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Buggy Boy
Année : 1985
Système : Arcade
Développeur : Tatsumi
Éditeur : Tatsumi
Genre : Jeu de Course

DEUXIÈME PARTIE : BUGGY BOY, LES CONVERSIONS.

Étrangement, et bien que le jeu d'arcade soit d'origine japonaise et ait été distribué un peu partout par des sociétés japonaises également (Tatsumi donc, mais aussi Taito et Data East), il ne fut jamais adapté sur une machine nippone comme la Famicom ou le MSX. Pour jouer à Buggy Boy à la maison, il a fallu que les Anglais de Elite se penchent sur la question et produisent de très bonnes versions du jeu sur 5 micro-ordinateurs occidentaux.

Elite Systems est une société basée à Aldridge, ville du Royaume Uni, qui s'est bâtie une excellente réputation grâce à la qualité de ses conversions de jeux d'arcade sur les micro-ordinateurs 8-bits les plus en vue au milieu des années 80. On leur doit entre autres les conversions sur Amstrad CPC, Commodore 64 ou ZX Spectrum de hits tels que Paperboy, Ikari Warriors, Bombjack, Commando ou encore Ghosts 'n Goblins.
Lorsque les joueurs de l'époque ont appris qu'Elite s'était emparé de la licence de Buggy Boy, c'est la bave aux lèvres qu'ils ont attendu la sortie des conversions de ce dernier sur leur ordi favori...

Il faut noter que Elite engageait souvent des développeurs indépendants en plus de ses employés habituels. De ce fait, on ne s'étonnera pas que les conversions de Buggy Boy soient toutes le travail de personnes différentes.

Buggy Boy sur Commodore 64
Année : 1987
Développé par : Dave Thomas & Bob Thomas

Buggy Boy est tout d'abord adapté sur Commodore 64 et cette excellente conversion va faire énormément parler d'elle. Rapide, maniable et graphiquement loin d'être laide, cette adaptation se paie même le luxe d'être très fidèle à la borne. Tous les circuits sont ainsi présents (ce sera le cas également dans les autres ports) et si on y trouve quelques éléments graphiques en moins, le tracé et la disposition des obstacles se révèlent extrêmement proches de la version originale. La seule différence vraiment notable concerne l'étrange absence des 2 troncs d'arbres qu'on trouve normalement systématiquement avant un checkpoint et qui permettent de sauter pour grappiller quelques précieux mètres quand on touche au but alors que le compteur arrive à zéro.

Graphiquement c'est tout à fait honorable.
Étrangement, les troncs d'arbre situés avant les checkpoints sont absents.

Les graphismes sont vraiment colorés, ce qui en plus d'être esthétique est mis au service des diverses mécaniques de scoring (toutes présentes ici) avec les différentes couleurs de drapeaux à ramasser dans l'ordre, ce qui est clairement indiqué à l'écran. La petite taille de la voiture par rapport au décor affiché rapproche l'expérience de celle vécue sur la version 3 écrans, ce qui garantie une excellente visibilité.

D'autre part on retrouve dans cette version les véhicules concurrents. Enfin, LE véhicule concurrent puisqu'il n'y en a jamais plus d'un seul à la fois à l'écran. Et d'ailleurs il apparaît pendant la première section des circuits, contrairement à l'arcade. Une petite infidélité, certes, mais il faut appuyer le fait que cette version C64 est la SEULE dans laquelle on trouve un concurrent, les autres conversions nous faisant toujours concourir en solo.

Un concurrent : chose que vous ne verrez dans aucune autre conversion.
Les drapeaux sont là, et aucun problème pour reconnaître les couleurs.

Enfin, il faut signaler le seul vrai défaut de cette version par rapport à l'arcade : la conduite y est nettement simplifiée. Ici, il n'est plus possible de déraper et de perdre le contrôle du véhicule. En toute circonstance et à n'importe quel endroit de la route, la voiture va toujours coller au sol, ce qui rend le jeu moins technique et moins difficile bien sûr. C'est dommage mais il faut (malheureusement) noter que ce défaut se retrouve dans TOUTES les conversions de Buggy Boy, et qu'il est même parfois accentué sur d'autres machines (voir les versions 16-bits).

Le ballon est présent tout comme les autres techniques de scoring.
Aucun risque de déraper dans les versions micro.

Alors plutôt que de considérer vraiment cette différence comme un défaut, prenons-là du bon côté : cela donne à cette adaptation de Buggy Boy un feeling différent de l'original, plus "arcade" pourrait-on dire si ce n'était pas un peu ridicule dans le cas présent ! D'autant que la jouabilité est sans faille, que l'animation est très rapide, et que le plaisir de jouer est bel et bien là, faisant de Buggy Boy sur Commodore 64 l'un des tous meilleurs jeux de course sur un micro-ordinateur 8-bits.

Buggy Boy sur Amstrad CPC
Année : 1987
Développé par : Andy Williams & Peter Tattersal

La version Amstrad CPC de Buggy Boy, sortie quasiment en même temps que la version C64, offre une expérience assez différente de l'arcade. Si tous les circuits sont présents, on remarque qu'ils sont victimes de nombreux changements : retrait de certains obstacles, et nombreux éléments graphiques purement et simplement supprimés. Le défilement de la course est également nettement moins véloce, même si ça reste acceptable. L'un des changements les plus notables dans le level-design concerne les ponts devenus très larges et qui ne constituent plus du tout une difficulté dans cette version.

De nombreux éléments graphiques sont aux abonnés absents : la ligne de départ par exemple !
Plus de stress pour traverser un pont :c'est un véritable boulevard ici !

Le graphisme manque un peu de couleurs, ce qui ne gênera pas ceux qui aiment le bleu tant cette teinte fétiche des jeux CPC est ici mise à toutes les sauces. Ce n'est pas laid du tout, mais clairement en-dessous du rendu de la version C64 et cela a également des répercussions sur le gameplay. Car ici, tous les drapeaux sont de la même couleur, ce qui oblige à modifier une des techniques de scoring (le bonus s'obtient en ramassant un certain nombre de drapeaux).

Certaines des mécaniques de scoring ont disparu mais les portes sont là.
La maniabilité est bonne et on peut toujours se mettre sur 2 roues.

Comme sur C64, la conduite a été simplifiée (plus de perte de contrôle) mais on déplore en plus ici la disparition totale des concurrents.
Malgré cela, l'expérience de jeu sur CPC se révèle très satisfaisante. Étrangement, malgré toutes les simplifications, le niveau de difficulté est bien équilibré et le jeu n'est pas trop facile. Même épurée, la disposition des obstacles propose toujours un certain "challenge" et le chrono, bien adapté, fera toujours planer le risque d'un game-over prématuré au dessus des conducteurs du Dimanche !

Buggy Boy sur Sinclair ZX Spectrum
Année : 1988
Développé par : Maz Spork & Paul Walker & Mark Cooksey

Sortie un an plus tard, la version Spectrum se démarque immédiatement des autres adaptations par sa représentation graphique. La buggy énorme au milieu de l'écran impressionne et nous renvoie immédiatement à la version "junior" de BuggyBoy (en mono-écran). Le graphisme est vraiment fin et détaillé même s'il est victime d'un manque de couleur comme c'est souvent le cas chez les titres de cette machine. Conséquence : comme sur CPC, la méthode de scoring liée à la couleur des drapeaux n'est plus applicable.

Des décors monochromes mais une énorme buggy colorée !
Les drapeaux sur la piste sous tous noirs.

Et puisqu'on compare avec le CPC, on remarque ici aussi que de nombreux éléments ont disparu, que ce soit sur la route ou dans les décors, et que les ponts ne sont plus étroits du tout. Cependant ici aussi le gameplay reste équilibré et le jeu n'est pas trop facile. Bien au contraire : car ici l'animation est rapide, quasiment autant que sur C64, et les réflexes du joueur seront grandement sollicités. Heureusement la maniabilité est au point et le jeu, très plaisant, a ravi les possesseurs de Spectrum. On regrettera quand même que la vue utilisée, trop basse derrière l'énorme buggy, gêne quelque peu la visibilité et rende certains passages très ardus.

Les graphismes sont finset les tracés efficaces.
Lorsque la Buggy décolle,on ne voit plus la route !

Signalons encore deux choses. Tout d'abord, et même si c'est anecdotique, il se trouve que la buggy continue à avancer à (quasiment) pleine vitesse pendant une ou deux secondes quand le compteur de temps arrive à zéro : peut-être est-ce une petite modification pour contrer une difficulté jugée trop élevée ? Ensuite, et là c'est plus important, il faut reconnaître à cette conversion Spectrum d'excellents bruitages (dans sa version 128k en tout cas), quasiment au niveau de la version Amiga !

Buggy Boy sur Commodore Amiga et Atari ST
Année : 1988
Développé par : Martin W Ward & Richard Frankish

Les versions Amiga et ST sont quasiment identiques. Avantage à l'Amiga tout de même sur le plan sonore, mais ça ne change pas grand chose dans Buggy Boy puisqu'à la base l'arcade ne se distinguait pas vraiment sur ce plan.
On ne s'étonnera pas de constater que ces versions sont les plus jolies et les plus fidèles à l'arcade, graphiquement en tout cas.

Il y a moins de détails qu'en arcade mais les montagnes en arrière plan sont plus jolies !
Le tracé est fidèle à l'original avec ici un saut à effectuer par-dessus les barrières pour traverser la porte "Time".

Fidélité également concernant le tracé des circuits, même si l'habitué de la borne remarquera ici et là la disparition de quelques obstacles. Enfin on retrouve avec plaisir toutes les techniques de scoring ici, y compris les ballons cachés (que l'auteur de cet article n'a pas trouvés dans les versions 8 bits, il se pourrait donc qu'ils n'y soient pas).
Le jeu est rapide, la maniabilité est excellente et on prend énormément de plaisir à pratiquer Buggy Boy sur un micro-ordinateur 16-bits.

Pas de risque de dérapage, même sur la neige !
Les rampes sont bien présentes ici aussi.

Malheureusement, ces conversions sont loin d'être « arcade-perfect » contrairement à ce que la presse de l'époque avançait. L'absence de concurrents est déjà vraiment regrettable, surtout quand on sait qu'ils répondent présent sur Commodore 64. Et puis ces adaptations sont un peu trop faciles car le gameplay de la borne a été grandement simplifié, encore plus que sur 8-bits. Ainsi, comme dans toutes les autres versions, on ne peut plus déraper et perdre le contrôle de son véhicule. Et en plus de cela, il n'y a plus aucun problème pour rouler sur 2 roues, on peut même rester en équilibre ainsi quasi-indéfiniment, sans risquer de se planter, et sans avoir besoin de ralentir.

Vous pourrez rester sur 2 roues pendant des plombes dans ces 2 versions.
Les ponts sont tout aussi stressants en version 16-bits.

Du fait de ces modifications, n'importe quel joueur un minimum adroit bouclera le premier circuit dès sa première partie. Heureusement, les 4 autres se montrent plus retords.
Mais ce n'est vraiment qu'en comparant objectivement avec la borne d'arcade qu'on remarque ces défauts qui n'ont pas empêché la plupart des possesseurs de ces adaptations 16-bits de vraiment prendre leur pied.

Conclusion

Elite Systems a réalisé un travail remarquable. Toutes les conversions micro de Buggy Boy se révèlent de très bonne facture. Si on veut les comparer entre elles, on sera tout de même obligé d'admettre que c'est sur Commodore 64 qu'on prend le plus de plaisir à s'adonner à ce jeu. Le feeling n'est pas le même qu'en arcade, mais le fun est sans conteste au rendez-vous. Venant juste derrière, les versions Amiga et Atari ST sont également excellentes et fortement recommandables.

Notons pour finir que Buggy Boy a obtenu le Tilt d'Or 1988 de la meilleure adaptation de jeu d'arcade, à égalité avec Operation Wolf. Une récompense bien méritée.

Trivias

Le nom américain de Buggy Boy, Speed Buggy, pourrait faire référence au cartoon du même nom produit par le studio Hanna-Barbera qui connut un certain succès dans les années 70.

Le flyer original japonais nous apprend que les courses disponibles dans Buggy Boy avaient d'autres noms. Ainsi North se nomme également Monte-Carlo, East est aussi appelé Safari, West correspond à Paris-Dakar, et pour finir South est Southern Cross. Plus fort encore, un flyer européen va même jusqu'à nommer les étapes de ces courses. On s'aperçoit ainsi par exemple que la course Monte-Carlo traverse les villes de Saint-Etienne, Viviers, Briançon, Digne, et passe par le Mont Blanc !

Buggy Boy a été adapté en 2005 par Elite (toujours) sur téléphone portable.

Jetons maintenant un œil sur les autres productions des auteurs de Buggy Boy : les japonais de Tatsumi...

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