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Rainbow Six
Année : 1998
Système : Dreamcast, GBC, N64, PC, Playstation
Développeur : Red Storm
Éditeur : Red Storm
Genre : FPS / Action / Stratégie
Par Laurent (13 novembre 2002)

Avertissement : cette critique ne porte que sur le jeu Rainbow Six. Elle se limite au moment et au contexte de sa sortie (1998). Aucun de ces commentaires ne doit donc être perçu comme une généralité applicable à l'interminable liste de jeux guerriers qui ont suivi.

Rainbow Six, développé par Red Storm Entertainment et édité en 1998 est un FPS dont l'univers est tiré d'un roman de Tom Clancy, cet ancien de la CIA reconverti dans le roman de politique-fiction high-tech dont plusieurs pavés ont été adaptés au cinéma (À la poursuite d'Octobre Rouge, Danger immédiat etc.). L'univers de Tom Clancy, fait de conspirations, d'équipement d'espionnage dernier cri, d'armes secrètes dévastatrices et de soldats surentraînés, le tout dans un réalisme très documenté, est parfait pour alimenter un jeu. Une première tentative sur ST et Amiga, inspirée de Hunt for Red October, très dispensable, étant écartée, on arrive à ce Rainbow Six, FPS ultra-réaliste où le joueur fait partie d'une équipe d'intervention spécialisée dans la lutte anti-terroriste sur le terrain, directement là où ça craint. Cette unité, baptisée Rainbow Six est composée de commandos-marine américains dont il vous appartient de diriger les interventions dans le moindre détail, de la préparation de la mission à l'action finale, au cours de missions situées aux quatre coins du globe.

Évidemment, un tel jeu est d'un abord plus complexe qu'un FPS traditionnel, et l'action frénétique n'est pas à l'ordre du jour. De nombreuses touches sur le clavier sont à utiliser pour diriger ses hommes, ce qui demande un peu de pratique. Trois modes de jeu sont proposés : entraînement, missions solo et missions multi-joueur jouables via un réseau local où sur Internet. Le mode entraînement n'est pas là pour la forme : il est indispensable de le pratiquer pour se familiariser avec toutes les fonctionnalités du jeu. On y apprend à se déplacer, à communiquer entre équipiers, et à établir un plan d'action.

La version Mac.

Une fois l'entraînement terminé, vous êtes envoyé en mission en Belgique pour libérer des otages, puis au Congo pour récupérer un scientifique capturé par des rebelles. Avant chaque mission un briefing très complet est présenté. Le commandant de l'unité, qui se contente de donner des consignes mais ne participe pas à l'action (l'avantage d'être commandant), vous indique les données de la mission et la tactique à utiliser dans les grandes lignes. Ensuite, vous devez former une équipe, le choix étant proposé parmi divers marines aux compétences variées, et leur attribuer un équipement et des armes adéquats. Une fois la mission prête à passer en phase d'exécution, le moteur 3D se met en route, et vous voilà sur le théâtre des opérations. Vous dirigez le leader de la formation, et devez pénétrer le repaire des terroristes sans vous faire voir ni entendre. Pas question d'entrer comme un bourrin et de tirer dans le tas. La plupart du temps vous serez confronté(e) à des ennemis plus nombreux et armés jusqu'aux dents.

C'est là que réside tout le charme de ce jeu. L'action est, Tom Clancy oblige, très réaliste. Pas question de prendre une rafale de mitraillette et de continuer à marcher. Au moindre projectile encaissé, les marines meurent, et votre équipe peut être décimée en quelques minutes, condamnant la mission au fiasco. Pas question non plus de tuer un innocent. Il faut agir avec discernement et efficacité. Le timing, la patience et la vigilance sont plutôt de mise pour réussir dans Rainbow Six. La satisfaction éprouvée lors de la libération d'otages est bien réelle, car elle n'intervient qu'après une longue épreuve pour les nerfs. Le danger est partout, il faut observer tous les recoins, toutes les pièces, et seule la maîtrise de votre équipe peut vous y aider.

La réalisation du jeu laisse un peu à désirer, surtout au niveau des graphismes, mais cela n'enlève rien au plaisir de jeu, immense. L'animation est fluide et rapide, et la bande sonore excellente, à base de communications radio, vous plonge au cœur de l'action. Par exemple, lorsque vous et votre équipe arrivez devant une porte fermée qu'il va falloir ouvrir sans savoir ce qu'il y a de l'autre côté, vous pouvez entendre le souffle de vos équipiers s'accélérer.

Rainbow Six pousse le joueur à utiliser ses méninges, en même temps que ses sens sont flattés par l'environnement très réaliste des missions. La partie préparation de la mission est loin d'être une corvée, c'est au contraire là que tout se joue, et c'est un vrai plaisir de peaufiner l'équipement de ses hommes pour les rendre plus opérationnels. Ceci dit, il est possible de zapper cette phase de jeu grâce à l'option d'équipement automatique qui permet de se plonger directement au cœur de l'opération.

Ce genre de jeu, militariste et pro-américain à souhait, véhicule une idéologie gênante, car exempte de tout recul. Jamais les motivations de l'ennemi ne sont détaillées. Pas de sentiments, juste de l'efficacité dans le travail, qui n'est en général bien fait que quand tous les ennemis sont au tapis. Ceci dit, ce n'est qu'un jeu, et le plaisir qu'il procure est tel qu'on aurait tort de le bouder.

Rainbow Six a connu une suite appelée Rogue Spear. Au menu, un moteur 3D très amélioré, une intelligence artificielle des ennemis et des co-équipiers plus évoluée (les équipiers prennent quelques initiatives), et surtout une difficulté beaucoup plus élevée. Les deux jeux ont été de gros succès, surtout Rainbow Six, qui pendant un temps à été la coqueluche des parties en réseau dans le monde entier. Il faut dire qu'un tel système de jeu se prête à des séances multi-joueur fantastiques, même si la frénésie du deathmatch n'est pas au rendez vous. On peut noter que des mods multi-joueurs pour Half-life et bientôt Unreal Tournament s'inspirent nettement de Rainbow Six, ce qui semble faire de ce jeu le précurseur d'un courant nouveau dans le monde du jeu en réseau.

En conclusion, Rainbow Six vaut largement le détour, et contribue à faire entrer le FPS dans son âge adulte en proposant des sensations de jeu bien plus évoluées et réalistes que les titres antérieurs qui ne prenaient pas la tête. Rainbow Six, c'est du tout bon.

Laurent
(13 novembre 2002)