Frogwares. En effet c'est depuis 2002 que le célèbre détective est associé à ce studio franco-ukrainien. Une saga intéressante sur bien des plans et qui s'enrichit régulièrement. Notez que je n'emploie pas le mot "saga" à la légère car outre la durée de l'association Holmes/Frogwares, les épisodes se font plusieurs fois référence entre eux, de manière plus ou moins subtile, imposant donc l'idée d'une chronologie.

Je ne traiterai pas les épisodes ou adaptations Nintendo DS ni les épisodes comme Le mystère du tapis persan et Le chien des Baskerville car ce sont des titres anecdotiques se limitant à une succession de mini-jeux et de recherches d’objets où le scénario n’occupe pas une place importante. Je me bornerai aux épisodes Frogwares, donc exit ceux de Mindscape comme Les Affaires Perdues de Sherlock Holmes, du moins pour ce qui concerne cet article.

Le sommaire est le suivant :

- Un petit tour autour des adaptions : Laurent ayant déjà évoqué l’origine du personnage dans l'article sur The Lost Files of Sherlock Holmes: The Case of the Serrated Scalpel, je me pencherai un peu plus (mais pas trop car ça n’en finirait jamais) sur ses apparitions dans différents médias. Ce sera également l’occasion de corriger une erreur que Laurent a faite dans son article.
- Sherlock Holmes et le Mystère de la Momie.
- Sherlock Holmes et la Boucle d’Argent.
- La Nuit des Sacrifiés.
- Sherlock Holmes contre Arsène Lupin.
- Sherlock Holmes contre Jack L’éventreur.
- Le Testament de Sherlock Holmes.
- Sherlock Holmes : Crimes et Châtiments.

Evidement, si d’autres épisodes se présentent par la suite, je tâcherai de les aborder par des mises à jour de cet article.

PETIT TOUR DES ADAPTATIONS DE SHERLOCK HOLMES

À l’instar de James Bond (un autre britannique), Sherlock Holmes est un héros qui a dépassé le statut du personnage de fiction pour devenir une icône, toujours flanqué de assistant (et faire-valoir) le Dr John H. Watson. Bien des décennies après la mort de son créateur Arthur Conan Doyle (1859-1930), Holmes reste un personnage mondialement célèbre, un mythe entretenu au-delà des romans. D’ailleurs plusieurs des traits qu'on lui prête (la casquette, le fameux "Elémentaire mon cher Watson"...) ne viennent pas des romans de Doyle mais d’adaptations diverses sous d'autres formes de divertissement. Nous allons justement parler de ces adaptations. L'article ne sera pas exhaustif, loin de là car Holmes est un des personnages les plus exploités de l’Histoire.

THÉÂTRE

Avant de parler cinéma, il convient de préciser que les aventures de Sherlock Holmes ont très tôt été adaptées, notamment au théâtre. En effet, alors que le premier récit dont Holmes est le personnage principal fut publié en 1887, on recense dès 1894 différentes incarnations sur scène, l'Histoire ayant surtout retenu le travail de l’acteur et metteur en scène de théâtre William Gillette qui écrira, montera et interprétera les aventures du grand détective de 1899 à 1930. Pourquoi est-il resté dans les mémoires alors que le théâtre est un art éphémère, au contraire du cinéma qui a rendu tant d'acteurs immortels ? Tout simplement parce que c’est Gillette qui a popularisé l’image d'un Holmes vêtu d’une casquette et d’une cape, pipe à la main. Il a ainsi créé sept pièces autour du personnage qui sont encore données aujourd’hui.

William Gillette dans son costume.

Pour rester dans les anecdotes théâtrales, évoquons l’acteur Harry Arthur Saintsbury qui interpréta le rôle 1.400 fois au cours sa carrière, ainsi que les comédies musicales ou encore les acteurs Jeremy Brett et Edward Hardwicke de la série télévisée produite dans les années 80 par la chaîne Granada (j’en parlerai davantage plus tard), qui ont repris leur rôle sur les planches.

Affiche de la pièce avec Harry Arthur Saintsbury dans le rôle titre (notez qu'il s'agit d'une des pièces de William Gillette).

CINEMA

Le personnage le plus adapté au cinéma est Dracula avec 272 films au moment où j’écris ces lignes. Sherlock Holmes arrive en seconde position avec 254 films. Vous l’aurez compris, il y en a une sacrée quantité, produits dans différents pays : Angleterre, France, Allemagne, Russie, Etats-Unis, Japon... Bref il ne va pas être possible de tous les énumérer, ainsi tâcherons-nous d’en relater quelques-uns de plus ou moins marquants ou intéressants.

Sherlock Holmes fut mis en image dès l’invention du cinéma. Le premier film à l’avoir fait date de 1900 et s’intitule Sherlock Holmes Baffled. Surprise, c’est un film humoristique. Le métrage n'était que de 30 secondes, visibles au mutoscope, une machine faite pour regarder des films individuellement (un peu comme celle qu’on trouve dans le jeu Bioshock Infinite). La copie en fut retrouvée en 1968, je le précise car il faut savoir que malheureusement, beaucoup de films de l’époque sont aujourd'hui perdus ou détruits. Par exemple, sur les 10 oeuvres du réalisateur danois Viggo Larsen autour du détective, une seule a été conservée. On ne reverra donc jamais son Sherlock Holmes contre Arsène Lupin.

Un mutoscope, inventé vers 1894 soit environ un an avant les premières projections sur grand écran par les frères Lumière.

Quittons le domaine du muet et attardons-nous, à la fin des années 30, sur l’acteur Basil Rathbone. Si d'autres avaient incarné le détective avant lui, Rathbone fut le premier à s’imposer auprès du grand public et reste l’acteur ayant le plus souvent joué Holmes sur grand écran avec 14 long-métrages en 7 ans, de 1939 avec Le chien des Baskerville à 1946 avec La Clef. C’est du reste lui qui popularisera la fameuse phrase "Elémentaire mon cher Watson". Le rôle lui colla à la peau puisqu’il le reprit à la télé et au théâtre. Pour ce qui est de la qualité de ces films, Rathbone s'y montre bon dans le rôle mais l'écriture est discutable par les libertés qu'elle prend (le pire étant Watson représenté comme un idiot) et son aspect propagande avec un Holmes transféré dans l'époque contemporaine pour que l'histoire racontée puisse évoquer la guerre mondiale en cours. Je vous déconseille fortement les coffrets DVD de ces films, remplis de bugs en tout genre (sauts de chapitre, sous-titre qui disparaissent…).

Les acteurs Basil Rathbone et Nigel Bruce, l'un des pire Watson de l'histoire.
Une affiche du film Sherlock Holmes et l'arme secrète (1943), oeuvre de propagande empruntant a la nouvelle Les hommes dansants.

En 1959 sort une des adaptations les plus connues et populaires, Le chien des Baskerville de Terence Fisher produit par les studios Hammer. Le film à une certaine importance dans l’histoire cinématographique du détective car il s’agit de ses premières aventures en couleur. S'il prend des libertés avec le roman, il n’en reste pas moins une bonne adaptation campée par un Peter Cushing en grande forme. Lui aussi reprendra le rôle à la télévision.

Au premier plan, Peter Cushing et Christopher Lee, les 2 stars de la Hammer dans Le chien des Baskerville. Notons que Christopher Lee jouera aussi trois fois le rôle de Holmes dans sa carrière.

Si jusque-là on s’attardait principalement sur les enquêtes, les années 70 voient un tournant dans l'évolution du traitement de Holmes au cinéma : on délaisse le mythe pour se pencher sur l’homme, ses problèmes et son passif. Cela commence en 1970 avec La Vie Privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder qui évoque de façon légère la relation entre Holmes et les femmes, et sa dépendance à la cocaïne (notons que le film s’est vu raccourcir par les studios et accentuait encore plus l'attitude indifférente de Holmes dans sa version initiale).

Si le film de Wilder aborde ces problèmes avec un ton légèrement satirique, Sherlock Holmes Attaque L’Orient Express d’Herbert Ross, en 1976, va beaucoup plus loin dans l'étude psychologique du personnage. On y retrouve un Holmes complètement dépendant et perdu, que Watson forcera à faire un tour en Autriche afin de découvrir le traumatisme à l'origine de sa déchéance avec l'aide d'un célèbre neurologue. Au passage, le titre anglais The Seven-Per-Cent Solution souligne bien le thème du film, contrairement au titre français.

Holmes en pleine crise dans Sherlock Holmes attaque l'orient express.

Les films de Wilder et Ross ouvrent donc une porte et rappellent que Conan Doyle n’a jamais abordé le passé de ses héros. Barry Levinson en profitera en 1985 pour proposer le film familial Le Secret de La Pyramide (une production Spielberg avec un casting britannique) qui imagine l’enfance et la première rencontre entre Holmes et Watson. Dans le même style, il ne faudrait pas passer à côté de Basil Détective Privé, des studios Disney, film d'animation ou n’apparaît que l’ombre de Holmes mais où on a droit à sa représentation en souris. Le côté Holmes en fait d’ailleurs un film à part dans l’univers Disney, par son atmosphère sombre et son héros Basil (on notera la référence à Rathbone) affichant un côté supérieur et associal.

Watson et Holmes dans leur jeunesse selon Barry Levinson. Cette fois le rôle n'a pas lancé la carrière des acteurs Alan Cox et Nicholas Rowe.
Sherlock Holmes version Disney.

Pour continuer sur les œuvres légères et la déconstruction du mythe, si, comme on l’a vu, Holmes est apparu dans des oeuvres humoristiques dès ses débuts au cinéma, il faut surtout retenir dans ce registre Elémentaire mon cher… Lock Holmes de Tom Eberhardt, avec les Sirs Michael Caine et Ben Kingsley, qui s’amusent à inverser les rôles, Watson étant le génie et Holmes un acteur censé faire illusion.

Une image qui résume bien les personnalités de Holmes et Watson dans Élémentaire mon cher... Lock Holmes.

Sherlock Holmes et le Dr Watson se font beaucoup plus discrets au cinéma à partir des années 90, délaissant le grand écran pour le petit. Il faudra d’ailleurs attendre 2009 pour les revoir à l'affiche, incarnés par les acteurs Robert Downey Jr. et Jude Law dans les films Sherlock Holmes et Sherlock Holmes : jeu d’ombres de Guy Ritchie.

Les dernier visages de Holmes et Watson au cinéma. Ici, en plus de ces capacités d'observation et de déduction, Sherlock maîtrise les arts martiaux et vit des aventures pleines d'action, c'est presque un super-héros (Watson n'a pas trop changé en revanche).

LA TELEVISION

Nous l’avons vu, au fil du temps Holmes a migré du grand écran à la petite lucarne en commençant par des téléfilms dès 1937, avec Les Trois Garrideb, joué en direct, non enregistré sur pellicule et donc perdu.

Sortons un peu, à présent, du monde anglo-saxon et parlons de la France avec l’enregistrement en 1967 d’une des pièces de William Gillette : Une aventure de Sherlock Holmes (qui, elle, fut conservée). L’URSS a aussi produit une série de téléfilms autour de Sherlock Holmes, de 1979 à 1986. Tiens, juste comme ça : j’ai parlé de James Bond un peu plus haut, eh bien sachez que Roger Moore, alors en plein dans sa période Bond, a incarné le détective dans l’ambitieux téléfilm Sherlock Holmes à New York, en 1976.

"Sherlock Holmes à New York", un téléfilm au budget considérable.

Comme dit dans la partie cinéma, plusieurs séries Sherlock Holmes ont été interprétées par des acteurs ayant déjà incarné le personnage au cinéma, confirmant des noms comme Basil Rathbone et Peter Cushing en tant que valeurs sûres pour le rôle. Pourtant, en 1984 arrive une série, ou plutôt un acteur, qui éclipse toutes les prestations passées et à venir. Il s'agit des Aventures de Sherlock Holmes produites par Granada Télévision. L'acteur est Jeremy Brett, encore aujourd’hui considéré comme LE Sherlock Holmes. Son interprétation est parfaite : il a su donner un corps et une âme au plus grand des détectives, jamais dans l’excès, jamais dans la sobriété, avec ses défauts et qualités (il est d’ailleurs clair que Frogwares s’est inspiré de son physique dans ses jeux).

Les aventures de Sherlock Holmes avec Jeremy Brett et David Burke (qui joue Watson dans la première saison, remplacé ensuite par Edward Hardwicke).
Je ne taris pas d'éloges sur Brett mais il ne faudrait pas oublier le reste : que ce soit le travail d'Edward Hardwicke dans le rôle de Watson ou l’adaptation respectueuse des histoires, la série se montre d’une grande qualité et (contrairement a ce que dit Laurent dans son article) fut un succès, au point qu’elle était destinée à adapter entièrement le canon Holmesien, soit 60 histoires. Malheureusement le décès de Jeremy Brett en 1995 a mis fin à ce projet alors qu’il restait 17 histoires à porter à l’écran.

La série de Granada est une référence mais il ne faudrait pas pour autant dénigrer celles qui suivirent. L’une des plus originales par son univers et sa direction artistique est le dessin animé italo-japonaise de 1984 Sherlock Holmes dont un dénommé Hayao Miyazaki réalisa quelques épisodes.

Sherlock Holmes transposé dans un monde canin.

Par la suite les séries se font plus rares et on trouve surtout une multitude de téléfilms. Notons tout de même que le personnage-titre de la série Dr House est largement inspiré de Sherlock Holmes. Il faudra attendre 2010 pour voir apparaître une nouvelle série ambitieuse autour du détective avec Sherlock de la BBC, mettant en vedette Benedict Cumberbatch et Martin Freeman. Réalisée par une partie de l’équipe en charge d'une autre icône britannique, Doctor Who, la série transpose l’univers de Holmes dans le monde moderne et connait un grand succès critique et public. Plus récemment, citons Elementary avec Johnny Lee Miller et Lucy Liu, qui reprend également l’idée de placer Holmes dans l'époque actuelle (et aux USA), et fait de Watson un personnage féminin.

Holmes version "Sherlock" et "Elementary"
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