Après
le succès mérité de Shadow
of the Comet, Infogrames tente à nouveau
l’expérience du jeu d’aventure classique
dans l’univers d’Howard Phillips Lovecraft, mais
avec cette fois-ci un peu plus d’audace. Le résultat
se nomme Prisoner of Ice, un véritable
"‘point'n'click" qui se voulait à la
pointe.
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Alors
la caisse, quand elle dégèle… |
…elle
n’est pas contente du tout ! |
Alors
que Shadow of
the Comet se situait dans un contexte somme toute
très classique dans la mythologie lovecraftienne, Prisoner
of Ice nous transporte quelques décennies plus
tard à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, à
bord de l’H.M.S. Victoria, un sous-marin anglais mouillant
à proximité des banquises du Pôle Nord.
Le joueur y incarne le lieutenant Ryan, et qui doit rapidement
gérer un incendie à bord, suite à l’attaque
d’un croiseur nazi en surface. Les alliés ont en
effet récupéré une caisse ennemie bien
mystérieuse, entreposée en chambre froide, et
qui commence à se réchauffer. La cargaison semble
vorace, et engloutit le commandant en second. On ne pouvait
pas commencer plus mal une aventure.
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Il
est toujours possible de poser plusieurs questions. |
Des
effets spéciaux spectaculaires. |
Ryan,
un sous-marin, un commandant barbu... il ne s’agit pas,
malgré les apparences, d’une adaptation vidéoludique
de "À la poursuite d’Octobre Rouge",
mais bel et bien de la suite des pérégrinations
de John T. Parker et de la comète de Halley. Cela peut
paraître confus, mais croyez-moi, il y a un fil rouge.
Pour le découvrir, l’ami Ryan va devoir entre autres
résoudre quelques mystères d’un camp allié,
s’évader d’une base Antarctique nazie où
des choses étranges se déroulent, retrouver un
livre et un artefact au fond du musée national de Buenos
Aires, et faire face à la plus grande menace qui pèse
sur l’humanité. Le programme est non seulement
copieux, mais très alléchant. Car en vérité,
et sans trop dévoiler la trame de l’intrigue, il
se pourrait que les nazis aient réussi à entrevoir
les possibilités de la puissance offerte à tous
ceux qui vouent leur âme au grand Cthulhu et à
ses mignons.
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Le
travail des dessinateurs est époustouflant dans
les décors….
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…
comme dans les scènes cinématiques ! |
Le
scénario n’est pas le seul à avoir fait
un bond dans le temps : le moteur du jeu a connu une refonte
complète, avec lustrage de la carrosserie, équilibrage
des essieux, et nettoyage du pare-brise. À la trappe,
les fondations techniques héritées d'Eternam,
Prisoner of Ice se la joue moderne, avec des
graphismes en haute résolution (le mode VGA 320*240 reste
disponible pour les petites configs), des décors certes
toujours dessinés à la main mais bien moins pixelisés,
des scènes cinématiques de toute beauté,
avec un coup de crayon qui force le respect, et des sprites
réalisés à partir de motion capture sur
des acteurs, un travail qui a nécessité des centaines
d’heures de mouvement exécutés pour la numérisation.
On ne lésine pas sur les moyens chez Infogrames, ça
sent la superproduction.
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Encore
un très beau plan de vue.
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Étrange,
voire même angoissant… |
Malheureusement,
le résultat n’est pas à la hauteur des ambitions
affichées par l’équipe de développement
: si l’apparence des personnages est assez réussie
en soi, malgré une espèce de flou au niveau de
leurs visages, leurs mouvements sont quant à eux particulièrement
ratés. Les animations brillent par leur qualité
d’animation, certes, mais les déplacements ne présentent
rien de naturel, avec des positionnements sur l’espace
de jeu dignes des grandes manœuvres militaires de chars
Leclerc, et des transitions brutales entre les différentes
séquences d’animation qui sapent tout le travail
accompli par la motion capture. Dommage, lorsque l’on
voit ce que la technique avait permis de réaliser sur
un titre comme Flashback. L’ensemble
manque cruellement de naturel, alors qu’il s’agissait
précisément de l’effet escompté.
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Argh
! Les nazis !
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Pendant
ce temps-là, au pays maya… |
Dans
le même registre, Prisoner of Ice est
accompagné de voix digitalisées tout en français :
le genre d’initiative jusqu’ici pas vraiment répandu
dans le domaine des jeux d’aventure, principalement à
cause de la taille du travail à accomplir par les doubleurs,
alors que les lois de l’exportation dictent généralement
l’emploi de l’anglais pour ce type de produit. Pour
mémoire, le premier jeu Lucasarts accompagné de
voix french, c’est Sam & Max Hit the Road.
Le problème, dans Prisoner of Ice, vient
du fait que les doublages présentent aussi peu de naturel
que les mouvements : si leur qualité sonore, grâce
au support cédé, est impeccable, en revanche trop
de textes sont lus avec un manque de conviction navrant. Les
exclamations sont mal placées, les tons tantôt
monocordes, tantôt exagérés, et les timbres
de voix de certains personnages tendent plus vers le cartoon
que l’univers de Lovecraft. Les musiques, quant à
elles, sont à contrario vraiment réussies, du
début jusqu’à la fin. Leurs thèmes
sont vraiment bien choisis, et posent une ambiance pesante.
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La
fameuse base Schlossadler.
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Il
sait tout faire, ce Ryan, même éteindre un
incendie ! |
Dernier
point négatif, et non des moindres : l’aventure
se boucle en moins de deux jours. Là où Shadow
of the Comet tendait à exagérer dans
la difficulté de certaines énigmes ou passages,
Prisoner of Ice se plie somme toute assez rapidement,
sans forcer. En gros, il y a deux ou trois endroits qui peuvent
donner du fil à retordre, et encore, uniquement parce
que l’objet nécessaire est introuvable dans la
pièce ; un comble lorsque l’on sait que le système
de jeu de Shadow
of the Comet évitait ce genre d’écueils,
et que la recherche de ce genre d'éléments n’apporte
absolument rien à l’aventure. Le reste se déroule
tout seul, un peu comme un film interactif, tant la linéarité
s’impose dans ce jeu. On se rend compte au final que le
joueur n’est pas autant sollicité qu’il le
souhaiterait, et que le nombre d’actions à accomplir
pour atteindre la fin est un peu faible, ne serait-ce que comparé
à son prédécesseur. Infogrames aurait-il
reçu un certain nombre de critiques sur Shadow
of the Comet, qui auraient été prises
en compte dans le développement de Prisoner of
Ice ? Possible, en tout cas, j’ai payé
le jeu quasiment 400 francs le jour de sa sortie ; j’ai
franchement hésité à le revendre le lendemain.
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Mais
il avait une grosse faim, celui-là !
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Aux
mains des nazis… |
Car,
malgré tous ses défauts qui freinent le plaisir
de jeu, Prisoner of Ice constitue une expérience
vraiment passionnante, grâce à un scénario
qui sauve tout. Transposer la mythologie Lovecraftienne à
la période troublée de la guerre 39-45 développe
une atmosphère étouffante et malsaine dont le
jeu se sert à merveille. Il s’avère néanmoins
que le jeu ne répond pas à toutes les questions,
et que certains évènements, liens ou récits
semblent parfois confus car peu expliqués. En fait, Infogrames,
lors de la sortie du jeu, a réalisé un partenariat
avec les éditions de bandes dessinées Vents d’Ouest
afin de sortir trois volumes sous le label "Prisoner
of Ice". Trois auteurs différents, pour trois
récits apparemment sans liens entre eux : "La
Geôle de Pandore", où un jeune aventurier
sombre, au fin fond de la forêt amazonienne, dans le chaos
d’un culte voué aux Grands Anciens ; "Le
Glaive du Crépuscule" qui donne un aperçu
horrible de ce qu’aurait donné le monde actuel
si les nazis avaient remporté la guerre grâce aux
Créatures du Chaos ; et enfin, "La Cité
des Abîmes", où deux expéditions
scientifiques partent en compétition pour une ville perdue
dans "Les Montagnes Hallucinées" (les
connaisseurs apprécieront).
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Vraiment
du beau boulot sur les décors.
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Le
gars vraiment rassurant ! |
Et
pourtant, au fur et à mesure de l’aventure, tout
s’éclaire, et les réponses apportées
par les ouvrages rendent leur lecture indispensable. En plus,
les dessins sont de toute beauté. Attention, aucune solution
technique n’est dévoilée (contrairement
à la bédé sortie en édition spéciale
avec Alone in the Dark III), je parle bien
d’éclaircissement du scénario. J’ai
eu la chance de les acquérir fin ’94 lors de la
quatrième édition du Multimédia World Show
à la Porte de Versailles de Paris (ex-Supergames Show),
et d’en faire dédicacer une auprès de l’auteur,
présent pour l’occasion au stand Infogrames.
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Parker,
Parker… |
…le
même que dans… ? |
Malgré
cette désagréable impression qu’Infogrames
est passé à côté du chef d’œuvre,
Prisoner of Ice demeure, pour les férus
de jeu d’aventure, les amateurs de Lovecraft, et ceux
qui ont terminé Shadow
of the Comet, un titre à découvrir.
En fermant les yeux sur ses défauts (mais pas trop, hein,
sinon on ne voit plus l’écran), avec l’indulgence
qui caractérise les passionnés des jeux de la
vieille école, on finit par se laisser très rapidement
envoûter par les songes du dormeur de l’infini,
qui dans sa cité engloutie de R’lyeh, attend patiemment
que son règne éclate de nouveau… Cthulhu
Fhtagn !
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Les
boites de Shadow of the Comet et de Prisoner of Ice, réunies
pour la postérité… |
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…et
voici les trois ouvrages édités pour la
sortie de Prisoner of Ice, dont la lecture est chaudement
recommandée… |
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…avec
sa petite dédicace de l’auteur du deuxième
volume ! |
Tonton
Ben, qui œuvre secrètement pour
le retour du grand Cthulhu…