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Crush Roller
Année : 1981
Système : Arcade, NES
Développeur : Kural Samno
Éditeur : Kural Samno
Genre : Arcade / Labyrinthe
Par JPB (05 avril 2010)
Le flyer en français de Karateco. Cliquez sur une image pour une version plus grande.
Merci au site Arcade Flyer Archive !

Dans la série des petits jeux peu connus, sortis à l'époque où Pac-Man régnait en maître, voici un jeu d'arcade que j'ai connu pendant l'été 1987, dans une petite salle de loisirs près de mon lycée à Marseille. Je n'y ai joué que cet été-là, vu que le jeu a été enlevé par la suite, et que je ne l'ai jamais retrouvé ailleurs... jusqu'à ce que je le récupère sur M.A.M.E.
Ce petit jeu de labyrinthe s'appelle Crush Roller (on le trouve aussi sous le nom de Make Trax, c'est la licence qu'a accordée la société sud-coréenne Kural Samno à Williams pour la distribution aux USA). J'ai également noté qu'on trouvait un clone appelé Pac and Paint, lié également à Kural.

Je devine à vos airs circonspects que ce jeu ne vous rappelle absolument rien.
Je n'en suis pas surpris le moins du monde.
Et pourtant, ce n'est pas parce qu'un jeu n'est pas connu qu'il n'a aucun intérêt. Je vais vous le prouver, et pas plus tard que tout de suite.

Petit comparatif

Les jeux de labyrinthe furent légion, c'était une vraie mode à un moment. Je ne compte pas les clones ou les suites de Pac-Man, on ne s'en sortirait plus. Mais en regardant un jeu de ce type, on peut se poser des questions telles que : un tableau ou plusieurs ? Combien d'ennemis ? De l'aide, si oui sous quelle forme ? Comparons un peu quelques jeux de la même période.

Pac-Man, Lady Bug...

Pac-Man ne propose qu'un seul environnement ; Lady Bug et Mouse Trap aussi, mais on peut ouvrir ou fermer des passages ; Pepper II offre en revanche quatre tableaux aux parcours différents qui se joignent.

Dans Pac-Man, 4 fantômes vous pourchassent, on peut les absorber provisoirement en récupérant une des quatre grosses pastilles ; dans Lady Bug ce sont plusieurs insectes indestructibles qui vous pourchassent ; dans Mouse Trap, six chats qu'on peut dévorer pendant quelques instants en se transformant en chien, pourvu qu'on ait ramassé au moins un os ; enfin, dans Pepper II les Yeux Errants, qui sont au moins six par tableau, peuvent être éliminés pendant quelques secondes quand on entoure un des quatre tridents de chaque écran.

... Mouse Trap et Pepper II :
quelques-uns parmi les nombreux jeux de labyrinthe de l'époque.

De façon étonnante, Crush Roller ne joue pas la surenchère.

Ripolin ou Valentine ?

On y dirige un pinceau. Oui, un simple pinceau pour peindre. Notez que ce n'est pas une première, dans Amidar aussi on dirige un pinceau (dans un tableau sur deux). Bref, quand on le déplace, il laisse derrière lui une surface colorée (la couleur change de tableau en tableau : vert, rose et enfin orange, après on recommence le cycle). On peut aller dans la direction qu'on veut à n'importe quel moment, pas besoin d'arriver à une intersection pour changer de sens, à deux exceptions près : les deux rouleaux, mais je vous expliquerai ça en détail dans quelques instants.

Le jeu commence toujours ainsi :
les poissons sont encore en cage.
La partie est engagée, les deux poissons
sont en chasse !

Le but du jeu consiste à peindre toute la surface du labyrinthe (certains y voient une ville vue du dessus) pour qu'il ne reste pas la moindre petite surface grisâtre. Attention : lorsque vous tournez à 90° à une intersection, le pinceau change de direction à angle droit mais pas la traînée de couleur : l'arrière de la zone couverte par la peinture est arrondie (on le voit bien sur l'image ci-dessus à droite : le point de départ en bas de l'écran est bien arrondi). Il est alors fréquent de ne pas terminer un niveau parce qu'il reste une toute petite surface qui n'a pas été peinte, car on a tourné à cet endroit-là, et que la peinture n'a pas été uniformément répartie. Méfiance donc.

Les adversaires

Poissons, monstres, diablotins, quel que soit le nom qu'on leur donne, deux bestioles tout d'abord enfermées dans une cage vont se mettre en chasse du pinceau au bout de quelques secondes. Par commodité, et vu leur apparence, je les appellerai "poissons", comme sur le flyer américain de Make Trax.

L'unique but des poissons est de capturer le pinceau.
Je pense qu'il est inutile de chercher la raison de cette haine farouche : ce qui compte, c'est que vous allez devoir faire face à deux prédateurs, qui ne lâcheront pas le morceau. Vous allez me dire : "Juste deux ? C'est moins difficile que Pac-Man alors !" Et là je me vois dans l'obligation de vous détromper : les poissons sont les ennemis les plus retors que j'aie pu voir dans ce style de jeu.

Les poissons : vicieux, imprévisibles,
et un peu plus rapides que le pinceau.
Je n'avais pas vu que le poisson bleu me
prenait à revers à la sortie du tunnel...
Je suis mort !

Ils ne sont que deux, mais ils sont bigrement intelligents. D'abord, il est rare qu'ils se déplacent ensemble sur la même trajectoire. Au contraire, ils vont systématiquement travailler de concert : l'un vous suit pendant que l'autre essaye de vous contourner ; ou l'un d'eux vous pourchasse pendant que vous vous dirigez vers l'entrée d'un tunnel, alors que l'autre se dirige vers la sortie de ce même tunnel...
Ah oui, en parlant de tunnel justement : contrairement aux fantômes de Pac-Man, les poissons ne ralentissent pas en arrivant dedans.

Le but des poissons de Crush Roller est de vous rattraper, mais pas seulement : ils veulent vous harceler, vous mettre la pression, jusqu'à ce qu'ils vous aient éliminé ! Très souvent ils arrivent à anticiper votre trajectoire : du coup, la moindre hésitation de votre part est rapidement sanctionnée par la perte d'un pinceau, tellement ils arrivent à vous pousser à la faute. De plus, contrairement aux fantômes de Pac-Man par exemple, jamais ils ne vont décider d'aller se promener loin de la poursuite ou d'explorer un coin du labyrinthe : non, les poissons sont résolus à vous choper, sans arrêt, sans pitié, et ne vous laissent jamais souffler. Cela en fait des adversaires extrêmement coriaces, et encore une fois leur imprévisibilité leur donne réellement une impression de vie indépendante (chapeau aux programmeurs !)

Les rouleaux

Dans Crush Roller, il n'y a que deux planches de salut : les rouleaux. Dans le pire des cas, ils vous permettent de vous éloigner d'un adversaire trop collant, et dans le meilleur des cas, ils vous permettent d'éliminer pendant un court instant vos ennemis.

Le rouleau (horizontal ou vertical) se trouve toujours à l'extrémité d'une petite zone droite, qu'on voit délimitée par une ligne blanche de chaque côté. Ces deux zones sont en hauteur, il y a ainsi un passage sous le rouleau horizontal et deux sous le vertical. Toucher le rouleau vers l'intérieur de la zone (vers la piste entre les traits blancs, donc) vous fait accélérer en le poussant, jusqu'à ce que vous arriviez à la fin de la zone. Évidemment, le toucher dans l'autre sens, vers l'extérieur, n'a aucun effet.

J'ai déjà eu le poisson jaune
(trace grise devant le pinceau)...
... je me retourne et hop, j'écrase aussi
le poisson bleu pour 400 points.

Tout poisson qui se fait toucher par le rouleau est immédiatement aplati, et vous obtenez un score proportionnel au nombre de poissons écrasés dans ce tableau (à chaque fois on double le score précédent). Le poisson éliminé se retrouve dans sa cage à ruminer quelques secondes, avant de sortir et de se remettre en chasse.

Alors, c'est si facile de se débarrasser d'eux ?

Pas tant que ça. En fait, vous arriverez à les écraser deux fois chacun avant qu'ils ne commencent à comprendre le truc. Ensuite, dès qu'ils vous voient manier le rouleau, les poissons vont faire demi-tour et s'enfuir ! Les aplatir devient alors pratiquement impossible sans ruser, c'est à dire largement dépasser le rouleau et vous retourner le plus tard possible, pour toucher celui-ci au moment où le poisson est lui aussi presque arrivé au bout de la zone. Au moment où vous commencerez à pousser le rouleau, vous accélèrerez, et votre adversaire fera demi-tour pour s'enfuir... Mais grâce à votre vitesse supérieure vous arriverez quand même à le rattraper et à l'écraser avant qu'il n'ait dépassé la zone du rouleau.

J'ai dépassé le pinceau,
maintenant je fais demi-tour...
... j'écrase d'abord le poisson jaune.
Le bleu fait demi-tour pour s'enfuir...
... mais heureusement, j'arrive à l'aplatir
lui aussi avant qu'il ne quitte la zone.

C'est là que se trouve tout le sel de cette manipulation. Car une fois que vous avez touché le rouleau et commencé à accélérer, il est impossible de le lâcher et de faire demi-tour avant la fin de la piste ! Donc si vous vous rendez compte que le poisson était trop loin à l'origine et ne sera pas aplati, vous n'y pouvez plus rien : vous devez forcément arriver à l'extérieur de la zone, où vous êtes de nouveau vulnérable. Et souvent, vous vous retrouvez au même endroit que le poisson - qui fuyait devant le rouleau - à cet instant précis : crac, vous êtes mort, aucun moyen d'en réchapper...

La situation est critique : le poisson jaune
va m'attraper dans quelques instants !
Heureusement...
... je tourne, et à peine touché le rouleau,
le poisson jaune s'enfuit à l'opposé.

Prenez également garde, si vous prenez le rouleau, à ce qu'un de vos adversaires qui vous suivait ne se retrouve pas devant vous au moment où vous lâcherez le rouleau, parce qu'il aura fait demi-tour et sera passé dans un tunnel !

Donc comme vous avez pu le voir, les rouleaux ne sont pas des objets purement bénéfiques... Il convient de les utiliser avec précaution.

Les invités-mystère

Oui, parce que vous comprenez, le jeu est trop facile : alors il faut ajouter des perturbateurs qui, une fois par tableau, viennent ruiner vos efforts (un peu comme Slick ou Sam dans Q*Bert). En effet, si vous regardez les captures écran de Crush Roller, vous constaterez qu'il y a des petites fenêtres avec un personnage à l'intérieur : un chat, une souris...

Le chat s'est enfui, et a laissé plein de traces de pattes sur le sol.
Heureusement, je l'ai vite rattrapé, il n'a pas fait trop de dégâts..

Ces perturbateurs, au nombre de 6 (le chat, la souris, l'oiseau, la roue, le chat diabolique, l'homme invisible) vont sortir de leur trou au bout d'un moment, quand vous aurez colorié une assez grande surface : ils vont partir se promener et laisser des traces de pas, de pattes, de roue, bref : salir le sol. Leurs traces sont visibles partout, que ce soit sur la surface grise ou votre couleur, et vous devez donc toutes les effacer, quitte à repasser sur une zone déjà coloriée. Mention spéciale à l'homme invisible, dont on ne voit les traces de pas que sur les zones déjà coloriées par vos soins.

Par contre, des fois, ça ne se passe pas aussi bien. Ici, la souris me fait voir du paysage...
Et au final je me suis fait attraper par un poisson.

Bien sûr, ils ne se laisseront pas attraper comme ça, et il faudra la plupart du temps les contourner et leur barrer la route, un peu comme quand on chasse les fantômes apeurés dans Pac-Man.

Sachant que pendant ce temps, les poissons continuent à vous courir après... La situation devient vite très stressante ! Seul point positif : si vous vous faites attraper par un poisson, pendant qu'un des perturbateurs "pourrit" le tableau et a déjà recouvert suffisamment de surface, cet invité-mystère ne réapparaît pas quand vous retournez en jeu.

Et techniquement, c'est comment ?

Pour une fois, on se retrouve en face d'un jeu de labyrinthe où le fond de l'écran n'est pas noir, c'est fort agréable. Les graphismes façon cartoon sont sympas sans révolutionner le genre. Je me dis que les personnages dans le jeu auraient pu être un peu plus travaillés, ou avoir une forme plus reconnaissable ; en même temps finalement, le fait d'être poursuivi par un poisson, un pitbull ou un piano ne provoque pas vraiment de changement dans le gameplay : une fois qu'on a compris qu'il veut votre peau, on fait avec... Je regrette seulement que la couleur rose de la peinture n'ait pas été remplacée par une autre plus visible.

Rien à redire sur l'animation. Elle est fluide, pas de sautes d'image ou de sprites qui pourraient poser problème dans le feu de l'action. En même temps on ne peut pas dire qu'il y ait énormément de choses à animer... Mais bon le principal, c'est de pouvoir jouer correctement.

Troisième niveau : l'oiseau s'est mis de la partie,
et ça s'est mal terminé pour moi (dire que j'avais tout peint...)

La partie sonore est peu exploitée. Au démarrage d'un pinceau ou au moment où vous vous faites tuer, on entend une petite mélodie reprenant le thème de 12 Street Rag, composée par Euday L. Bowman en 1914 (si vous voulez en entendre un extrait, vous pouvez cliquer sur ce lien vers le fichier midi). Ensuite, un thème répétitif couvre la partie, mais il est assourdi et donc pas gênant. Quelques bruitages de circonstance viennent se rajouter, quand on écrase un poisson, ou quand un perturbateur sort de sa cachette.
La version Make Trax utilise les mêmes thèmes musicaux, mais raccourcis.

Le gameplay est aussi simple que celui de Pac-Man, avec peut-être une difficulté plus grande au regard du caractère "teigneux" des adversaires, et surtout au fait qu'il n'y a pas la moindre possibilité de baisser sa garde un instant. À partir du moment où vous avez commencé votre partie, vous ne soufflerez que quand vous aurez perdu.

Et pour la deuxième couche ?

Le jeu n'a pas eu énormément de succès. Par contre il semble que ceux qui l'ont connu ne l'ont pas oublié (c'est mon cas). Certains joueurs se sont accrochés, comme Giuseppe Fiorido qui détient le record officiel avec 2 514 100 points le 27 juin 1984 (je n'imagine pas comment il a réussi... Je dépasse rarement les 15 000).

Version NES.
Version Neo-Geo Pocket.

Ceci étant, du fait de sa confidentialité, Crush Roller (ou Make Trax) n'a pas été adapté sur les consoles de l'époque. On trouve toutefois une adaptation sur NES (Brush Roller) et sur Neo-Geo Pocket (Crush Roller). J'ai entendu parler d'une version ColecoVision, mais au vu des graphismes c'est soit faux, soit une adaptation qui n'a plus rien à voir avec l'original.

Voilà la fin de mon article. J'espère vous avoir donné envie de jouer à Crush Roller, il mérite bien qu'on s'y intéresse. Loin d'être un simple clone de Pac-Man ou consorts, il propose un univers bien à part et un challenge particulièrement relevé. Disponible sur M.A.M.E. sans problème de configuration des commandes, je ne peux que vous conseiller de l'essayer !

JPB
(05 avril 2010)
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