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Hercule (Disney)
Année : 1997
Système : PC, Playstation
Développeur : Eurocom
Éditeur : Disney Interactive Software
Genre : Plate-forme / Action
Par MTF (23 février 2015)

Hercule, 50e long-métrage d'animation Disney, est une créature atypique dans l'histoire du studio. Il prend place, selon certains observateurs, dans la période suivant le « nouvel âge d'or » de la compagnie de l'oncle Walt, initié par La petite sirène et culminant par Le Roi Lion et qui fut on ne peut plus lucrative ; et effectivement, les films suivants, Pocahontas, Le Bossu de Notre-Dame ou celui dont il est question ici, d'être moins convaincants tant pour les critiques que pour le box-office. C'est un film étrange qui souffre difficilement la relecture, la faute à des références constantes à la pop-culture d'alors qui vieillit incroyablement vite et à des choix graphiques et musicaux qui décontenancent. Le style global est dû à Gerald Scarfe, que l'on connaît surtout pour son travail sur The Wall des Pink Floyd et dont l'univers torturé a inspiré le film du même nom ; quant à la musique, c'est le gospel qui domine, par l'intermédiaire de cinq muses (et non sept), devenues afro-américaines pour l'occasion.
L'histoire du film est une réécriture (très) libre du mythe d'Hercule, melting-pot démentiel qui a dû donner des frissons aux latinistes distingués. Dans cette version, Hercule est le fils légitime de Zeus et de Héra (l'on remarquera déjà que l'on mélange allègrement cosmogonie grecque et cosmogonie romaine). Hadès, à qui l'on fit dire que l'enfant sera une menace pour son royaume souterrain, le fait alors enlever et lui fait boire une potion le privant de son essence divine, soit de son immortalité, mais il conservera miraculeusement sa force surhumaine. Plusieurs années plus tard, il deviendra grâce à un satyre le « héros officiel » de la Grèce antique, résolvant de nombreux problèmes, avant de finalement gagner la guerre opposant Hadès aux Dieux de l'Olympe et récupérant sa place à leurs côtés.

Le style est très particulier, mais il a son charme.

Autant le dire, l'intrigue du film est pour le moins tarabiscotée, fort mal racontée, et multipliant à l'envi les fils parallèles, les personnages inutiles, les gimmicks agaçants. Le revoir récemment a été une véritable épreuve me concernant, mais je sais qu'il a ses amateurs ; et si vous ne le connaissez pas, donnez-lui sa chance, il le mérite néanmoins : l'attention proverbiale du studio à ses créations ne se dément point. C'est cependant à son adaptation vidéoludique que je vais m'intéresser ici, jeu sur lequel j'ai passé de très bons moments et qui, bien qu'imparfait, reste un titre sympathique dans tous les sens du terme.

La performance de James Woods dans le rôle d'Hades (à gauche) est probablement la meilleure surprise du film.

De Zero à Héros

Disney's Hercules Action Game (ça, c'est du titre !) se présente comme un jeu de plates-formes/action en deux dimensions mâtiné, ci et là, de phases plus originales comme je le préciserai plus loin. D'ores et déjà, il est agréable de voir qu'en pleine période « 32 bits » les développeurs aient choisi de rester fidèles à toute cette tradition ludique et n'aient pas cédé, comme on le verra par la suite par exemple avec Tarzan, à la trois dimensions rampante. Il est alors possible d'envisager ce jeu, et c'est cela qui m'avait surtout plu à l'époque, dans la continuité d'Aladdin ou de The Lion King : on y retrouve effectivement cette volonté de faire du jeu une version seconde du dessin animé en reprenant, quasiment tels quels, les personnages, les lieux et les musiques du long-métrage.
Nous nous retrouvons alors avec une belle qualité d'animation, toujours très fluide, et les ennemis et pièges semblent directement issus du dessin animé. Eurocom, grand habitué des portages et des jeux où l'animation tient une grande part (Cool Spot Goes to Hollywood, Brutal: Paws of Fury ou l'adaptation de Donald Duck in Maui Mallard sur Super Nintendo), a produit ici un travail correct mais qui souffre, hélas, d'un grand défaut.

Les niveaux sont annoncés par de jolis écrans fixes. À droite, ce gros rocher ne résistera pas à un bon uppercut !

En effet, si les sprites des personnages, ennemis et bonus sont joliment dessinés, les décors et autres éléments mobiles sont restitués en trois dimensions et nuisent alors à la visibilité de l'ensemble. Non seulement les sprites en deviennent fort pixellisés, comme mal détourés sous un logiciel dédié, mais il est souvent difficile de se positionner dans l'environnement surtout qu'ils possèdent un petit effet de profondeur, ou en vue légèrement isométrique, comme si la caméra surplombait quelque peu l'action. Cela donne un sentiment étrange, comme si nous jouions à l'un de ces vieux Game & Watch ou à une console Tiger, avec le décor, fixe, à l'arrière-plan, et un calque apposé où se meut le reste.
Cela est d'autant plus dommage compte tenu du fait que les masques de collision, contrairement aux exemples cités à l'instant, sont relativement clairs et qu'on a peu de mal à interagir avec les ennemis ou les bonus ; mais l'aliasing, du moins sur Playstation (la chose est moins prononcée sur PC), surprend énormément la première fois, et puis nous finissons par nous y habituer, le jeu aidant.

Les brigands que l'on affronte parfois semblent tout droit sortis d'Aladdin. À droite, ce duel contre les harpies se déroule sur trois plans de profondeur.

Ces observations graphiques sont, du reste, grandement contrebalancées par les aspects sonores du jeu. Non seulement les musiques, « de qualité CD » comme on disait à l'époque, sont on ne peut plus justes et dynamiques, mais les bruitages participent énormément au plaisir que l'on peut avoir. Les coups de poings ou d'épée ont un réel volume, les ennemis crient, les gravats tombent d'une façon convaincante. Le jeu est de plus agrémenté d'une multitude de voix issues directement du dessin animé, en français même dans la version européenne, et l'on prend alors plaisir à entendre Patrick Timsit dans le rôle de Philoctête, satyre et entraîneur d'Hercule, nous encourager ou Dominique Collignon-Maurin (la voix de Luke Skywalker dans Star Wars) interpréter Hadès à la façon d'un avocat d'affaires hilarant.
Contrairement, enfin, aux autres jeux Disney de l'époque passée, Hercule propose régulièrement des extraits du dessin animé pour faire avancer son histoire, extraits d'une bonne facture et qui confèrent une véritable aura à l'ensemble. Bref, que ce soit au niveau du ramage que du plumage, Hercule est très agréable à jouer.

Ces stages sont parmi les plus durs du jeu... Mais en mouvement, ils sont assez beaux, il faut avouer.

On s'appelle, on se fait une bouffe ? Hein ? T'en dis quoi ? Hein ?

Il est appréciable également que les développeurs aient su se servir du matériel original pour proposer une aventure qui n'hésite pas à s'éloigner des sentiers battus. Si nous retrouvons, bon an, mal an, les lieux phares du film, comme Athènes ou les Enfers, on a également l'excellente surprise de voir développés des moments passés sous silence, ou fort rapidement, au cinéma, mais qui possèdent un intérêt ludique indéniable. Le jeu se divise en une dizaine de niveaux, que je m'en vais détailler par la suite, et qui possèdent tous leur petit quelque chose de neuf. Même s'il est de grandes constances (il s'agira, le plus souvent, de rejoindre l'arrivée en trouvant des bonus sur la route), on notera l'ambition de réellement surprendre le joueur et de tuer sa monotonie. Commençons alors notre aventure héroïque !
Le premier niveau prend place dans l'aire d'entraînement de Philoctête. Dans ce « tutoriel » déguisé, le joueur aura accès à l'intégralité de la panoplie de son héros : Hercule peut donner des coups d'épée, de poing, retomber lourdement au sol pour ouvrir des crevasses et obtenir divers power-up pour lui permettre, par exemple, d'envoyer des boules de feu ou des éclairs ou augmenter sa barre de vie. Ce niveau inaugural nous montre aussi que le jeu gère agréablement bien la profondeur, ce qui justifie dès lors la 3D des décors même si, comme je l'ai dit plus haut, la chose n'est pas totalement assurée : certains ennemis ou éléments mobiles s'éloignent ou s'approchent du joueur, et Hercule devra parfois explorer l'avant-plan ou l'arrière-plan pour progresser. Un niveau complet, servi par une musique détonnante et des voix fendardes, cela sent bon !

Ces mannequins vont et viennent entre l'avant et l'arrière-plan. Quant aux pouvoirs de l'épée, ils ne sont pas sans rappeler le système de munitions de Maui Mallard.

Le second niveau est sans doute le moment où tout se jouera : ou bien vous saurez passer outre, ou bien vous éteindrez la console de dépit. À côté effectivement des niveaux en 2D « traditionnels », l'on trouve à intervalles réguliers ces stages en « vue de derrière » qui n'est pas sans faire rappeler, quelque part, le fameux canyon des gnous de The Lion King. Mais plutôt que de courir « vers nous », Hercule s'achemine vers le haut de l'écran, à la façon d'un Crash Bandicoot et doit alors éviter ennemis et obstacles.
L'ennui, c'est que le mélange entre la 2D d'Hercule et la 3D du décor rend les choses incroyablement difficiles et on finira, le plus souvent, par se faire attaquer de toutes parts sans savoir éviter les dangers autrement que par hasard. Heureusement, le jeu est assez généreux en bonus de vie, mais il est très frustrant d'être ainsi lancé sur un rail, en ne contrôlant guère que la vitesse de déplacement, et en se faisant constamment houspiller la face. C'est pour moi, ici, le grand point faible du jeu : ces niveaux ne sont pas spécialement impressionnants techniquement ni ludiquement, et on les appréhende beaucoup.

Même avec le temps, ces niveaux n'en deviennent pas plus faciles.

La forêt des Centaures est, sans doute aucun, mon niveau favori. Dans ce cadre bucolique, nous ferons la connaissance de Mégara, la (future) amoureuse d'Hercule. Le stage est un véritable labyrinthe végétal et le combat final, contre le boss, est très original et vous demandera un peu d'astuce.
Athènes, ou « La grosse olive » (jeu de mots sur Big apple), est du même ressort, en milieu urbain. La difficulté fait d'ailleurs un très grand bond ici, et il est rare de finir le niveau du premier coup. On se perd souvent, les obstacles sont difficiles à éviter et, surtout, il est très, très long, avec pas moins de deux mini-boss, un minotaure et des harpies nombreuses.

Les sprites sont énormes, et très bien animés.

Les boss justement, où sont-ils ? Pas de panique, les voilà ! Deux boss consécutifs, deux ! Ils se déroulent tous deux dans des arènes fermées dont ils occupent le point central. Hercule tourne alors autour d'eux et devra éviter leurs attaques et répliquer intelligemment. Le premier, l'Hydre de Lerne, est un combat titanesque prenant de plus en plus d'ampleur au fur et à mesure que ses têtes tombent ; le second n'est autre que Méduse, Hercule ayant volé la vedette à Persée pour l'occasion.

Si l'hydre compose un vrai chapitre du film, Méduse n'apparaît que quelques secondes lors d'une chanson.

Les quatre niveaux suivants inaugurent le dernier tiers de l'aventure. Hercule est effectivement un jeu assez court, mais la difficulté de ces stages se fait on ne peut plus retorse. Entre deux stages de « course » et avant un dernier niveau aux Enfers plus classiques, le joueur aura l'occasion de s'essayer à un shoot'em up de bon aloi à dos de Pégase. Il s'agit d'un niveau « remplissage » plus qu'autre chose, où la stratégie est reléguée au profit de la force brute, mais l'initiative est bienvenue.

Les deux derniers niveaux, qui se déroulent aux Enfers, ne sont accessibles qu'en jouant en mode « difficile ».

Le plus grand de tous les héros ! (air connu)

Disney's Hercules Action Game est un jeu sympathique, réellement agréable de bout en bout. Sans réelles prétentions, il témoigne néanmoins d'une belle attention concernant ses aspects techniques et essaie autant que faire se peut de varier continuellement son propos. S'il lui manque sans doute une réelle profondeur et ce « petit plus » qu'ont les chefs d'œuvre, il permet de passer quelques heures tranquillement, sans soucis et sans réels problèmes. Il est disponible à présent sur le PSN et fait partie de ces jeux que l'on relance à l'occasion, quelques heures, en s'amusant volontiers. Et autant le film ne restera pas, me concernant, dans ma mémoire, autant je garde un regard attendri pour son adaptation : et ma foi, dans ce domaine, cela reste suffisamment rare pour être signalé.

On appréciera le respect de l'œuvre originale : on récupère de la vie en buvant la boisson « Herculade » et Hermes fait office de checkpoint.
MTF
(23 février 2015)
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