Quelque temps avant de nous mettre dans la
peau d'un Nestor Burma (cf La Java du Privé), Tristan Cazenave a
créé, avec un camarade de classe (Yves Labesse) et l'aide du patron de Froggy Software
Jean-Louis Le Breton, une aventure d'espionnage : Le Mur de Berlin va sauter.

La couverture réalisée par Solé donne le ton
Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans...
Le mur de Berlin, une
infamie divisant la capitale allemande en 2 camps retranchés à l'intérieur desquelles
les puissances occidentales et le bloc soviétique se sont regardés en chiens de faïence,
les coups bas en plus, pendant près de 30 ans (1961-1989)...
Berlin, plaque tournante
des imbroglios d'espionnage, véritable planche de salut pour tous les candidats à la liberté
avec le fameux "Check-Point Charlie", est donc le cadre de votre nouvelle mission. Vous incarnez
Adolf Actif, célèbre espion que les gouvernements étrangers nous envient... Votre
mission consiste tout simplement dans la traque de l'un des terroristes les plus machiavéliques
de cette fin de 20ème siècle : Carlus.

Au service de sa majestueuse république...
NB : toute ressemblance
ou quasi-homonymie avec des personnages et lieux historiques ne sont que le fruit délirant de l'imagination
du scénariste (qui à l'époque était en classe de 1ère lorsqu'il conçut
ce scénario).
Une ambiance à couper au couteau
"Le mur de Berlin va
sauter" est donc un huis-clos. Vous ne pouvez sortir de cette ville sans avoir mené votre mission
à bien, et de plus toute tentative de votre part de sortir des espaces autorisés vous sera
interdite. C'est que les policiers berlinois ne rigolent pas.

Même dans le métro la discipline règne !
Comme dans tout jeu d'aventure, le scénario est plus ou moins tarabiscoté. Ici, en confiant
les manettes à Yves Labesse, celui-ci nous a gratifié d'un des scénarios les plus
tordus de cette époque des jeux vidéos. Explication de texte : l'ambiance du huis-clos et
le petit nombre de protagonistes rencontrés (surtout au début où quasiment toutes
les portes vous sont closes) ont de quoi vous faire rapidement tourner en bourrique.

Et pourtant Ich bin ein Berliner disait Kennedy...
Le moindre faux-pas est
sans appel, ce qui correspond bien au contexte de l'époque. Si vous vous faites repérer
par les puissances ennemies ou faites preuve d'un manque singulier de tact quant à l'appréhension
de votre terroriste, vous finirez criblé de balles...

Une ambiance de mirador pour un trait final sur votre carrière
Votre premier objectif : la mission
Dans la foulée
de la marque de fabrique de Froggy Software (humour déjanté), vous aurez le plaisir, à
travers votre personnage Adolf Actif, de laisser libre cours au côté obscur de votre psyché.
A titre d'exemple, vous disposez apparemment d'une certaine rancœur vis-à-vis des forces de l'ordre...
Le policier de service dans ce quartier berlinois en fera les frais : outre la violence sur agent de la
force publique, je vous conseille d'y appliquer le vol systématique de ses effets personnels ainsi
que l'appropriation de sa carte de police.

" Le mur... " où comment charger son casier judiciaire
Totalement désinhibé
par rapport au meurtre, vos relations avec autrui tiennent limite du syndrome de "l'Ange du Mal". S'il
faut passer sur le corps de certains protagonistes pour arriver à vos fins, ce ne sont pas les
remords qui vous rongent...

On ne fait pas d'omelettes...
De l'influence de ses contemporains
Le scénario du
"Mur..." présente quelques parallèles avec d'autres jeux d'aventures Apple ][ de la même
époque ou légèrement plus anciens. A titre d'exemple, en profitant d'un tour aux
bains douches (malheur à celui qui se trouve sur votre chemin), vous aurez à ouvrir une
trappe en fond de piscine, comme dans Sands of Egypt (1982), indispensable à
la résolution de l'énigme.

Mélodie en sous-sol ou La Piscine ?
Par ailleurs, la diversité
des éléments constituant votre accoutrement, seul sésame pour entrer dans la boite
de nuit "Le Gay Pard" n'est pas sans rappeler la concoction d'un déguisement similaire dans Masquerade...

L'habit ne fait pas le moine
Enfin, "Le Mur..." partage
avec Scoop de Loriciel(s) (sorti à la même époque) l'idée
d'utiliser le décor affiché pour cacher des messages secrets à l'attention du héros.
Ironie de la chose, dans les deux cas, le message est dissimulé parmi les graffitis des toilettes...

Coïncidence ou qui de la poule ou de l'œuf ?
De l'innovation
Contrairement aux autres
jeux d'aventures graphiques de l'époque, "Le mur ..." fait preuve d'innovations qui ne seront reprises
que bien plus tard par d'autres: Classiquement, lorsque votre personnage arrive dans une pièce
ou cherche à savoir ce qu'il trimbale sur lui (taper I pour faire l'inventaire), le jeu vous répondait
avec une liste textuelle des objets présents.

Une liste à la Prévert dans Mask of the Sun
"Le mur..." apporte ici
une interface plus conviviale en affichant une représentation graphique des objets. On sait au
moins à quoi ressemble ce que l'on va mettre. Presque une approche digne de McGyver quant à
l'utilisation de certains d'entre eux, comme le balai de votre première rencontre.

Au moins on visualise ce que l'on a sur soi
Enfin, Tristan Cazenave
nous a gratifié d'une introduction animée qui laisse augurer de la complexité de
l'affaire et des possibles dénouements...

"in media res" comme dirait G.Lucas
Véritable premier
coup d'essai de Tristan Cazenave, "Le Mur..." est dans la droite lignée des productions de Froggy
Software. Peut-être un peu trop tortueux et moins abouti que La Java du Privé,
il n'en reste pas moins une petite perle de la production française à l'issue inévitablement
fatale...
Bernard