
E3 2001. La PlayStation 2 est sortie depuis un an. La machine de Sony, prétendûment surpuissante, souffre de défauts qui font quelque peu tâche aux côtés de ce discours mirobolant. Les productions dalors savèrent en effet piégées dans un étrange brouillard et plombées par des scintillements en tous genres, une basse résolution chronique, une étonnante pixellisation... Cest dans cet étrange climat de succès non-mérité car les ventes de PlayStation 2 explosent que les petits gars de Naughty Dog, emmenés par Jason Rubin, sapprêtent à calmer tout le monde après avoir mis la PSone au pied du mur avec sa série Crash Bandicoot, véritable merveille technique au potentiel fun inépuisable. Jak & Daxter est annoncé. Véritable régal visuel et racoleuse leçon de programmation, le jeu fait leffet dune véritable bombe. Sony peut souffler. Son monstre est enfin désinhibé. Et Mario commence à trembler. Car Jak & Daxter semble en plus bien parti pour devenir le meilleur jeu de plates-formes du moment.


Noël 2001. Jak & Daxter est enfin là. Et force est dadmettre que la PlayStation 2 assure vraiment, finalement. Car la réalisation de Jak & Daxter est vraiment de très haute volée : couleurs chaudes et chatoyantes, animation souple, rapide et fluide, effets spéciaux dévastateurs, modélisation impressionnante, expression faciales cartoon convaincantes, absence totale de chargements. Rien à redire, dautant plus que Naughty Dog ruse habilement : les rares faiblesses de la PlayStation 2 sont élégamment maquillées. Cest ainsi que la résolution relativement faiblarde des textures sefface comme par magie au milieu dun déluge de couleurs pétantes et dun level-design des plus impressionnants. Mais, en plus dêtre une habile démonstration des capacités techniques de la console, Jak & Daxter savère être un des plus formidables aboutissement de ces dernières années en termes de gameplay. C'est même un véritable monstre vidéoludique. Rien que ça.


Il s'agit d'un jeu de plates-formes pur et dur
Jak est un jeune homme espiègle, hyperactif, avec une pure coupe de cheveux jaunes à la Dragon Ball Z. Daxter est son grand pote. Nos deux comparses sont bien évidemment toujours fourrés ensemble. Ils vivent dans un petit village bien paisible, en bord de mer. En face se trouve une petite île menaçante, que le vieux Sage du village interdit de visiter. Évidemment nos deux zouzous ne peuvent sempêcher daller y jeter un il, et ce quils découvrent va les plonger dans une mélasse bien épaisse. Ils tombent nez à nez avec de sombres personnages qui projettent de prendre le contrôle de leur monde en sappropriant les pouvoirs de lEco Noire, forme dénergie maléfique. Et ce qui devait arriver arrive. Daxter le maladroit tombe dans la fosse dEco Noire et en ressort transformé en un improbable mélange de raton, de squons du désert et de furet... Un design absolument génial. Nos deux amis rentrent dare-dare au village et racontent tout au vieux Sage
Branle-bas de combat ! Il faut à tout prix empêcher ces sinistres personnages de prendre le contrôle du monde et tenter de redonner à Daxter son apparence normale. Voilà pour le prétexte à de géniales déambulations dans un univers fascinant.


Jak devra donc franchir de multiples mondes avant datteindre et affronter les grands méchants. Il devra donc se frayer un chemin au travers de vastes et nombreux niveaux, affrontant les méchants Lurkers et collectant des piles dénergie qui permettent douvrir les portails donnant accès aux nouveaux mondes
On retrouve ici les sempiternels thèmes des jeux de plates-formes : jungle, plage, volcans, montagne enneigée, monde sinistre
Loin dêtre de soporifiques redites, ces niveaux savèrent parmi les meilleurs jamais conçus dans un tel jeu. Incroyablement vastes, ils se parcourent sans lombre dun temps de chargement ni le moindre ralentissement, et ce avec la constante qualité graphique déjà évoquée
Une véritable prouesse technique en somme ! Comme dhab, Jak apprend de nouveaux mouvements au fur et à mesure dela progression, sans non plus que cela devienne un mic-mac éprouvant à la manette
Le contrôle est donc totalement intuitif. On ressent constamment la tenue de Jak et jamais on ne doute de sa capacité à le faire franchir des environnements à la topographie pourtant torturée. Ici, pas de sauts hasardeux ni de combats tirés par les cheveux, pas de scènes dactions incontrôlées à la Sonic. Non, la maniabilité est tip-top, parfaitement dosée, la caméra docile et intelligemment placée. Une jouabilité ultime donc, nouvelle preuve du talent des gens de Naughty Dog


Vous ne pourrez donc vous en prendre quà vous-même lorsque vous aurez loupé votre coup ! La difficulté est toujours savamment dosée, notamment grâce à des check-points parfaitement bien disposés pour pallier à la difficulté que proposent certaines scènes dactions. Parmi elles, on trouve les inévitables boss ou courses effrénées et totalement speedées à bord dengins qui restent parfaitement maniables au-travers denvironnements hostiles
Bref, un challenge qui sait se corser proportionnellement au plaisir de jeu pour des moments ludiques purement intenses ! Tout cela, sans doute, grâce à des séances de bêta-testing que lon imagine monstreusement longues et prise-de-tête. Bravo Naughty Dog. Les musiques, elles, sont génialissimes, douces ou entraînantes. Les dialogues sont à mourir de rire, bien que Jak ne décroche pas un mot de tout le jeu ! Cest en fait le génialissime Daxter, au design déjà tordant, qui soccupe de lancer les phrases qui tuent, notamment lorsque Jak, vaincu, seffonfre : Daxter sort alors systématiquement une bêtise en regardant Jak (la caméra en fait !) du genre « Non, Jak, ne te dirige pas vers la lumière ! Jaaak ! »
Avec, toujours, des grimaces et mimiques désopilantes


Comment, aussi, ne pas parler de la récolte des piles dénergie qui font office de points de sauvegardes, et lors desquelles se lancent de petites animations tordantes, genre Jak faisant une passe à Daxter qui reprend la pile en halley-oop ou Daxter toujours lui en train de faire un moon-walk
Pour finir, la durée de vie est franchement satisfaisante, et propose un véritable challenge : celui de collecter les 101 piles dénergie et les 2000 orbes
Une aventure de longue haleine donc, variée, drôle et passionnante, ou jamais le joueur naura à pester contre des contrôles approximatifs ou des passages à la difficulté insensée. Non, Jak & Daxter est un jeu difficile mais juste ce quil faut, et représente donc sans doute le mètre-étalon du jeu de plate-forme classique. Il aura fallu attendre 2001 pour que le mythique Super Mario 64 sorti en 1996 trouve enfin à qui parler, et un digne successeur
Un grand bravo donc au studio Naughty Dog


La suite de Jak & Daxter, sortie fin 2003 et nommé Jak II : Hors la Loi, opère un changement de gameplay plutôt marqué : Jak est désormais un fou furieux doté de supers pouvoirs diaboliques et assoiffé de vengeance, le tout dans un monde industriel avec une maniabilité quelque peu GTA-style ou lon peut obtenir des armes à la puissance de feu décoiffante
Une évolution notable donc, pas forcément du goût de tout le monde, notamment en termes de design, mais qui reste un très grand jeu daction/plates-formes
On retrouve heureusement un Daxter toujours aussi désopilant
À noter que Jak III est en cours de développement au moment où cet article est mis en ligne (juin 2004). Vivement Noël 2004.
Corentin M.