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Sonic 3D Flickies' Island
Année : 1996
Système : Megadrive, PC, Saturn
Développeur : Traveller's Tale
Éditeur : Sega
Genre : Action / Plate-forme
Par Tama (07 juillet 2014)

Alors voilà, c'est l'histoire d'un Sonic qui n'est pas le meilleur. Il n'est pas le plus beau non plus. Certainement pas le plus inventif. Encore moins le plus aimé ! On ne parle pas beaucoup de lui, ou du bout des lèvres. On l'évacue des discussions assez vite, non pas comme un canard boiteux, mais comme le petit garçon "normal" qui aurait eu la malchance de naître dans une famille de surdoués.

Sonic 3D Flickies' Island, c'est un jeu qui souffre avant tout du poids de l'héritage de sa famille. Le hérisson se serait travesti afin de passer pour un parfait inconnu qu'on aurait été bien plus indulgent. On va parler d'un Sonic "de la zone". Et d'un de mes épisodes préférés.

Sonic 3D a une histoire pas banale. Né entre la Megadrive vieillissante et la Saturn fraîchement sortie des usines, il est chargé d'assurer une sorte de transition douce entre les générations. Mais manque de bol, le vrai Sonic "new-gen", Sonic X-Treme, prend du retard et ne sera pas présent pour le lancement de la console. Sega se retrouve donc dans une situation peu enviable, celle d'un constructeur prêt à lâcher sa machine sans pouvoir fournir sa mascotte ! Qu'à cela ne tienne, on prie Traveller's Tales de doper son bébé aux hormones Saturn, on invite l'immense Richard Jacques à composer de nouvelles musiques convenant mieux aux capacités sonores de la console et hop, emballé c'est pesé !

Deux versions du jeu sortiront donc à quelques mois d'écart, la Megadrive comme un chant du cygne, et la Saturn comme... euh... "ne paniquez pas les amis, voilà un Sonic en attendant l'autre, le VRAI !". Un os à ronger en attendant un plat principal qui finira par pourrir dans les sombres cuisines de Sega America.

Décidément, il y a des jeux qui n'ont pas de chance.

Les Bonus Stages des versions Megadrive et Saturn. La 3D de 1996 pique les yeux !

Mais revenons à nos charmants petits hérissons, et leurs amis les oiseaux multicolores. Traveller's Tales va reprendre un autre univers de chez Sega, Flicky, et le mélanger à celui de Sonic... mais il ne s'agit pas que d'univers, mais aussi de gameplay. Dans Flicky, on jouait l'oiseau bleu du même nom qui devait secourir ses amis. Ceux-ci formaient un groupe et se suivaient en file indienne, le but étant de terminer le niveau avec le groupe complet. Si on était touché, le groupe se dispersait et on devait aller les chercher. Mettez tout ce beau monde dans un mixeur, ajoutez une grosse dose de pastel et de blue sky et vous avez Sonic 3D, un mélange original qui a pris de court beaucoup de joueurs.

Au cours des 8 stages qui parsèment votre aventure (7 + le Boss Final accessible uniquement si on a récupéré les 7 émeraudes du Chaos), il faudra d'abord secourir 5 Flickies, puis les amener sains et saufs à un Ring dimensionnel qui les fera s'enfuir, et vous ouvrira le passage à une autre portion du niveau, et ce jusqu'à la fin de l'acte en cours qui sera indiqué d'un grand Ring frappé d'une croix. Seulement voilà, les pauvres oiseaux ont été faits prisonniers par Eggman, et ils servent de "carburant naturel" à ses robots ! Il faudra donc détruire ces derniers afin de les libérer, et les toucher pour qu'ils vous suivent. Vous faites donc exactement la même chose que dans les Sonic précédents, excepté que cette fois l'accent est mis sur la recherche et la destruction des ennemis plutôt que la plate-forme pure et dure. Si vous vous faites toucher, vous perdez vos anneaux et les Flickies s'éparpillent, à vous de les retrouver !

Un autre élément plutôt déstabilisant est la 3D isométrique, un angle de vue qui a pas mal marché sur Megadrive, notamment avec les FIFA et la série des Strike, mais une première pour un Sonic. Un certain nombre de joueurs n'ont jamais pu se faire à ce style - et c'est bien dommage pour eux, ils ont raté le fabuleux Landstalker ! - alors inutile de dire que ce Sonic 3D a essuyé une volée de bois vert. Pourtant il est tout à fait jouable, moyennant une période d'adaptation allant de quelques secondes à quelques minutes... Si vous êtes comme moi et que vous avez grandi avec les licences d'Electronics Arts, vous devriez prendre le jeu en main en 3,46 secondes. À une vache près.

On retrouve à peu de choses près tous les éléments constitutifs de Sonic. Le saut en boule et le Spin Dash sont présents, les méchants robots ont une tête qu'on connaît bien, les niveaux sont divisés en 3 actes (2 + 1 boss) comme avant. Il y a les Bonus Stages, accessibles dès qu'on possède 50 anneaux mais à la condition de trouver Tails et Knuckles. Ceux-ci vous volent tous vos anneaux et vous transportent dans un niveau qui n'est pas sans rappeler ceux de Sonic 2. Ils sont très faciles et une fois au bout, on récupère une émeraude. Autant dire que vous aurez vite fait d'avoir les 7 ! Du moins, sur Megadrive... Car la version Saturn, elle, dispose de vrais Bonus Stages en 3D et font figure d'évolution des stages de ce même Sonic 2. Ils sont également plus corsés...

Les boucliers aussi sont de retour avec leurs propriétés élémentaires. Le rouge vous protège du feu, le bleu de l'électricité et le jaune vous octroie une "Homing Attack" vers l'ennemi le plus proche en appuyant de nouveau sur le bouton de Saut.

La seule nouveauté réside dans les Médailles Sonic, elles sont disséminées dans des endroits en hauteur, et en attraper 10 vous octroie un Continue.

Je vous propose un petit tour des niveaux, avec un cadeau en prime : comment obtenir le menu de sélection des niveaux ! Alors, il y a deux écoles : les gens normaux et posés feront la manipulation suivante à l'écran-titre : B, A, Droite, A, C, Haut, bas, A. Ensuite démarrez une partie et faites pause, puis A. Sur la version Saturn c'est encore plus simple, faites C+Start à l'écran-titre, démarrez votre partie normalement et mettez la pause. A vous fait sauter un Acte, B un niveau, C vous amène direct au Boss Final, X vous donne une vie supplémentaire, Y une médaille et Z toutes les émeraudes du Chaos d'un coup.

Les gens un peu plus... rustiques quant à eux qui jouent sur Megadrive (la console des mecs baraqués, pour qui même Sega n'est pas plus fort que toi), secoueront leur cartouche à l'écran-titre ! Ce n'est pas une blague, j'ai découvert ce cheat-code comme ça : je me chamaillais avec mon frère, il m'a fait tomber sur la console alors que j'étais sur l'écran-titre. On a entendu un son, on s'est retournés tous les deux en même temps et on a découvert le menu de sélection des niveaux. On a crié de joie comme deux débiles et on a arrêté de se battre ! Du moins, pour un temps...

Green Grove

C'est le Green Hill générique, l'amuse-gueule réglementaire. C'est mignon et verdoyant comme tout, la version Saturn se pare de moult détails rigolos comme des taupes qui creusent les murs, ou bien des effets de transparence de l'eau. Bref, rien que vous n'ayez déjà vu dans un des épisodes précédents. Eggman quant à lui essaiera de vous larguer un boulet sur la caboche, il faudra courir jusqu'à ce qu'il s'arrête, et que le vaisseau se baisse pour le ramasser : quelques coups dans le cockpit et il fuira sans demander son reste.

Rusty Ruin

Le niveau des ruines antiques est plutôt original puisqu'il repose sur le concept de "toupie". Certaines dalles permettent à Sonic de tournoyer sur lui-même à grande vitesse, lui permettant de casser les piliers qui lui barrent le passage. Les ennemis aussi meurent au moindre contact, mais Sonic devient bien plus difficile à contrôler du fait d'une inertie accentuée et des rebonds quand il percute un mur. Attention donc aux éléments dangereux dans le décor comme les boules piquantes ou les geysers de flammes ! Il y a aussi des passages sur des pentes glissantes, où il faut trouver le bon angle pour monter afin de faire apparaître des trampolines. Eggman se cache dans une ancienne statue. Il faut monter sur ses mains sans se faire écraser, puis attendre d'être à la bonne hauteur pour taper le vaisseau qui se trouve dans le casque de la statue.

Spring Stadium

J'avoue : je DÉTESTE les niveaux des casinos dans les Sonic. Mais vraiment. Et malheureusement Traveller's Tales s'est senti obligé d'en intégrer un... Bon, si vous ne connaissez pas la routine de ce genre de niveau, il y a pas mal de ressorts, de bumpers et autres joyeusetés qui ne cessent de vous gêner dans votre progression, ou de vous envoyer sur des dalles à pointes. Dans le fond il n'est pas très difficile, juste énervant pour les joueurs qui n'aiment pas ces niveaux à thème.

Eggman revient dans une redite du combat de Green Grove. Cette fois il ne vous larguera pas de boulet, mais il est équipé de deux mains piquantes. Même tactique que précédemment : on court jusqu'à ce qu'il se baisse, puis on tape le cockpit. Attention aux dalles piquantes et aux ressorts qui peuvent vous envoyer directement vous crasher contre lui !

Diamond Dust

Oh, un niveau de neige ! Diamond Dust demande un minimum de dextérité : ça glisse, on tente de vous congeler à tout va (sautez plusieurs fois pour sortir de votre glaçon si ça vous arrive) et il faut remonter des cascades enneigées à toute vitesse. Les boules à piques blanches peuvent être cassés en faisant un Spin Dash dedans, ce qui révèle pas mal de passages secrets. J'ai toujours aimé les niveaux de neige dans les jeux vidéo, et Diamond Dust est très agréable. Attention toutefois, les bonhommes de neige explosent à votre approche, et ne comportent pas de Flickies.

Eggman s'est entouré de petits robots crachant des vapeurs gelées, afin de vous compliquer la tâche quand vous tenterez de lui fracasser son vaisseau. Il faut simplement attendre qu'il pose ses bonhommes de neige explosifs, et l'attaquer quand l'occasion se présente. Rassurez-vous, après cette débâcle, il se rendra compte qu'il faut être un peu plus original que ça...

Volcano Valley

Tu parles d'un choc thermique... Direction un volcan, avec un niveau qui peut se révéler assez traître. La lave constitue presque la moitié du level-design et il y a des geysers qui crachent des flammes à intervalles réguliers, alors attention à bien doser vos déplacements et votre vitesse. Les dalles de pierre au sol peuvent être cassées si on leur saute dessus, et certaines révèlent des conduits qui vous mènent à des pièces cachées... L'urgence est bien sûr de trouver le bouclier rouge qui vous immunisera du feu, et fera chuter par la même occasion la difficulté à des profondeurs abyssales ! Trivia rigolo, il y a même des boucliers bleus disséminés ça et là, comme pour pousser le joueur à l'erreur...

Eggman se pare enfin d'une vraie machine de combat ! Il se trouve au centre de la pièce, relié par quatre tuyaux qui lui fournissent de l'énergie. Non seulement l'architecture de la salle ne joue pas en votre faveur (les sols praticables ne vous permettent pas de l'attaquer, et le reste est composé de lave), mais il faudra éviter les flammes à tête chercheuse que le scientifique vous lancera à la figure. La clé de la victoire réside dans les tuyaux : il faut monter dessus et remonter jusqu'au vaisseau pour le frapper, sans se prendre des jets de vapeur. Certainement l'affrontement le plus difficile (enfin, le moins facile) du jeu.

Gene Gadget

Je ne suis pas fan des niveaux qui se passent dans des usines, mais Gene Gadget est très sympa quand même. Au programme, des ventilateurs pour vous empêcher de sauter comme bon vous semble, des sols électrifiés et des pentes glissantes garnies de plateformes mouvantes. Ici le bouclier bleu fait des merveilles puisque l'électricité n'est plus un danger, mais attention aux tourelles... Vous les avez déjà croisées auparavant, mais ici elles semblent s'être trompées de jeu, tant leur fréquence de tir frise le manic shooter ! Les robots renfermant les Flickies sont situés à des endroits peu faciles d'accès et le niveau est quelque peu tarabiscoté.

Il faudra affronter Eggman sur un tapis roulant, qui s'efforce de vous emmener dans des piquants. Il y a aussi des blocs pointus qu'il faudra éviter, le temps qu'Eggman daigne descendre à votre niveau. Il faudra le frapper à ce moment-là, mais gare à ses mains qui lancent des missiles !

Panic Puppet

Encore un niveau dans une usine ! Cette fois-ci tout s'accélère, dans l'Acte 2 vous n'aurez même pas à chercher les Flickies... Un point de story-telling plutôt bien foutu, car Eggman n'a même plus le temps d'intégrer les oiseaux dans ses robots, aussi résident-ils dans l'Acte 1 dans des cuves isolées qu'il faudra briser.

On a affaire au niveau le plus difficile. Tourelles folles, ennemis agressifs, tapis roulants à activer manuellement et trappes sans fond qui vous tuent sur le coup, tout est fait pour vous embêter. Le but de l'Acte 2 n'est pas d'atteindre le Ring de fin, mais de réussir à rentrer dans l'énorme statue d'Eggman, et pour ce faire il faut trouver... son nez. Oui, on s'infiltre dans les conduits nasaux d'une statue via un entonnoir prévu à cet effet. Je trouve honteux que Sega n'ait jamais eu le cran de nous refaire un coup pareil.

Puisqu'on parle du grand méchant, il revient au contrôle d'un robot dans un combat en 3 parties, et donc sur 3 étages. À chaque fois, il faudra viser la base de ses bras lorsqu'il attaquera. La première fois, il tentera de vous écraser, la deuxième de vous brûler et la troisième de vous... euh... énerver avec des balles rebondissantes aux trajectoires imprévisibles. Bref, il suffit d'esquiver l'attaque au dernier moment et de taper là où il faut.

Final Fight

Si vous avez récupéré les sept émeraudes du Chaos, le vrai combat final vous attend ! C'est le robot le plus résistant car il faudra pas moins de 10 coups pour triompher de lui... Mais vous ne pourrez faire qu'un seul coup à la fois, et uniquement quand il aura fini de vous attaquer. De plus, il dispose de 5 formes différentes, avec des attaques très variées : lasers, flammes à tête chercheuse, mains piquantes qui veulent vous écraser, fusées tirées depuis le ciel et balles rebondissantes sont de la partie. Et il n'y a que 6 anneaux en tout et pour tout, et ils se trouvent au tout début du niveau ! Un combat final plutôt éprouvant car il s'agit tout autant d'une affaire de dextérité que d'endurance, ce qui est plutôt rare dans un Sonic.

Qu'est-ce qui fait que ce Sonic 3D est un jeu sympathique, sans plus ? Premièrement, l'absence complète de challenge. Le jeu est d'une facilité déconcertante, à un point que j'en suis venu à me demander si cette facilité n'était pas voulue afin de ne pas décontenancer les joueurs dans leur transition 2D/3D... mais elle me semble exagérée. On obtient toutes les émeraudes bien avant Diamond Dust, aucun niveau ne pose de réel problème et il me semble improbable qu'un joueur ayant un minimum de bouteille puisse dépenser un Continue.

Ensuite, il n'a clairement pas inventé le fil à couper le beurre, toutes les situations de jeu ont été vues un bon milliard de fois, on n'est jamais surpris par des choix de gameplay...

Mais d'un autre côté, il a pour lui une synergie entre l'esthétique et la musique qui est tout bonnement extraordinaire. C'est bien simple, à chaque fois que je relance le jeu (en me forçant à ne pas secouer la cartouche), je retombe en enfance. C'est coloré, joyeux, tout respire la joie de vivre et même les niveaux plus sombres comme Volcano Valley ou Gene Gadget ont ce je ne sais quoi d'attachant. Et puis je suis tout simplement amoureux des musiques : sur Megadrive les mélodies de Jun Senoue sont sublimes, je pourrais m'écouter les thèmes de Rusty Ruin et Volcano Valley en boucle pendant des heures. Mais il ne faudrait pas reléguer le travail de Richard Jacques au second plan, car il n'a pas chômé ! En fait, les nouvelles musiques de la Saturn collent à merveille avec l'aspect graphique plus détaillé, plus "réel" de la mouture 32-Bits qui est quasiment un jeu à part, tant son ambiance est elle aussi unique. Et rien que le thème de Rusty Ruin justifie qu'on joue aux deux versions.

Bien d'autres jeux et d'autres Sonic sont objectivement meilleurs que lui, qu'ils soient sortis avant ou après. Mais Sonic 3D reste mon petit chouchou, mon gros bonbon sucré qui ne se périmera jamais, et que j'aime manger encore une fois quand mon paysage vidéoludique manque de couleur.

Tama
(07 juillet 2014)
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