
Note : cet article concerne uniquement le
jeu Vampire Killer sur MSX. La série Castlevania dans son ensemble est traitée dans ce
dossier.
La série Castlevania est l'un des piliers de la société
Konami depuis le milieu des années 80. On ne compte plus les suites, versions alternatives ou en
3d que ce jeu a engendré depuis son apparition sur MSX 2 en 1986 sous le nom de Vampire Killer
(au Japon : Akumajou Dracula). A l'époque, le standard japonais était le cheval de bataille
du géant Konami, en marge de leurs créations pour les salles d'arcades et sur NES.


Les possesseurs de MSX ont encore des frissons à la simple évocation
de Konami, tant les jeux développés par la firme sur ce support furent constants dans la
qualité, tout en étant très variés dans le concept. A
la sortie du MSX 2, en 1986, qui était censé défier les 16-bits grâce à
ses modes graphiques fins et hauts en couleurs, il fallait une superproduction ludique digne de ce nom
pour promouvoir le produit, d'autant que le MSX 1 était considéré en fin de carrière
comme une sorte de console de jeu améliorée, ses capacités en tant qu'ordinateur
familial n'ayant pas été plebiscitées. Alors
que ce dernier avait été suivi par plus de 24 grand noms de la hi-fi et de la micro (Toshiba,
Sharp, Yashica, Pioneer etc…), seuls Sony et Philips se fendirent d'un ou plusieurs modèles MSX
2, les Sony (HBF-500 et HBF-700F) étant plus chers et performants, le Philips (VG8235 et VG8255,
rebaptisés par la suite NMS8235 et NMS8255) s'adressant au joueurs par le biais d'un concept nouveau
pour l'époque, appelé le "New Media System", ancêtre du multimédia dont on
nous a rebattu les oreilles par la suite. Philips, en plus de produire
des périphériques musicaux pour ses machines qui n'ont eu aucun succès, commandita
un jeu auprès de développeurs Néerlandais. Le résultat fut "L'infini", une
daube comme on en a peu vu depuis que le jeu vidéo a envahi la planète.
Du côté japonais, les choses étaient
plus sérieuses, et Konami créa Vampire Killer, un jeu d'action révolutionnaire. Pour le possesseur de MSX 2 que j'étais, Vampire Killer n'avait rien
d'extraordinaire au vu des photos d'écrans, mais en lançant le jeu (qui sur cartouche coûtait
499f !), force était de constater qu'un grand nom était né.


Vampire Killer met le joueur dans la peau de Simon Belmont, un chasseur de
vampire parti à la poursuite de Dracula, armé d'un fouet qui donne son nom au jeu. A mi-chemin
entre la plate-forme et l'action pure, le jeu baigne dans une ambiance digne des productions de la Hammer
(cinéma fantastique anglais des années 50-60), mais ne propose pas de scénario élaboré
ni de dialogues, contrairement à ses successeurs. Passons vite
sur les graphismes, corrects sans plus, car ils sont un peu sacrifiés au profit de la jouabilité.
Vampire Killer accroche le joueur dès les premières minutes, et ce jusqu'à en être
venu à bout, après quelques dizaines d'heures de pur bonheur. Car
croyez moi, les gens de chez Konami, en ces glorieuses années 80, ont ce que l'on appelle de la
classe, à savoir que leurs produits sont toujours finis dans les moindres détails, et offrent
au joueur un challenge parfaitement dosé lui permettant d'exploiter la cartouche chèrement
acquise à fond. Par la suite, Vampire Killer refera son apparition
sur Nintendo NES alors que Konami se lançait dans le marché des consoles renaissant, rebaptisé
Castlevania. C'est sous ce nom que la plupart des adeptes le connaissent.
Dès lors, à chaque fois que Nintendo sortira une nouvelle console, Konami se fendra d'un
ou plusieurs épisodes de Castlevania adaptés aux capacités de la machine, avant de
transposer la série, comme la majeure partie de son catalogue, dans le domaine exclusif des possesseurs
de Playstation 1 et 2. Heureusement, la GBA marquera le grand retour de Castlevania sous la bannière
Nintendo. Voir le dossier de Maze sur la série pour plus détails.


La version NES de Castlevania / Vampire Killer propose un gameplay considéré comme supérieur,
grâce à l'apport d'un scrolling, absent sur MSX2 (comme d'habitude sur le support). Néanmoins,
ses graphismes, quasiment monochromes par moments, sont moins agréables à l'oeil. Par ailleurs,
on reproche souvent à la version MSX2 le fait qu'il soit impossible de sauvegarder la partie. Ce
n'est pas vraiment un problème en définitive, car le jeu peut se terminer en moins d'une
heure, avec suffisamment de pratique. Son seul vrai problème est sa vitesse d'exécution,
qui a tendance à varier en fonction du nombre de sprites présents à l'écran.
Par moments, Simon accélère brutalement sous prétexte qu'un ennemi a été
tué et que le CPU est moins sollicité, ce qui pose quelques problèmes de maniabilité.
L'émulation MSX ne fait hélas que renforcer le problème. Il faut aussi ajouter que
le maniement de Simon Belmont est bien plus restrictif que celui de ses successeurs : il ne peut pas changer
de direction lors d'un saut, et a tendance à ne pas grimper les escaliers lorsqu'on lui demande.
Lorsqu'il le fait, il ne pourra plus sauter jusqu'à l'arrivée en haut de l'escalier. Bien
entendu, il a déjà tendance à reculer de plusieurs mètres lorsqu'il est touché,
une constante de la série.


Ces petits tracas n'empêchent pas Vampire Killer d'étonner et de passionner son monde, notamment
par le fait qu'on y trouve l'ensemble des ingrédients qui feront la gloire de la série :
les ennemis les plus célèbres sont là (méduses, zombies, chevaliers en armure
lançeurs de hâches, panthères noires, chauve-souris, serpents-squelettes...), les
armes récurrentes aussi (couteaux, fioles d'eau bénite, hâche, fouet upgradable...),
et il est même possible d'échanger les coeurs collectés contre des items auprès
de marchands. Dans certains niveaux, à l'architecture labyrinthique, le héros doit retrouver
une clé qui lui permet d'ouvrir un passage vers le niveau suivant (cette particularité est
absente de Castlevania sur NES, mais reviendra dans sa suite Simon's Quest), ce qui permet à la
progression de ne pas être strictement linéaire. Il s'agit donc d'un jeu complet qui propose
une action très variée, comme on n'en a observé que très peu sur 8-bits. Quand
aux boss, ils sont magnifiques, très impressionnants (notamment le Dracula final qui occupe tout
l'écran) et demandent de faire preuve d'un certain sens tactique pour être vaincus. Les décors,
qui changent du tout au tout à chaque niveau, introduisent des thèmes visuels que les possesseurs
de Playstation s'étant régalés sur Symphony of the Night auront la surprise de trouver
ici, avec plus de 10 ans d'avance, comme ces salles pleines d'engrenages géants. Signalons enfin
que Vampire Killer introduit une série de thèmes musicaux devenus légendaires.


Rien à ajouter en conclusion, sinon qu'on
a là un des meilleurs titres de la ludothèque MSX et que cette version n'est pas aussi inférieure
à celle sur NES qu'on veut bien le dire. Simplement, le faible succès du MSX en Europe a
fait que c'est avec Castlevania que la majeure partie des joueurs occidentaux ont découvert cette
série, et Vampire Killer est souvent oublié. Konami a réalisé d'autres chefs-d'oeuvre
sur le standard, notamment The Treasure of Usas et Firebird, mais ceux-ci sont restés
des exemplaires uniques, sans suite et jamais convertis sur d'autres machines.
Laurent