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Ridge Racer
Année : 1994
Système : N64, Playstation
Développeur : Namco
Éditeur : Namco
Genre : Jeu de Course
Par Thomas V. (07 août 2003)

Vroum vroum hiiiiiiiiiiiiiiiii

En ces termes s'exprime un des jeux les plus ébouriffants des années 90. Le milieu de la décennie voit s'opposer deux consoles 16-bits, aux graphismes en 2D, lorsque Sony et Sega lâchent un pavé dans la marre, en annonçant dès 1994 leur nouvelle console respective, faisant tourner des jeux en 3D. Cette histoire, tout le monde la connaît, ainsi que son issue (le succès phénoménal de la Playstation, l'échec cuisant de la Saturn), ce jeu en fait partie des prémices, il annonçait ce dont serait capable la nouvelle génération ; son nom : Ridge Racer. Namco, éditeur qui a fait ses preuves (Pac-Man, vous connaissez ?) joue, au moment de l'annonce de la PSX, le jeu de la 3D, et développe des bornes d'arcades mémorables comme Tekken, Toshiden et Ridge Racer, réinventant par là des concept pour tous les types de jeu.

Qu'est-ce que ça a dans le moteur ?

Tout d'abord, en 94, la claque ! On passe des jeux de course en 2D, voire en simili 3D (le mode 7 de la SNIN) à des univers totalement en 3D. Cela s'accompagne d'une vitesse d'affichage impressionnante, couplée à une grande fluidité. Inutile de dire que techniquement parlant, le jeu est sans commune mesure avec tout ce qui s'était fait auparavant. Ensuite, Namco, désireux de s'ouvrir à un large public de joueurs (ce qu'il a su faire à maintes reprises), a pris le choix délibéré d'abandonner tout réalisme au profit du fun absolu. Comme l'a synthétisé un programmeur : il vous sera toujours impossible d'effectuer un virage au frein à main (en fait il faut plutôt parler de dérapage) à 150 à l'heure dans la réalité, dans le jeu, on va vous permettre de le faire.

Ainsi peut se résumer le jeu : on vous place à bord de bolides surpuissants (affublés de nom qui rien qu'à eux vont déjà trop vite), sur un circuit au tracé enchaînant lignes droites (pour faire ronronner leur moteur 500 chevaux) et virages (pour déraper comme des malades), si possible vu au ras du sol (au moyen d'une vue intérieure indispensable pour jouer). Rien ne vous ralentira : vous pouvez déraper, la perte de vitesse sera minimale pour une raison simple : ici le frein n'existe pas, les virages se prennent selon une technique qui fera des émules, à savoir relâcher l'accélérateur, tourner et sauter sur son accélérateur. La longueur du dérapage dépend du laps de temps durant lequel l'accélérateur n'est pas enclenché. Le maniement du jeu est donc d'une simplicité biblique, et permet à n'importe quel conducteur de R12 frustré de se prendre pour un fou du volant. Le gameplay est d'une intensité rare, tant l'impression de vitesse est bien rendue, et le pilotage nerveux. Ce cocktail ne sera repris dans les suites du jeu, et sera totalement perdu dans le 4, assez molasson.

Conduire c'est bien beau, mais où ?

LA grosse déception du jeu, c'est que Namco n'a prévu qu'un seul circuit. Il est très beau, assez futuriste, mais il est tout seul. Vous pouvez faire une version courte, une version longue, en sens interdit à l'envers, les yeux bandés, les mains attachées en vous faisant mordiller les pieds par des piranhas, vous n'aurez qu'un seul circuit. Vous me direz, en arcade, vu la longueur moyenne d'une partie (5 mn) ça n'est pas un problème, mais mettre 350 balles dans le jeu console à l'époque, ça sentait l'arnaque. Mais avec le recul, le circuit était tellement bien pensé, avec des lignes droites où l'on peut faire chanter le moteur, des virages serrés se succédant qu'il faut passer toujours à la limite de la collision, de longues courbes pour déraper... qu'au final, on passe des heures sans s'en rendre compte, juste pour le plaisir de faire un tour sans toucher une seule fois le mur, ou pour péter son record.

Pour donner envie de se plonger dans le jeu, Namco a pensé à soigner l'atmosphère sonore de son jeu. Tout a été misé sur le gros son, certainement par volonté de rompre avec les compositions style MIDI des jeux 16-bits (cela se retrouve aussi dans Wipe Out ou Destruction Derby). Les musiques sont bien speed (même si sorties du contexte, on se rend compte que Nuobo Uematsu est encore loin), le gros plus du jeu étant la voix du speaker, survoltée. Pour donner une comparaison, disons qu'elle contribue autant à l'ambiance que ce que le font les voix off de Mortal Kombat ou de Killer Instinct. Tous vos dérapages seront commentés, ainsi que vos records, ce qui est une chose assez nouvelle pour l'époque.

Les petits plus du patron

Il faut d'abord remarquer que l'horrible temps de chargement à l'allumage de la console s'effectue alors que vous profitez d'un petit jeu bien sympathique (Galaga, Galaxian, je sais pas lolo, va falloir que ça soit toi qui le signale en NDL, en précisant bien que j'ai honte ;-) ) (NdL : C'est un mélange de Galaga et Galaxian). En plus de vous faire patienter, ce dernier vous permettra de débloquer des véhicules supplémentaires (le nombre s'élevant au final, en comptant les deux voitures cachées, à une dizaine). Namco a eu la bonne idée de faire de même pour Tekken premier du nom, ainsi que pour Ridge Racer Revolution, avant de lâcher l'affaire (et de sortir Namco Museum en 5 volumes, à 350 balles pièces !). Il faut aussi noter que ce jeu a fait l'objet d'une refonte quasi totale, à savoir un passage en haute résolution, une animation boostée (de 25/30 images par secondes à 50/60). Il est offert avec Ridge Racer Type 4, ce qui est une intention elle aussi louable.
Enfin, sachez que si les musiques vous ennuient, vous avez toujours la possibilité de mettre vos CDs persos dans la console. À vous les duels à 200 Km/h sur un fond d'Aznavour (ou de Jamiroquai selon vos goûts !).

Ridge Racer (1993), ou quand l'aura d'une borne d'arcade pouvait encore faire vendre une console

Drapeau à damier

Ridge Racer est bien un winner. D'abord parce qu'il est un précurseur dans les jeux de courses en 3D polygonale, ensuite parce qu'il est un des premiers jeu de la PSOne, parce que même si la borne d'arcade date de 1993, Namco n'a disposé que de 6 mois pour le convertir sur le hardware Playstation alors naissant, mais surtout parce qu'il est génial. Il contient tous les ingrédients du parfait jeu d'arcade à savoir fun, prise en main instantanée et challenge constant (gagner les voitures cachées, chasser le chrono). Un jeu comme ça, on désespère de le trouver, alors si vous ne le connaissez pas (faudrait que vous le fassiez exprès !), jetez vous sur la version Turbo, vous penserez que vous jouez à un jeu de PS2 moche, mais diaboliquement bon.

Ridge Racer 64, conversion tardive sur N64

On regrettera l'absence de mode 2 joueurs, mais certains plaisirs ne se savourent qu'égoïstement, au grand dam de votre conjoint(e). Et le pire, c'est qu'on peut y rejouer des heures durant, c'est même pas grave ! Une version N64 est sortie en 2000, elle représente une sorte de compliation des deux premiers Ridge Racer, avec 3 circuits (18 épreuves en comptant les versions longues et inversées), un mode deux joueurs et des graphismes, bien entendu, nettement plus fins que sur PSX. Un projet d'émulateur d'arcade nommé Viva Nonno (http://vivanonno.vg-network.com) émule sous Windows les jeux Namco System 22, dont fait partie Ridge Racer, mais il ne fait tourner pour l'instant que Ridge Racer 2.

Thomas V.
(07 août 2003)
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