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Rogue Trooper
Année : 2006
Système : PC, Playstation 2, Xbox
Développeur : Rebellion
Éditeur : Eidos Interactive
Genre : Action
Par Niko844 (04 février 2008)

NB: Ne pas confondre avec les jeux du même nom édités par Piranha soft et Krisalis en 1986 et 1991

Jeu d'action à la troisième personne, Rogue Trooper est sorti dans l'indifférence la plus totale... Au programme de ce jeu tiré d'une licence plutôt méconnue dans nos contrées : de l'action non-stop à la troisième personne, en multi comme en solo, mettant en scène un héros surarmé au look très particulier, le tout sur fond de guerre futuriste, au visuel potable et furieusement typé série B.

Un rude design, qui s'inspire avec subtilité de Rambo et des Schtroumpfs...

Vous l'aurez compris, Rogue Trooper n'a à première vue pas grand chose pour se démarquer des nombreuses productions du même genre, parmi lesquelles figurent notamment Kill.switch et Gears of War. Autant vous dire que je n'en attendais pas grand chose, d'autant plus qu'à l'image de Sniper Elite, l'oeuvre précédente du studio Rebellion, ce jeu avait suscité chez les médias spécialisés des réactions fort divergentes.

Sniper Elite, un jeu qui n'a pu séduire le grand public faute de finition.

Rogue Trooper, basé sur le comic book éponyme crée par Gerry Finley-Day et Dave Gibbons, suit les aventures de Rogue, un des nombreux clones produits en quantité industrielle pour servir la noble cause des « gentils nordistes » dans la guerre qui les oppose aux « méchants sudistes ». Un schéma classique évoquant la fameuse guerre civile américaine, mais qui n'a dans le jeu d'autre but que de servir de décor au déroulement de l'histoire. Élevé dès leur plus jeune âge à l'art de la guerre, ces soldats ont été génétiquement modifiés afin de résister à la totalité des poisons existants, ce qui leur permet de respirer sans mourir l'air de Nu Earth, la planète ravagée par l'utilisation d'armes chimiques où se déroule cette guerre. Le jeu semble être une préquelle à la trame de la BD. On découvre ainsi pourquoi Rogue est devenu le dernier survivant de son commando d'élite.

La BD dont est tirée le jeu. Elle a démarré en 1981 dans le magazine 2000AD, qui compte aussi dans ses rangs Judge Dredd. Dave Gibbons, dessinateur célèbre (The Watchmen, Liberty, le jeu d'aventure Beneath a Steel Sky) a créé le design principal, mais de nombreux autres artistes ont travaillé sur la série au cours des années, faisant partir celle-ci dans de multiples directions...

Il faut noter que Rogue Trooper a déjà fait l'objet d'adaptations en jeu vidéo par le passé. Tout d'abord avec un jeu de tir en vue isométrique sur CPC, C64 et Spectrum édité en 1986 par Piranha Software, puis sous la forme d'un run'n gun pour Amiga signé Krisalis en 1991. Autant de titres qui ont laissé peu de traces dans les mémoires. D'autre part un jeu de plateau est sorti en 1987 chez Games Workshop.

Rogue Trooper sur Amstrad CPC (1986)
Rogue Trooper sur Amiga (1991)
Le jeu de plateau

Rogue Trooper version 2006 débute au cœur de l'action, alors que Rogue et ses petits camarades se lancent, non sans une certaine excitation, dans une attaque aérienne surprise contre l'ennemi. Mais les choses ne se passent pas comme prévu. Un odieux officier trahit Rogue et son régiment, qui se retrouvent face à des adversaires prêts à en découdre. Avant même d'atterrir sur le champ de bataille, l'assaut tourne au fiasco et si Rogue, plein de sang froid, parvient à survivre à ce véritable génocide de petits hommes bleus, ses trois plus fidèles compagnons se font salement dessouder un par un sous ses yeux. Mais cette race de combattants est pleine de ressource, et c'est ainsi que la magie de la science fiction fait effet, car la personnalité de chacun d'entre eux, stockée sur biopuce, s'avère être indépendante de l'enveloppe corporelle, et, luxe suprême, se montre compatible avec tout équipement militaire.

Une âme compatible USB : le rêve de tous les geeks !

Rogue installe ainsi chacun de ses potes dans divers éléments de son matériel en fonction de leurs compétences, et le voilà paré d'un arsenal dont chaque partie dispose d'une intelligence propre, pourra le conseiller dans ses manœuvres, et accessoirement lancer deux trois blagues pour détendre l'atmosphère (irrespirable, rappelons-le).

On se retrouve donc avec :

  • Un fusil pouvant être monté sur trépied, devenant alors une tourelle qui éliminera tout ce qui bouge, bien pratique pour se protéger des ennemis en surnombre ou pour lâcher la manette et aller aux toilettes sans pour autant mettre le jeu en pause.
  • Un casque pouvant pirater tout terminal électronique sur lequel on le pose, ce qui a l'avantage de vous laisser libre de vos mouvements pendant l'opération.
  • Un paquetage qui recyclera toute la ferraille récoltée, dans un tas de déchets ou sur un ennemi, en munitions, améliorations pour votre fusil et surtout en medikits !
Original et réellement efficace dans la pratique, votre équipement permet par exemple de hacker le verrouillage d'une porte tout en couvrant vos arrières et ce, sans risquer de se faire trouer la peau.

Mais non content d'être suréquipé, Rogue dispose d'une palette de mouvements si fournie et variée qu'il aurait presque pu s'en sortir sans son équipement intelligent. Jouable à la manière d'un FPS, Rogue Trooper se révèle être très maniable, avec une petite réserve en ce qui concerne le changement d'armes : en effet, pour switcher entre vos joujoux, il vous faudra les faire défiler, une manipulation peu intuitive qui provoque certaines confusions, en particulier lorsqu'on se fait plomber la peau. Les grenades ne sont pas non plus très facile à utiliser en pleine action, car pour être précis il faut maintenir le bouton tout en visant... Rageant !

On s'embrouille parfois dans la sélection d'armes.

Hormis ces petit défauts d'ergonomie, le soft s'avère bien pensé, notamment pour les déplacements du personnage, capable de grimper, plonger pour esquiver le feu ennemi ou s'abriter, s'accroupir, s'adosser à un mur et épier sur le côté...

La palette de mouvements est agréablement fournie.

On retiendra surtout le fait de pouvoir tirer à l'aveuglette, un mouvement qui évoque fortement le très réussi Gears of War (sorti quelques mois plus tard mais dont les développeurs avaient révélé cette « feature » depuis plus d'un an), ainsi que la possibilité de se déplacer discrètement pour assassiner lâchement mais non sans une certaine classe un sbire. Cette dernière possibilité, assez jouissive bien que pas très poussée, permet surtout au joueur de gagner plus de points pour ainsi débloquer des bonus. Attention, ce n'est pas très facile à mettre en action, vos victimes potentielles ayant l'ouïe très fine.

Le gameplay offre quelques actions bien sympathiques...

Présenté à tort comme un jeu d'action bourrin, Rogue Trooper s'avère ultra permissif dans sa palette d'actions lorsqu'il s'agit de buter tout ces sales fascistes de sudistes. Car notre grand soldat bleu bourré à la testostérone, grâce à sa polyvalence, ses mines, ses grenade et son tromblon couteau-suisse pouvant passer du fusil d'assaut au shotgun et au sniper, laisse la possibilité de la jouer fine ou comme un gros bourrin. Vous pourrez d'ailleurs jouer les sadiques en choisissant pour cible alternative les bouteilles d'oxygène des sudistes, qui avec un peu de chance en dégommeront plusieurs en explosant. Aussi efficace qu'un tir à la tête, mais tellement plus drôle ! À noter que pour les handicapés du pad la visée est légèrement assistée, avec en prime l'apparition d'un petit icône lorsque vous êtes en train de viser un point critique (tête, bouteille d'oxygène, explosifs...).

On prend un malin plaisir à expérimenter les différentes façons de massacrer ces crétins de sbires.

Libre au joueur donc de faire de sa progression un modèle de subtilité ou un carnage à grande échelle. Pour pimenter les situations qui bien que peu originales ne se révèlent jamais ennuyeuses, vous serez amené à affronter des snipers, à vous approprier des tourelles sur une plate-forme, un train ou un vaisseau dans des séquences d'assaut ennemi ou de course-poursuite plutôt bien rendues, le tout dans des niveaux au level-design parfois excellent. Du coup on prend un réel plaisir à faire parler la poudre et à avancer dans un jeu qui remplit sa mission, à savoir divertir sans prendre la tête.

Le jeu alterne action frénétique et infiltration sans douleur.

De l'action non-stop donc, mais qui n'impliquera pas autant le joueur qu'un Ninja Gaiden... En effet, Rogue Trooper, fort du paquetage de son héros distribuant à volonté medikits et munitions, met rarement en difficulté. Du coup, pas besoin d'être un as de la manette pour sortir vivant de cette vendetta. Défaut ou avantage, la présence de ce paquetage prive le soft du stress inhérent aux situations critiques, limitant sans doute les montées d'adrénaline. On vient donc rapidement à la fin du mode solo pour se tourner vers le multijoueurs.

Les ennemis n'ont guère de chances face au héros quasi increvable.

Et là, ô joie, on découvre qu'en plus d'être jouable aussi bien en lan que via le net (sur toutes les versions du jeu), ce dernier propose un jeu en équipe basé sur un point de vue alternatif de la mission au cours de laquelle Rogue et ses camarades ont étés décimés. Au programme, 5 arènes et deux modes de jeu, à savoir « Forteresse », ou il faudra défendre une zone pendant un temps défini, ou « Évolution » qui consiste tout simplement à se rendre à un point précis de la map. La principale différence avec le mode solo, en dehors du fait que vous êtes ici accompagné, réside dans le fait que l'équipement n'est pas aussi élaboré et dépend du personnage choisi en début de partie. On doit donc beaucoup plus faire attention à ne pas mourir, tout en s'efforçant de gagner un maximum de points en jouant de la façon la plus classe et efficace possible, obtenir ainsi un meilleur score que ses équipiers, et ainsi remporter la partie.

Visuellement parlant, jeu multi plates-formes oblige, Rogue Trooper ne risque pas de vous exploser les mirettes mais sa réalisation est convenable et le design plutôt attachant grâce à son côté très série B. L'ambiance générale, sur fond de guerre et de trahison, s'avère révélatrice de l'esprit du jeu. En effet, si l'on découvre l'horreur de la guerre à travers le parcours d'un soldat bafoué, les développeurs ont eu l'intelligence de se faire côtoyer une histoire de vengeance très premier degré et quelques petites doses d'humour rappelant au joueur qu'il n'est pas la pour chercher à interpréter la démarche artistique de la chose, mais bien pour se fendre la poire dans un bon gros jeu d'action. Ainsi si Rogue, concentré sur sa mission, s'avère assez peu bavard, son équipement doté d'une volonté propre et de la capacité de parler, n'hésite pas à balancer de vieilles blagues et autres réflexions inattendues. Certains ennemis, par ailleurs pas très variés, se révèlent eux aussi être de grands guignols : leur gestuelle, couplée à leur voix ridicules et leur vulnérabilité face à un héros presque invincible renvoient aux Grunts croisés dans Halo tant ils s'avèrent comiques par moments. Le jeu prend donc le parti de vous laisser vous faire plaisir, et c'est d'autant plus flagrant que la BD éponyme semble être, quant à elle, très premier degré.

L'intelligence du jeu réside dans l'habile mélange entre le 1er degré de la BD et ses petites touches d'humour qui collent à merveille à l'ambiance série B.

Si manette en main l'ensemble s'avère très réussi, les cinématiques se révèlent aussi bien fichues, avec une mise en scène qui ne se contente pas de faire la transition entre 2 séquences de gameplay, et qui tout au long du jeu, des présentations du champ de bataille aux confrontations verbales ou physiques, s'avère dynamique et efficace, sans pour autant céder à la frime racoleuse. Ainsi la caméra n'hésite pas à nous mettre dans la peau des personnages en passant en vue subjective, ou encore en filant à toute allure dans des séquences tour à tour contemplatives, comiques ou percutantes.

La mise en scène des cinématiques s'avère jouissive et très bien pensée.

Côté bande-son c'est un peu moins marquant, avec des compositions convenables qui accompagnent l'action de manière plutôt discrète. Pas grand chose à reprocher non plus au niveau des bruitages, convenus. Les voix s'avèrent très réussies en VO, préférables à celles de la VF, un peu trop surjouées, même si elle renforcent le côté « téléfilm à 2 euros ».

Les panpans et les blablas sont dans le ton, mais sans plus.

Au final, pour un jeu qui sent bon le film de SF fauché, Rogue Trooper n'a rien d'une daube malgré son aspect très classique, et aurait même pu être indispensable s'il n'était pas handicapé par de petits défauts. Après un Sniper Elite en demi-teinte, les développeurs de Rebellion donnent ici naissance à un jeu très accessible et intéressant. Disposant de vraies bonnes idées et d'un mode multijoueurs très complet, il pêche cependant par une interface pas toujours bien pensée et une difficulté presque inexistante, qui agacera les joueurs les plus aguerris. Reste une œuvre sans prétention, honnête et sincère, qui reprend correctement les caractéristiques du genre. Idéal pour débuter en douceur dans les jeux d'action.

Niko844
(04 février 2008)
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