A la fin des années 90, le shooting game est en
pleine mutation puisque les joueurs, de plus en plus exigeants, délaissent petit à petit le shoot classique
pour un sous-genre beaucoup plus intense qu'on appelle le manic shooter dans les pays anglophones ou le danmaku au pays du
soleil levant. Danmaku signifie littéralement « rideau de balles » et aucun titre ne peut
prétendre mieux personnifier le genre que GigaWing, un des premiers succès du studio Takumi en
arcade.

GigaWing:
where gamers call hell.
Du reflect barrier
Effectivement,
contrairement à des titres comme DoDonPachi
ou Battle Garegga où il était tout
à fait possible de se faufiler dans des grappes de tirs ou
de les esquiver, GigaWing met en jeu des motifs d'attaques
ennemies d'une densité sans précédent. Pour survivre
dans cet enfer, il faut faire appel au reflect barrier (en restant
appuyé sur le bouton d'attaque) du vaisseau qui permet de renvoyer
toutes les boulettes à leurs envoyeurs. Malheureusement pour
le pilote (et fort heureusement pour l'intérêt du titre),
ce dernier est limité en utilisation et il faut patienter quelques
secondes avant de pouvoir le remettre en pratique. Le level design
alterne donc avec brio des phases d'esquive classiques et des moments
où il est indispensable de renvoyer la sauce avec le reflect
barrier. À vous d'apprendre les niveaux par coeur et de prendre
le rythme idéal pour éviter d'être pris au dépourvu.




C'est
très simple. Comme vous pouvez le voir en bas à gauche
de la première image, la jauge de reflect barrier (RB) est
vide (comme le montre le « OK »). Il faut donc
laisser appuyé sur le bouton d'attaque jusqu'à ce qu'elle
se remplisse en essayant de ne pas mourir pendant ce temps-là
(voir la deuxième image). Sur la troisième image, elle
est pleine et un puissant bouclier, le reflect barrier donc, se déclenche
et protège votre vaisseau. Tout est renvoyé sur votre
agresseur à une vitesse phénoménale (troisième
screenshot) ! Après utilisation, il faut attendre que
la jauge se vide pour pouvoir recommencer (quatrième photo).
En attendant, à vous les bonus de points.
À
côté de ça, le titre est tout à fait classique
puisque chaque vaisseau peut compter sur sa smart bomb et son attaque
classique. Pour cette dernière, il s'agit de tapoter rapidement
le bouton d'attaque pour éviter que ne se déclenche
le reflect barrier. Pour augmenter sa puissance de frappe, il faut
attraper les power-up (P) qui se baladent sur l'écran après
qu'un ennemi est abattu. On peut choisir entre quatre personnages
aux vaisseaux et aux gameplays bien distincts et il est possible (et
surtout très intéressant !) de jouer à deux.
L'intérêt du multijoueur est bien entendu de pouvoir
gérer deux reflect barriers à la fois : pendant
que l'un est au repos, l'autre protège son camarade.




Ci-dessus, nos quatre joyeux voltigeurs. Sur la première
image, Sinnosuke à bord de son Raijin au tir en éventail dispersé. En haut à droite, Stuck aux
commandes du Widerstand qui a un tir frontal faible mais qui envoie en continu de lourds explosifs. Isha sur le troisième
screenshot pilote, quant à elle, le Porchka qui a un tir frontal plus conséquent mais des missiles à
tête chercheuse plus faibles que les explosifs de l'ami Stuck. Enfin, Ruby et son Carmine offrent un tir frontal d'une
puissance sans pareil mais n'attaque qu'en ligne droite.
Le système de score est également
des plus simples à assimiler puisqu'il s'agit de récolter un maximum de médaillons. Plus vous en attrapez,
plus les points rapportés sont nombreux. Et pour vous forcer à exploiter au mieux votre reflect barrier, les
médaillons dégagés par les ennemis abattus avec le bouclier couleront à flot.


A
gauche, c'est la fête ! Un ennemi a été abattu
avec le reflect barrier et vous pouvez récolter vos médaillons
à l'oeil. A droite, en revanche, les ennemis ont été
attaqués avec la smart bomb d'où la très petite
fournée de médaillons... A vous de voir si vous jouez
pour survivre ou pour gonfler votre high score.
Un joyeux bazar
Outre
son gameplay solide, original et efficace, GigaWing
se démarque par une réalisation vraiment particulière.
Difficile de dire si elle est bonne ou mauvaise (on frôle souvent
le mauvais goût, tout de même) mais la patte de Takumi
est très significative. On évolue dans un monde froid
et dévasté, un peu à la Hokuto no Ken,
propice à toutes les fantaisies des développeurs :
un robot géant en forme de singe, un sous-marin qui s'immerge
dans une étendue de... lave, une carpe volante arrosoir...
Bref, un bazar complet et un fourre-tout pour toutes les idées
les plus saugrenues des développeurs. Si cela fait incontestablement
partie du charme du jeu, cela en rebute aussi de nombreux et il n'est
pas rare d'entendre crier à l'incohérence quand il s'agit
de GigaWing. Les musiques sont dans le même
ton et ne collent vraiment pas toujours à l'action. On aime
ou on n'aime pas...


Un décor à la Diablo à gauche avec
ses terres fertiles et ses rivières de lave. Tout le contraire du paradis, en gros. A droite, la smart bomb d'Isha,
excentrique sur les bords mais bien efficace.
C'est
assez rare pour être mentionné mais GigaWing
jouit d'un scénario. Bon, ce n'est pas du Matsuno, mais
ça reste toujours agréable. Quelques cut scenes parsèment
les phases de vol (ce n'est pas non plus de la scène cinématique
de Final Fantasy X-2). Chaque personnage a ses phases
de dialogues (souvent ridicules, d'ailleurs) avec de jolis artworks,
histoire d'agrémenter un peu l'intérêt du jeu.


Ignoré sur Dreamcast
La
seule machine de salon à avoir eu les honneurs de recevoir
GigaWing est la Dreamcast,
au début de sa carrière. Support CD oblige, les musiques
ont été retouchées et sont de meilleure qualité.
Les dialogues sont à présent doublés et les artworks
dans une meilleure résolution. On peut y débloquer quelques
bonus comme une galerie d'images, puisque c'était la mode sur
cette console. En dehors de ça, la conversion est d'une excellente
qualité avec la possibilité de mettre un autofire sur
une touche pour éviter de tapoter sauvagement le bouton d'attaque.
Malheureusement, le public et la critique ont littéralement
boudé GigaWing, pas assez next-gen pour une
console qui prétendait être la plus puissante du marché.

Un premier épisode oublié
GigaWing
a connu deux suites (qui j'espère seront traitées
dans une mise à jour de ce dossier, à vos claviers !).
Si le troisième volet n'a pas fait l'unanimité, GigaWing
2, son successeur direct, a mis tout le monde
d'accord avec un graphisme d'une très fine 3D, une ambiance
épique à souhait et un gameplay encore plus poussé
avec la possibilité de jouer à quatre, autant de points
qui surpassent largement ce premier essai qui en plus peut en rebuter
plus d'un avec son ambiance tout à fait extraordinaire. Il
n'en demeure pas moins digne d'intérêt, surtout pour
les amateurs de 2D ou de shooting games. À essayer quoi qu'il
arrive.
Julien Capron