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Unreal
Année : 1998
Système : Mac OS X, PC
Développeur : Digital Extreme
Éditeur : GT Interactive
Genre : FPS
Par Laurent (29 avril 2004)

Unreal est un jeu qui n'a pas fait l'unanimité à sa sortie, en raison principalement de la configuration PC très puissante qu'il exigeait et de l'impossibilité d'y jouer en multi-joueur en ligne dans de bonnes conditions, même avec une connexion haut-débit. Par ailleurs, en tant que FPS résolument orienté shooting dépourvu d'un scénario élaboré, de NPC parlants et de phases d'exploration, il a été quelque peu effacé par le phénomène Half-life apparu en même temps.

Sorti en 1998, Unreal est l'œuvre d'Epic Games et a été publié par GT Interactive. C'est le jeu par lequel la licence Unreal est née. Il s'agit d'un FPS basé sur un moteur 3d entièrement nouveau censé concurrencer celui de Quake II. A n'en point douter, Unreal est une prouesse technique impressionnante à ce détail près qu'à l'époque de sa sortie, personne ne possèdait de machine suffisamment puissante pour le faire fonctionner à plus de 10 images par seconde alors que Quake II, comme tous les produits d'Id Software, se distinguait par son accessibilité au plus grand nombre. Mais rapidement, avec la démocratisation de l'accélération 3d et la concurrence entre Intel et AMD tendant à faire baisser les prix des processeurs, le problème fut résolu.

Dans Unreal, vous êtes un prisonnier embarqué dans un vaisseau de convoyage vers une planète pénitenciaire. Le jeu débute alors que l'appareil vient juste de se crasher sur une planète étrange où vit le peuple Nali, des créatures extra-terrestre pacifiques et mystiques, sortes de lamas tibétains d'une nouvel dimension. Vous vous réveillez en bien mauvais état et une première exploration du vaisseau partiellement détruit révèle que l'équipage à été massacré (vous assistez du reste à la mort des derniers survivants, dans une scène atroce). L'exploration des environs vous conduira à découvrir que les Nali viennent d'être attaqués par les Skaarj, des créatures féroces à la technologie très avancée dont le look rappelle celui du Predator. Le but du jeu sera alors d'explorer la planète à la recherche d'un moyen de vous évader, tout en échappant aux Skaarj, les Nali vous apportant une aide précieuse en vous indiquant des passages secrets et des cachettes où les Skaarj entreposent leurs armes, que vous devrez apprendre à utiliser.

Les décors que vous traversez tout au long du jeu alternent entre lieux de culte Nali à l'architecture d'inspiration Inca, et repaires Skaarj à l'atmosphère angoissante, dans un mélange de futurisme et d'archaïsme plus réussi que celui proposé par Quake, car plus coloré.

Unreal est un jeu qui repose en grande partie sur la qualité de sa réalisation. Les graphismes sont tout bonnement sublimes, le summum de la production PC de 1998, aussi bien au niveau des décors que des personnages ou des armes. Les couleurs sont chaudes, les textures extrêmement détaillées, la palme revenant aux divers plans d'eaux rencontrés, les plus beaux jamais vus dans un jeu en 3d jusqu'alors. Le moteur de Epic, appelé Unreal Engine, est une merveille et exploite à fond les possibilités nouvelles des cartes 3d au moment de la sortie du jeu. Pour situer les choses, la Voodoo 2 vient de sortir, devançant toute concurrence (on ne parle pas encore de Nvidia et d'ATI), et Unreal est le seul jeu à l'époque à tirer tout le parti de cette carte (comme par exemple les multi-textures) si le processeur tient la route (300 Mhz minimum, à une époque ou la norme est plutôt à 200 Mhz).

La progression dans le jeu se fait par des niveaux longs et très distincts les uns des autres, du fait qu'ils ont tous été conçus par des level-designers différents dont le nom est chaque fois cité en introduction. L'ambiance change à chaque fois totalement, ce qui donne envie de continuer à jouer pour voir ce que la suite réserve. La motivation n'est pas de connaître le fin mot du scénario, comme c'est le cas dans Half-life, et en ce sens Unreal est un jeu moins révolutionnaire que son concurrent, moins cohérent. Moins passionnant aussi, il faut bien l'admettre.

La durée du jeu est très considérable, peut-être plus encore que celle de Half-life, grâce à la grande taille des cartes des quelques 30 niveaux. Quant aux musiques et aux effets sonores, il sont excellents, souvent utilisés à des fins de mise en scène, et par moments le jeu parvient à se montrer vraiment angoissant, comme ce passage où les lampes d'un corridor s'éteignent une à une avant qu'un Skaarj vous attaque, que vous ne pouvez distinguer dans l'obscurité que grâce à la lumière de vos propres coups de feu, le tout dans des hurlements très réverbérés. La perfection de la réalisation, des effets lumineux et sonores et de l'animation du jeu font d'un tel moment une expérience étonnante.

Les armes sont très réussies et feront école après la sortie du jeu. Chacune s'avère efficace dans un certain type de situation qu'il appartient au joueur de découvrir. Unreal est (avec Half-life) un des premiers FPS où les armes disposent d'un tir secondaire et d'un zoom, pour certaines d'entre elles. Il y en a beaucoup (certaines seront d'ailleurs conservées sur Unreal Tournament, série parallèle spécialisée dans le multi-joueur, et sont donc très connues des amateurs de deathmatch), et la possibilité de les faire évoluer en puissance de feu en ramassant des bonus ajoute de l'intérêt au jeu.

L'intelligence artificielle des ennemis est correcte, sans plus. On est toutefois loin des Marines de Half-life, qui ont longtemps été la référence dans ce domaine. Les Skaarjs compensent leur incapacité à mener des attaques concertées par leur grande agilité et leur vitesse de déplacement. De plus, le nombre d'ennemis différents ne s'élève qu'à six (sur lesquels des textures diverses sont plaquées), ce qui est un peu léger. Au cours de la progression le joueur est confronté à quelques énigmes, mais la plupart du temps elles se résument à trouver le moyen d'ouvrir une porte. Ce qui rend le jeu long, c'est avant tout l'étendue des cartes qui alternent plaines, sous-terrains et intérieurs de bâtiments de manière équilibrée.

Après sa sortie, Unreal a fait l'objet d'un suivi technique de la part de ses développeurs qui est tout à leur honneur (cette attitude ne se démentira d'ailleurs pas sur leurs titres ultérieurs). Pas moins de huit patches ont été fournis sur le site du jeu, améliorant la prise en compte des différentes cartes vidéo, corrigeant des bugs et améliorant le fonctionnement du mode multi-joueur. En ce qui concerne ce dernier point, la principale erreur stratégique du lancement d'Unreal est de ne pas avoir attendu que le jeu réseau fonctionne correctement pour le commercialiser. Cela a beaucoup nui à sa réputation. Mais au bout de quelques mois, il a été expurgé de tous ses dysfonctionnements et les configurations les plus courantes suffisaient à le faire tourner dans des résolutions lui conférant un rendu visuel incroyable.

Unreal propose, outre le mode solo et le mode multi-joueur le mode dit botmatch. Il s'agit d'une partie deathmatch contre des joueurs virtuels dirigés par l'ordinateur, appelés bots. Unreal est un des premiers jeux à avoir proposé une tel manière de jouer, qui a permis par la suite de profiter en solo de jeux comme Quake III ou Unreal Tournament, pourtant totalement dévolus au jeu sur Internet. Finissons par signaler l'éditeur de niveau UnrealED intégré, simple d'utilisation et basé sur une visualisation immédiate dans une fenêtre du résultat de vos délires.

Personnellement, je garde un faible pour Unreal, qui reste un des plus beaux jeux vidéo auxquels j'ai pu jouer sur PC dans les années 90. S'il est un peu en retrait sur Half-life quant à son intérêt pur, il n'y a pas photo pour ce qui est de la réalisation et les deux jeux m'ont apporté un plaisir aussi intense, quoique différent. Unreal Tournament, la suite (voir article à ce sujet), s'avère largement supérieur à son concurrent Quake III, ce qui témoigne de la haute tenue des produits de Epic Games, qui s'est toujours confirmée par la suite.

Laurent
(29 avril 2004)