| |
|
|
|
Jet Set
Willy I & II
Années : 1984 & 1985
Systèmes : Spectrum, Commodore, CPC, BBC Micro, MSX, Atari, Einstein, Dragon
32 + quelques conversions non-officielles sur d'autres machines
Développeur : Matthew Smith
Editeur : Software Projects
|
|
|
|
|
La
jaquette de Jet Set Willy
...et de son extension
7h du matin. Un
sursaut de lucidité, je me relève péniblement, avec un mal
de tête terrible. Les toilettes, la baignoire qui déborde... La fête
d'hier soir a été rude. Il faut dormir, retrouver l'esprit clair,
car le whisky et les quelques substances illicites, ingurgitées il y a
quelques heures à peine, font encore leur effet. Je me traîne vers
ma chambre... A peine ai-je ouvert la porte qu'une voix stridente vient me fracasser
le crâne.
"WILLY !!! Nettoie-moi tout ça, et en vitesse !!!"
Entre moi et mon lit se dresse Maria, la gouvernante; elle a l'air furax. Je commence
à comprendre : comme d'habitude, les invités ont laissé le
manoir dans un état épouvantable. Mieux vaut ne pas m'opposer, la
Maria est du genre costaude. Il va vraiment falloir s'y mettre. Et pour tout arranger,
je remarque que le manoir a l'air bizarre, plus grand que d'habitude... C'est
donc la tête sérieusement embrumée que je pars à la
chasse aux détritus, tout en évitant les nombreux pièges
qui ont l'air d'être apparus depuis hier soir. Je ne suis pas au bout de
mes peines.
Willy vient d'émerger - C64
...et voilà sa chambre, avec Maria - Spectrum
Avant d'aborder
le vif du sujet, je suis sûr que certains se demandent si l'article traite
du premier ou du second volet. Eh bien je leur répondrai "les deux
mon général", car il serait dommage de se restreindre à
un jeu de 60 salles quand on a l'identique, mais avec 80 salles supplémentaires!
Donc, la majorité des captures d'écran ont été faîtes
sur Jet Set Willy II - The Final Frontier, version CPC. Voilà qui est dit.
Ici, nous avons affaire à un jeu culte, et je vais essayer de vous expliquer
pourquoi. Tout d'abord, Jet Set Willy est un jeu entouré d'une part de
mystère, de par l'extrême difficulté rencontrée pour
le parcourir entièrement, la présence de salles réellement
inaccessibles, mais aussi à cause de rumeurs concernant son créateur.
D'ailleurs, commençons les présentations...

Matthew Smith
Matthew Smith
-c'est son nom- a grandi à Liverpool. Plutôt mauvais élève,
il commença à programmer en 1979, à l'âge du 12 ans,
sur TRS-80. Au bout de 2 ans, il réalisait des petits shoot'em ups en langage
machine. Il fit ensuite l'acquisition d'un Tandy, la machine qu'il utilisa pour
développer ses deux hits, Manic Miner, la révélation, puis
Jet Set Willy, sorti trop tôt, sous la pression commerciale, avant d'avoir
été pleinement testé. Matthew avait 16 ans. Pour la petite
histoire, le Tandy est doté d'un processeur Z80, de même que le Spectrum
et le CPC, ce qui facilite les conversions. quelque temps après la sortie
de Jet Set Willy, Matthew, qui avait gagné pas mal d'argent grâce
à ses hits, disparut mystérieusement de la circulation. Certains
prétendent qu'il aurait été en proie à quelques problèmes
psychologiques, éventuellement liés à la consommation de
substances illicites, mais rien ne me permet de le certifier, et puis cela ne
nous regarde pas, comme diraient certains. Toujours est-il qu'il est réapparu,
publiquement, en 1999. Il en a même profité pour réaliser
sa page perso, au concept assez caractéristique : Matt's
New Homepage.
Le jeu,
le jeu !!!
Bon, d'accord
les enfants. Jet Set Willy est, en fait, une évolution de Manic Miner,
lui-même inspiré de Miner 2049'er sur Atari 800 XL. Ces sont des
jeux de plate-forme, organisés en salles, dont le but est de collecter des
objets, tout en évitant des ennemis aux trajectoires périodiques.
On peut noter le côté non violent du personnage qu'on dirige, puisqu'il
en est réduit à éviter les pièges en se déplaçant,
en sautant ou en attendant. Dans certains passages, il faut faire preuve d'une
précision et d'un timing de haut niveau pour atteindre les objets à
collecter. Ce que Jet Set Willy apporte de nouveau au genre, c'est d'abord la
possibilité de parcourir les salles librement. Le jeu se transforme alors
en un univers à explorer, où la curiosité du joueur est exacerbée,
un peu comme un randonneur en train de franchir une colline : Qu'y a-t-il derrière
? Non, je ne m'égare pas, car c'est exactement la même question que
l'on se pose en jouant à Jet Set Willy. Chaque salle est tellement originale,
que la curiosité nous pousse à les découvrir toutes. De plus,
chacune est affublée d'un titre, ce qui facilite les discussions et les
défis entre joueurs. Jet Set Willy est un jeu aux buts multiples, une expérience
vidéo-ludique, dirons nous... Moi j'y joue encore, imaginez à l'époque,
en 1983 ! Son succès a été tel qu'il a été
porté sur la grande majorité des micros 8-bits, puis 16-bits : Spectrum,
CPC, C64 pour les versions officielles. Mais aussi Acorn Electron, ZX81 &
Z88, BBC, Archimedes, Dragon, Atari 800 XL, MSX, ST, Amiga, PC et même GBA,
pour les versions non commerciales. Et encore, je ne vous parle pas des suites
et des remakes, élaborés par les fans, à partir des versions
officielles.

Envie d'une glace ? - CPC
Ce soir, on mange du lapin - CPC
Chuuuut,
y'a Bambi qui dort...
Eh oui, un des
atouts de Jet Set Willy est son côté humoristique ! Tout d'abord,
son scénario délirant, très inhabituel pour l'époque.
Ensuite, l'aspect hallucinatoire et psychédélique (sinon schyzophrène)
de l'univers du jeu : les méchants et les pièges sont vraisemblablement
imaginés par Willy et par sa vision déformée des choses.
On parcourt en fait son "bad-trip", ce qui explique la présence
de pingouins, de lapins, d'oiseaux, d'oeufs, d'objets de la vie courante, de Marias
volantes et autres étrangetés à découvrir. Le rétrogamer
averti pourra y trouver des clins d'oeil à d'autres jeux, notamment Hunchback.
Et, bien sûr, la séquence de Game Over, où on voit Willy se
faire écraser par un pied géant (en référence aux
Monty Python). On peut y voir une métaphore de la honte qu'il ressent en
ratant sa mission.

Willy en cochon ailé - Spec.
Un petit clin d'oeil - Spec.
A l'instar de Claude François
- cpc
Jet Willy possède aussi un côté légèrement sadique
: Il est très fréquent d'assister, impuissant, à la perte
successive de ses 9 vies, pour finir écrasé comme une... enfin,
comme expliqué ci-dessus... En fait, après avoir perdu une vie,
il peut arriver de réapparaitre tantôt à l'endroit exact où
se trouve un ennemi, tantôt au dessus du vide, et se voir chuter plusieurs
fois d'affilée jusqu'au Game Over. Mais pendant que j'y pense, ce Willy,
il ne vous fait pas penser à quelqu'un d'autre ? Réfléchissez,
Willy est un personnage sympathique, reconnaissable entre mille, qui évolue
dans un monde psychédélique, et qui a commencé comme mineur.
Je sais pas vous, mais moi, ça me fait penser à un certain plombier
accro aux champignons.

La tour de contrôle - cpc
Un trou à rat - cpc
...Ca sent mauvais ici - cpc
Parlons
réalisation
La qualité
technique du jeu se retrouve en premier lieu dans sa maniabilité, et la
gestion ultra précise des collisions. C'est une référence
en la matière. Les graphismes, quand à eux, sont simples, nets,
et tirent bien parti de la moyenne résolution utilisée, ainsi que
de la faible quantité de couleurs affichables simultanément. Chaque
écran est en fait composé de blocs graphiques de 8x8 pixels. Pour
information, j'ai pu détecter environ 6 à 8 couleurs simultanées
sur la version Spectrum, mais ce sont toujours les mêmes, de salle en salle.
Par ailleurs, sur Spectrum, un bloc graphique de 8x8 ne peut être que bicolore,
ce qui explique que les escaliers soient toujours blancs dans cette version. S'ils
étaient rouges, par exemple, Willy aurait les jambes rouges en passant
dessus ! Sur CPC, par contre, il n'y a que 4 couleurs exploitables par écran,
mais qui varient beaucoup en changeant de salle. Effet renforcé par les
bordures colorées, que j'ai volontairement enlevées, pour plus de
lisibilité. Par ailleurs, il n'y a pas de contrainte sur les blocs graphiques,
comme c'est le cas sur Spectrum. La version C64, quand à elle, est plus
colorée que les deux autres versions, et les salles sont plus grandes.
Dommage pour la fidélité, et tant mieux pour les graphismes.
Un ennemi
impressionnant - cpc Un écran difficile à passer - cpc
Ambiance religieuse - cpc
L'ambiance sonore
du jeu n'est pas très riche : on n'entend guère que quelques rares
bruitages lors d'un saut ou de la perte d'une vie. Il faut tout de même
noter le choix plutôt judicieux de la Sonate au Clair de Lune, de Beethoven,
sur l'écran de présentation. Une musique hypnotisante, simple -
seulement 2 canaux utilisés, une basse et une mélodie - mais très
riche harmoniquement. Certaines versions, comme celle du CPC, permettent d'activer
une musique pendant le jeu, mais elle est très irritante puisque courte
et, bien sûr, jouée en boucle.
En bref, je
dirais que Jet Set Willy s'adresse donc aussi bien aux plus jeunes - qui y verront
un jeu curieux, marrant et difficile - qu'aux adultes qui sauront apprécier
son humour décalé. Enfin, les plus jeunes... J'ai comme l'impression
de me fourrer le doigt dans l'oeil, là :p
Pour
finir, quelques liens pour ceux qui sont intéressés :
http://freespace.virgin.net/james.ducker/jetset_w/x_sect.php
(le plan complet de Jet Set Willy I)
http://www.jdawiseman.com/papers/games/jsw2/jsw2-index.php
(le plan complet de Jet Set Willy II)
http://jswremakes.emuunlim.com/
(un site sur toutes les versions, officielles ou non, de Jet Set Willy, et ses
suites / remakes non commerciaux)
http://www.geocities.com/andrewbroad/spectrum/willy/
(une page plutôt orientée vers les versions et remakes Spectrum,
avec des détails techniques)
Ikari
|
|
Votre avis nous intéresse
Voici
quelques remarques supplémentaires sur ce jeu hors-norme, que je vous livre
en pâture:
- La gigantesque
fête donnée par Willy dans son manoir fait suite à la découverte
des mille et un trésors qu'il déterra dans le précédent
opus, Manic Miner.
-
Parfaitement conscient du caractère inédit de Jet Set Willy (début
1984, une telle aire de jeu ainsi qu'une telle difficulté étaient
du jamais vu), l'éditeur Software Projects lança un concours dès
sa sortie: quiconque découvrait le premier le nombre exact d'objets à
ramasser pour terminer le jeu gagnait une caisse de champagne. En fait, il y avait
un piège (involontaire): alors que 83 objets étaient disséminés
dans le manoir, seuls 82 étaient accessibles! Cette erreur, qui empêchait
aux joueurs de terminer le jeu, fut rapidement corrigée à l'aide
d'une série de "poke" qu'il fallait intégrer au programme
original - le premier patch de l'histoire du jeu vidéo était né.
-
Les informations distribuées par Software Projects en vue d'appliquer le
patch au programme original ouvrirent une brêche que de nombreux pirates
exploitèrent. Très vite, des épisodes inédits de Jet
Set Willy virent le jour. Deux éditeurs allèrent même jusqu'à
sortir des éditeurs de tableaux!
-
Contrairement à ce que beaucoup pensent, le créateur de Jet Set
Willy II n'est pas Matthew Smith, mais Derrick Rowson. D'après certaines
rumeurs, Smith aurait commencé à travailler sur un épisode
intitulé "The Megatree" / "Miner Willy Meets the Taxman"
avant de quitter Software Projects; mais rien ne permet de l'affirmer.
-
Jet Set Willy II constitua, pour beaucoup, une grosse déception. Certes,
cette suite comprenait 131 tableaux -contre 60 dans l'épisode précédent-,
mais beaucoup de ces tableaux s'avéraient monotones et sans imagination.
L'intérêt de JSW II résidait en fait dans sa programmation.
Alors même que les 60 tableaux de Smith remplissaient les 48k du Spectrum
à ras-bord, Rowson parvint à intégrer plus du double de tableaux
dans la même quantité de mémoire. Cet exploit technique fut
rendu possible grâce à la création d'un puissant algorithme
de compression, réduisant de moitié la taille mémoire de
chaque écran.
-
Parmi les quelques bonnes idées de JSW II, l'on peut citer l'arrivée
de Willy sur une autre planète après le décollage de sa fusée
non loin du manoir (Willy revêt alors l'apparence d'un cosmonaute); ou encore
la possibilité de Willy, dans certaines version du jeu, de pénétrer
dans la cuve des WC du premier écran (hum), de visiter sa tuyauterie (hum
hum) et... d'y mourir noyé. Tout un programme!
-
Il n'existe pas de salle secrète dans Jet Set Willy. En 1984 toutefois,
des millers de joueurs crurent le contraire après la découverte,
dans les lignes du programme original de Smith, du nom d'un tableau inconnu, "The
Gaping Pit". Un lecteur de Crash -le magazine britannique consacré
au Spectrum le plus influent de l'époque- alimenta à sa façon
la rumeur en envoyant un courrier particulièrement vicieux. En substance,
ce lecteur affirmait qu'il était possible d'atteindre "The Gaping
Pit" en suivant les instructions suivantes: 'sur la plage, attendre patiemment
qu'une grosse vague surgisse à l'écran pour sauter sur le radeau
flottant à son sommet; une fois arrivé sur "Crusoe Island",
monter en haut du palmier pour faire apparaître le tableau "Tree Top
- The Sequel". Là, sauter sur l'oiseau: Willy est désormais
invulnérable, et peut voler où bon lui semble dans le manoir - rendant
l'écran "The Gaping Pit" enfin accessible'.
Nombreux furent les joueurs incrédules qui, patiemment, attendirent que
la "grosse vague" les transportât sur l'île de Robinson
Crusoe. Ce canular, qui en fit rire plus d'un, fut repris par Rowson dans JSW
II, dans lequel un bateau emmène le joueur vers "The Deserted Isle".
-
Dans le programme original, quiconque entrait dans le tableau "We Must Perform
a Quikafleeg" après avoir traversé l'écran "The
Attic" mourrait instantanément. Ce bug était dû à
la présence d'une grosse chenille dont la taille engendrait une erreur
dans la disposition des éléments dans l'un des deux tableaux. Bien
que Software Projects distribua une nouvelle série de "poke"
corrigeant l'erreur, l'éditeur affirma que cette erreur n'en était
pas une. Il expliqua, à qui voulait bien l'entendre, qu'après avoir
visité "The Attic", l'écran "Quirkafleeg" se
remplissait de gaz nocif (!), contraignant le joueur à trouver un autre
chemin pour poursuivre sa route.
Je verrais bien Bill Gates expliquer les bugs de son système d'exploitation
de la même façon.
-
A la fin de JSW, Maria autorise Willy à aller se coucher. A peine allongé,
ce dernier se relève et file aux toilettes pour y... vomir. A la fin de
JSW II, il se couche et se trouve transporté dans "The Central Cavern",
le premier tableau de ... Manic Miner! Et si tout cela n'était qu'un rêve?
-
Une version Commodore 16 de JSW vit le jour, mais avec ses 16k de mémoire,
seuls 20 tableaux y furent repris. Idem pour JSW II, qui incluait un peu plus
de 80 tableaux répartis sur quatre programmes... à télécharger
séparément (!).
-
En 1989, Sotware Projects fit développer des adaptations Amiga et Atari
ST de JSW. Bien qu'elles furent annulées avant leur commercialisation,
la version ST fut achevée. Elle est désormais trouvable sur le net,
et inclut deux tableaux inédits: "Buried Treasure" et "Zaphod
says: don't panic!".
David
|
|
|
| |