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Wreckless
Année : 2002
Système : GameCube, Playstation 2, Xbox
Développeur : Bankasha Games
Éditeur : Activision
Genre : Jeu de Course
Par Barbo (30 mars 2009)

Notes :
- Cet article traite de la version Xbox.
- Il est recommandé de lire au préalable l'article sur Super Runabout.

Si l'on demandait aux joueurs de Xbox de citer dix jeux qui ont marqué leur esprit par la démonstration technique effectuée, il ne fait aucun doute que Wreckless serait régulièrement cité, comme il est très probable que la plupart de ces joueurs affirmeraient que c'est là sa seule qualité. "La démo technique de la Xbox" : c'est depuis sa sortie l'image que Wreckless traîne comme un boulet auprès de la majorité, au point que l'on a vite oublié les versions PS2 et GameCube, sorties ultérieurement et bien moins impressionnantes dans leur réalisation. Il ne fait malheureusement aucun doute que ce poids restera à jamais enchaîné au pied du jeu de Bunkasha, preuve en est que sa suite Double-S.T.E.A.L The Second Clash, pourtant réputée meilleure, est sortie exclusivement au Japon en août 2005. Rares sont ceux qui vont au-delà de ce constat peu flatteur et considèrent Wreckless avec sympathie. Et comme vous l'aurez deviné, je fais partie des moutons noirs.

Wreckless nous emmène à Hong-Kong, où la mafia n'en finit pas de faire des siennes. En même temps, une mafia qui ne met pas le boxon on n'appellerait pas ça une mafia, je suis marrant moi aussi (encore que là je me surestime un peu mais passons). Vous tenterez donc de régler leur compte aux yakuzas et à leur chef Tiger Takagi via vingt missions divisées en deux histoires. Le scénario A vous met dans la peau de deux policières plutôt motivées tandis que le scénario B vous place en compagnie de deux espions minables qui feraient passer Austin Powers pour l'instructeur de James Bond et Sam Fischer réunis. À vous de rétablir l'ordre en semant le désordre à travers les rues et constructions diverses de la ville modélisée pour les besoins de ce Super Runabout de luxe, car telle est la meilleure définition que l'on puisse donner à Wreckless.

Comme évoqué dans l'article sur le jeu de Climax, les similitudes entre les deux jeux sont si évidentes que nous avons ici à faire soit à un plagiat, soit à un hommage, soit à une fuite de cerveaux de Climax vers Bunkasha. Mais dans Super Runabout de luxe, il y a luxe, et c'est là que se trouve ce qui distingue Wreckless de son grand-frère : le jeu est une démonstration de force sur le plan technique. Malgré ses six ans d'âge au moment où cet article est publié, la claque assénée en pleine figure lors de sa sortie fut telle que quelques rougeurs parsèment toujours les joues de nombreux témoins de l'époque. Lumières, étincelles, transparences, flou, filtres divers lors des ralentis : les développeurs s'en sont donné à cœur-joie en matière d'effets graphiques pour écarquiller les yeux du joueur, sans que la Xbox ne montre un quelconque signe de faiblesse. Cela dit le résultat ne se borne pas à un effet benchmark car il offre au jeu une esthétique propre, loin de l'académisme de certains traitements graphiques trop récurrents. À ce sujet, il n'y a pas de turbo dans Wreckless, donc pour le motion blur façon "ouah la vache j'accélère super fort mais en fait c'est juste une illusion à la noix", c'est raté et l'on ne s'en plaindra pas. Tout juste regrettera-t-on le parti pris de Bunkasha quant aux couleurs, avec des tons globalement ternes.

Néanmoins, les choix esthétiques du développeur ne gâchent pas l'ambiance de Wreckless. D'une part l'interface et les polices de caractère ingame sont typiques d'un jeu d'arcade survolté. D'autre part il faut rappeler que Hong-Kong est connue pour être pleine de vie, ce qui est ici parfaitement restitué via les nombreux piétons et la circulation constante. Cela dit ce n'est qu'avec un peu de désordre que tout cela est véritablement mis en valeur. Aussi, pour bien accentuer son côté foufou, Wreckless s'est paré, toujours à l'instar des Runabout d'ailleurs, de divers éléments destructibles : on peut défoncer voitures, barrières, portails et autres étals de légumes pour faire hurler les pauvres badauds passant dans le coin, rendant ainsi l'action très spectaculaire. La plupart des éléments disparaissent assez vite une fois saccagés, afin d'alléger un peu la mémoire de la console : Wreckless a beau en mettre plein la vue, il fallait bien qu'il utilise quelques pirouettes techniques pour ne pas trahir le moindre ralentissement. Dans la mesure où il fut l'un des premiers jeux de la boîte obscène verte et noire on ne va pas faire la fine bouche à ce sujet, d'autant qu'il est loin d'être un cas isolé en la matière.

Il est à signaler également que certaines missions du jeu s'écartent du cadre urbain pur et dur. Il faudra parfois se couper de l'agitation du centre-ville pour vaquer aux occupations anti-mafieuses dans les égouts, au sommet d'un bâtiment, dans un chantier ou sur le port de Hong-Kong. Côté véhicules, on retrouve à nouveau diverses similitudes avec les Runabout (taxi, tank, GT...) mais Wreckless n'oublie pas d'apporter sa touche personnelle en proposant notamment une voiturette de police, un buggy, un véhicule militaire de transport et même la fameuse DeLorean de Retour Vers Le Futur (NDMTF : Il me faut ce jeu !). Quasiment toutes se distinguent autant en termes de conduite et de performance qu'en termes de ligne, et certaines missions ne pourront être accomplies qu'en choisissant une monture adaptée. Globalement on retrouve des réminicences de Super Runabout côté jouabilité, avec des véhicules plus ou moins patauds, tant en matière de comportement que de réaction aux collisions. Cependant ils ont bénéficié d'une direction souvent plus nerveuse et précise que leurs confrères, ce qui les rend bien plus agréables à conduire. Que la maniabilité du jeu pose souci et soit sujet à quelques agacements est parfaitement recevable, mais dire de Wreckless qu'il est injouable relève clairement de la mauvaise foi ou d'une double main gauche.

Chaque mission propose deux niveaux de difficulté et deux niveaux de circulation lors de vos virées en centre-ville. Il est inutile de vous précipiter sur le niveau Difficile dès votre première partie : même en mode Normal, Wreckless nécessitera de votre part une patience et une volonté bien trempées pour en venir à bout. Qu'il s'agisse du scénario A ou B, certains niveaux se montrent bien cotons et témoignent que le triptyque "Raté ! Essaye encore" (ça nous changera de "Die and retry") n'a pas dit son dernier mot. En même temps, cela permet de mieux apprécier le travail de level-design effectué par Bunkasha, facteur de situations aussi variées qu'ubuesques, mais aussi les limites du moteur physique de Wreckless (la gestion des collisions notamment), qui ont quand même de quoi faire pester le joueur à plusieurs reprises. Néanmoins le jeu n'oublie pas de vous récompenser une fois votre besogne remplie avec succès. Outre le déblocage du niveau suivant et celui éventuel d'une voiture, on peut sauvegarder les rediffusions de ses meilleures sorties en ville, celles-ci étant superbes et donnant l'impression de voir un film américain à grand budget un peu boudé au Festival de Cannes (les amateurs de François flatulence moscovite comprendront). Elles peuvent être agrémentées de divers filtres graphiques dont on retiendra bien plus le côté "skin visuel de Windows Media Player" que la mise en valeur ou plutôt la dévalorisation de l'action à l'écran, tant la visibilité de cette dernière est alors reléguée aux oubliettes. Mais les prises de vue et les mouvements de caméra lors des répétitions nous rassurent sur un point : si Bunkasha se casse la figure, ses employés pourront toujours se reconvertir dans le septième art.

Pour ce qui est de la rubrique "Divers et variés", les cinématiques réalisées avec le moteur du jeu sont assez idiotes, ce qui aide à gonfler la côte de sympathie de l'œuvre. La partie sonore s'en sort correctement, avec quelques musiques électroniques très efficaces signées BT (en fait il y en a 23 en tout mais je ne les ai pas toutes en tête, merci d'avance pour votre indulgence) et Soyuz Project (qui m'ont moins marqué) et des doublages anglais parfois risibles qui s'accomodent plutôt bien au caractère naïf voire idiot des protagonistes. De quoi permettre à Double-S.T.E.A.L (son nom japonais) de rejoindre la grande famille des jeux crétins mais définitivement cool la tête haute.

Wreckless est un jeu au concept simple qui procure des plaisirs simples. Il n'y a pas lieu de lui en demander davantage. C'est un jeu vidéo comme on en a déjà vu dans le genre, et qui s'est juste paré de quelques bonus, au premier rang desquels une réalisation qui pète le feu. Bien qu'il ait quelques tares il faut être blasé au possible pour ne pas passer ne serait-ce que quelques bons moments avec. Si vous êtes de ceux qui ont encore conscience qu'un jeu vidéo est fait en premier lieu pour passer du bon temps, assurez-vous que vous avez une Xbox à portée de main, procurez-vous Wreckless et jouez-y sans faire de complexes. Et amusez-vous bien.

Barbo
(30 mars 2009)
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