Lorsque les premières bornes neo-geo
MVS firent leur apparition en France, les joueurs eurent l'occasion d'être doublement surpris : non seulement ils faisaient
face à un nouveau standard pour la réalisation des jeux d'arcade, mais il leur fallait en plus choisir un titre
parmi tous ceux disponibles sur une seule et même machine, le MVS (pour Multi Video System) permettant d'installer jusqu'à
6 cartouches en fonction du nombre de slots présents sur la borne.
Placé devant un panel de titres de
qualité tels que Magician Lord, Nam 1975 ou Blue's Journey, le choix était parfois des
plus difficiles et il n'était pas rare de se retrouver accidentellement sur tel ou tel jeu, faute d'avoir pu se décider
avant l'écoulement du temps accordé pour la sélection ! C'est de cette manière un peu idiote que
je débutais mon long voyage dans le petit monde de SNK, avec Ninja Combat : je n'ai pas eu à le regretter
et, bien des années plus tard, voici l'occasion de revenir sur ce titre.

De nos jours, une forteresse aussi mystérieuse que gigantesque effectue une apparition pour le moins remarquée
au sein d'une mégalopole japonaise : la ville, dévastée lors de la téléportation du bâtiment,
sombre en plein chaos et est désertée par ses rares survivants.
Seule une poignée de ninjas, élite de leurs clans respectifs, reste sur place et ose se dresser contre l'envahisseur
qui n'est autre que l'infâme clan Shadow, de retour après un exil forcé de plusieurs siècles pour
avoir cherché à imposer sa domination en ayant recours à la magie noire.
Les combattants oeuvrant pour la libération de la cité vont devoir s'unir afin de prendre d'assaut la forteresse
et abattre le leader du clan démoniaque, Genyohsai. Ce dernier est protégé par toute une armée
de sous-fifres prêts à en découdre...
Voilà pour le scénario qui,
s'il ne marquera pas les mémoires, a cependant donné l'opportunité aux développeurs de nous offrir
quelques idées originales.

Un gameplay des plus surprenants
Bien que Ninja Combat soit classé dans
la catégorie des beat'em all, il apparaît rapidement que sa jouabilité fait appel à des éléments
extérieurs au genre :

Tout d'abord, les différents ninjas
que le joueur va être amené à contrôler n'utilisent pas vraiment leur arme de base au corps à
corps : celle-ci émet en fait une onde d'énergie plus ou moins destructrice et de portée variable selon
le personnage, comme vous pouvez le constater sur les images ci-dessus.
Sachant que la portée et la puissance de ces "tirs", de même que la rapidité du ninja peuvent
être améliorées en récoltant des parchemins sur le terrain, le joueur pourrait presque se croire
dans un shoot'em up !
Pourtant, on reste bien dans le jeu de baston
pur et dur lorsque le héros ramasse une arme abandonnée sur le terrain ou dissimulée dans les éléments
du décor (nunchaku, hache, massue, hallebarde....), ce type d'accessoires s'utilisant exclusivement au corps à
corps, comme l'illustrent les deux exemples ci-dessous :

Ninja Combat est donc caractérisé par une jouabilité hybride, enrichie par la présence de commandes
supplémentaires :
En
pressant de manière continue le bouton d'attaque, une jauge
de pouvoir commence à se remplir et lorsqu'elle atteint son
maximum, le guerrier lance un sort dévastant l'écran,
au coût d'une unité de vie (sur 4 au total). Étant
donné qu'il n'y a aucun moyen de se soigner en cours de niveau,
cette possibilité est à réserver lors du face
à face contre un Boss : en cas de victoire, les unités
de vie perdues sont régénérées pour le
niveau suivant.
Enfin, à côté du traditionnel
bouton de saut (qui sert également à poser par terre les armes ramassées), figure une autre commande,
le "Special" : il s'agit d'une manœuvre d'évasion permettant de prendre un peu de distance face à
des ennemis coriaces ou d'échapper à une tentative d'encerclement. Pendant son exécution, le ninja est
quasiment invulnérable et si le joueur appuie sur le bouton d'attaque à la fin du "Special", il exécute
alors une nouvelle action offensive. Elle ne cause pas autant de dégâts que la magie et peut parfois conduire
à s'exposer inutilement, mais cette attaque spéciale a au moins le mérite de ne coûter aucune unité
de vie !
Revue des troupes
En début de partie, le joueur n'a le
choix qu'entre deux personnages disponibles. Cependant, chaque demi-boss battu au cours des premiers stages devient accessible
pour le niveau suivant et au final, la sélection s'effectue entre 5 combattants :

Les frères jumeaux Joe et Hayabusa
sont les principaux protagonistes de l'histoire et constituent les personnages les plus équilibrés du jeu ;
leur attaque à base de shurikens bénéficie d'une longue portée et eux seuls peuvent ramasser les
armes blanches traînant sur le terrain. Ils ont un profil identique, excepté pour la magie, où le "Fire
Dragon" de Joe est légèrement surclassé par le "Power Thunder" d'Hayabusa.

Musashi a été fait prisonnier
en tentant d'infiltrer seul la forteresse et ensorcelé par Genyohsai : le combat contre nos deux héros permet
de rompre le sortilège et désormais ce farouche guerrier ne rêve que de prendre sa revanche...
Musashi ne peut utiliser d'autres armes que ses 2 sabres mais ils lui sont bien suffisants, étant donné leur
puissance. Sa magie "Lightning Warriors" peut faire pas mal de dégâts mais elle n'affecte qu'une aire
limitée à l'écran.

Kagerow se dresse sur la route des
héros en vue de tester leur valeur au combat : après avoir pris sa raclée, elle décide de se joindre
à eux...
L'épée de Kagerow produit des tourbillons dotés
d'une assez grande portée et d'un faible potentiel offensif.
Le véritable point fort de la demoiselle est son attaque spéciale
: au terme d'un saut des plus élégants, elle assène
de nombreux coups de glaive à ses adversaires tout en atterrissant
avec grâce. Sa magie "Drifting Butterflies" est en
revanche un peu trop imprécise...

À
chaque jeu de baston son bourrin et cette fois-ci c'est Gembu qui
s'y colle. Homme de main du clan Shadow, il estime avoir été
manipulé par Genyohsai et se retourne contre son ancien maître.
Bien entendu, c'est Gembu qui dispose de la frappe la plus puissante mais celle-ci est d'une portée rikiki ! Cela en
fait un personnage difficile à manier ; heureusement son mouvement spécial lui donne une très grande
mobilité en lui permettant de charger rapidement n'importe quel adversaire, tandis que son coup de poing sauté
immobilise les ennemis à proximité. Enfin, sa magie "Crushing Rocks", à défaut d'être
esthétique reste un modèle d'efficacité.
Les
différents combattants disponibles peuvent se côtoyer
dans un mode deux joueurs évidemment le bienvenu, mais sachez
qu'il n'est pas possible de prendre 2 fois le même guerrier.
Et maintenant, penchons-nous un peu sur les épreuves les attendant...
En route vers la forteresse
Stage 1

L'action démarre en périphérie
de la ville et les ninjas doivent se frayer un chemin à travers un parc d'attractions plutôt mal fréquenté.
Ce premier niveau est clairement destiné à assimiler le gameplay particulier du jeu : le combat contre Musashi
est une simple formalité et le Boss ne constitue pas un challenge des plus éprouvants (prenez seulement garde
à l'allonge de ses bras...)
Stage 2

L'ennemi tente d'enrayer votre progression
en détruisant le seul pont menant à la ville, tandis que Kagerow teste vos capacités offensives lors
d'un affrontement kitch à souhait ! Mais les choses sérieuses démarrent à la fin de ce niveau,
avec un Boss susceptible de vider votre barre de vie en une seule attaque : le "Special" est donc de rigueur pour
esquiver ses coups...
Stage 3

La
surface de la mégalopole étant impraticable, un passage
par le métro apparaît comme la seule issue possible.
Malheureusement, un comité d'accueil vous attend sur place
: les troupes de Gembu vous pourchassent jusque sur une rame dont
la course est brutalement interrompue par un Boss des plus coriaces...
Concernant ce dernier, son crâne est recouvert d'une sorte de
carapace s'ouvrant au moment où il va lancer son attaque la
plus meurtrière : il suffit d'esquiver en conséquence.
Dans l'antre de l'ennemi
Stage 4

La
base de la forteresse abrite un ensemble technologique avancé
et bourré de pièges vicieux. Vous aurez ainsi droit
à quelques phases de plateforme bien stressantes avant d'atteindre
un ascenseur des plus classiques (baston à tous les étages...),
vous menant finalement au Boss de ce niveau : combat difficile en
perspective, vu les nombreux mouvements d'attaque dont il dispose
(la meilleure technique est encore de lui donner un coup rapide avant
de prendre ses distances).
Stage 5

Une fois parvenu dans la cour intérieure,
ce n'est pas le moment de relâcher votre attention car l'endroit est soigneusement gardé par des patrouilles
de hallebardiers et autres adversaires cruels... Le chemin est rude jusqu'au palais de Genyohsai : vous aurez à subir
le traditionnel retour des premiers boss avant de vous heurter au portier du palais, un sorcier particulièrement puissant,
capable de vous renvoyer votre magie ! Pour gagner ce face à face, il faut être constamment mobile...
Stage 6

Les
jeux sont faits pour le clan Shadow ! En désespoir de cause,
le démon Hakuunsai et ses acolytes sont invoqués pour
permettre à Genyohsai d'achever son plan. Le niveau du palais,
qui compte parmi les plus beaux du jeu, est riche en passages de plateforme
et le combat contre Hakuunsai particulièrement ardue : ne restez
surtout pas sur le même plan que lui, sinon s'en est fini de
votre vie ! Pour information, le nom d'Hakuunsai est un hommage à
un grand maître des arts martiaux ayant vécu au 12ème
siècle AP-JC...
Stage 7

Après quelques affrontements contre
le résidu de ses troupes, vous pénétrez dans les appartements privés de Genyohsai et engagez une
brève passe d'armes avec lui, avant d'assister à sa transformation en géant. Bon courage, face à
ce dernier : il faut d'abord détruire l'un de ses bras avant de pouvoir s'approcher de sa tête (son seul point
sensible), le tout en esquivant un spectre des plus agaçants et visiblement intégré au jeu à la
dernière minute...
Techniquement parlant, Ninja Combat ne révolutionne pas son
support, surtout si on le place à côté de certains
jeux sortis en 1990 (je pense notamment au fabuleux Magician Lord).
Son design fait plutôt penser à un titre antérieur
d'Alpha Denshi : Gang Wars. Il faut
dire que les deux jeux ont pratiquement le même staff, d'où
quelques similitudes dans la représentation de l'action, mais
la ressemblance s'arrête ici et Gang Wars ayant
lui aussi son lot d'originalité, je vous recommande vivement
la lecture de l'article qui lui est consacré.
Et puis, ne soyons pas trop sévères
: les graphismes ainsi que les animations restent d'une qualité honorable pour un titre ayant participé au lancement
du MVS ; en progressant dans les niveaux, on a même droit à quelques décors tout simplement magnifiques.
Enfin, Ninja Combat comporte son lot réglementaire d'effets spéciaux : zooms (les wagons du grand huit, l'apparition
du second boss...), effets d'étirements et de rotations appliqués à certains ennemis, etc.
Sur le plan audio, le cahier des charges est largement assuré
: explosions, cris des ennemis, impacts des armes..., tous les bruitages
ont la pêche et exploitent pleinement les capacités du
MVS ; petite cerise sur le gâteau, l'histoire est émaillée
de quelques lignes de dialogues digitalisés. Bien sûr,
ce n'est pas du Shakespeare mais tout ça reste rudement sympathique,
aujourd'hui encore. Quant aux musiques, elles accompagnent efficacement
l'action et on ne leur demande pas plus !
Pour
conclure, Ninja Combat a bénéficié d'un certain
succès (on croisait souvent son chemin dans les salles d'arcade
au début des années 90) et a fait l'objet d'une adaptation
fidèle sur neo-geo (versions
cartouches et CD). Alpha Denshi ne lui a pas donné de suite,
mais il semble que cela faisait partie de la politique du développeur
de ne jamais faire deux fois la même chose, du moins avant d'entrer
dans le giron de SNK sous le nom d'ADK...

Le Staff
Producer & Director : Tsutomu Maruyama
Programmer : Eiji Fukatsu ; Hideo Kamoda ; Yukinori Nishikata ; Teruaki Shirasawa
Character Designer : Hatsue Honbe ; Kazushige Hakamata ; Shinji Moriyama
Scroll Designer : Tsutomu Maruyama ; Mitsunari Ishida ; Kenichi Sakanishi
Musique Composer & Sound Effect : Hideki Yamamoto ; Hiroaki Shimizu
Sodom