Il y a des jeux qu'on aimerait aimer.
On a tous joué
à un de ces jeux, vous savez, ce jeu qui pendant les premières heures vous pousse à
hurler intérieurement un "Mais... c'est génial!" et qui, au bout de quelques heures,
vous plonge dans les méandres de l'ennui. Alors ce jeu, on l'abandonne avant d'en voir la fin,
le coeur empli de tristesse et d'espoirs déçus. Un peu comme une relation avec une jolie
fille aux yeux profonds qui, bien que toute gentille, n'a pas beaucoup de conversation et vous ennuie
horriblement.
Un jeu vidéo, parfois,
c'est une jolie fille.
.Hack, c'est une jolie
fille, mais qui parle trop pour ne rien dire.
.HACK//SIGN
.Hack (prononcez
Dot Hack) a sur le papier tout de la manoeuvre commerciale qui vise à entuber le fan en le forçant
à acheter TOUT ce qui se rapporte de près ou de loin à la série. Et pour cause,
.Hack raconte une histoire déclinée via différents médias : Dessin animé,
manga, OAV, et enfin jeu vidéo. C'est bien sûr surtout à ce dernier que l'on va s'interresser
ici, mais il est impossible de cerner .Hack sans détailler les autres produits.

Au début, il y
eut le dessin animé.
.HACK//SIGN est donc un
anime plutôt classique sur la forme (série de 26 épisodes, musiques, dessins et animations
sympatoches sans jamais être transcendants) mais assez original sur le fond. Et pour cause, on n'y
voit jamais les personnages. Toute l'action de .HACK//SIGN se passe dans un monde virtuel, un MMORPG où
nous voyons différents avatars entre eux. L'histoire, pour la résumer brièvement
se concentre autour d'un joueur mystérieux, Tsukasa, qui prétend être incapable de
se déconnecter. Bien sûr, si vous jouez à World of Warcraft, vous aurez l'impression
d'être au fond de vous-même un peu un Tsukasa, sauf que lui est connecté en permanence,
24h/24, 7 jours sur 7, ce qui intrigue évidemment les joueurs autour de lui. Et c'est ainsi que
commence .Hack , avec des amis onlines de Tsukasa qui tentent de percer le mystère l'entourant,
semblant lié à la nature même de The World, jeu vidéo dans lequel ils
évoluent.

Tsukasa
L'anime
est sur le fond intéressant de par ses protagonistes. On trouve
comme personnage, le vieux père de famille qui devient un gros
guerrier et qui sympathise avec une adolescente, l'adolescente plus
ou moins hystérique peut-être un peu trop curieuse, le
player killer absolument insupportable, et une handicapée qui
trouve dans ce jeu la liberté et l'anonymat qu'elle n'a pas
dans le monde réel.
Seulement, .HACK//SIGN
a un gros problème. Ca parle, ça parle, ça parle, et ça ne dit rien. Je n'ai
jamais vu de ma vie un anime aussi lent que .Hack//Sign. Les 26 épisodes paraissent durer une éternité.
Dot Hack aurait pu tenir en un seul film de 1h30 minutes. On regarde à chaque fois l'épisode
suivant en espérant qu'il s'y passe enfin quelque chose, et souvent... non il ne se passe rien.
La fin de la série
enchaîne directement avec le début du jeu vidéo... Je ne détaillerai donc pas
d'avantage.
.HACK// .... Le jeu ...
Sans
la dévoiler, la fin de la série appelle à une
suite. Cette suite, c'est une série de 4 jeux sortis sur PS2.
Ou alors est ce un seul jeu en 4 parties ? On touche là au
GROS problème de .HACK, mais nous y reviendrons plus tard.
L'originalité
du jeu .HACK commence dès l'ouverture de la
boîte. On y découvre dans chacun des 4 épisodes
2 DVD. Le premier DVD contient le jeu en lui même, l'autre DVD
contient un OAV, .HACK//Liminality. Alors que le jeu vous propose,
à vous qui lisez cet article, de vous créer un personnage
dans The World et d'y interagir avec les autres joueurs, l'OAV décrit
les événements qui se déroulent simultanément,
mais cette fois, dans le monde réel. Une présentation
des choses intéressante.
Et
quand on insère le jeu dans sa PS2, c'est encore plus
intéressant.
.HACK//
est un ... simulateur de MMORPG. Ne comprenez pas par là
un jeu immense à la Morrowind, mais un énorme
Diablo-like où tous les personnages
que vous côtoyez sont censés être des autres joueurs
connectés au même serveur que vous, alors que l'ensemble
se joue évidement offline. Lorsque vous démarrez
.Hack, vous vous retrouvez sur un bureau d'ordinateur. Vous
pouvez aller vérifier vos emails, regarder un site internet
de news, accéder à un forum de discussion ou bien sûr
vous connecter dans le jeu, où un ami vous attend.
Dans la première
heure du jeu, vous êtes tutoré par un ami qui vous montre les différents mécanismes
du jeu. Seulement voilà, au bout de quelques minutes, votre ami se fait attaquer par une étrange
créature, et vous perdez la connexion... Un peu plus tard, vous apprenez que votre ami est tombé
dans le coma. Pourquoi ? Comment ? Votre quête commence.


Les villes racines, pôles d'activités de .Hack au design intéressant,
sont presque les seuls endroits originaux du jeu
Le
déroulement du jeu est sur le fond assez classique. Une ville,
des dongeons. L'histoire avance à chaque fois que vous terminez
un dongeon. Seulement, il est extrêmement immersif de par sa
forme. Le jeu force à d'incessants allers-retours entre "The
World" et votre ordinateur, pour correspondre avec les différents
personnages par e-mail et forums interposés. Souvent sur les
forums, des joueurs demandent de l'aide. Vérifiez un peu plus
tard, une réponse est apparue, et elle peut vous être
utile à vous aussi.
Il
y a une puissance narrative impressionante dans .Hack
qui vous fera aller de surprise en surprise, également grâce
à la relation que les personnages entretiennent entre eux.
Ainsi, cette toute petite jeune fille à la voix fluette est
en fait une maman trentenaire. Plus tard, quand vous commencez à
avoir un niveau assez élevé, un "newbie" viendra
vous voir pour des séances de leveling, les personnages auxquels
vous faites appel ne seront pas toujours là car ils mènent
une vie en dehors du jeu. Les dialogues sont ponctués de "LOL",
de smileys, ou de moments de silence suivis d'un "j'avais quelque
chose sur le feu". Et c'est là le plus choquant, les faux
personnages de .Hack sont souvent bien plus humains
que ceux des vrais MMORPG. Une histoire d'amour peut-elle se nouer
entre ces personnages qui ne se voient pas ? Attention, car deux personnages
qui semblent avoir le même âge dans le jeu ne l'ont pas
forcément dans la vraie vie. Besoin d'un item ? Pourquoi pas
faire du troc avec un autre joueur ?

Consultez régulièrement vos emails et le forum
Bref,
que du bon de ce côté là. Le système de
combat ressemble à du semi-temps réel. L'action se déroule
de manière continue mais on sent bien qu'il existe des tours
par la facon (léger décalage à chaque fois) dont
sont portés et reçus les coups. De plus, on ne contrôle
que son seul personnage. Les autres vous suivent et attaquent d'eux-mêmes.
Cependant, une pression sur un bouton et on peut leur donner tous
les ordres que l'on veut. Contrairement aux vrais MMORPG, vos coéquipiers
vous obéiront à chaque fois (en commentant parfois l'éventuelle
absurdité de vos ordres). Cela veut dire que si vous mourez,
y'a plus qu'à serrer les fesses et espérer que l'un
d'entre-eux a de quoi vous ressusciter.
Les
donjons sont générés aléatoirement via
un système de mots-clefs. Il y en a des millions. Manque de
bol, c'est à chaque fois un assemblage de salles qui se ressemblent
toutes. Néanmoins, les ennemis sont relativement variés
et les combats sont assez intéressants. Si Dot Hack
est donc un Dungeon RPG classique dans un univers intéressant
employant un procédé narratif nouveau, il n'en reste
pas moins qu'une chose vient tout gâcher. Un défaut qui
petit à petit supprime dans le coeur du joueur toutes les qualités
du jeu.


Les extérieurs sont assez réussis artistiquement...
mais très répétitifs et la distance de vue fait
un peu pitié...
Tout
d'abord, c'est répétitif. Bien entendu, un Dungeon RPG/Diablo
Like est forcément toujours un peu répétitif,
mais le jeu n'est rien d'autre qu'un assemblage de donjons qui se
ressemblent tous avec des ennemis un peu plus forts à chaque
fois. Et voila l'erreur de CyberConnect/Bandai : avoir tronçonné
le jeu en 4 volumes, vendus en Europe au prix fort de 60 euros chaque...
pour une durée de vie de 15 heures par exemplaire. De plus,
le scénario pourtant si original est lent. Vous n'avez pas
idée à quel point c'est lent. Vous passez la moitié
du temps à courir après un truc qui n'est plus là
quand vous arrivez, ou à tuer des boss "parce qu'on vous
dit qu'ils sont là", sans savoir pourquoi. À la
fin du premier épisode on est empli d'espoir car l'effet découverte
a joué. Alors on achète le deuxième DVD, voilà,
ca fait déja 120 euros. On le finit en une douzaine d'heures
et le scénario n'a toujours pas avancé. On achète
quand même le troisième, au cas où. 180 euros...
Et le jeu commence à devenir dur. Il faut faire du leveling
régulièrement pour avancer.


Des couloirs sombres et des monstres : pas de doute, c'est un
dongeon. Vos alliés communiquent souvent pendant le combat
et donnent des informations intéressantes.
Seulement
voilà... est-ce que ça en vaut la peine ? Dot
Hack est un jeu que je ne finirai peut-être jamais,
car trop long pour un scénario trop court mais rallongé
artificiellement... Les sites et magazines l'ayant testé ont
tout d'abord donné à .Hack des notes
assez bonnes, puis à chaque épisode, ces mêmes
notes ont baissé. Et ça se comprend, car si le gameplay
de .Hack est efficace, le fait que tout soit répétitif
dans ce jeu y compris les graphismes et le scénario, fait monter
une lassitude chez le joueur, lassitude qui tôt ou tard atteint
le seuil critique : celui où l'on range le jeu dans une armoire
sans jamais le finir. À titre indicatif, j'ai eu le courage
d'aller jusqu'à la moitié du 3ème épisode...
avant de me souvenir que j'avais des jeux plus intéressants
qui n'attendaient que moi.
Au
final, Dot Hack est une curiosité par sa présentation
et sa forme narrative qui émerveillent pendant quelques heures,
et qui surprend par son originalité. Hélas! le jeu reste
plat et trop classique dans son gameplay, et il est surtout trahi
par un scénario et un rythme complètement mous. Dommage,
avec plus de pêche, .Hack avait tout de l'éternel
classique. Il aurait pour cela fallu des choses toutes simples pourtant
: en faire un seul jeu au lieu de quatre (ce qui aurait de plus l'avantage
de ne pas prendre les consommateurs pour des vaches à lait)
et raccourcir un peu le scénario... Si vous voulez commencer
.Hack, dites vous que vous n'irez probablement pas
jusqu'au bout, mais que vous passerez au moins quelques heures inoubliables.
Mickmils