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The Lion King
Anne : 1994
Systme : Megadrive, DOS, SNES ...
Dveloppeur : Westwood Studios
diteur : Virgin Interactive
Genre : Plate-forme / Action
[voir dtails]
Par MTF (14 janvier 2013)

Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connatre, ou qu'ils apprennent connatre de mieux en mieux, surtout depuis que monsieur Warren Spector s'est mis en tte de renouer avec nos racines : celui o les jeux Disney taient synonymes d'excellents titres, que tout un chacun attendait avec dlectation chaque fois qu'un nouveau long-mtrage sortait au cinma ou qu'une nouvelle srie apparaissait la tlvision. On a dj parl sur ce site des deux versions d'Aladdin (Snes et Megadrive), de multiples jeux avec Mickey (Mickey Mania, Castle of Illusion, World of Illusion, Magical Quest), mais on peut galement citer Rescue Rangers (Tic et Tac), Duck Tales (La Bande Picsou) ou encore Darkwing Duck. Quant moi, aprs avoir cri au monde entier mon amour pour Maui Maillard in Cold Shadow, je vais voquer un autre jeu de mon enfance que je continue d'idoltrer, indpendamment d'ailleurs de ses qualits ou de ses dfauts : The Lion King, adaptation console du film Le Roi Lion.
Difficile, l'poque, de passer ct du phnomne Roi Lion. Trente-deuxime long-mtrage Disney, il est encore, l'heure actuelle, le dessin anim en animation traditionnelle ayant rapport le plus d'argent au monde. J'tais l'cole primaire, l'poque : et j'ai l'impression que toute mon anne 1994 s'est droule en chantant les chansons du film, en interprtant ses scnes les plus marquantes dans la cour de rcration avec les amis et, videmment, en jouant la version Snes de l'adaptation vidoludique du film. Ce n'tait l que l'un des nombreux produits drivs que l'on trouvait l'poque, entre les livres, les peluches, les figurines diverses : mais autant je n'ai jamais t personnellement touch par ce merchandising galopant, autant j'tais naturellement attir vers le jeu vido qui dtonnait dans les magazines.

Saviez-vous que l'histoire du film est fortement inspire, bien que cela ne soit pas dit dans le gnrique du film, de la tragdie de Shakespeare Hamlet ?

En soi, rien de plus traditionnel que The Lion King : il s'agit d'un jeu de plates-formes/action en deux dimensions comme on en trouve nombre sur les 16-bits. Un dtail, cependant, attire dj l'attention : le dveloppement a t pris en charge par Virgin Interactive, qui l'on devait dj, un an auparavant, Cool Spot, jeu rgulirement cit non tant pour son gameplay que pour ses graphismes et son animation, d'une souplesse et d'un dynamisme rarement vus jusqu'alors. Et quand on se penche sur le gnrique de fin et qu'on dcouvre au son le trio Patrick Collins (Maui Maillard, avec Michael Giacchino), Frank Klepacki (Young Merlin, Command & Conquer) et Dwight Okahara (Command & Conquer, Legend of Kyrandia), l, on se dit que la partie musicale, mme si les ritournelles sont, videmment, directement inspires de celles du film, sera de grande qualit.
Et effectivement, The Lion King ne trahit pas ses promesses, tant sur le plan graphique que sur le plan musical, confirmant un savoir-faire propre aux jeux Disney de l'poque. L'animation, particulirement fluide, semble tre un prolongement direct du dessin anim, et il faudrait rellement dcomposer, image par image, les tapes diverses des mouvements du lion pour se rendre compte du travail accompli : la course, la marche, le saut... Aucun ralentissement en vue, et une fluidit attendue de la part des dveloppeurs du jeu la pastille. Quant la musique, les airs transforms de I just can't wait to be king, Hakuna Matata et tant d'autres morceaux composs initialement par Hans Zimmer, rendent incroyablement bien sur Snes (moins sur les autres supports, mais cela est surtout d aux capacits techniques de chacun et non d'une paresse des musiciens) et on reconnat sans peine les mlodies originales.

Le niveau I just can't wait to be king nous propose de refaire la chanson du film, tandis que le premier niveau nous fait rentrer de suite dans le vif du sujet en explorant le Rocher des Lions.

Mais c'est peut-tre uniquement cette dbauche technique que l'on retiendra de The Lion King, le reste du jeu n'tant pas, malheureusement, l'avenant. Commenons par le plus vident : la jouabilit. De la mme faon que ce que l'on peut observer dans Cool Spot, et dans une moindre mesure dans la version Sega d'Aladdin, c'est--dire dans les jeux o les personnages jouables ont un grand nombre d'tapes d'animation pour chaque mouvement et ce indpendamment du soin mis l'ouvrage ou de la fluidit du jeu, l'on ressent toujours le mme problme, celui d'un dcalage entre l'instant o le bouton de la manette est press, et celui o l'action est effective l'cran. Ce n'est pas tant que le jeu ragisse plus lentement qu'un autre ; mais tant donn que l'action est plus dtaille qu'ailleurs, on a toujours l'impression d'avoir une micro-seconde de dcalage. Il faut s'imaginer la chose comme si, dans un Super Mario Bros., lorsqu'on voulait lancer une boule de feu, Mario tendait d'abord lgrement son bras avant que la flamme ne surgisse.
Ce petit instant de flottement dans le gameplay peut alors provoquer un lger rejet de la part des joueurs issus de titres plus carrs dans leur dveloppement, et cela demande, quoi qu'il en soit, un temps d'adaptation certain.

Un petit montage des tapes d'animation du saut. Dites-vous bien que tous les mouvements du hros sont dcomposs ainsi.

Admettons, cependant, que vous ayez eu connaissance de ce problme et que vous vous tes habitu ce maniement ; ce moment-l, le second gros dfaut vous sautera aux yeux : les masques de collision. Je vais rcrire ici ce que j'avais dit jadis pour Maui Mallard :  [...] la zone de collision du personnage est peut-tre la plus grande que je n'ai jamais observe dans un jeu du genre : et plutt que de suivre les contours du hros, la hitbox consiste en un gros rectangle disgracieux. Le malheur, c'est que ce n'est pas le cas des plates-formes ou des ennemis qui ont eux, en revanche, des zones de collision minuscules. 
La chose est encore ici d'actualit, hlas : et il n'est pas rare de tomber dans un trou alors que l'on avait jur atterrir pile l o il fallait (et ce n'est pas la possibilit de s'agripper au rebord des plates-formes qui sauve la mise hlas) ou de se faire toucher par un ennemi alors qu'on tait convaincu de l'avoir cras. Le problme, malheureusement, se rencontre quasiment chaque instant : quand ce ne sont pas les petits animaux, si petits qu'ils bondissent dans tous les sens, se dissimulent dans le dcor et sont une horreur tuer, ce sont les hynes et les panthres, bien plus massifs mais qui exigent de les frapper pile-poil l o il faut pour ne pas se prendre un coup de griffe ou de croc. On ajoutera cela plusieurs autres petits dfauts, notamment une difficult trs leve mme en paramtre  Facile , la faute des niveaux rapidement labyrinthiques garnis de trous et de piges divers et quelques petits soucis graphiques, notamment de parallaxe dans le deuxime tableau : finir The Lion King la manette et sur sa console, quand on n'a que huit ans, est une vritable gageure ; mais c'est, en contrepartie, un accomplissement dont on peut tre fier toute sa vie durant.

Personne n'a pu oublier ce passage en scrolling automatique qui demande une prcision d'orfvre, ni le combat final contre Scar. Enfin, pour ceux qui sont arrivs jusque l, bien sr.

Si j'tais tatillon, je rajouterai un autre petit dfaut, bien moindre cependant que ceux que j'ai dj cits, celui de l'absence d'un rappel continu de la trame narrative. Il faut galement se replacer dans le contexte de l'poque : tout le monde, et je dis bien tout le monde, petits et grands, avaient vu Le Roi Lion au cinma. Je ne connaissais pas un seul de mes amis qui n'avaient pas cd au succs mondial du film, et l'histoire, de l, nous tait aussi connue que nos tables de multiplication.
Contrairement, alors, Aladdin par exemple qui fait rgulirement des encarts textuels pour expliquer les tenants et aboutissants du film et qui justifie alors l'enchanement des niveaux, The Lion King ne s'embarrasse gure de ces dtails et enchane les situations en suivant certes celles du film, mais sans une once d'explication pour celui qui n'aurait jamais vu le long-mtrage. L'on aura seulement droit, deux reprises, une petite cut-scene avec des extraits audio issus du film qui tonnent par leur qualit exceptionnelle (en anglais bien entendu : Everything the light touches is our kingdom, You must to go back to the circle of life) et, surtout au dbut du jeu, l'une ou l'autre petite scne o l'on voit Scar maugrer, mais rien de plus. Aucun mot ne sera souffl, par exemple, de la mort de Mufasa alors qu'on a droit une scne avec les gnous, et il est difficile d'arguer qu'il ne s'agit l que d'un dtail de l'histoire ! Les dix niveaux s'enchanent donc relativement rapidement, et un seul d'entre eux - si l'on excepte les stages bonus mettant en scne Timon la mangouste et Pumba le phacochre - est rellement  original , c'est--dire issu d'un environnement non directement tir du film. L'on aura donc droit :

  • au Rocher des Lions (The Pridelands), histoire de dbuter l'aventure en douceur ;
  • la savane (Can't wait to be king), inspir par la chanson du mme nom et ses couleurs psychdliques ;
  • au cimetire des lphants (The Elephant Graveyard), le premier monde vraiment dlicat ;
  • au canyon des gnous (The Stampede) ;
  • la fuite de Simba dudit canyon (Simba's Exile) ;
  • la dcouverte de Timon et Pumba (Hakuna Matata) dans la jungle ;
  • la rencontre avec Rafiki, le singe (Simba's Destiny) dans la brousse ;
  • la traverse d'un volcan en furie (Be prepared), le niveau original dont je parlais l'instant ;
  • au pays des lions envahi par les hynes (Simba's Return) ;
  • et, enfin, au combat final contre Scar au sommet du Rocher des Lions (Pride Rock).

Le fan ne sera donc pas du et pourra retrouver les moments marquants de son film prfr, tandis que le nophyte, eh bien... ne sera pas du non plus compte tenu de la varit des environnements mme s'il aura parfois un peu de mal se reprer dans l'histoire.
Il est possible de diviser l'aventure, cependant, en deux grandes parties : celle o Simba est encore un jeune lionceau (jusqu' Hakuna Matata) et celle o il est un lion adulte (de l jusqu' la fin du jeu). Encore une fois, rien n'est dit de cette transformation, la fin d'Hakuna Matata nous faisant affronter un gorille lanceur de noix de coco certes bien dans le style du film, mais qui n'apparat aucun moment dans celui-ci.

Le canyon des gnous est une belle russite technique. droite, le gorille dont je parlais l'instant.

Ces deux incarnations de Simba vont, videmment, changer lgrement la donne et l'on va progressivement glisser d'un jeu de plates-formes/action dans la premire partie un jeu d'action/plates-formes dans la seconde. La distinction, qui semble inutile, est pourtant essentielle : les niveaux avec Simba-lionceau mettront davantage l'accent sur l'agilit de la bte, la hauteur de ses sauts et sa facult de faire une roulade pour se glisser dans de petits passages et relguent en arrire-plan les combats contre les ennemis. Ce n'est donc pas anodin de prsenter dans ces niveaux des scnes - particulirement prouvantes - scrolling forc sur dos d'autruche o l'on doit sauter au bon moment pour viter les obstacles, et cette chappe dans le gouffre des gnous, tout en mode 7 et qui avait surpris les testeurs de l'poque par sa vitesse d'excution.
Simba-adulte, en revanche, passera davantage de temps se battre coups de griffes contre des hynes ou des lopards et son saut, jadis d'une amplitude intressante, devient bien moins imposant. Il s'agira donc ici davantage de se reprer dans de courts labyrinthes, de multiplier les combats et moins d'viter les obstacles.

Le niveau du volcan, une cration originale. droite, l'une des (rares) cut-scenes.

Malgr ces petits ides intressantes et ce changement de rythme, The Lion King aura bien du mal, mme malgr l'amour que je lui porte, n'tre plus qu'un jeu  moyen  comme il y en a tant d'autres sur les 16-bits. Ses imprcisions de gameplay, son manque de finition parfois et sa difficult rapidement indue, surtout pour les jeunes joueurs qui ce jeu s'adresse en priorit l'empchent, de se hisser sur une marche plus haute.
Ses aspects techniques, cependant, rattrapent largement ses dfauts mes yeux, et, indpendamment de la nostalgie que je puis ressentir lorsque je joue ce titre, force m'est de constater que son plumage sauve son ramage de la dbcle. C'est un jeu, je pense, essayer : tmoin majeur d'une poque o jeux vido issus de films ou de dessins anims taient le plus souvent russis et des plus agrables jouer, il est galement le reprsentant d'un ge oubli o l'on pouvait esprer, l'espace d'un instant, tre le hros que l'on a entrevu dans la salle sombre d'un cinma.

Annexe : un panorama des diffrentes versions du jeu

The Lion King a t adapt sur prs de huit supports distincts : le PC (DOS), la Snes, la Megadrive, l'Amiga, la Master System, la Game Gear, la Nes et la Game Boy. Il y a en ralit deux versions du jeu : le DOS, la Snes, la Megadrive et l'Amiga d'un ct, qui partagent la mme dcoupe des niveaux, et la Master System, la Game Gear, la Nes et la Game Boy qui comptent des niveaux en moins vis--vis des dix d'origine ou qui changent leur composition. Contrairement ce que l'on pourrait croire, c'est la version Nes qui se trouve tre la plus chiche, puisque n'ayant que six niveaux - uniquement ceux avec Simba-lionceau. La version Master System possde les 10 niveaux mais remplace le canyon des gnous par un stage en 2D, de mme que la version Game Gear, graphiquement trs proche de cette dernire. La version Game Boy, enfin, compte 9 niveaux, le stage du volcan ayant disparu dans la transition.
Malheureusement, et si ce n'est les versions Megadrive et Amiga, trs proches de la version Snes tant dans la jouabilit que les graphismes - contrairement cette dernire, elles sont peut-tre un peu plus ternes et ont des arrire-plans moins dtaills -, les autres versions ont tendance exacerber les dfauts cits plus haut. On retiendra cependant la version Game Gear/Master System, trs correcte, tandis que les versions Nes et Game Boy sont de prfrence oublier.

Version Megadrive et Amiga.
Version Master System et Game Gear.
Version Nes et Game Boy (avec un Simba deux fois plus gros que la hyne qu'il affronte...).
MTF
(14 janvier 2013)
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