
Sorti
en premier lieu sur Dreamcast et faisant suite à un premier
épisode réputé très "technique", DOA2
ne propose ni plus ni moins qu'une excellente alternative pour qui
est allergique à Tekken, sans toutefois prétendre rivaliser
avec le gameplay dun Soul Calibur :
intention louable. Lennui, cest que lexcellent gameplay
du soft est masqué par un brouillard assez difficile à
franchir sans une importante dose de bonne volonté.
Un jeu qui au départ navait RIEN pour séduire les joueurs


Lorsque DOA parut en 97, la principale de ses particularités
mises en avant fut que le jeu proposait des personnages féminins
refrappés à la chirurgie esthétique et combattant
en petite tenue : "DOA, le premier jeu de baston bonnet D" (inutile
de vous décrire comment la chose rendait sur une PS). Profitant
des merveilles que pouvait faire la technologie 128-bits, DOA2 enfonce
le clou, nhésitant à proposer des nanas en bikini
ou encore une catcheuse, sosie de feu-Lolo Ferrari. On peut comprendre
(vous verrez les screens) que cela puisse en émoustiller certains,
mais ceux qui ne sont pas dans le trip trouveront ça au mieux
idiot, au pire carrément rebutant. Si les ennuis sarrêtaient
là, il ny aurait guère que les féministes
endurcies pour critiquer le jeu (bien que les femmes soient les personnages
les plus puissants du jeu), mais le mauvais goût a malheureusement
été poussé plus loin : à cette orientation
que nous qualifierons dartistique sajoute le design du
jeu tellement raté que cest comme quand on essaie de
raconter sa vie à quelquun quon na pas vu
depuis 5 ans : on ne sait pas par où commencer. Je me
lance les deux pieds en avant sur un point capital : il y a dû
forcément avoir 2 personnes pour choisir la palette de couleur
du jeu et lhabillage des personnages.
Pour sen rendre compte une observation simple : dun côté
on a des personnages aux vêtements assez conventionnels, de lautre,
lorsque lon choisit certaines des (nombreuses) tenues alternatives, la petite
bande se transforme en team de teufeurs en pyjama flashy.


Vous
pourrez constater sur les screenshots la différence entre un Jann-Lee vêtu
sobrement, et ce même personnage façon années 80 : faux
habits de motard dans des tons de noir, blanc, rose et bandana dans les cheveux.
Dans le même registre, la sympathique Lei Fang porte une tenue de soirée
rouge ou blanche (très fendue au niveau des cuisses pour des raisons évidentes
de gameplay), mais peut aussi opter pour un ensemble vert fluo. La palme de lhorreur
revient, et cest logique, au boss final : un démon obèse
avec un masque de clown tout en marron. Il apparaît clairement dès
les premières parties que jouer à ce jeu au moment de la digestion
revient à tester un simulateur de mal de mer créé par un
daltonien. Si cela ne suffisait pas, en plus dêtre très mochement
habillés les persos sont très peu originaux. En gros, vous avez
le Bruce Lee de service, les divers fantasmes masculins, les loubards habituels
(un gros catcheur tellement laid que ça en devient insoutenable), et le
sempiternel petit vieux. Le clou du spectacle, cest le Ninja : faites
un tour sur un site du genre "nanarland" à la section film de
Ninja pour savoir où les développeurs ont pris leurs idées.


Le fan hardcore pourra même passer des heures à tenter de sexpliquer
lorigine des milles petits détails graphiques qui font que DOA 2
marque : pourquoi Jan Lee a-t-il un teint rouge de poivrot ? La laideur de
Bass a-t-elle été pensée pour inciter le joueur à
être sadique avec lui ? Le déhanché du boxer thaï
(dans son habit style hip hop grenouille-canard honteusement inspiré de
Fatal Fury) a-t-il été prévu pour
développer un jeu de danse par la suite ? Sans vouloir métendre
sur le sujet polémique du style "les persos de jeux de baston sont tous
censés être des clichés", il faut bien avouer que le plagiat
a été poussé très loin dans DOA 2. Je vous répertorie
seulement les exemples frappants : le grand black qui fait de la boxe thaï
ressemble affreusement (dans les deux sens du terme) à un perso de Tekken.
Lei Fang, Anna Williams et un perso de Virtua Fighter (dont je ne me rappelle
plus le nom) présentent des ressemblances troublantes... De même
Gen Fu rappelle cruellement un Gen de Street Fighter Zero mixé avec Shun
Di (Virtua Fighter, toujours). Je passe aussi très vite sur les décors,
sympathiques mais cruellement quelconques pour la plupart
Il
fallait nécessairement un gameplay en béton armé pour que
ce jeu ne devienne pas la nouvelle recrue du clan des "ça aurait pu être
très bien, mais non".
Des innovations décisives
Quand on nest pas habitué au système Virtua Fighter 2 (3 boutons
seulement), les premières parties se révèlent très
déstabilisantes. Il nest même pas possible de bourriner à
tout va comme un bon débutant, parce quun des boutons sert pour la
garde et le marteler aura, comme dans Soul Calibur, un effet pour le moins frustrant.
A ce stade, on décide presque définitivement du sort de ce jeu dans
sa ludothèque : soit on ladore, et on sapprête à
passer de longues heures dessus, soit on le déteste et, les graphismes
naidant pas, on se jure que plus jamais on ne mettra ça dans sa console.
Je dois avouer que jai demblée pris la deuxième option,
et jai attendu plus dun an avant de daigner ressortir le jeu par hasard.
Jouer à DOA 2, lorsquon a connu Street Fighter,
King Of Fighters et peut-être même Tekken et Soul Calibur, cest
adhérer à une philosophie complètement différente
et surtout très séduisante.


Premier détail qui frappe (jeu de mots ;) : la simplicité
de la prise en main. On peut dire en effet quavec 3 boutons,
dont seulement 2 pour porter des coups, on pouvait se rassurer de
ce côté-là, mais la Ninja Team a poussé
les choses bien plus loin : non content de ne pas réclamer
une habileté de pianiste pour sortir un coup, DOA 2 est très
instinctif. Trouver et exécuter des combos est réellement
à la portée de tous. Le jeu est assez indulgent sur
le timing mais redoutable au niveau de la précision :
pas question (comme dans tous les autres jeux 3D) dappuyer 3
fois sur le bouton pour sortir un coup. Labsence presque totale
de coups à quart de tour et la grande "connectabilité"
feront dès lors se prendre nimporte qui pour un pro de
la manette. Les décors, quant à eux, ont une importance
inédite. Les environnements s'étalent sur plusieurs
niveaux (toit dun immeuble => rez de chaussée), et
on passe de lun à lautre en éjectant son
vis-à-vis (ce qui lui enlève de lénergie).
On peut en outre lenvoyer contre un mur au moyen de presque
nimporte quel coup. De nouvelles possibilités de combos
soffrent au joueur à ce moment-là, ce qui rehausse
un peu plus l'importance de ces interactions avec le décor.
Bon cest vrai que sur ce plan-là, ça nest
pas très original, puisque dès Mortal Kombat 3 les stages
étaient composés de plusieurs niveaux, et Fighting Vipers
fondait son jeu sur le matraquage de ladversaire contre le mur
Mais quand même, rendons à la Ninja Team le mérite
davoir réussi à implémenter ceci dans son
jeu sans nuire à sa cohérence, là où dautres
se contenteraient de mettre des Ring out à tout va.


Mais
là où DOA se démarque vraiment de Tekken 3, le
jeu de baston qui a réussi à sattirer les faveurs
dun public peu habitué à la baston mais que la
simplicité a conquis, cest en ce qui cincerne les contres.
En effet, s'il est très simple de faire des combos, il est
aussi très facile de les bloquer et de les contrer. Le troisième
bouton sert à parer les coups et, lorsquil est ajouté
à une direction, vous permet de les contrer. La direction à
appuyer dépend du type de coup : diagonale haut-arrière
pour les coups "high", arrière pour les "middle",
bas pour les "low". En gros, lorsque ladversaire voudra
vous mettre un bourre-pif classique (poing mid), hop, un ptit arrière
+ block au bon moment (durant lanimation de son coup) vous permettra
de vous saisir de son bras, puis de lui asséner un coup violent.
Le laps de temps dont vous disposez pour bloquer un coup est relativement
important, et de manière générale un petit entraînement
suffit à comprendre le fonctionnement des contres. Dès
lors, le jeu va reposer, si vous défendez, sur l'anticipation
d'un maximum de coups de votre adversaire et la connaissance de ses
combos pour savoir à quelle hauteur chaque coup frappera. De
plus, vous pouvez choisir de contrer soit au début dun
combo, soit pendant certaines phases de celui-ci. Vous pouvez donc
laisser l'adversaire enchaîner 2 coups, histoire qu'il pense
que vous ne le contrerez pas, se relâche (vous lançant
de ce fait un coup mid assez lent) puis le contrer sans pitié.


La maîtrise de cette technique est fondamentale dans DOA 2, ce qui en fait
un jeu où lon prend plaisir à revenir avec le même adversaire
humain, puisque lon essaye systématiquement dinnover, de trouver
de nouveaux timings, de créer des séquences dures à contrer
(haut-bas-haut-haut
)
Mais DOA est aussi un jeu assez déséquilibré,
car ces contres sont surpuissants, tout comme les projections, et ils peuvent
renverser un combat à tout moment.
mais controversées


A
ce sujet, un rédacteur du magazine Game Fan a déploré quen
fin de compte le jeu se résume à du pierre-papier-ciseaux, étant
donné que le système était bien plus complexe en arcade (il
fallait faire avant + block pour les pied, des demi-tours pour les autres-coups...).
Ca nest pas faux, mais le jugement que lon porte dépend de
ce quon attend. Si on espère un jeu très exigeant, à
la manière des productions de SNK ou de Virtua Fighter, alors on peut souscrire
à ce point de vue. Mais si lon veut varier les plaisirs à
moindre investissement, dans ce cas on pourra dire que laccessibilité
de DOA 2 est pour beaucoup dans lintérêt du jeu.
Le Tag Battle
Déjà vu dans Kizuna Encounter sur Neo Geo, le tag battle est un
apport à la fois stratégique et ludique. Cela consiste, vous devez
certainement le savoir, à sélectionner une équipe de 2 personnages,
puis à pouvoir les intervertir à loisir en cours de combat. Apport
stratégique, car cela permet de varier son jeu pour surprendre ladversaire.
Dans Tekken Tag, le personnage qui ne joue pas récupère même
un peu dénergie en soufflant. Apport ludique également, car
de nouvelles combinaisons apparaissent avec les tags. La plus classique dentre
elles est le combo que lon réalise à 2 : A amorce le
combo, B vient le continuer, A revient mettre sa touche, B conclut, avec au final
une barre denergie sévèrement atteinte pour le pauvre bougre
den face. On peut aussi citer les attaques en duo, très puissantes.
A lépoque de la sortie de la PS2 on a observé
que DOA 2 était plus efficace sur ce point-là que Tekken
Tag Tournament, ce dernier ne proposant pas des passages dun
perso à lautre suffisamment rapides pour élargir
la palette de combos et de stratégies. Il est à noter
que si ce mode est attrayant, il est aussi complexe à utiliser,
et se révèle être une arme à double tranchant :
changer de personnage au mauvais moment aboutit souvent à servir
de sac de frappe pour ladversaire.
Conclusion


DOA 2, même sil est repoussant de prime abord, reste donc quand même
un jeu de baston intéressant. Sa trop grande facilité contre le
CPU le réserve néanmoins à ceux qui ont un camarade de niveau
équivalent, auquel cas sa découverte procure les mêmes sensations
que les premières parties de SF2 : une expérience totalement
nouvelle et diablement accrocheuse.
Thomas V.