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Brain Dead 13
Année : 1995
Système : PC ...
Développeur : Readysoft
Éditeur : Readysoft
Genre : Film Interactif / Action
Par Jean-Christian Verdez (19 avril 2004)
Habituellement lorsque l'on parle de films interactifs, c'est pour aborder (souvent de manière péjorative hélas !) des jeux d'aventure de type point'n click tels que Gabriel Knight 2 ou les Phantasmagoria. De façon plus générale, un film interactif désigne tout type de jeu dont le gameplay s'apparente à la résolution d'énigme, et dont les cinématiques sont réalisées avec de vrais acteurs. Cela dit, si on remplaçait les acteurs réels par des sprites en 2D (par exemple), on ne parlerait plus de film interactif alors que finalement le jeu serait strictement identique. Tout ça pour dire que les jeux précédemment cités ne sont pas à considérer comme des films interactifs, mais comme des jeux d'aventure (à interface P&C ou non) utilisant sans retenue la technique de Full Motion Video. Le choix de vidéo « live » n'en fait pas des productions meilleures ou pires que s'ils avaient bénéficié de dessins 2D ou d'un moteur en 3D, ça ne change rien au type de jeu et il ne s'agit finalement que d'un choix purement artistique, libre à chacun d'y être sensible ou pas. Outre les jeux d'aventure « classiques », cela inclut aussi des productions comme The 7th Guest, Myst et autres productions associées. Ce cas est d'ailleurs plus ambigu car si ces derniers jeux ont tout du film interactif (réaction précalculée à une intervention ponctuelle du joueur), leur relative lenteur et leur ambiance généralement très contemplative les rend parfois plus difficiles à classer dans la catégorie « film »... Toujours est-il que l'expression « Film Interactif » employée à tout va lors de la démocratisation du support cd-rom dans les années 90 fait plutôt office de promesse non tenue, ce qui a beaucoup nui à ce mode de représentation, et d'une certaine façon au jeu d'aventure dans sa globalité... En revanche, il existe d'autres jeux qui associent à la perfection « film » et « interactivité » : formulé en termes vidéoludiques, un film n'est finalement rien de plus qu'une cinématique unique et continue. L'interactivité se développe dans le fait que le joueur est régulièrement sollicité pour faire des choix propres à modifier le film. En fait, si l'on ne tient pas compte du fait qu'elles utilisent un moteur 3D et que l'on se focalise uniquement sur l'aspect action du joueur / réaction du programme, les séquences de Quick Time Events (QTE) de Shenmue représentent un des aboutissements du film interactif, fondé sur le réflexe (on pourrait aussi citer Road Avenger)... Ce type de jeux a aussi exploré plusieurs autres voies, comme par exemple celle des shoot en vue subjective (Escape from cybercity, Hardline, sortes de FPS à déplacement automatique). Certains jeux d'aventure ont parfois quelques phases orientées films (ainsi The Daedalus Encounter, bien que proche d'un jeu à énigmes conventionnel, comporte aussi de nombreux passages typiques d'un film interactif).

Mais le film interactif de référence reste le classique Dragon's Lair (1984), même si malgré sa popularité et un nom connu de tous les joueurs ou presque, il ne s'agisse pas du jeu ultime. En effet s'il est graphiquement très réussi et d'autant plus impressionnant que nous ne sommes alors qu'au milieu des années 80, sa jouabilité souffre de pauses incessantes destinées à laisser au joueur le temps de prendre une décision (par exemple aller à gauche ou à droite). Le rythme est donc perpétuellement brisé et pour le coup regarder les séquences d'une traite comme un vrai court métrage (le DVD sorti quelques années plus tard en propose l'option) est assez frustrant, même si ces pauses sont nécessaires pendant la partie. Ce jeu reste tout de même un monument de l'animation interactive et son auteur, Don Bluth, remettra le couvert un peu plus tard avec par exemple Dragon's Lair 2 ou encore Space Ace.

Ce qui nous amène à Brain Dead 13. Tout comme ses ancêtres précédemment cités, il s'agit d'un film interactif, un vrai. On notera d'ailleurs que Brain Dead 13 propose un menu réunissant les démos de Dragon's Lair 1 & 2 ainsi que de Space Ace. L'histoire vous place dans la peau de Lance, un jeune réparateur d'ordinateurs appelé à la rescousse par le Dr Nero Neurosis dont l'ordinateur est victime d'une panne. Une fois sur place, notre sympathique héros fait ce pour quoi il est venu (grâce à un chewing-gum... Si seulement ça se réparait aussi facilement dans la vraie vie, les PC. Enfin bref). Ce qu'il ignore encore, c'est que le Dr Neurosis a dans la vie un objectif qui se résume ni plus ni moins à vouloir conquérir le monde ! Évidemment le bon fonctionnement de son ordinateur en dépend, d'où votre présence ici. Mais cela fait de vous un témoin potentiel gênant et Neurosis doit donc désormais se débarrasser de vous. Le Docteur fou lance alors à vos trousse son fidèle, cruel, et méchamment armé homme de main : Fritz. S'ensuit une course poursuite à travers cette étrange demeure labyrinthique et mal famée qui va durer, eh bien, tout le jeu !

L'improbable château, et son propriétaire le machiavélique Dr Neurosis.

Le déroulement du jeu ne déroge pas aux règles du genre : sous vos yeux se déroule une séquence animée durant laquelle il faudra faire à des moments précis un choix en appuyant sur le bon bouton (une des quatre directions ou bien le bouton d'action). Si vous réalisez la bonne action, votre personnage agira en conséquence et l'histoire continuera à se dérouler jusqu'au choix suivant et ainsi de suite, les choix à faire s'enchaînant parfois de façon frénétique. Si vous commettez une erreur, c'est la mort assurée et le droit de recommencer la séquence. L'avantage de Brain Dead 13 sur plusieurs de ces ancêtres, c'est qu'il n'y a pour ainsi dire aucun effet de pause entre les différentes scènes, le joueur intervenant pendant la cinématique. La plupart des séquences sont réalisées de manière à vous laisser juste assez de temps pour agir. Ainsi, si votre personnage arrive à un embranchement, il s'arrête, regarde rapidement à droite et à gauche le temps de vous laisser faire un choix, puis il part dans la direction que vous lui aurez indiquée ; la séquence suivante s'enchaîne immédiatement et les transitions entre chaque plan en deviennent totalement transparentes. On a donc vraiment l'impression de regarder un dessin animé, et non pas des petits saynètes qui se chargent les unes après les autres. Seule la musique change parfois un peu brutalement et trahit le passage d'une séquence à une autre bien que ça ne soit pas vraiment flagrant et que cela se remarque surtout en tant que spectateur.

Lance, un héros sympathique et branché.

Concernant les choix à faire, il n'y a pas le moindre indice visuel (à l'instar d'autres productions, on aurait pu imaginer une flèche qui clignoterait au dernier moment), nous ne sommes pas là en présence d'un jeu de réflexes dans lequel il faut presser le bouton demandé le plus vite possible. En revanche le jeu émet un son lorsque vous appuyez sur une touche (quelle qu'elle soit) et ce son sera différent lorsque vous trouverez la bonne action à effectuer. Mais la difficulté s'accroît par moment par le fait qu'il ne suffit pas toujours de savoir quoi faire, mais aussi de le faire au bon moment. Le timing est parfois serré et appuyer sur le bon bouton au mauvais moment équivaut à faire un mauvais choix ; là encore le son sera une indication précieuse. En fait Brain Dead 13 respecte totalement le principe « die&retry » (c'est-à-dire qu'on devine comment gagner en analysant la façon dont on vient de perdre) et s'il est possible de trouver du premier coup quoi faire face à un problème posé, réussir une séquence sous-entend le plus souvent de la connaître par cœur au prix de nombreux échecs. Pour éviter la lassitude du joueur, le jeu est pourvu d'une ambiance très humoristique, que ce soit grâce à des graphismes cartoonesques ou des situations improbables. Les personnages que vous côtoyez sont aussi loufoques que dangereux, du bibliothécaire zombie aux fantômes de la chambre à coucher qu'il faudra vaincre à coup d'oreiller, en passant par une coiffeuse-manucure vampire nommée Vivi (en référence à Elvira ?) qui tentera par exemple de vous faire les ongles avec un hachoir ! Il y a d'ailleurs plein de façon de mourir dans le jeu, toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Vous serez suivant les circonstances découpé, noyé, haché, brûlé, mangé, tronçonné, acidifié, digéré par une plante carnivore, etc. Mais votre pire ennemi dans le jeu c'est Fritz, l'homme de main qui vous course depuis le début. Si vous tardez trop à prendre une décision, il vous rattrape et vous extermine. Fritz semble avoir eu à Noël la panoplie du petit tueur amusant puisqu'il se ballade avec une multitude de maillets, couteaux, sabres, armes à feu, canons, tronçonneuses, bombes et autres dangereusetés. Sachez que lors du combat final, il utilisera un bon nombre d'armes.

De la marionnette chef d'orchestre déjantée au rugbyman Frankensteinesque, vraiment on croise de tout en ces lieux !

On peut séparer le château de Neurosis en plusieurs zones, visitables dans un ordre différent suivant les directions que vous ferez prendre au héros à certains embranchements. Par exemple le jardin, labyrinthe aux culs-de-sacs mortels à la sortie duquel vous affronterez une statue géante, mais aussi une pièce hantée par des fantômes de pendus, les cuisines (devinez qui les sorcières aimeraient manger à midi ?), la cave à vins, la salle des trophées, etc. Le jeu se poursuivra ensuite par le biais d'un long combat singulier contre Fritz dans une tour au sommet de laquelle vous affronterez finalement le Dr Neurosis en personne. Vraiment, la vie de jeune réparateur n'est plus ce qu'elle était ! Pour finir, le jeu fourmille de clins d'œil surtout à travers les différents protagonistes qui ne sont pas sans rappeler des « célébrités » de la famille des films d'horreur, et de détails sympathiques qui contribuent à l'ambiance délirante du jeu. Par exemple, quelles que soient les morts violentes dont vous serez victime, la casquette du héros reste toujours parfaitement indemne.

Le jeu est pourvu d'un défaut, qui n'en est pas vraiment un à l'origine mais qui peut s'avérer rebutant pour la jeune génération de joueurs car il est lié à l'âge de ce jeu : la résolution initiale des animations est de 320*200. Si cela ne pose pas de problèmes majeurs sur les versions consoles, sur ordinateur le mode plein écran de la version Windows met vraiment en évidence les (gros)pixels, ce qui sur un jeu aussi animé se révèle un peu fatiguant surtout si l'on s'est habitué aux résolutions quatre fois supérieures de jeux plus récents. On préférera donc y jouer en mode fenêtré (320 ou 640) d'autant que le jeu reste parfaitement lisible, et rêver pourquoi pas d'une version portable...

Cela peut sembler paradoxal mais aussi génial soit-il, Brain Dead 13 a tout du jeu énervant (puisqu'on n'arrête pas de perdre, ça a un côté frustrant). Pourtant il est difficile de s'en détacher avant d'en être venu à bout au moins une fois car le jeu en lui-même n'a rien de compliqué et se révèle même terriblement facile une fois qu'on le connaît, aucune erreur commise n'étant conséquente puisqu'on ne recommence jamais loin de là où l'on a perdu. De plus les vies sont infinies et on peut même sauvegarder. Lorsque l'on connaît le jeu par cœur et qu'on ne commet pas d'erreur, il faut une vingtaine de minutes pour en venir à bout. A noter enfin cette possibilité ultra classique pour ne pas dire obligatoire avec les films interactifs : un code qui permet de regarder tout le jeu comme une longue cinématique (un menu apparaît grâce à la touche F5).

Jean-Christian Verdez
(19 avril 2004)
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