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Hotline Miami
Année : 2012
Système : iOS, PC, Playstation 3
Développeur : Dennaton Games
Éditeur : Devolver Digital
Genre : Action
Par RobertGlucose & Odysseus (12 mai 2014)

Début 2012, deux amis créent la société de développement Dennaton Games dont le nom provient de la contraction de leurs noms respectifs : Jonatan Söderström et Dennis Wedin.
Le premier est un talentueux programmeur suédois connu sous le nom de Cactusquid qui, malgré son jeune âge, possède à son actif pas moins d'une quarantaine de jeux vidéo, dont plusieurs récompensés. Le second est un artiste numérique à l'univers psychédélique unique et dérangeant, fortement inspiré par l'iconographie de la pop-culture des années 80.

Monsieur Watson, venez ici, j'ai besoin de vous !

À cette époque, Söderström rencontre quelques difficultés financières. Jusqu'ici, les jeux qu'il développe sont distribués gratuitement, ses revenus provenant d'une activité professionnelle annexe. Souhaitant désormais gagner sa vie avec le jeu vidéo, il imagine un projet de jeu d'action et d'infiltration qui sera cette fois vendu aux joueurs. Pour ce faire, il fait appel à son ami Wedin, lequel s'occupera de la direction artistique.

À gauche, Jonatan Söderström, à droite, Dennis Wedin. Disposant de peu de moyens pour éditer leur jeu, les deux amis font appel à la société Devolver Digital. Fondée en 2009, cette société a exclusivement distribué divers jeux tirés de la licence Serious Sam durant plusieurs années. C'est en 2012 qu'elle prend un nouveau tournant en éditant son premier jeu indépendant. S'en suit diverses sorties dont Dungeon Hearts et Shadow Warrior. Courant 2013, tout en poursuivant son travail dans le domaine vidéoludique, Devolver Digital s'intéresse de près au cinéma indépendant en distribuant de nombreux films en VOD en s'inspirant des mêmes techniques promotionnelles que pour le jeu vidéo.

Particulièrement marqués par le film Drive de Nicolas Winding Refn ainsi que le documentaire Cocaine Cowboys, Wedin et Söderström posent Hotline Miami dans un contexte bien particulier, à savoir celui du trafic de drogue dans le Miami des années 80. Cet environnement leur permet de mettre en scène des personnages intrigants et déroutants, à commencer par le héros, un certain Jacket, qui sera rapidement amené à affronter divers gangs locaux liés au trafic de stupéfiants. C'est également pour les auteurs l'occasion de jouer sur une esthétique très particulière, emprunte de délires sensoriels amenés à troubler le joueur tout en l'immergeant d'avantage dans cet univers.

Attention chérie, ça va trancher !

Miami, 1989.
Jacket reçoit un appel anonyme lui indiquant que des cookies viennent de lui être livrés sur son palier. Ouvrant le paquet, il y trouve des instructions présentées sous la forme d'une liste d'ingrédients ainsi qu'un masque de coq. Se rendant à l'adresse indiquée, le voici qui met son masque et réalise l'objectif indiqué : tuer toutes les personnes qu'il rencontre, récupérer une mallette et la déposer dans une poubelle située à proximité.

Au fil des jours, Jacket recevra de nombreux appels dont les auteurs et leurs motivations sont particulièrement obscurs. Mystérieusement, il continuera à s'exécuter sans rechigner, jusqu'au jour où il fera la rencontre inattendue d'une jeune femme qu'il sauvera contre toute attente. Sans le savoir, cet événement scellera son destin ainsi que celui de nombre d'autres protagonistes. Ce sera pour notre héros une course contre la montre impitoyable, un run endiablé où se succéderont d'incroyables explosions de violence et des délires psychotiques allant crescendo.

L'un des énigmatiques protagonistes qui guideront Jacket dans sa quête éperdue à la poursuite de chimères.
L'illustration de la manipulation dont est victime le héros. À moins qu'il ne soit sciemment consentant...

Réalisé avec une vue de dessus qui n'est pas sans rappeler les premières heures de la série Grand Theft Auto, Hotline Miami offre au joueur un système de jeu à la fois très simple et terriblement exigeant. Conçu pour être joué avec deux sticks analogiques, l'un servant à se déplacer et l'autre à viser, ce jeu d'infiltration réclame une dextérité à toute épreuve ainsi qu'une précision sans faille.
Fondé sur un système de die and retry à la limite du compulsif, le titre de Dennaton Games nécessite une patience d'orfèvre et une capacité d'observation qui n'est pas sans rappeler certains shooth'em up tels que Geometry Wars.

En effet, outre des réflexes affûtés, Hotline Miami réclame du joueur une analyse systématique de la configuration des lieux couplée à la position des ennemis. Car si la plupart d'entre-eux vont suivre un pathfinding millimétré, il en ira tout autrement dès que le joueur aura fait ses premières victimes, alertant ainsi une bonne partie des ennemis situés à proximité. De cette façon, chaque niveau réserve son lot de surprises et d'aléatoire, à commencer par les armes utilisées tant par le joueur que par ses ennemis, lesquelles conditionnent la façon de jouer et rendent chaque partie unique.

L'écran de sélection des masques. Ceux-ci sont accessibles au début de chaque niveau et déblocables selon certaines conditions. Une fois équipé, chaque masque octroie au joueur une capacité spéciale, comme la possibilité de ne pas être attaqué par les chiens de garde ou celle de se déplacer plus vite.
L'écran des armes que le joueur débloque en réalisant un certain score. Nombreuses, ces armes se divisent en deux famille : à distance et au corps-à-corps. Ces dernières réclament une prise de risque certaine mais elles ont le mérite de ne pas alerter les ennemis situés dans les environs, contrairement aux bruyantes armes à feu.

À travers une vingtaine de niveaux, le joueur devra donc faire preuve de sang-froid pour franchir les différentes étapes qui l'amèneront à une conclusion pour le moins surprenante dont le bon dénouement est conditionné par un puzzle à réaliser en cours de jeu et de nombreux éléments à récolter au fil des chapitres.

Le téléphone sonne toujours deux fois

Réalisé par seulement deux personnes en l'espace de quelques mois, et ce à l'aide du seul logiciel Game Maker, Hotline Miami est d'une certaine manière un cas d'école. Un jeu indépendant au gameplay et à l'esthétique neo-retro qui plonge le joueur dans un univers dérangeant, ultra violent et posant bien plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Son apparente simplicité, son système de score qui ne permet aucune largesse et sa jouabilité peu habituelle ne l'ont pourtant pas empêché de rencontrer un succès critique et commercial exceptionnel. À tel point que, début 2014, une suite est déjà annoncée et suscite de vives attentes.

Hotline Miami est un jeu qui réalise une alchimie parfaite entre plusieurs éléments, transcendant leur simple addition. C'est une mayonnaise maison avec une harmonie absolue entre ses différents ingrédients, qui la rend inoubliable.
Parmi ces ingrédients, la bande-son est sans aucun doute un des plus essentiels et des plus emblématiques du jeu : le jaune d'œuf de la mayonnaise en question.
Je vous mets au défi de trouver une critique du jeu dans la presse qui n'insiste pas sur cet aspect.
Si Hotline Miami dans son ensemble a reçu de nombreuses récompenses, sa seule bande son a été nommée meilleure musique de jeu de l'année 2012 par IGN (rubrique PC) ou encore PC Gamer.

Pour écouter la bande originale de Hotline Miami, plusieurs solutions :

- Devolver Digital l'a généreusement mise à disposition en streaming sur SoundCloud.
- La B.O. est vendue séparément sur Steam.
- Si le jeu est installé sur votre PC, les fichiers musicaux sont accessibles dans le répertoire d'installation au format OGG, mais souvent dans des versions modifiées.

Pour la musique de leur jeu, Jonatan Söderström et Dennis Wedin ont fait appel à plusieurs artistes, soit dans leur groupe d'amis, soit parmi des compositeurs qu'ils apprécient.
Les développeurs ont déclaré avoir beaucoup travaillé pour mettre la musique en adéquation avec l'action à l'écran, et les émotions qu'ils souhaitent faire passer au joueur.

Le premier contact avec le jeu est mémorable dès l'écran d'accueil. En effet, le joueur est accueilli par un titre stylisé écrit en russe (et donc incompréhensible pour la plupart d'entre nous), et le morceau « Horse Steppin » de Sun Araw.

Cliquez ici pour écouter.

Avec le bruit des vagues, ce morceau évoque d'un côté le calme des plages de Miami. D'un autre côté, le chant lancinant et le rythme irrégulier instaurent un sentiment troublant, qui fascine et met mal à l'aise en même temps.
Ainsi, dès les premières secondes, la musique pose l'aspect « trip sous acide », hypnotique et un peu malsain, caractéristiques de Hotline Miami. Rappelons à cette occasion qu'une des principales source d'inspiration du jeu est le documentaire Cocaine Cowboys, sur le trafic de drogue à Miami dans les années 80.

Sun Araw, de son vrai nom Cameron Stallones, est un musicien américain, ancien membre du groupe Magic Lantern. Il a sorti plusieurs albums à partir de 2008, dont le style musical navigue entre musique expérimentale, rock psychédélique, dub, et électro rétro-futuriste.
Ses morceaux « Horse Steppin » et « Deep Cover » n'ont pas été composés spécialement pour Hotline Miami : ils font partie des albums Beach Head (2008) et On Patrol (2010) respectivement, sortis sous le label Not Not Fun.

Le jeu entre ensuite dans le vif du sujet : les deux premiers chapitres démarrent sur des morceaux de M.O.O.N, avec des sonorités plus électro, et même techno des 90's.
Notons que si la bande originale de Hotline Miami est fortement influencée par les années 80, elle ne se limite pas à un statut d'hommage à cette époque. Elle emprunte en effet à différents styles issus de plusieurs époques avec une dominante électro , la priorité étant l'adéquation entre la musique et l'action.
Stephen Gilarde, alias M.O.O.N, est un DJ et compositeur amateur de musique électronique venant de Boston, spécialisé dans la house, avec des influences funk, disco et hip hop.

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Le morceau « Paris » de M.O.O.N, nous accompagne pendant le chapitre prologue : Metro. Un peu plus tard, c'est Hydrogen, par le même artiste.

Avant chaque assaut, le héros sans nom qu'on appelle Jacket revêt un masque d'animal, et abandonne ainsi sa personnalité habituelle pour devenir Richard le coq, Rasmus le hibou, ou Aubrey le porc. En effet, si le héros n'a pas de nom, les masques en ont un. La musique utilisée pendant les missions illustre parfaitement cet état second dans lequel Jacket se trouve lorsqu'il exécute ses missions.
Le joueur, de son côté, est hypnotisé et galvanisé par le rythme répétitif de la techno de M.O.O.N, transporté à son tour dans le trip halluciné et ultra-violent de Jacket.
Ce sentiment va transpirer tout au long de Hotline Miami, et en constitue une composante clé.

Après le trip, c'est la descente.
« Crush », de l'artiste suédois El Huervo (Niklas Åkerblad), est la piste jouée lorsque Jacket a massacré tout le monde, et doit retourner à sa voiture garée devant la porte. Ce retour à la porte d'entrée est l'occasion de constater les dégâts : têtes explosées, corps mutilés, cadavres et flaques de sang qui jonchent le sol, absolument partout.
Les sons dissonants de Crush instaurent un sentiment de confusion et de malaise chez le joueur, tel un lendemain de cuite où, l'esprit embrouillé, l'on se demande ce qui a bien pu se passer la veille, en se doutant que ce n'est pas joli à voir.
Crush, c'est le moment où il faut retirer le masque, redescendre sur terre, et observer la réalité en face. C'est le moment où Jacket vomit après avoir tué un clochard lors de sa toute première mission.

Cliquez ici pour écouter. « Crush » est sorti en 2012 dans le maxi Do Not Lay Waste To Homes.

Un peu plus loin dans le jeu, une mission se déroule dans une discothèque. L'occasion rêvée d'introduire « Miami Disco », de James 'Perturbator' Kent aux compositions imprégnées des styles musicaux et de l'imagerie des années 80. Le nom du morceau comme celui de l'artiste ne trompent pas.

Cliquez ici pour écouter.

Ce morceau, qui représente un grand moment dans la B.O., réunit sonorités disco et électro, sans pour autant délaisser son caractère hypnotique. Le fait qu'il y ait une adéquation entre la musique et l'environnement de boîte de nuit contribue à en faire un passage mémorable du jeu. D'ailleurs, alors que les autres pistes « mission » sont utilisées dans plusieurs niveaux, « Miami Disco » est la seule utilisée exclusivement dans son niveau (hors niveau bonus). Miami Disco est sorti en 2013 dans le maxi Sexualizer, sur le label Aphasia Records.

Perturbator est également l'auteur de « Electric Dreams », morceau magnifique et mélancolique, aux sonorités synthés 80's. Le sentiment de soulagement mêlé à un certain nombre de questions existentielles soulevées par le jeu, est parfaitement retranscrit. Electric Dreams est sorti en 2012 sur le maxi Night Driving Avenger.

Cliquez ici pour écouter.

Parmi les grands passages musicaux de Hotline Miami, impossible de ne pas signaler celui du chapitre Trauma.
Dans cette séquence, Jacket se réveille à l'hôpital à la suite d'un coma. Le joueur doit alors le diriger, avec un champ de vision parfois flouté et qui tourne dans tous les sens.

Ce sentiment d'étourdissement et de flottement est encore une fois parfaitement appuyé par la musique de Scattle, au titre évocateur « Flatline » :

Cliquez ici pour écouter.

Au même titre que M.O.O.N, Scattle est également l'auteur de plusieurs morceaux mémorables joués pendant les missions, comme « Knock Knock » :

Avec cinq morceaux à son actif, Scattle est l'artiste le plus représenté dans la bande originale de Hotline Miami. Ce sont des compositions originales créées spécialement pour le jeu, et sorties en 2012 sur le maxi Hotline Miami: The Takedown.

À l'heure où la musique de jeu vidéo est trop souvent mise au second plan en tant que simple accompagnement de l'action, dans Hotline Miami, elle représente un élément-clé indispensable à l'immersion du joueur. L'objectif initial des développeurs concernant la musique est donc tout à fait atteint. Au même titre qu'un Rez, l'expérience de jeu est indissociable de sa musique, qui est son catalyseur.
Pas besoin d'un rail de coke et d'un masque de cheval pour être aspiré dans le trip Hotline Miami : il suffit d'un bon casque sur les oreilles.

Liste des artistes ayant participé à la bande originale de Hotline Miami :

    Sun Araw
  • Horse Steppin (menu principal du jeu)
  • Deep Cover (appartement de Jacket)
    M.O.O.N
  • Crystals (chapitres No Talk, Full House, Crackdown)
  • Paris (chapitres Metro, Tension)
  • Hydrogen (chapitre Decadence, Neighbors, Deadline)
  • Release (combats contre les boss)
    El Huervo
  • Crush (« retour à la voiture »)
  • Daisuke feat. Shelby Cinca (boutique)
  • Turf (chapitre Showdown)
  • Turf(intro) (chapitre Coma / scènes de transition de réalité)
    Jasper Byrne
  • Miami (écran score)
  • Hotline (chapitres Overdose, Clean Hit, Hot & Heavy)
    Perturbator
  • Electric Dreams(générique de fin de Jacket)
  • Miami Disco (chapitres Push It, Highball)
    Scattle
  • Flatline (chapitre Trauma)
  • It's Safe Now (appartement de Biker)
  • Knock Knock (chapitres Assault, Prankcall)
  • Inner Animal (chapitres Vengeance, Resolution)
  • To The Top (chapitres Safehouse, Exposed)
    CoConuts
  • Silver Lights (rencontre entre Jacket et les hommes masqués)
RobertGlucose & Odysseus
(12 mai 2014)
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