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Las Vegas (L'Héritage)
Année : 1985
Système : MO5, TO7 ...
Développeur : Infogrames
Éditeur : Infogrames
Genre : Aventure
[voir détails]

L'ami Peter Stone n'est pas au bout de ses peines. Il pensait pouvoir toucher l'héritage suite à son exploit dans les casinos, mais il semble qu'une légère formalité administrative se soit mise en travers de sa route. Il lui faut en effet maintenant récupérer un livret de famille prouvant qu'il est bien le neveu de sa tante. Facile ? Pas vraiment, le document est caché dans un manoir en Écosse ! Alors certes, vous allez me dire que Peter pourrait lâcher l'affaire et se contenter du million de dollars gagné à Las Vegas, mais qu'est-ce qu'on peut faire avec un million de dollars de nos jours ? Pas grand chose, ma bonne dame...

L'écran d'intro avec le majordome qui vous accueille...
... et vous mène ensuite à votre chambre.

Pas d'immeuble à fuir ni d'avion à prendre cette fois, l'aventure débute directement devant la porte du manoir. Le jeu se joue exactement comme L'Héritage, avec une interface totalement graphique et un curseur qu'on dirige au joystick pour interagir avec l'environnement et les personnages, sans recourir à un quelconque système d'icônes ou de verbes d'action. Ici, on ne peut transporter que 4 objets simultanément et le temps est également compté, puisque le héros perd régulièrement de la "force" (représentée par un pourcentage à l'écran) à mesure que les minutes passent.

On peut fouiller les meubles pour découvrir des objets.
Mais on ne peut en transporter que 4 : il faudra faire des choix.

La première difficulté sera de se repérer dans ce labyrinthe de salles et de couloirs. Les lieux ne sont pas si nombreux mais mémoriser leur emplacement ou dresser un plan n'est pas chose aisée : en effet, le héros se déplace dans certains lieux comme dans la première partie de L'Héritage, c'est-à-dire en pouvant tourner sur lui-même pour changer de direction ; dans d'autres endroits, au contraire, on le dirige comme dans la seconde partie, où aller vers la gauche ou la droite provoque un déplacement. C'est un peu déstabilisant ! De plus, emprunter certains chemins sans se méfier provoque une mort violente, notre Peter ayant une vilaine tendance à se rompre le cou en tombant dans les escaliers !

Attention à ne pas tomber dans les escaliers !
Un couloir bien sombre.

Une fois que l'emplacement des lieux et des personnages n'aura plus de secret pour vous, vous pourrez commencer à gamberger... Et là, accrochez-vous ! L'absence totale du moindre indice ou fil conducteur vous obligera à essayer tout et n'importe quoi, partout et sur n'importe qui... ce qui vous mènera parfois directement au game over. Et croyez moi, les énigmes sont particulièrement corsées.
Par exemple, la petite fille présente dans la chambre proche de la vôtre détient une information importante (rien ne le laisse supposer, mais faites-moi confiance). Vous pouvez essayer de lui donner des bonbons, qu'on trouve dans la même pièce, mais ça ne fonctionnera pas car la petite fille ne vous connaît pas. Pour qu'elle en vienne à vous apprécier, et encore une fois aucun indice ne vous laissera le supposer, il faudra aller offrir du thé à une vieille dame se trouvant à l'autre bout de la maison. Pour cela il faudra réunir deux objets : une tasse et une théière. Mais attention, la tasse se trouve dans la salle de bain et la porte de cette dernière se referme (à clé) derrière vous. Enfin c'est ce qu'on en déduit lorsqu'on tente de sortir et que cela se révèle impossible, bien qu'aucun message à l'écran ne vienne apporter la moindre information. Pour en sortir donc, il faudra avoir préalablement trouvé un pied de biche dans un autre endroit. Complexe mais pas encore trop tordu...

Il faudra d'abord faire ami-ami avec la vieille dame...
... avant d'obtenir la coopération de Zouzou (sale môme !)

Par contre, comment deviner que, en venant déranger plusieurs fois un gars dans un bureau, ce dernier va nous enfermer dans un cachot, qu'on en sortira en utilisant un manche de parapluie sur un bouton, qu'on accèdera ainsi à une pièce totalement obscure, qu'en baladant le faisceau d'une lampe de poche dans cette même pièce on pourra observer un tableau représentant une voiture de course, et que le numéro figurant sur cette voiture de course fait partie d'une combinaison à entrer pour ouvrir un coffre à la fin du jeu ? Astucieux, certes, mais on aurait aimé pouvoir trouver un petit indice, au détour d'un dialogue par exemple, pour nous inciter à déclencher cette chaîne d'événements assez improbables.

Méfiez vous des cadeaux de ce gars-là...
Une pièce obscure à explorer en dirigeant le faisceau de sa lampe-torche.

Mais tout ça n'est rien à coté de l'énigme de la caméra. Cette dernière se trouve dans un couloir qu'on ne peut pas observer à loisir car elle est surmontée d'une mitrailleuse (!) qui met fin de façon plutôt expéditive à nos recherches. Pour s'en défaire, il faut utiliser l'appareil photo et prendre un cliché de l'endroit balayé par la caméra, puis poser ce cliché devant la caméra. Astucieux encore une fois ! Très bonne idée d'énigme même. Mais il faudra prendre le bon cliché et c'est loin d'être évident, l'endroit précis (et quand je dis "précis", c'est au pixel près) où activer l'appareil photo ne se trouvant même pas sur le même écran !

Vous touchez au but mais...
... la moindre erreur vous sera fatale.

Pas de doute, L'Héritage 2 avait de quoi occuper les joueurs motivés qui auront tenté d'aller au bout. Ils ne doivent d'ailleurs pas être très nombreux sachant qu'aucune sauvegarde n'est disponible et qu'il faut tout recommander à la moindre erreur fatale. Mais quel plaisir pour celui qui sera assez malin pour triompher ! Car les auteurs nous gratifient de "puzzles" assez originaux pour l'époque avec, en plus de l'utilisation de l'appareil photo, d'autres bonnes idées comme ces informations chiffrées qui changent à chaque partie, ou des actions à effectuer de nouveau à un endroit pour déclencher un événement ailleurs.
Et il y avait de quoi donner envie d'aller au bout : comme son prédécesseur, le jeu affiche des graphismes de grande qualité avec de nombreux décors colorés et finement dessinés. L'humour est également présent et on peut même se permettre un petit intermède coquin en compagnie d'une jolie dame. Le 1er épisode nous emmenait dans une boite de strip-tease, le second nous pousse à l'adultère ! Ah ils sont beaux les softs tournant sur les bécanes choisies par l'éducation nationale !

Vous pourrez passer du bon temps avec cette demoiselle...
... et même garder un souvenir de cette expérience grâce à votre appareil photo !

Toujours pas d'ambiance musicale ni de bruitages en revanche, en dehors d'une mélodie lors de la page d'introduction que le Thomson massacre allègrement avec ses capacités sonores limitées.
On notera, comme pour Las Vegas, des différences entre les versions MO5 et TO7/70 avec encore une fois plus de détails graphiques dans cette dernière, ainsi que quelques lieux en plus et un personnage remplacé par un autre.

La cuisinière prend la place du majordome dans la version MO5.
Ce qui permet de supprimer un personnage et de faire tenir le jeu en mémoire.

L'Héritage 2 est donc un bon jeu d'aventure, surtout au sein de la ludothèque des micro-ordinateurs Thomson. Il est certes moins varié et dépaysant que Las Vegas et ne dispose pas de « jeux dans le jeu ». En contrepartie, l'aventure est un tout plus cohérent et mieux ficelé. Mais son extrême difficulté a dû en dégoûter plus d'un, ce qui l'a empêché de s'élever au rang des classiques aux cotés de son prédécesseur. Notons d'ailleurs que les similitudes avec ce dernier, en dehors de l'interface de jeu, sont finalement assez minimes. Le design graphique est différent, tout comme les lieux et les personnages, et le nom de Peter Stone n'est évoqué qu'une seule fois pendant l'intro. De là à penser que L'Héritage 2 était initialement un projet totalement indépendant qui s'est vu renommé suite au succès de Las Vegas, il n'y a qu'un pas...

La version Commodore 64 est quasi identique à la version TO7/70 à l'exception des couleurs bien moins nombreuses, et de la disparition de la musique d'intro. Le rendu graphique est donc inférieur aux versions Thomson et on regrette encore une fois que les capacités sonores largement supérieures de cette machine n'aient pas été mises à contribution pour améliorer l'ambiance du jeu.
Ci dessous, quelques écrans provenant de cette version :

Quand aux versions Amstrad CPC et MSX pourtant annoncées dans les publicités de l'époque, je n'en ai trouvé aucune trace nulle part, ce qui laisse fortement penser qu'elles n'ont jamais été produites, Si toutefois des versions « béta » existent, elle constituent certainement le Saint Graal des fans de L'Héritage !

J'ai reçu l'amour (des jeux) en héritage (air connu...)

Las Vegas et L'Héritage 2 sont donc deux jeux qui ne passent pas inaperçus dans la ludothèque des micro-ordinateurs Thomson. C'est en grande partie dû à leur grande qualité graphique. Pierre Bayle le programmeur, et Roger Granier le graphiste, feront d'ailleurs encore plus fort sur le plan visuel dans Dossier Boerhaave en 1987, toujours chez Infogrames et toujours sur MO5 et TO7/70.

Ce titre propose au joueur de mener l'enquête afin de mettre sous les verrous le coupable d'un assassinat. L'intrigue est bien ficelée mais on retiendra surtout la finesse des graphismes et le style BD qui met en scène des personnages dont les traits (et les noms) sont inspirés des célébrités et des hommes politiques français des années 80. Les sosies de Jacques Chirac, Michel Rocard ou encore Stéphane Collaro seront ainsi les protagonistes de l'aventure (et avouez que vous nous vous attendiez pas à lire ces noms là dans une même phrase et encore moins dans un article de Grospixels !) Inutile d'en dire plus ici sur ce jeu très intéressant car il mérite qu'on lui consacre un article complet.

On retrouvera aussi le duo Pierre Bayle et Roger Granier dans OK Cowboy, un autre titre Infogrames sur micros Thomson également sorti en 1987. Il n'est pas question d'aventure dans ce jeu se déroulant au Far-West, mais d'action pure puisqu'on incarne un cowboy qui doit abattre son ennemi juré qui se déplace dans la ville.

OK Cowboy est un jeu de qualité, méconnu et très étonnant. Jouable contre un ami ou contre le CPU, il propose une vue en écran splitté (sauf pendant les phases d'entrainement) où chaque joueur choisit où il veut se déplacer dans la ville. Quand les 2 cowboys se rencontrent, le duel commence et il faut alors le plus rapidement possible déplacer un viseur et tirer sur son adversaire. Préalablement, chaque joueur aura pu placer des complices sur une carte de la ville afin de tenter d'abattre son ennemi avant même d'en arriver au duel.
Sans surprise, ce soft fait à nouveau preuve d'une grande finesse dans ses graphismes même s'ils sont moins colorés que dans les autres jeux des deux compères.

Pour finir, signalons que Las Vegas fut testé dans Tilt numéro 29. Le journaliste souligne la grande qualité du jeu et fait remarquer ironiquement que, pour une fois, les possesseurs des autres micros 8-bits vont jalouser les Thomson-istes ! Tilt, qui n'était pas vraiment fan des MO5 et autres TO7, ne manque pas de souligner qu'il est bien rare qu'un soft issu des ordis français crée l'événement ! Ils doivent cependant bien reconnaître que c'est le cas ici.
L'Héritage 2 sera moins mis en valeur lors de son mini-test dans Tilt numéro 40 : le journaliste n'évoquera même pas l'illustre parenté du jeu et se concentrera plus sur quelques défauts techniques qu'autre chose avant de tout de même reconnaître que le jeu est globalement correct.

Sebinjapan
(14 mars 2011)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
Merci au site DCMOTO sur lequel j'ai trouvé la solution de L'Héritage 2 ainsi que les publicités et jaquettes utilisées dans cet article. En plus de proposer le meilleur émulateur dédié aux micros Thomson, ce site abrite des tonnes d'informations et de documents sur la logithèque de ces machines.
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