Qu'y
a t il de plus agréable, lors d'une splendide journée
d'été que d'aller s'enfermer dans un hangar
sombre pour regarder s'agiter d'énormes points lumineux
sur des écrans préhistoriques en arborant des
sourires béats? C'est très simple, y aller avec
quelqu'un qui est encore plus fondu que vous!
Lorsque
j'étais écolier, je me souviens clairement des
rares visites au musée organisées par l'école
pendant l'année scolaire ou par mes parents pendant
les vacances et j'en garde un souvenir impérissable:
quelle perte de temps! Lorsque je regardais un Picasso , je
ne pensais qu'à une utilisation de la fonction random
sur la matrice graphique de mon C64. A la vision d'un bleu
de Matisse, j'étais tout juste ému par l'utilisation
judicieuse de la palette de couleurs codée sur un seul
bit.
On
ne devrait pas emmener des enfants voir des horreurs pareilles
avant qu'ils ne soient vraiment en âge de les apprécier.
Personnellement, ça a failli me dégoûter
de tout ce qui est artistique. Heureusement, les jeux vidéo
étaient là pour me donner un véritable
éveil dans cette discipline bien plus noble que la
sculpture, la peinture ou le macramé (qui n'étaient
pour moi rien de plus que des travaux manuels salissants)
Bien
heureusement, avec l’âge, j’ai enfin pu
assouvir mes désirs de bits par paquets de huit et
m’adonner aux joies inénarrables du jeu vidéo
dans un premier temps, et puis au fil des années passées
à celles du rétro-gaming.
Il
est assez singulier de partager des souvenirs de jeu à
caractère ‘solitaire’ avec quelqu’un
qui a eu une expérience similaire mais finalement lui
aussi, de son côté. C’est un peu le paradoxe
de cette passion. Toujours est-il que c’est un grand
privilège et même d’un certain point de
vue, un soulagement de partager des souvenirs de jeu de plus
de 20 ans avec quelqu’un qui parle le même langage
: en effet, la plupart du temps, le retro-gamer se sent mal
à l’aise lorsqu’il essaye de parler de
son hobby sans déclencher dans le meilleur des cas
l’hilarité, et dans le pire l’incompréhension,
voire la méprise.
Bref,
une exposition sur l’histoire de notre média
préféré est surtout une occasion (encore
bien trop rare) de justifier sa passion pour le dixième
art ! Même les disciplines culturelles les plus récentes,
telles que le cinéma ou la télévision
rendent hommage à leurs classiques. Comment se fait-il
que le jeu vidéo, qui représente chaque année
une part de plus en plus importante du marché de la
culture, semble vouloir oublier d’où il vient
et à qui il doit…
David
et moi avons décidé de réparer cette
injustice, et c’est donc par cette belle journée
d’été 2004, alors que le festival Lille
2004 battait son plein, que nous avons eu l’occasion
de nous rendre à cette fameuse exposition Game On dont
on entendait à peine parler ici en France mais qui
avait eu plus de retentissement outre-manche. Il faut dire
qu’il s’agit d’un évènement
organisé par le Barbican, il est donc logique qu’il
soit plus connu en Angleterre.
L’exposition
ne durera que quelques semaines avant de se replier sur Londres
où elle continuera d’accueillir des visiteurs
pendant deux ans et demie. David aura d’ailleurs l’occasion
de s’y rendre à nouveau, prétextant un
voyage éducatif scolaire avec sa classe, tout en me
dissuadant de l’accompagner (alors que j’avais
l’opportunité professionnelle de me retrouver
à Londres en même temps que lui), m’assurant
qu’il ne retournerait sûrement pas voir l’expo
là-bas. Quel vil personnage. Son attitude dans la vraie
vie est encore bien plus exécrable que celle de son
avatar dans les jeux de voiture…
Nous
avons fait le choix d’agencer cet article comme une
visite de musée. Vous pouvez vous balader au fil des
images et lire les légendes qui s’y rapportent
au gré de vos envies.
Pour
conclure, comme à son habitude, Grospixels vous offre
ce récit près de 4 ans après les faits
ce qui est toute à fait conforme à son attitude
rétro jusqu’au bout des ongles, et aussi un peu
grâce à sa réactivité exceptionnelle…
ahem (les mauvaises langues diront qu’on avait oublié
l’article dans un coin).
Quoi
qu’il en soit, les bons jeux sont intemporels…
Enjoy

Le Science Museum de Londres, non loin du célèbre
magasin Harrod's. C'est ici que Game On,
la célèbre expo du Barbican, est venue s'installer
le temps de quelques semaines. Deux ans
et demi plus tôt, Game On avait traversé la Manche
pour s'exposer en plein centre de Lille,
pour le plus grand plaisir des Frenchies que nous sommes.

A peine entré, une borne originale de Pong nous fait
face. Parfaitement jouable - comme
quasiment toutes les machines présentées dans
cette expo -, elle permet de mesurer les
progrès accomplis par l'industrie du jeu vidéo
en l'espace de trente ans.

Game On se décompose en trois zones distinctes. La
première est dédiée principalement au
monde de l'arcade, auquel s'invitent quelques micros et consoles
domestiques particulièrement
célèbres. Ci-dessus, les premières bornes
d'arcade de l'Humanité : Computer Space, l'adaptation
grand public de l'expérimental Space Wars.
L'homme derrière ces monstres de design kitsch ? Nolan
Bushnell.

Space Wars, le premier vrai jeu vidéo, ici émulé
sur Le design très
primitif de cette borne est trompeur. Fabriqué en
la superbe console mi-portable Vectrex. 1985
en Allemagne de l'Est, 'Poly Play' rassemble sous un même
meuble
sept clones très rudimentaires de grands hits d'arcade.

Dans un coin trône l'impressionnant Maneater, une borne
très rare datant de 1975. Un peu plus loin, une rangée
de bornes très célèbres - et en parfait
état de marche - se chargent de transporter les joueurs
un quart de siècle
en arrière. L'illusion est totale.

Qui a dit que les gros pixels ne séduisaient que des
geeks trentenaires nostalgiques ?

En face de la rangée de bornes d'arcade, quelques joueurs
reposent leurs pieds fourbus en
prenant place devant de superbes tables cocktail...

... tandis qu'au-dessus de leur tête est projetée,
sur écran géant, une sélection de titres
cultes jouables depuis
un panneau de contrôle situé non loin de là.
A droite, un enfant s'éclate sur l'illustre Discs of
Tron.

Cette luxueuse borne Atari datant de 1983 était non
jouable à Lille ; elle l'est à Londres. L'état
absolument impeccable de toutes ces machines, pourtant âgées
de plusieurs décennies, force
le respect.

Bien avant la Wii, ce jeu de ping pong permettait à
tout un chacun de faire la mariole devant
son écran en s'affranchissant du traditionnel joystick.
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