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Ivanhoe
Année : 1989
Système : Amiga, Atari ST
Développeur : Ocean
Éditeur : Ocean
Genre : Action
[voir détails]
Par EdO / Sector One (11 juin 2003)

Retour en 1989. L'Amstrad CPC est moribond et l'Atari ST, micro mythique des années 80 (j'ose même dire années 90) est à l'apogée de sa gloire. Les jeux de plates-formes, beat'em all et autres dérivés font un tabac parmi les adeptes des salles d'arcade. Vous l'avez compris, Ivanhoe ne déroge pas à la règle et suit bien la tendance de l'époque. Bien que ce jeu soit sorti sur plusieurs ordinateurs, nous nous intéresserons à la version ST car celle-ci, au vu des limitations évidentes de la machine reste l'une des meilleures à ce jour. L'histoire reste bien évidemment un prétexte au grand défouloir qui vous attend : le Roi Richard a été emprisonné et vous seul pouvez le sauver. On a vu mieux dans le genre (d'habitude on a droit au moins à une princesse à secourir) mais là ne réside pas l'intérêt d'Ivanhoe.

L'écran du titre et les premières images annoncent la couleur : malgré les piètres performances graphiques de l'Atari ST (une résolution de 320*200 en 16 couleurs parmi une palette de 512 teintes), c'est fichtrement beau. On se surprend à essayer de compter le nombre de couleurs à l'écran tellement les dégradés de couleurs paraissent fluides. Ce style graphique tranche singulièrement avec les productions à l'aspect plus adulte que l'on peut trouver quelquefois sur Megadrive par exemple. Ici, les développeurs d'Ocean France (qui font pour la plupart partie, à l'époque, de Delphine Software) ont fait le choix d'un style un peu bande dessinée (marqué par le style de l'illustratrice Michèle Baque, qui a aussi travaillé sur Operation Stealth). N'espérez pas retrouver des personnages charismatiques à la Turrican ou à la Strider mais au contraire un rendu beaucoup plus « européen », en rondeur mais loin toutefois de ce à quoi les Japonais nous ont habitué. Au final le rendu est tout bonnement parfait.

Faute d'originalité, l'aspect graphique reste toujours un élément majeur dans ce type de jeu mais le principal maître mot ici reste l'action avec un grand A. En effet, le rythme reste très soutenu tout au long des niveaux et vous n'aurez aucun répit. Inutile de vouloir se reposer un peu les doigts une fois que vous aurez nettoyé l'écran... d'autres adversaires surgiront et vous attaqueront avec encore plus d'acharnement ! Ceux qui ont connu cette grande époque se souviendront de la simplicité des commandes de ce style de jeu. L'unique bouton du joystick est largement mis à contribution et au bout de quelques secondes, on peut déjà commencer à jouer ! Les déplacement du héros sont très simples : avancer, se baisser, sauter ou donner des coups d'épée. Vous pourrez aussi vous protéger avec votre bouclier que vous pourrez peut-être gagner au cours du jeu si vous faites preuve d'assez d'habilité en massacrant certains ennemis placés à des endroits stratégiques.

Au fur et à mesure qu'on avance dans le jeu on a accès à une carte qui permet de déterminer sa progression. Ainsi, les niveaux sont assez classiques avec une bataille dans la forêt, un bateau pirate et un village. Esthétiquement, je le répète, c'est presque l'extase, mais le meilleur est à venir. En effet, bien qu'Ivanhoe soit un beat'em all très classique, il associe diverses phases de jeu très jouissives (excusez du peu). Celle qui va sans aucun doute mettre vos nerfs à rude épreuve est la course d'obstacles à cheval. Je tiens à attirer votre attention sur l'aspect technique de ce niveau : le ST peut théoriquement afficher 16 couleurs à l'écran mais grâce à une petite bidouille (issue probablement du monde de la démo), ici vous en avez plus du double ! Doublé d'un scrolling différentiel sur 3 plans et d'une musique très entraînante, ce niveau reste l'un des plus sympathiques du jeu.

Maîtriser sa monture et éviter les obstacles (rochers, troncs d'arbres...) ainsi que les projectiles d'un fakir sur son tapis volant (incroyable non ?), telle est votre mission. Ajoutez à cela une phase où, armé d'une lance de duel, vous devez toucher des boucliers afin de gagner un maximum de points tout en évitant une fois de plus une multitude d'obstacles, et vous comprendrez le challenge de folie qui vous attend ! Il est intéressant de constater que les développeurs n'ont pas privilégié le combat rapproché à tout prix et ont judicieusement mélangé les genres, comme l'esquive et l'adresse lors de la séquence du cheval ou la phase d'exploration contre la montre pure et dure dans le dernier passage du château (préparez une feuille de papier pour faire le plan).

Enfin, cerise sur le gâteau, entre chaque stage, on vous impose un duel dans une caverne souterraine avec un colosse (homme ou bête) armé d'une épée et (quelquefois) d'un bouclier, ce qui corse un peu plus les choses car il n'hésite pas à se protéger ! En cas de réussite, vous accumulez des points de vie ce qui est loin d'être négligeable vu la difficulté du jeu.

Ce jeu a tous les attributs qu'un bon jeu de plates-formes se doit de posséder. Les graphismes sont vraiment très bons et bien que le personnage soit un peu délicat à manier lors des sauts, l'action soutenue et l'originalité des stages (la course en cheval et le labyrinthe) en font une référence (à mon humble avis) sur les ordinateurs 16-bits de l'époque. Ne passez pas à coté de cette merveille car il est vraiment très plaisant à jouer, bien qu'il n'y ait que 5 stages en tout et pour tout. Sa difficulté reste suffisamment bien dosée pour qu'on accroche dès le premier coup d'épée.

Au final, ce jeu n'a rien perdu de son attrait, mais avec le recul il est évident qu'il n'est pas exempt de défauts. Mon seul regret est que s'il avait exploité les capacités supérieures du STE (scroll câblé, musique soundtrack comme sur Amiga, son digitalisé et utilisation du blitter, un coprocesseur spécialisé dans le traitement rapide des sprites) on aurait eu droit à un jeu encore plus dément. Mais comme ce fut souvent le cas à l'époque, les programmeurs tablaient sur le parc de ST déjà implantés et ne se souciaient pas des nouvelles machines... Pourquoi ne pas avoir fait un programme d'auto détection ?

Notons enfin que ce jeu est parfaitement compatible avec l'émulateur STEem.

EdO / Sector One
(11 juin 2003)
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