
Toutes
les catégories de jeux ont en quelque sorte leurs emblèmes,
leurs titres incontournables, que ce soit pour le foot, la baston
ou le shoot’em up. Ce qui m'a fait découvrir le
Tactical RPG, ce n'est pas Final
Fantasy Tactics, ni Tactics Ogre ou encore
Fire Emblem ; non, aucun des titres archi-reconnus
dans ce genre de jeu très codifié. Rien de tout
cela. Le T-RPG, je l’ai connu à 11 ans avec ma
petite Saturn chérie, à
2h30 du matin alors que j’avais cours six heures plus tard et
que mes parents me croyaient couché (attention, avis
aux jeunes lecteurs : c’est pas bien !), bénissant
l’achat de ce jeu et de la carte mémoire de la
taille d’une cartouche Megadrive,
ricanant silencieusement dans l’obscurité du salon
tandis que j’allumais délicatement la TV, dans
la lumière froide du tube cathodique qui semblait me
dire « félicitations mon garçon ! Tu as
enfreint les règles, tu es devenu un homme ! ».
C’est fou ce que les gosses s’imaginent comme trucs.
Des tubes cathodiques qui parlent, j’te jure…
Ce jeu, cette petite perle de la Saturn
qui m’a accompagnée pendant une bonne centaine
d’heures (minimum), c’est Dragon Force.
Et voici son histoire.
Dragon
Force est un T-RPG en 2D développé par Working
Designs et sorti en 1997 sous nos latitudes européennes.
Le nom du studio vous dit quelque chose ? Si vous avez touché
de vos doigts cornés par les années la série
des Lunar, Alberts Odyssey ou encore Alundra,
ce sont eux également, ce qui est d’emblée
un gage de qualité.

Après
un sommeil de 300 ans, Madruk est d’humeur plutôt
méprisante. Renvoyez-le dans sa caverne !
Dragon
Force se déroule dans un univers médiéval-fantastique
appelé Legendra, un monde menacé par le réveil
du dieu maléfique Madruk. En ces temps troublés,
et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, l’Empire
Fandaria, dirigé par Goldark, a déclaré
la guerre mondiale contre tous les autres royaumes. Puisqu’il
va falloir faire un peu le ménage et mettre fin à
cette menace démoniaque en réunissant les huit
membres de la Dragon Force (tatiiiiiiiin !), le jeu vous propose
de jouer un des 8 monarques contrôlant les royaumes de
Legendra (6 de base et 2 cachés). Les voici, les voilà
:
Wein
: Roi de Highland, Wein a prouvé dès son plus
jeune âge sa valeur en tant que combattant talentueux
et en tant que fin stratège, mais il s’est surtout
illustré comme un leader généreux et ne
supportant pas l’injustice. Commencer avec Wein correspond
à peu près au mode Facile, tant les alliances
se feront assez aisément et les alliés précieux
viendront garnir vos rangs.
Teiris
: La dirigeante de Palemoon manque peut-être encore d’expérience
politique et peut sembler un brin naïve, mais elle se distingue
par une volonté de fer de résoudre le conflit
par la paix. Bien que le début du jeu soit ardu, le reste
s'avère tout de même facile grâce à
plusieurs alliances-clés et ses capacités magiques
surprenantes.
Gongos
: Le monarque de Bozack se fait appeler « The Guardian of
The Forest », ce qui s'explique par sa carrure et ses manières
plutôt… bestiales ! Cela dit, même si c’est
un excellent combattant, il n’en est pas moins extrêmement
galant… Jouer avec Gongos peut s’avérer assez
difficile au premier abord, il vaut mieux bénéficier
d'un peu d'expérience pour s’en sortir.
Junon
: L’Empereur de Tristan dirige son empire d’une
main de fer. Surnommé « The Black Death Mask »,
il écrase sans pitié ses adversaires et éprouve
une haine sans limites envers Goldark qui a tué son père
en duel. Le jeu avec Junon sera jonché de batailles mais
ne posera pas de difficultés particulières. Vous
aurez également une petite surprise : que peut bien se
cacher derrière ce masque ?
Leon
: Même si le Royaume de Topaz est assez calme et religieux,
son dirigeant et ses troupes sont des combattants féroces
et ne font aucun compromis. Le jeu est assez dur avec Léon
puisque vous commencez en plein milieu de la zone de combats
!
Mikhal
: La nation d’Izumo est constituée d’exilés,
suite au désastre provoqué par Madruk plusieurs
centaines d’années auparavant. Autant dire que
Mikhal entretient une haine farouche pour ce démon. Comme
le souligne son design, lui et ses troupes sont des samuraï
confirmés, ce qui donne un jeu de difficulté moyenne.
Reinhart
: Oui, c’est un enfant, oui il a l’air tout mignon
! Mais le fils du Dieu de la Guerre n’est pas à
prendre à la légère ! Ce mage prodige constitue
le premier perso caché, qui sera accessible une fois
le jeu achevé une première fois. La partie est
très facile avec lui du fait des alliances se bousculant
à vos portes.
Goldark
: Deuxième perso caché, vous pourrez jouer dans
la peau du « Mad Lion », celui qui a déclenché
le conflit. Mais est-ce aussi simple ? Qui sait… Quoi
qu’il en soit, aucune alliance avec Goldark n’est
possible, seul le combat compte, ce qui rend le jeu assez difficile.
Vous aurez noté le design assez manga. Sachez que tout
le long du jeu, des cut-scenes aux sprites des combats (la Saturn
en affiche plus de 200 à la fois sans jamais moufter),
propose cette esthétique, ce qui donne un cachet très
particulier et très attachant à l'ensemble. Les
superbes artworks qui parsèment la partie avaient suffit
à me faire saliver d’envie à l’époque
(et encore maintenant).


Certains
passages tiennent du morceau d’anthologie tant les personnages
respirent le charisme.
Ce
qui distingue Dragon Force des autres T-RPG se trouve
dans le déroulement des combats, totalement (ou presque)
en temps réel. Ici, pas de tour par tour ou de système
de cases, toutes les troupes se déplacent simultanément,
les seuls temps morts survenant au moment où vous ouvrez
le menu pour décider de la stratégie à
adopter. Ce système rend les joutes particulièrement
nerveuses et épiques sans laisser l’occasion de
s’endormir !

Et tout ça bouge parfaitement,
crie, lutte pour sa vie, et sans ralentissement !
Pour
combattre, chaque monarque dispose de quelques généraux.
Le monarque et les généraux ont sous leur commandement
un certain nombre de troupes (de 10 à 100) auquel vous
donnez des ordres en combat. Cependant, une des subtilités
reste qu’il existe 10 sortes de troupes différentes
et que chaque sorte de troupe est forte ou faible face à
une autre. Par exemple, si les Soldats sont forts face aux Moines
et aux Bêtes, ils sont désavantagés face
aux Cavaliers, aux Zombies et aux Harpies. Et étant donné
qu’il existe plusieurs environnements de combat favorables
ou non à certains types de troupes, le choix des armes
détermine de manière cruciale le déroulement
d’un combat.
Autre subtilité : le monarque et les généraux
disposent d’HP, d’MP et d’une barre de Power,
qui une fois remplie (au fil du temps) permet de lancer des
sorts : vagues d’energie, résurrection, pluie de
météores, bouclier, invocations, tout y passe
! Ces sorts donnent souvent lieu à de très belles
animations et permettent de renverser le cours d’une bataille
si on les exécute correctement. C’est pourquoi
il convient de ne pas dépenser ses MP à tire-larigot,
mais plutôt d’observer attentivement l’affrontement,
et de lancer une vague d’énergie salvatrice au
moment critique.


Meteor
Storm et Sonic Blast, deux des sorts les plus puissants du jeu.
En règle générale, on ne s’en relève
pas…
Même
si vous combattez souvent, il va falloir aussi organiser vos
troupes pour se déplacer, recruter des soldats, etc.
L’écran de la carte, même si il est réalisé
dans une 3D plutôt moche, a le mérite d’être
très clair et de ne jamais laisser le joueur perdu dans
un trop-plein d’informations. C’est également
sur cette carte que vous prendrez connaissance des effectifs
ennemis et des niveaux des châteaux qui les abritent.
Car oui, les châteaux disposent, comme les monarques et
les généraux, de niveaux. Plus celui-ci est élevé,
plus il pourra abriter de troupes et plus il procurera un avantage
pour les assiégés.

Cependant,
même après tant de batailles épuisantes,
le temps s’écoule, et au bout d’une semaine
(une dizaine de minutes à peu près), vos conseillers
vous convoqueront pour administrer les affaires internes du
royaume. Vous récompensez vos généraux,
vous écoutez leurs doléances (attention : si ils
ne sont pas satisfaits, ils déserteront !), tentez de
convertir les captifs à votre cause, fortifiez (pour
augmenter son niveau et ainsi accueillir plus de troupes pour
procurer un plus grand avantage aux assiégés)
ou effectuez des recherches dans vos châteaux (pour trouver
des généraux ou des objets).
Ce qui rend le jeu si immersif se trouve d’abord dans
le soin apporté à la 2D ainsi que dans les personnages
qui disposent réellement de charisme. Les dialogues sont
absolument savoureux (les anglophobes passent vraiment à
coté de quelque chose : les scènes d’insultes
avant le combat sont géniales !) et donnent lieu à
des scènes rarement ennuyeuses, souvent gratifiées
de dessins de toute beauté. L’humour distillé,
parfois assez noir, fait beaucoup de bien, il m'évoque
presque du Monty Python par moments.

Gaul et Scythe sont des adversaires
récurrents et de plus en dangereux. Prenez garde à
leurs sorts surpuissants.
Ensuite,
les combats sont en règle générale très
équilibrés, ni trop faciles ni trop ardus, ils
n'ennuient ni ne découragent (même si les combats
finaux vous donneront suffisamment de challenge pour suer abondamment!),
et sont suffisamment stratégiques sans verser dans le
too-much trop cérébral qui saoulerait le
joueur. Sur ce point, tous les affrontements sont des fresques
épiques ou dramatiques, et ne sont jamais vus comme une
routine, sans compter qu’ils sont accompagnés de
musiques parfaitement adaptées et très agréables
à écouter.
Pour
ce qui est de la durée de vie, c’est également
l’orgie : comptez environ 30 à 40 heures pour chaque monarque,
puisque chaque royaume dispose de sa propre story-line. Quand
on se lance sur Dragon Force, on lâche très
difficilement le pad, tant il apporte un peu d’air frais
dans les Tactical et permet de se dire tout bas : « bon
sang, la Saturn c’était
le pied quand même ! » (cette phrase n’était
pas un message marketing visant à vous faire acheter
une Saturn, non non !).



Hayate,
Vangal, Vlad et Sierra sont quatre personnages cachés
très puissants. Encore faut-il les convaincre de vous
rejoindre…
Tama
(gros remerciements à Shenron pour les screen-shots !)