1997
est une année très prolifique pour la Playstation,
qui accueille de plus en plus de gros titres à un rythme
effréné. D'aucuns commencent à souhaiter
un Zelda
uniquement pour elle, ou tout du moins un titre d'aventure similaire.
Le souhait va être exaucé, mais d'une manière
peu orthodoxe.
Revenons en arrière, 3 ans auparavant. Des anciens de
Climax Entertainment (créateurs des deux premiers Shining
Force sur Megadrive et de Landstalker)
fondent Matrix Software en 1994. Chose étonnante de la
part de membres habitués à la Megadrive, leur
premier jeu sera pour la console de Sony. Ayant probablement
entendu les doléances des joueurs, ils mettent tout leur
savoir-faire pour concevoir un jeu d'aventure qui comblerait
le manque. C'est ainsi qu'Alundra sort en 1997
au Japon, et un an plus tard chez nous, avec Psygnosis s'occupant
de la distribution en Europe.
Pour ma part j'en ferai l'acquisition temporaire plus tard,
lors de mes années de lycée, puisque la fille
que je convoitais à l'époque me l'avait prêté
dans l'espoir que je l'aide à trouver la solution à
une énigme sur laquelle elle plantait. Je m'étais
dit que ce devait être tout simple et que j'y arriverais
en cinq minutes chrono [Mode Mysogine ON], après tout,
ce n'est qu'une femme, et blonde de surcroît [Mode Mysogine OFF]
! Je ne vous raconte pas la surprise en m'apercevant que j'avais
sous le nez un excellent jeu... en fait si, je vais vous raconter,
c'est un peu le but, en fait.
"Le
Zelda de la Playstation", disaient les
critiques de l'époque, en soulignant bien évidemment
les points communs avec la saga d'Hyrule, et en regrettant
pour la plupart une 2D jugée éculée (à
ce titre, le test de jeuxvideo.com est édifiant de
bêtise). Cependant, aucun ne se pencha vraiment sur
le passif du studio, car l'ombre de Landstalker
plane sur le titre de Matrix Software. Coïncidence : lui aussi
avait été considéré comme le Zelda...
mais de la Megadrive. Le monde est petit, non ?
Rappelons les faits : Landstalker est un
jeu d'aventure, avec la particularité de proposer des
phases de plates-formes très élaborées
ainsi que des énigmes à faire frire le cerveau,
une formule unique qui l'avait admirablement démarqué
pour en faire un des must-have de la Megadrive. On
va voir que l'on va retrouver cette formule pour le moins
unique dans Alundra, que l'on pourrait considérer
comme sa seconde suite (avec Dark Savior
sur Saturn, sorti un an avant).

Le
début du jeu sur le navire qui vous mène à
Inoa, avec en prime le grand méchant, Melzas, lors
du D.A d'intro (d'excellente facture).
L'aventure
s'articule autour d'une seule île, Torla, avec un seul
village, Inoa. Le jeune Alundra est appelé là-bas
grâce à son don : en effet, ceux de sa tribu
sont capables d'entrer dans les rêves des gens afin
d'en changer le dénouement. Ce qui arrange bien les
habitants d'Inoa, qui sont harcelés depuis peu par
des cauchemars de plus en plus horribles, et surtout de plus
en plus réels, capables de causer leur mort. Alundra
va devoir non seulement entrer dans les rêves des pauvres
villageois, mais aussi en trouver la source. Le jeu propose
donc une aventure "découpée" en deux
parties : les cauchemars et les "donjons" proprement
dits. "Découpée" entre guillemets,
car la liaison entre le rêve et la réalité
se fait de manière très fluide, le joueur ne
se dira jamais que les rêves ont été implémentés
n'importe comment. En fait, la plupart du temps, Alundra vaincra
un cauchemar, ce qui lui permettra d'avoir des indices sur
sa provenance, et donc de s'orienter vers le prochain donjon,
dans l'espoir qu'il trouve matière à mettre
fin aux tourments d'Inoa.
Alundra ne sera cependant pas seul, et pourra compter sur
quelques alliés indéfectibles, comme Jess, le
forgeron qui l'a recueilli, Septimus le médecin (surnommé
"Septimus Prime" par mon frère et moi, on
avait besoin de se moquer de quelqu'un !) ou encore Meia,
membre de la même tribu d'Alundra, et au passé
trouble. En revanche, le déroulement est surprenant,
car ce n'est pas parce que le héros peut sauver des
gens qu'il réussira systématiquement : autant
le dire tout de suite, le cimetière du village se remplira
régulièrement de vos échecs, et contribuera
à semer le doute parmi les habitants. Êtes-vous un
sauveur, ou un annonciateur d'une quelconque malédiction
venue d'un dieu malveillant ? Car la religion occupe une place
centrale dans la vie des résidents de Torla, et vous
voir remettre en question le jugement des dieux n'est pas
du goût de tout le monde... Rassurez-vous, le traitement
de ce thème sur lequel beaucoup de jeux (à commencer
par les RPG japonais) se cassent les dents est ici exemplaire
et dénué de clichés. Ce déroulement
est pour le moins singulier, assez "sombre" et contribue
à créer une ambiance très particulière,
qui oscille entre l'épique et le cauchemardesque, sans
jamais vraiment basculer ni dans l'un, ni dans l'autre.
Pad en
main, le jeu se manie assez simplement. Croix pour sauter,
Carré pour attaquer, Triangle pour sprinter (un sprint
qui rappelle fortement la course avec les bottes de Pégase
dans Zelda), Rond pour utiliser l'objet secondaire,
L2/R2 pour ouvrir votre inventaire, et c'est tout. Pas de
manipulation complexe avec plusieurs boutons en même
temps, rien que vos réflexes et vos méninges,
qui seront tous deux mis à rude épreuve. Même
s'il est vrai qu'au premier abord, le jeu fait très
clairement penser à Zelda, avec sa
vue des trois-quarts du dessus, son héros proche du
petit hylien, ses herbes hautes que l'on peut couper pour
ramasser de la vie ou de l'argent, la comparaison s'arrête
là, car le savoir-faire des anciens de Climax reprend
très vite le dessus. Vous aurez affaire à des
phases de plates-formes précises et trompeuses, héritage
du temps de Landstalker et de technologie DD520 destinée
à programmer de la 3D sur 16-bits. Un passage qui vous
semble inaccessible ? Il y a peut-être un second passage
derrière ce mur. Un escalier trop haut pour vous ?
Essayez de tomber depuis le second étage, vous aller
atterrir sur les marches à coup sûr ! De nombreux,
très nombreux passages feront appel à votre
sens de l'observation et tenteront de vous tromper, à
vous de ne pas vous faire avoir par la perspective pour le
moins troublante.

Ici, il va falloir tenir compte
du tonneau que vous devrez lancer sur l'interrupteur placé
en bas à droite sur le grand pilier, ainsi que votre
distance de saut, réduite à cause du sable (à
ce stade du jeu tout du moins). Pour atteindre la bonne distance
de lancer, il va falloir partir d'en haut à gauche,
et, sans se tromper, sauter de pilier en pilier jusqu'à
arriver à bonne distance pour lancer le tonneau sur
le mécanisme. Ce dernier étant situé
légèrement en biais, vous devrez en plus modifier
votre position pendant votre saut final pour ne pas vous louper.
La remarque
vaut aussi pour les énigmes, non seulement au-dessus
de la moyenne au niveau de la réflexion pure (je suis
gentil, là), mais dont certaines profitent allègrement
du point de vue pour vous blouser.

Exemple : dans cette salle, Alundra
doit placer les quatre pierres, Soleil, Lune, Eau et Etoile
sur chaque symbole au sol leur correspondant. Premièrement,
l'Eau et la Lune se trouvent dans les plates-formes dans les
angles, et vous devez vous aider justement de l'Etoile pour
les atteindre : si vous placez cette dernière trop
tôt, vous ne pourrez pas monter récupérer
les suivantes, car une fois placées sur les symboles,
elles ne peuvent plus être déplacées.
Deuxièmement, regardez bien l'image (le côté
gauche manquant ne cache rien), n'y a t-il pas quelque chose
qui cloche ? Non, ce n'est pas une erreur, il manque la pierre
du Soleil. Où est-elle ? Comment la faire apparaître
? La solution est bien plus bête : elle est cachée
sur la droite, derrière une des plates-formes. Les
fans de Landstalker, à ce moment-là, esquissent
un sourire entendu, en souvenir du Labyrinthe Vert ou du Donjon
du Roi Nole notamment !
Vous aurez
le droit à des énigmes plus classiques également,
mais pas moins réussies pour autant.

Le but, ici, est de réussir
à allumer tous les blocs (ils deviennent verts). La
difficulté vient du fait que quand vous en allumez
un, les blocs adjacents s'allument ou s'éteignent à
leur tour, selon qu'ils étaient allumés ou éteints.
Par exemple, si vous appuyez sur le bloc tout en haut à
gauche, il s'allumera, ainsi que les deux autres à
côté de lui ; en revanche, si vous appuyez sur
le bloc à droite d'où se tient le héros
sur le screenshot, il s'allumera avec celui du haut et du
bas...mais celui à gauche s'éteindra !
Certains
d'entre vous, par les exemples que j'ai mis en avant, doivent
se poser des questions quant à la difficulté
du jeu, une particularité qui avait fait jaser à
sa sortie, taxé d' "extrêmement difficile".
Dans les faits, très peu d'affrontements vous paraitront
difficiles (la plupart des boss sont expédiés
à la vitesse du son grâce aux sorts), mais les
énigmes et les phases de plate-forme, elles, vous demanderont
toute la dextérité et toute la réflexion
dont vous êtes capable. C'est surtout en cela qu'Alundra
fait figure de petit frère illégitime de Landstalker,
car il fait le choix de mettre les combats quelque peu de
côté pour mettre en avant le versant plates-formes
et puzzle. Une orientation que j'approuve de tout cœur, mais
qui est choquante au premier abord, surtout pour le nouveau
venu s'attendant à un simple clone de Zelda,
et qui se retrouve donc face à un titre dont la difficulté
dépasse tout de même largement celle des aventures
de Link. Sachez tout de même qu'il n'y a rien d'insurmontable
: le jeu vous trompera, se jouera de vos sens, vous obligera
à entrer/sortir de la salle pour remettre l'énigme
à zéro ou recommencer une phase d'escalade ardue
(vous allez le faire souvent, ooooh oui !), mais il n'est
pas injuste, et vous pouvez arriver à bout de Melzas
à force de persévérance.

Vous tournez en rond dans ce labyrinthe
infini ? Si on L'énigme
des Cinq Saints risque de vous faire cogiter un moment...
vous dit "un pas en avant, deux pas en arrière",
c'est
qu'il y a une bonne raison !
Pour
les à-côtés, il y en a peu, certes, bien
que vous aurez de quoi manger. Pour commencer, mettre la main
sur les 50 Faucons Dorés, nécessaires à
l'obtention d'objets rarissimes, vous fera parcourir le jeu
en long, en large et en travers. De plus, sachez que certains
Faucons se trouvent dans les cauchemars ou dans des endroits
ouverts une seule fois au cours de la partie : les villageois
ne rêvant qu'une seule fois, loupez-en un seul, et vous
pouvez dire adieu à l'arme la plus puissante du jeu
! Cette quête, qui est indéniablement la plus
importante des quêtes secondaires, fera appel à
vos talents d'explorateur, de combattant, de cascadeur...
et de joueur. Trois de ces faucons se situent dans un casino
(dont l'accès ne vous sera autorisé que plus
tard, à condition d'être plutôt gonflé),
qui vous proposera trois jeux d'adresse et de chance. Pas
mauvais pour perdre son temps, mais il ne restera pas dans
les mémoires ceci dit...
L'activation des Arches de Téléportation, elle,
vous facilitera la tâche dans la mesure où vous
pourrez vous déplacer bien plus facilement sur l'ile
de Torla, à la condition expresse de remplir une quête
annexe pas forcément évidente. Vous pourrez
également vous mettre en quête de tous les Vaisseaux
de Vie, qui augmenteront votre santé maximum (il y
en a 40 en tout), ainsi que de l'Epée Légendaire,
qui est facile à obtenir, en fonction de votre talent...
ou de votre absence de talent, justement !

Le
Sanctuaire de Magyscar a la particularité d'offrir
en récompense d'une énigme résolue...
une autre énigme à résoudre.
Je regretterai
juste un manque de variété dans les décors
qui commence à se voir au bout d'une quinzaine d'heures
de jeu, certains objets sous-exploités à mon
sens (comme la Cape d'Eau ou le Bâton de Glace) et une
traduction française en-dessous de la moyenne, sans
toutefois dissoudre les yeux.
Le pauvre Alundra, à sa sortie, n'a
pas eu de chance, puisqu'il est arrivé juste après un
certain Zelda: Ocarina of Time. Un coup du
sort, puisque ce dernier avait à l'époque la
palme du jeu le plus retardé de toute l'histoire vidéo-ludique,
et il a fallu qu'il sorte juste avant Alundra
! Le titre de Matrix Software est donc injustement méconnu
principalement à cause d'une histoire de planning défavorable...
alors qu'il fait partie de mes jeux favoris, toutes plates-formes
confondues, et justifie selon moi l'achat d'une Psone, sans
oublier qu'il est disponible maintenant pour une vingtaine
d'euros à tout casser, ce qui, compte tenu de la qualité
du jeu, n'est vraiment pas cher payé !
Tama