 |
 |
Les
2 flyers en français de Karateco.
Cliquez sur l'un d'eux pour une version plus grande (merci
au site Arcade Flyer Archive !)
|
Dans
la série des petits jeux peu connus, sortis à
l'époque où Pac-Man régnait
en maître, voici un jeu d'arcade que j'ai connu pendant
l'été 1987, dans une petite salle de loisirs près
de mon lycée à Marseille. Je n'y ai joué
que cet été-là, vu que le jeu a été
enlevé par la suite, et que je ne l'ai jamais retrouvé
ailleurs... jusqu'à ce que je le récupère
sur MAME.
Ce
petit jeu de labyrinthe s'appelle Crush Roller (on le trouve
aussi sous le nom de Make Trax, c'est la licence qu'a accordée
la société sud-coréenne Kural Samno à
Williams pour la distribution aux USA).
Je
devine à vos airs circonspects que ce jeu ne vous rappelle
absolument rien.
Je
n'en suis pas surpris le moins du monde.
Et
pourtant, ce n'est pas parce qu'un jeu n'est pas connu qu'il
n'a aucun intérêt. Je vais vous le prouver, et
pas plus tard que tout de suite.
Petit
comparatif
Les
jeux de labyrinthe furent légion, c'était une
vraie mode à un moment. Je ne compte pas les clones ou
les suites de Pac-Man, on ne s'en sortirait
plus. Mais en regardant un jeu de ce type, on peut se poser
des questions telles que : un tableau ou plusieurs ? Combien
d'ennemis ? De l'aide, si oui sous quelle forme ? Comparons
un peu quelques jeux de la même période.
 |
 |
Pac-Man,
Lady Bug... |
Pac-Man
ne propose qu'un seul environnement ; Lady Bug et Mouse
Trap aussi, mais on peut ouvrir ou fermer des passages ; Pepper
II offre en revanche quatre tableaux aux parcours différents
qui se joignent.
Dans
Pac-Man, 4 fantômes vous pourchassent,
on peut les absorber provisoirement en récupérant
une des quatre grosses pastilles ; dans Lady Bug
ce sont plusieurs insectes indestructibles qui vous recherchent
; dans Mouse
Trap, six chats qu'on peut dévorer pendant
quelques instants en se transformant en chien, pourvu qu'on
ait ramassé au moins un os ; enfin, dans Pepper
II les Yeux Errants, qui sont au moins six par
tableau, peuvent être éliminés pendant quelques
secondes quand on entoure un des quatre tridents de chaque écran.
 |
 |
...
Mouse Trap et Pepper II :
quelques-uns parmi les nombreux jeux de labyrinthe de
l'époque. |
De
façon étonnante, Crush Roller
ne joue pas la surenchère.
Ripolin
ou Valentine ?
On
y dirige un pinceau. Oui, un simple pinceau pour peindre. Notez que
ce n'est pas une première, dans Amidar
aussi on dirige un pinceau (dans un tableau sur deux). Bref, quand
on le déplace, il laisse derrière lui une surface colorée
(la couleur change de tableau en tableau : vert, rose et enfin orange,
après on recommence le cycle). On peut aller dans la direction
que l'on veut à n'importe quel moment, pas besoin d'arriver
à une intersection pour changer de sens, à deux exceptions
près : les deux rouleaux, mais je vous expliquerai ça
en détails dans quelques instants.
 |
 |
Le
jeu commence toujours ainsi :
les poissons sont encore en cage. |
La
partie est engagée, les deux poissons sont en chasse
! |
Le
but du jeu consiste à peindre toute la surface du labyrinthe
(certains y voient une ville vue du dessus) pour qu'il ne reste
pas la moindre petite surface grisâtre. Attention : lorsque
vous tournez à 90° à une intersection, le
pinceau change de direction à angle droit mais pas la
traînée de couleur : l'arrière de la zone
couverte par la peinture est arrondie (on le voit bien sur l'image
ci-dessus à droite : le point de départ en bas
de l'écran est bien arrondi). Il est alors fréquent
de ne pas terminer un niveau parce qu'il reste une toute petite
surface qui n'a pas été peinte, car on a tourné
à cet endroit-là, et que la peinture n'a pas été
uniformément répartie. Méfiance donc.
Les
adversaires
Poissons,
monstres, diablotins, quel que soit le nom qu'on leur donne,
deux bestioles tout d'abord enfermées dans une cage vont
se mettre en chasse du pinceau au bout de quelques secondes.
Par commodité, et vu leur apparence, je les appellerai
"poissons", comme sur le flyer américain de
Make Trax.
L'unique
but des poissons est de capturer le pinceau.
Je
pense qu'il est inutile de chercher la raison de cette haine
farouche : ce qui compte, c'est que vous allez devoir faire
face à deux prédateurs, qui ne lâcheront
pas le morceau. Vous allez me dire : "Juste deux ? C'est
moins difficile que Pac-Man alors !" Et
là je me vois dans l'obligation de vous détromper
: les poissons sont les ennemis les plus retors que j'aie pu
voir dans ce style de jeu.
 |
 |
Les
poissons : vicieux, imprévisibles, et un peu plus
rapides que le pinceau. |
Je
n'avais pas vu que le poisson bleu me prenait à
revers à la sortie du tunnel...
Je suis mort ! |
Ils
ne sont que deux, mais ils sont bigrement intelligents. D'abord,
il est rare qu'ils se déplacent ensemble sur la même
trajectoire. Au contraire, ils vont systématiquement
travailler de concert : l'un vous suit pendant que l'autre essaye
de vous contourner ; ou l'un d'eux vous pourchasse pendant que
vous vous dirigez vers l'entrée d'un tunnel, alors que
l'autre se dirige vers la sortie de ce même tunnel...
Ah
oui, en parlant de tunnel justement : contrairement aux fantômes
de Pac-Man, les poissons ne ralentissent pas
en arrivant dedans.
Le
but des poissons de Crush Roller est de vous
rattraper, mais pas seulement : ils veulent vous harceler, vous
mettre la pression, jusqu'à ce qu'ils vous aient éliminé
! Très souvent ils arrivent à anticiper votre
trajectoire : du coup, la moindre hésitation de votre
part est rapidement sanctionnée par la perte d'un pinceau,
tellement ils arrivent à vous pousser à la faute.
De plus, contrairement aux fantômes de Pac-Man
par exemple, jamais ils ne vont décider d'aller se promener
loin de la poursuite ou d'explorer un coin du labyrinthe : non,
les poissons sont résolus à vous choper, sans
arrêt, sans pitié, et ne vous laissent jamais souffler.
Cela en fait des adversaires extrêmement coriaces, et
encore une fois leur imprévisibilité leur donne
réellement une impression de vie indépendante
(chapeau aux programmeurs !)
Les
rouleaux
Dans
Crush Roller, il n'y a que deux planches de
salut : les rouleaux. Dans le pire des cas, ils vous permettent
de vous éloigner d'un adversaire trop collant, et dans
le meilleur des cas, ils vous permettent d'éliminer pendant
un court instant vos ennemis.
Le
rouleau (horizontal ou vertical) se trouve toujours à
l'extrémité d'une petite zone droite, qu'on voit
délimitée par une ligne blanche de chaque côté.
Ces deux zones sont en hauteur, il y a ainsi un passage sous
le rouleau horizontal et deux sous le vertical. Toucher le rouleau
vers l'intérieur de la zone (vers la piste entre les
traits blancs, donc) vous fait accélérer en le
poussant, jusqu'à ce que vous arriviez à la fin
de la zone. Évidemment, le toucher dans l'autre sens,
vers l'extérieur, n'a aucun effet.
 |
 |
J'ai
déjà eu le poisson jaune (trace
grise devant le pinceau) ... |
...
je me retourne et hop, j'écrase aussi le poisson
bleu pour 400 points. |
Tout
poisson qui se fait toucher par le rouleau est immédiatement
aplati, et vous obtenez un score proportionnel au nombre de
poissons écrasés dans ce tableau (à chaque
fois on double le score précédent). Le poisson
éliminé se retrouve dans sa cage à ruminer
quelques secondes, avant de sortir et de se remettre en chasse.
Alors,
c'est si facile de se débarrasser d'eux ?
Pas
tant que ça. En fait, vous arriverez à les écraser
deux fois chacun avant qu'ils ne commencent à comprendre
le truc. Ensuite, dès qu'ils vous voient manier le rouleau,
les poissons vont faire demi-tour et s'enfuir ! Les aplatir
devient alors pratiquement impossible sans ruser, c'est à
dire largement dépasser le rouleau et vous retourner
le plus tard possible, pour toucher celui-ci au moment où
le poisson est lui aussi presque arrivé au bout de la
zone. Au moment où vous commencerez à pousser
le rouleau, vous accélèrerez, et votre adversaire
fera demi-tour pour s'enfuir... Mais grâce à votre
vitesse supérieure vous arriverez quand même à
le rattraper et à l'écraser avant qu'il n'ait
dépassé la zone du rouleau.
 |
 |
 |
J'ai
dépassé le pinceau, maintenant je fais demi-tour... |
...
j'écrase d'abord le poisson jaune.
Le bleu fait demi-tour pour s'enfuir... |
...
mais heureusement, j'arrive à l'aplatir lui aussi
avant qu'il ne quitte la zone. |
C'est
là que se trouve tout le sel de cette manipulation. Car
une fois que vous avez touché le rouleau et commencé
à accélérer, il est impossible de le lâcher
et de faire demi-tour avant la fin de la piste ! Donc si vous
vous rendez compte que le poisson était trop loin à
l'origine et ne sera pas aplati, vous n'y pouvez plus rien :
vous devez forcément arriver à l'extérieur
de la zone, où vous êtes de nouveau vulnérable.
Et souvent, vous vous retrouvez au même endroit que le
poisson - qui fuyait devant le rouleau - à cet instant
précis : crac, vous êtes mort, aucun moyen d'en
réchapper...
 |
 |
La
situation est critique : le poisson jaune va m'attraper
dans quelques instants ! Heureusement... |
...
je tourne, et à peine touché le rouleau,
le poisson jaune s'enfuit à l'opposé. |
Prenez
également garde, si vous prenez le rouleau, à
ce qu'un de vos adversaires qui vous suivait ne se retrouve
pas devant vous au moment où vous lâcherez le rouleau,
parce qu'il aura fait demi-tour et sera passé dans un
tunnel !
Donc
comme vous avez pu le voir, les rouleaux ne sont pas des objets
purement bénéfiques... Il convient de les utiliser
avec précaution.
Les
invités-mystère
Oui,
parce que vous comprenez, le jeu est trop facile : alors il faut ajouter
des perturbateurs qui, une fois par tableau, viennent ruiner vos efforts
(un peu comme Slick ou Sam dans Q*Bert).
En effet, si vous regardez les captures d'écran de Crush
Roller, vous constaterez qu'il y a des petites fenêtres
avec un personnage à l'intérieur : un chat, une souris...
Ces
perturbateurs, au nombre de 6 (le chat, la souris, l'oiseau,
la roue, le chat diabolique, l'homme invisible) vont sortir
de leur trou au bout d'un moment, quand vous aurez colorié
une assez grande surface : ils vont partir se promener et laisser
des traces de pas, de pattes, de roue, bref : salir le sol.
Leurs traces sont visibles partout, que ce soit sur la surface
grise ou votre couleur, et vous devez donc toutes les effacer,
quitte à repasser sur une zone déjà coloriée.
Mention spéciale à l'homme invisible, dont on
ne voit les traces de pas que sur les zones déjà
coloriées par vos soins.
Bien
sûr, ils ne se laisseront pas attraper comme ça,
et il faudra la plupart du temps les contourner et leur barrer
la route, un peu comme quand on chasse les fantômes apeurés
dans Pac-Man.
Sachant
que pendant ce temps, les poissons continuent à vous
courir après... La situation devient vite très
stressante ! Seul point positif : si vous vous faites attraper
par un poisson, pendant qu'un des perturbateurs "pourrit"
le tableau et a déjà recouvert suffisamment de
surface, cet invité-mystère ne réapparaît
pas quand vous retournez en jeu.
Et
techniquement, c'est comment ?
Pour
une fois, on se retrouve en face d'un jeu de labyrinthe où
le fond de l'écran n'est pas noir, c'est fort agréable.
Les graphismes façon cartoon sont sympas sans révolutionner
le genre. Je me dis que les personnages dans le jeu auraient pu être
un peu plus travaillés, ou avoir une forme plus reconnaissable
; en même temps finalement, le fait d'être poursuivi par
un poisson, un pitbull ou un piano ne provoque pas vraiment de changement
dans le gameplay : une fois qu'on a compris qu'ils veulent votre peau,
on fait avec... Je regrette seulement que la couleur rose de la peinture
n'ait pas été remplacée par une autre plus visible.
Rien
à redire sur l'animation. Elle est fluide, pas de sautes
d'image ou de sprites qui pourraient poser problème dans
le feu de l'action. En même temps on ne peut pas dire
qu'il y ait énormément de choses à animer...
Mais bon le principal, c'est de pouvoir jouer correctement.
 |
 |
Troisième
niveau : l'oiseau s'est mis de la partie,
et ça s'est mal terminé pour moi (dire que
j'avais tout peint...) |
La
partie sonore est peu exploitée. Au démarrage
d'un pinceau ou au moment où vous vous faites tuer, on
entend une petite mélodie reprenant le thème de
12 Street Rag, composée par Euday L. Bowman
en 1914 (si vous voulez en entendre un extrait, vous pouvez
cliquer sur ce lien vers le
fichier midi). Ensuite, un thème répétitif
couvre la partie, mais il est assourdi et donc pas gênant.
Quelques bruitages de circonstance viennent se rajouter, quand
on écrase un poisson, ou quand un perturbateur sort de
sa cachette.
La
version Make Trax utilise les mêmes thèmes
musicaux, mais raccourcis.
Le
gameplay est aussi simple que celui de Pac-Man,
avec peut-être une difficulté plus grande au regard
du caractère "teigneux" des adversaires, et
surtout au fait qu'il n'y a pas la moindre possibilité
de baisser sa garde un instant. À partir du moment où
vous avez commencé votre partie, vous ne soufflerez que
quand vous aurez perdu.
Et
pour la deuxième couche ?
Le
jeu n'a pas eu énormément de succès. En revanche
il semble que ceux qui l'ont connu ne l'ont pas oublié (c'est
mon cas). Certains joueurs se sont accrochés, comme Giuseppe
Fiorido qui détient le record officiel avec 2 514 100 points
le 27 juin 1984 (je n'imagine pas comment il a réussi... Je
dépasse rarement les 15 000).
 |
 |
Version
NES. |
Version Neo-Geo Pocket. |
Ceci
étant, du fait de sa confidentialité, Crush
Roller (ou Make Trax) n'a pas été
adapté sur les consoles de l'époque. On trouve
toutefois une adaptation sur NES (Brush Roller)
et sur Neo-Geo Pocket (Crush Roller).
J'ai entendu parler d'une version ColecoVision, mais
au vu des graphismes c'est soit faux, soit une adaptation qui
n'a plus rien à voir avec l'original.
Voilà
la fin de mon article. J'espère vous avoir donné
envie de jouer à Crush Roller, il mérite
bien qu'on s'y intéresse. Loin d'être un simple
clone de Pac-Man ou consorts, il propose un
univers bien à part et un challenge particulièrement
relevé. Disponible sur MAME sans problème de configuration
des commandes, je ne peux que vous conseiller de l'essayer !
JPB