Hideki,
je te passe un coup de bigo et on va fluncher ?
Attention, jeu
à hautes tensions ! On s’agrippe à son siège, on attache
son slip, on verrouille son calbute car ça va déménager sec
dans les chaumières. Viewtiful Joe (VJ) est l’œuvre de
Hideki Kamiya, directeur de Bio Hazard 2 (Resident Evil
2), responsable de l’énorme Devil
May Cry et on sent bien que VJ fut créé avec la même
philosophie que ce dernier. Faire plaisir au gamer, qu’il en prenne plein
la tête et que son cœur soit en joie, telle est la philosophie de monsieur
Hideki. Mission réussie. Dès que la console est sous alimentation,
Joe (en tenue de super-héros) castagne le logo Capcom avec punch et grâce,
zoom et zik à fond les manettes, le joueur reste béat devant son
écran, filet de fromage blanc aux lèvres. On ne peut s’empêcher
de faire la comparaison avec l’apparition de Dante dans l’écran
titre de DMC.

L’histoire
débute dans un cinéma de quartier. Joe, cinéphile devant
l’éternel, se délecte d’un bon vieux film de série
Z mettant en scène son héros de toujours, le Captain Blue. Joe est
un mec cool comme on dit dans le jargon, casquette vissée sur le crane
et bouc en option. Il est accompagné de la belle Sylvia qui contrairement
à son boyfriend, ne pense qu’à fricoter frénétiquement.
Contre toute attente, le gros méchant du film traverse la toile et enlève
la jeune fille. Évidemment, Joe entre à son tour dans ce monde cinématographique
pour retrouver cette donzelle à la sexualité exacerbée. Pas
le temps de dire "ouf" et c’est à vous de jouer !

Devil May Cry
chez Marvel et X-Or !

Première
claque visuelle, vous dirigez Joe dans un monde imprégné de cell-shading.
À ce propos, VJ fait avancer le schmilblik car le design fait très comics,
on croirait se balader dans les cases d’un Marvel des années 70-80
animées par les studio Disney, les images ornant cet article sont très
loin de rendre justice à la claque visuelle que procure le titre de Capcom.
Il faut voir tout ce petit monde bouger, ça explose de tout les cotés,
c’est fluide, nerveux... c’est merveilleux. VJ vous propose une expérience
unique. Ça ne ressemble pas à du dessin animé, ni aux autres productions
cell-shadées, de la vraie nouveauté finalement. Les ennemis ont
des formes et des costumes incongrus, très rigolo. Les boss quant à
eux, semblent venir de l’univers des Tortues Ninja, ajoutez à cela
un look sentai (super héros japonais genre Bioman) pour notre cher Joe
et vous obtenez une galerie de personnages qui crèvent l’écran
et provoquent des éclats de rires.

Un Beat’em’All qui vient d’ailleurs (Allo, Mulder ?).
Nous voilà
donc face à un Beat’em’All matiné de plates-formes,
pour notre plus grand plaisir. Même si la 3D a la part belle, le vue adoptée
est dans la pure tradition des titres 2D, de profil quoi. En civil, notre héros
peut quand même se défendre en assaillant coups de poing et coups
pied à l’intérieur d’une pellicule vieillissante et
pleine de parasites. Effet garanti. Après avoir frité quelques ennemis,
récupéré des bonus, Joe arrive devant son idole de toujours,
le grand, le mirifique Captain Blue. Le « maître » lui enseignera
les premières techniques de base, de quoi survivre un minimum mais surtout
la possibilité de se transformer en héros surpuissant. Chaque rencontre
avec Captain Blue fera progresser le capital « pouvoir » de Joe. Une
fois transformé en « Viewtiful Joe », la pellicule est d’une
netteté numérique et Joe va pouvoir se la donner à donf.

Tout comme ce
bon vieux Dante, Joe à la classe vidéoludique internationale tant
ses chorégraphies sont stylisées. En comparaison, les plus beaux
ballets passeraient pour du smurf effectué avec maladresse. Principale
raison à tout ça : la possibilité de ralentir ou d’accélérer
le temps. Pour ralentir l’action, rien de plus simple, il suffit de presser
le bouton [L] et là, comme par magie, Joe peut esquiver les attaques ennemies
pour mieux contre-attaquer, les projectiles (balles de gun, missiles, etc.)
sont bien visibles et Joe pourra les renvoyer contre ses adversaires. En version
accélérée, via le bouton [R], il distribuera des pains à
la vitesse de la lumière, s’enflammera (littéralement) et
évitera des pièges impossible à esquiver autrement. Dernier
pouvoir, le Zoom (bouton [B] ou stick jaune) qui donne accès à des
coups spéciaux particulièrement efficaces. Sans compter un grand
nombre d’énigmes qui ne pourront être résolues qu’en
jouant du changement de vitesse. En effet, plus que de simples gadgets tape à
l’œil, ces pouvoirs sont l’essence même du gameplay et
du fonctionnement du jeu tant ils influent sur les décors qui vous entourent.
Joe se tape la grande classe et vous êtes le réalisateur de votre
partie (bien vu, pour un jeu se déroulant dans un film) et on ne s’en
lasse pas.

Comme vous pouvez
vous en doutez, malicieux que vous êtes, toutes ces possibilités
ne sont pas gratuites. Une barre de VFX est là pour remettre les choses
en place, une fois vide, Joe reprend sa forme originelle. Il faut ensuite patienter
quelques secondes pour que la jauge se remplisse et que l'on puisse se transformer
à nouveau.
Autre chose, avant
de vous porter un coup, une tête de mort apparaît à proximité
de l’ennemi, ce qui vous permet d’esquiver un coup de point en mettant
le stick vers le bas ou vers le haut pour éviter un coup de pied. Sympa.
Tout comme DMC (oui, encore lui), le joueur sera jugé pour la classe de
ses enchaînements, pourra acheter des pouvoirs et des items entre chaque
niveau.

Abordons le sujet
de la difficulté. Autant vous prévenir, VJ est très old school à ce niveau, comme un Ghost’n’Goblins
par exemple. Le mode « normal » est hyper ardu (trop à mon
goût, bonjour les crises de nerfs vers la fin) et le mode « facile
» propose sont lot de grandes difficultés aussi. Ce dernier me paraît
plus « humain », un véritable mode « normal » comme
on en voyait sur les consoles 16 bits. Ni trop facile, ni trop ardu. Toujours
est-il qu’en finissant tout les modes, de biens belles surprises vous attendent
!
Et côté
musique alors ? Si je vous dis que la personne chargée de mettre en musique
tout ce petit monde bien furieux n’est autre que Masami Ueda, qui avait
officié sur DMC, tout est dit, non ? Une bande son de qualité même
si les thèmes sont moins marquants et plus effacés que ceux de DMC.
Les bruitages ne sont pas en reste, ils donnent du punch, plus qu’il n’en
faut aux attaques de Joe et d’une manière générale,
à toutes les situations rencontrées par ce dernier.

Un jeu qui
vous demande si vous allez aux toilettes quand vous le mettez sur pause, c’est
pas de la pure pignolade vidéoludique quand même ?
En effet, à
chaque mise en pause du jeu, ce dernier vous demandera pourquoi ! Ou alors, un
commentaire bien assaisonné vous sera lancé en plein tronche. Le
jeu est truffé de bonnes trouvailles, tant est si bien qu’il me parait
impossible de toutes les répertorier ici. VJ ne cessera pas de vous en
mettre plein la vue tant les surprises sont nombreuses, tant la démesure
de la réalisation est bluffante. L’humour est omniprésent,
à travers les cinématiques, les dialogues, les clins d’œil
parsemant le jeu... un bonheur de tout les instants.

VJ réécrit
le genre Beat'em'All, comme Devil May Cry l'avait fait auparavant, empruntant
une autre voie. Hideki Kamiya nous offre une leçon de jeu vidéo
sur un plateau. Je terminerai cet article par une citation de mon collègue
Djib : « Viewtiful Joe est au beat them all ce que Ikaruga est au shoot : une réécriture magistrale, inventive et artistique d'un genre
old school ». À quoi bon écrire un article alors que cette tirade
résume si bien le jeu. J’vous jure...
Bruno, le pote d’Hideki mais lui
ne le sait pas encore.
