Dans
l'univers des jeux vidéo, vous aviez sûrement déjà
incarné un vaisseau spatial, un petit bonhomme, un glouton
ou une autre créature plus ou moins charismatique...
mais encore jamais une araignée ou une mouche. Eco
va vous permettre de combler cette lacune.
Sorti en 1988, Eco est le premier "simulateur
d'écosystème" paru sur ordinateur...
Note
: merci de ne pas confondre ce jeu avec Ecco
le Dauphin sorti plus tard sur Megadrive.
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| La
boîte du jeu. |
Quand
le jeu débute, après l'écran d'introduction
très joli qui reprend une citation de Charles Darwin,
vous arrivez sur l'écran de présentation accompagné
d'une superbe mélodie. Vous avez ainsi accès
à :
- l'aide (les touches pour déplacer la caméra)
;
- le lancement du jeu ;
- le choix entre musique et bruitages (impossible d'activer
les deux ensemble).
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L'intro,
une citation de Darwin. |
L'écran
de présentation. |
Il
est temps de commencer. Cliquez donc sur la mappemonde pour
démarrer le jeu.
Aussitôt, le programme génère un environnement
parmi 4 : polaire, désertique, tempéré
ou tropical. En même temps, il génère une
forme de vie sous laquelle vous allez pouvoir démarrer.
En fait, la création de l'animal est aléatoire,
mais ne peut être qu'une forme de vie de base : araignée
ou mouche.
Le
climat a une importance sur la quantité de nourriture
et de prédateurs que vous allez rencontrer. À
noter qu'il y a un cycle jour/nuit pendant le jeu, et que la
nuit vous voyez moins bien ce qui vous entoure.
Première
étape : se nourrir.
Au
commencement... vous avez la dalle.
Si, si, ne me racontez pas d'histoires : vous crevez de faim.
Et ça fait longtemps que ça dure d'ailleurs :
vous n'allez pas tarder à mourir de faim. À moins
que vous ne puissiez trouver quelque chose à manger.
Mais avant tout, il faut regarder autour de vous pour savoir
s'il y a des prédateurs. Parce que manger, c'est bien,
mais être mangé, ça craint. Le radar va
vous aider : les points bleus représentent les plantes,
les jaunes sont des formes de vie identiques à vous,
et les oranges sont des animaux qui vous considèreraient
bien comme casse-croûte.
Pour
vous déplacer dans le monde qui vous entoure, vous pouvez
soit cliquer sur une des icônes de direction, soit utiliser
le joystick dans la direction que vous souhaitez. Aussitôt,
l'araignée déambule sur ses 6 pattes...
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| Le
début de la vie d'une araignée. Le soleil
se lève sur un climat polaire. |
Visiblement,
vous allez avoir du mal à évoluer ici : il n'y
a pas grand chose à becqueter. Mais bon : il y a un
brin d'herbe juste devant. Vous allez devoir le manger avant
1/ qu'il ne soit fané et 2/ qu'un congénère
ne vous le pique.
Dans
la théorie, pour trouver de la nourriture, deux manières
: soit y aller directement quand vous la voyez à l'écran,
soit demander à l'ordinateur de vous y conduire automatiquement
en cliquant sur l'icône couteau/fourchette (ou joystick
vers la gauche en appuyant sur le bouton de tir). Dans ce cas,
vous serez dirigé vers la nourriture la plus proche,
mais attention : d'abord s'il n'y a rien à manger dans
le coin, vous allez partir un peu dans tous les sens ; et ensuite
s'il y a trop de sources de nourriture, il arrive que l'ordinateur
ne puisse pas se décider et alterne entre elles. Si pendant
ce temps-là, un prédateur s'avise de votre présence,
vous risquez fort de finir dans son estomac...
Dans
la pratique, il est difficile de trouver de la nourriture car
tous les facteurs sont réunis pour vous empêcher
d'avancer : déjà il y en a souvent peu, et vos
congénères ont la fâcheuse manie de la manger
avant vous. Pendant ce temps, la tête de mort descend
tout doucement, se rapprochant de votre fin...
Mais ne perdez pas courage. S'il est parfois difficile de démarrer,
ça vaut la peine de s'accrocher.
Et dès que vous touchez de la nourriture, vous l'absorbez
automatiquement, ce qui prend un temps plus ou moins long. Attention
à ne pas vous faire manger à ce moment-là,
car vous êtes immobile !
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| Juste
avant de se nourrir. |
En
pleine croissance ! |
Deuxième
étape : se reproduire.
Maintenant
que vous avez bien mangé, que vous êtes repu, il
va falloir penser à trouver une compagne. Histoire de
vous reproduire pour perpétuer l'espèce... et
même en profiter pour l'améliorer un peu.
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| Une
copine devant. Notez l'icône de reproduction
et la tête de mort qui s'est élevée. |
Comment
faire pour trouver une compagne ? Exactement de la même
manière que pour trouver de la nourriture. Une nouvelle
icône (les symboles homme/femme) est disponible sur
votre écran : vous allez pouvoir l'utiliser pour demander
à l'ordinateur de vous guider au plus vite vers votre
dulcinée. Attention, comme pour la recherche automatique
de la nourriture, les mêmes remarques sont valables
pour la recherche automatique de votre compagne : l'ordinateur
risque de patiner un peu s'il n'y a aucune demoiselle ou s'il
y en a trop. Aussi préfèrerez-vous peut-être
en rechercher une grâce au radar et vous diriger manuellement
vers elle.
Trouver
une compagne est assez facile dans le sens où il ne semble
pas y avoir d'autres individus mâles dans ce jeu (ou si
vous préférez penser que vous êtes une femelle,
alors vous êtes la seule). Bref, pas de risques de heu,
comment dire ? d'erreur !
Évidemment, pendant cette phase de recherche de l'accouplement,
vous êtes limité par le temps (même si vous
en avez obtenu beaucoup en mangeant) et par le danger que représentent
vos prédateurs. Il est parfois difficile de trouver une
compagne : soit elles ne sont pas là, soit elles se sont
fait manger !
Mais,
comme pour la nourriture, le succès est au bout de la
route. Le simple fait de toucher une compagne vous fait vous
reproduire, et là on accède à l'autre aspect
du jeu : le tableau d'évolution.
Troisième
étape : évoluer.
Vous
êtes comme un généticien : vous allez pouvoir
agir sur les gènes de votre créature.
Vous avez accès à 8 gènes. Chaque fois
que vous arrivez à vous reproduire, vous pouvez en débloquer
un. Ce gène peut être repositionné selon
8 crans. Quand vous aurez réussi à vous reproduire
8 fois, et que vous pourrez manipuler les 8 gènes, vous
aurez ainsi la bagatelle de 16 777 216 combinaisons
!
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| Le
tableau d'évolution. Les gènes à
gauche, le résultat à droite. |
Les
gènes (de haut en bas) agissent sur :
- la disposition des pattes et la forme des ailes
- la taille des pattes
- la taille de la bouche
- le rapport entre la taille des pattes et celle des ailes
- la taille des ailes
- un changement dans l'évolution vers le haut (araignée
-> quadrupède)
- la taille de la queue
- un changement dans l'évolution vers le bas (araignée
-> plante)
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| Avant,
l'arachnide. |
Après,
le quadrupède ! |
Une
fois que le choix est fait, vous pouvez cliquer sur l'icône
en forme de croix pour valider votre décision... et
repartir dans la nature.
Quatrième
étape : survivre !
Vous
redémarrez dans le même environnement qu'au départ,
et votre nouvelle forme va vous entraîner vers de nouvelles
aventures... en recommençant les mêmes étapes
que vous avez vues : manger d'abord, se reproduire ensuite,
puis débloquer un nouveau gène pour évoluer...
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Un
quadrupède à la poursuite d'une mouche
au crépuscule. |
Évidemment,
les choses ne sont pas aussi simples qu'il n'y paraît.
Tout
d'abord, évitez de régresser au stade de la plante.
Même si c'est très marrant, il vous est impossible
de vous reproduire ni même de vous nourrir. Donc vous
allez pousser, et vous faner sans rien pouvoir faire.
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La
mouche, comme l'oiseau, peut voler (deux nouvelles
icônes disponibles). |
Ensuite,
le fait de changer d'espèce modifie complètement
votre position dans la chaîne alimentaire. Par exemple,
quand vous commencez en tant que mouche ou araignée,
vous devez vous nourrir d'herbe, et tous les autres animaux
sont des prédateurs. Si vous avez évolué
en quadrupède ou en oiseau, vous allez devoir vous
nourrir d'araignées ou de mouches... et éviter
d'autres espèces comme le scorpion ou l'homme. À
vous de choisir ce que vous voulez devenir, sachant qu'il
vous faudra au moins 3 manipulations (il me semble) pour devenir
un humain.
Pour
finir, sachez que l'humain n'est pas à l'abri d'un autre
prédateur... Ce n'est pas lui qui est au sommet de la
chaîne alimentaire dans ce jeu. Il n'existe aucun animal
(sauf erreur de ma part) qui ne soit pas ingérable par
d'autres.
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La
fin. Verdict : tué par un prédateur
(ici un humain qui s'éloigne). |
Réalisation
Elle
est globalement de très bonne qualité.
Si
on regarde les graphismes, effectivement ça peut paraître
un peu moche (surtout de nos jours !) Mais il ne faut pas oublier
que ce jeu est sorti avant des titres en 3D pleine tels que
Carrier Command,
et qu'il exploite très bien la 3D filaire. En décor
de fond, et au niveau de la couleur des animaux, les couleurs
changent uniquement en fonction de l'environnement, et le résultat
est tout de même acceptable.
Mais
l'un des points forts de ce jeu est l'animation. Comme il est
difficile d'en parler, la capture d'écran ci-dessous
vous donnera une idée de l'animation d'un quadrupède.
Jusqu'ici, je n'ai pas le souvenir d'avoir vu des programmes
plus anciens qui reproduisaient aussi bien les mouvements et
déplacements d'animaux (les jeux en 3D filaire se déroulaient
principalement dans l'espace, si ma mémoire est bonne,
et un exemple qui me vient en tête est Starglider).
Voir déambuler un humain ou un quadrupède, en
marchant ou en courant, voilà qui était fort impressionnant
! Surtout que les mouvements sont très détaillés
et réussis, et qu'il est possible de modifier le point
de vue en temps réel.
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| L'animation
d'un quadrupède. |
Les
musiques sont superbes, tant celle d'introduction que celle
en cours de jeu. Les deux sont longues et bien adaptées
aux machines. C'est d'ailleurs la seule différence
entre la version ST et la version Amiga
: la qualité de la musique. Si comme la plupart du
temps, le ST en natif a du mal à concurrencer
l'Amiga, c'est le contraire qui se passe si on décide
de brancher un synthé grâce à la sortie
MIDI de l'Atari !
Les bruitages, eux, sont plus moyens.
Le
maniement est simple. Les 8 directions du joystick (sans appuyer
sur le bouton de tir) servent à se déplacer, et
les 4 directions principales (en appuyant sur le bouton de tir)
servent à trouver de la nourriture, trouver une compagne,
s'envoler ou atterrir. Sachant qu'elles sont doublées
par le clic à la souris sur l'icône correspondante,
l'ergonomie ne souffre d'aucun reproche.
Venons-en
maintenant au jeu lui-même. Si le principe est extrêmement
simple, comme vous avez pu le voir jusqu'ici, le challenge est
ardu. Il est très fréquent de faire trois mètres
au début du jeu et de se faire boulotter par un prédateur.
Il est fréquent de mourir de faim alors qu'on arrive
à quelques mètres d'une source de nourriture.
De plus, si un prédateur vous prend en chasse, le semer
est quasiment impossible, et les chances à la course
d'une araignée contre un oiseau sont ridicules... À
moins de pouvoir s'envoler, vos chances d'en sortir sont très
minces. Bref, on meurt souvent, très souvent même,
ce qui est décourageant. Et bien sûr, comme il
n'y a aucun moyen de sauvegarde, il faut recommencer à
zéro.
Alors,
que penser d'Eco ?
Que c'est un jeu qui est sorti à la surprise générale,
et qui a innové sur de nombreux points. Sa qualité
technique est indéniable, mais sa répétitivité
et sa difficulté ont terni son image. Néanmoins,
dans le contexte du rétro-gaming, c'est un incontournable.
Eco
fut testé :
- dans le Tilt n°53 d'Avril 1988 (Hit, 18/20)
;
- dans le Gen 4 n°3 de Mars/Avril 1988 (85%).
Eco
reçut le prix suivant :
- le Tilt de Bronze 1988 du Jeu le
Plus Original.
JPB