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Vampire : The Masquerade - Redemption
Année : 2000
Système : Mac, PC
Développeur : Nihilistic Software
Éditeur : Activision
Genre : RPG
Par Wild_Cat (29 juin 2003)

(Note : A l'heure où j'écris cet article, mon PC tourne sous Windows 2000 et l'installeur du jeu plante systématiquement. Cet article est donc écrit presque exclusivement à partir de mes souvenirs, hélas pas tous récents. Si vous voyez des erreurs, n'hésitez surtout pas à me les signaler.)

Ah... Caïn. Grâce à ce sympathique personnage auquel il prit un jour l'envie de tuer son frère Abel, les rues ne sont plus sûres la nuit. Condamné à (non-) vivre pour l'éternité dans le tourment, loin de la lumière du Soleil, se nourrissant du sang des humains et forcé de se battre contre cette Bête qui le dévore de l'intérieur : un combat perdu d'avance contre la perte de son humanité dont il est hélas pleinement conscient... Et en plus, il est contagieux.
Oubliez ce que vous avez pu voir à la télé. L'ail ne marche pas. Les symboles religieux non plus, à part si leur utilisateur a vraiment foi en eux. Oubliez Buffy. Les vampires sont parmi nous, oui, mais ce ne sont pas les monstres sans cervelle que vous croyiez connaître. Détrompez-vous. Ils sont partout, dans tous les rouages de notre société. Il pourrait s'en trouver un juste à côté de vous, prêt à vous vider de votre sang et vous n'y verriez que du feu. Ou peut-être au contraire l'avez-vous vu, et êtes-vous depuis incapable de quitter des yeux ce visage et ce regard à la beauté ensorcelante...
Des siècles d'expérience leur ont donné l'occasion de réaliser une chose essentielle, ainsi que les moyens de l'appliquer : leur survie dépend de leur non-existence aux yeux du monde, de leur statut de légende. Après tout, qui irait chasser des créatures mythiques ? Allons, soyons sérieux, si les vampires existaient, ça se saurait !
Bienvenue dans le sous-monde réel, dirigé par la main invisible des Caïnites. Ils sont là et ils n'ont pas l'intention de disparaître de sitôt. Dans les luttes de pouvoir entre les treize clans vampiriques, vous, pauvre mortel, n'êtes rien d'autre qu'un simple pion. Tout se passe sous votre nez, et pourtant rien n'y paraît.
Bienvenue dans la Mascarade.

Le Loup Blanc et ses amis

White Wolf Game Studio (http://www.white-wolf.com) est un développeur de jeux de rôles papier. Leur série phare, le Monde des Ténèbres, composée de 7 jeux, se déroule dans notre monde, soit à notre époque, soit au moyen-âge (les versions "Dark Ages"). Le jeu qui nous intéresse aujourd'hui est le plus célèbre de la série, j'ai nommé Vampire : La Mascarade. Il s'agit du deuxième JdR le plus pratiqué au monde, derrière l'indéboulonnable Dungeons & Dragons. Et les (anti-) héros en sont, je vous le donne en mille, des vampires.
Je tiens d'ailleurs à souligner que Vampire est le livre de JdR le plus beau et le mieux écrit qu'il m'ait été donné de voir. Les illustrations en noir et blanc sont absolument magnifiques et il suffit de lire le prologue (les 10 premières pages) pour être définitivement pris dans l'ambiance et se sentir obligé de terminer le bouquin. Pour vous dire, j'ai réussi à le faire lire à ma mère !
Fermons cette petite parenthèse publicitaire. Comme je l'expliquais plus haut, la vision à avoir des vampires ici peut se résumer en une phrase : "tout sauf Buffy". Les vampires ne sont pas des méchants débiles et jetables dont le seul objectif semble être de détruire le monde. Non.
Imaginez-vous simplement tel que vous êtes. Maintenant, imaginez qu'on vous annonce que vous êtes cliniquement mort, stérile, que la lumière du Soleil vous est à jamais interdite et que pour survivre vous allez devoir boire du sang humain, mais qu'en contrepartie vous êtes désormais pratiquement immortel. Révéler votre vraie nature vous conduirait à une mort certaine (car s'il y a une chose que les humains détestent, ce sont les espèces situées plus haut qu'eux dans la chaîne alimentaire). Vous êtes condamné à voir vieillir puis mourir tous ceux que vous aimez (Who Wants To Live Forever ?), tout en gardant à l'esprit qu'avec vos pouvoirs, vous pourriez tous les tuer et boire leur sang. Là où ça devient dérangeant, c'est que vous n'arrivez pas à dire si ça vous déplairait... Vous avez lu Anne Rice (Entretien avec un Vampire et ses suites) ? Voilà l'idée.

Les 13 clans : l'ordre et les Disciplines

Mais tout serait trop simple si le monde se divisait seulement en humains et vampires. Je vous ferai grâce des autres créatures surnaturelles qui peuplent le Monde des Ténèbres (loups-garous et dérivés, mages, spectres...), mais pour comprendre ce qui suit vous avez besoin de connaître au moins trois catégories :

  • Les humains. Pas besoin de s'étendre là-dessus, sachez cependant qu'un humain contient la boisson préférée des infants de Caïn en d'assez bonnes quantités, et qu'être mordu par un vampire ne suffit pas à vous en faire devenir un (voir plus bas).
  • Les vampires. Le procédé (appelé Etreinte) consistant à transformer un humain en vampire est assez simple : tout d'abord, vider l'humain de son sang (entièrement), puis lui faire boire un peu de sang vampirique. Si tout se passe bien, c'est dans la poche, mais aviez-vous vraiment envie de faire ça ?
  • Les goules. Ce sont des humains qui ont bu du sang vampirique, ce qui leur confère quelques avantages et quelques inconvénients inhérents aux deux espèces. Une goule est vivante (au sens clinique du terme), insensible à la lumière du Soleil, dispose de certains des pouvoirs de son maître vampire et vivra tant que celui-ci lui donnera du sang.

Les vampires sont eux-mêmes divisés en 13 clans, chaque clan ayant ses propres forces, faiblesses et pouvoirs (on appelle ces pouvoirs Disciplines - dites-vous que c'est de la magie mais que ça consomme du sang, pas de la mana). Je ne les listerai pas ici de peur de vous endormir (j'ai déjà écrit une belle tartine et je n'ai pas encore parlé de jeu vidéo), mais sachez que des descriptions assez détaillées sont disponibles quelque part aux alentours de http://www.white-wolf.com/vampire.php .

C'est dans cet univers incroyablement détaillé que Nihilistic Software, une équipe constituée de petits gars pas manchots (et qui travaille actuellement sur leur deuxième jeu, Starcraft : Ghost), décida de créer leur premier jeu vidéo, Vampire : La Mascarade -- Rédemption, sorti en Mai 2000.

Prague, 1141

Christof Romuald est un malchanceux de naissance (n.b. : il est Français, mais l'orthographe de son nom a été modifiée parce qu'apparemment, Christophe, aux US ça ne sonne pas comme un prénom d'homme, de vrai). Jugez plutôt : c'est le personnage principal d'un jeu vidéo, et pourtant il a hérité du seul doubleur d'occasion de la VF. Mais c'est un homme fort, doué de sa lame. Alors il décide de partir pour les croisades, espérant que le Seigneur lui accordera une voix moins ridicule s'il extermine suffisamment d'infidèles. Enfin, c'est la raison officielle : en pratique, la partie du deal consistant à exterminer les infidèles l'intéresse pas mal, aussi.
Et là, le sort s'acharne sur lui : alors qu'il campe avec sa compagnie pas loin de Prague, ils se font attaquer par des... enfin, par des attaquants, quoi (peut-être des adeptes de l'Eglise de Miguel Réparation de Machines à Café et VF de Jeux Vidéo ?). Christof lutte vaillamment, et alors que l'ennemi est presque en déroute, notre croisé reçoit une flèche dans le dos et sombre dans l'inconscience. Pas son jour, aujourd'hui.
Sa compagnie repart, après l'avoir déposé dans une église de la ville où il est soigné par Soeur Anezca. Et comme c'est pas sa vie, aujourd'hui, il en tombe amoureux. Ce qui est d'autant plus embarrassant que c'est réciproque.

Du coup, pour se changer les idées, il décide d'aller casser toutes leurs dents aux monstres qui terrorisent la ville depuis la mine qui leur sert de repaire. Les monstres en question sont des Szlachtas, des animaux-goules, euh, modifiés par le clan Tzimisce (ils maîtrisent en effet une Discipline appelée Vicissitude, qui permet de faire un peu comme de la pâte à modeler, mais avec des êtres vivants -- une sorte de version gore de The Mask). Christof les éclate et se retrouve face à leur chef, une Tzimisce. Quelques fioles d'eau bénite dans la tronche plus tard, elle finit par rendre l'âme.

Chris rentre donc à la ville, content d'avoir fait sa BA et se disant que ça y est, le vent tourne enfin, la chance lui revient. Perdu. Tout ce qu'il a réussi à faire, c'est attirer l'attention des vampires du coin, qui voient en lui de deux choses l'une : un type qui se la pète un peu trop et qu'il va falloir refroidir (non mais sans blague), ou bien une recrue potentielle. Vu qu'à ce stade-là on en est à moins de trois heures de jeu, on se doute un peu que ce n'est pas la première solution qui va être retenue. Christof reçoit donc l'Etreinte de Caterina la Sage, ancienne du clan Brujah... Et c'est à ce moment-là que les choses se compliquent. Pris dès le début dans un conflit entre clans vampiriques, Christof va devoir apprendre très vite les subtilités du métier s'il veut survivre plus de quelques nuits dans ce monde hostile...

Christof acceptera-t-il sa nouvelle nature ? Conservera-t-il son humanité ou bien sombrera-t-il dans la folie en se laissant contrôler par la Bête ? Finira-t-il par obtenir un vrai doubleur ? Qu'adviendra-t-il de son amour interdit pour Soeur Anezca ? Vous le saurez en jouant vous-même à Vampire : La Mascarade -- Rédemption. Non mais oh, pour une fois qu'un Diablo-like a un bon scénario, je vais pas aller vous le spoiler, non plus !

Sachez juste qu'après Prague, Christof ira à Vienne, et que là-bas, la déveine s'acharnant sur lui, il se mangera une église (oui, le bâtiment) sur le coin de la gueule, ce qui le fera tomber en torpeur (une sorte de coma vampirique -- ce dont Lestat émerge au début de Lestat le Vampire, pour ceux qui ont lu Anne Rice) pendant un bon bout de temps. Comprenez par là que lorsqu'il se réveille, il est à Londres en 1999. Et de là, un petit tour à New York s'impose pour terminer le jeu. Oui, vous allez voir du pays.

La nuit, tous les chats se mangent du dynamic lighting dans la gueule

La première chose qui frappe en jouant à Vampire, c'est qu'il est beau. Les modèles comme les décors sont bourrés de détails, et tout ça est servi par un moteur 3D au top. Les éclairages dynamiques foisonnent, et comme les 9/10 du jeu se passent de nuit et que l'utilisation de Disciplines produit un nombre étrangement élevé de sources de lumière (c'est même valable pour l'équivalent local des sorts d'invisibilité), vous allez avoir l'occasion de les admirer. Bah, ça vous fera une raison de plus de tuer des gens à coups de fireballs. L'ensemble a donc très bien vieilli, à quelques petits détails près (les personnages n'ont qu'une seule main avec des doigts, l'autre reste bloquée en un poing bizarrement texturé -- mais avec une arme en main, on ne fait plus trop gaffe). Mention spéciale pour les ombres, dynamiques elles aussi, et qui n'ont pas grand chose à envier à bien des productions sorties plusieurs années après.

Le tout est accompagné par une excellente bande-son, dont le style varie du classique planant à l'industriel au tempo lourd, en passant par de l'ambient, du classique stressant et même du hip-hop. La musique composée par Kevin Manthei, Chris Collins, Greg Forsberg et Rob Ross colle parfaitement à l'ambiance du Monde des Ténèbres, au Moyen-Age comme de nos jours, et donne envie de jouer seul dans le noir avec un casque et le son à fond.

Unis pour le meilleur et pour le vampire

Attardons-nous maintenant un peu sur le gameplay. Vampire se joue comme un Diablo : clic gauche pour les déplacements et les attaques, clic droit pour les Disciplines. Le troisième bouton de la souris vous permet de déclencher un coup plus puissant mais plus lent (et pour les pauvres, on peut aussi le faire avec un ctrl-clic). La caméra est en orbite autour de votre personnage et se déplace à la souris ou avec le pavé numérique. Une carte est disponible, mais comme elle n'indique pas votre position, elle est complètement inutile (les premières heures à Prague sont d'ailleurs galère à cause de ça -- la ville est un véritable labyrinthe).
Il est possible de paramétrer (par simple drag & drop) des raccourcis pour 6 Disciplines (bien pratiques quand on a besoin de se soigner en plein combat), et un inventaire rapide vous permet d'accéder à 5 objets en un clic. Chaque quête accomplie (et dans une moindre mesure chaque bad guy descendu) vous rapporte des points d'expérience, que vous pouvez ensuite utiliser (quand vous voulez, il n'y a pas de niveaux -- il suffit d'aller vous reposer) pour améliorer les différentes caractéristiques et Disciplines de vos personnages, avec un système vaguement inspiré du jeu de rôles.
Je vois une lueur de surprise dans vos yeux. Vos personnages ? Oui, c'est la première originalité du jeu par rapport à un Diablo-like conventionnel : vous ne dirigez pas un, pas deux, pas trois mais bien quatre personnages ayant chacun leur utilité. Allez, trombinoscope, en commençant par vos associés des Dark Ages. Et puis vous, pendant qu'on y est.

  • Christof, le héros du jeu est (voyons si vous avez bien suivi) un Brujah. C'est un clan de philosophes un peu anarchistes sur les bords et moyennement bourrins. Chris est donc un personnage équilibré, sans avantages ni défauts particuliers, et qui maîtrise en plus du minimum vital commun à tout vampire (se nourrir et guérir) les Disciplines de Puissance (augmentation des dommages au corps à corps), Célérité (augmentation de la vitesse de déplacement et d'attaque) et Présence (différents pouvoirs basés sur le charisme : faire peur aux gens, les captiver, etc.).
  • Wilhelm est un Brujah aussi, chargé d'apprendre à Christof les rudiments du vampirisme. Un peu moins fort mais plus sage car plus expérimenté, il maîtrise les mêmes Disciplines.
  • Serena la Cappadocienne, est la suivante sur la liste. On la récupère un peu avant de partir de Prague. Il suffit de la voir pour comprendre qu'elle est tout sauf orientée combat. Avec son look gothique à souhait façon Morticia Addams mais avec un teint plus pâle, sa silhouette frêle, sa robe longue et son air sérieux, il ne lui manque plus qu'un néon clignotant au-dessus de la tête "Je suis magicienne", mais c'eût été anachronique. Le clan Cappadocien est spécialisé dans arts de la nécromancie, et la Discipline Mortis de Serena vous sera d'une aide précieuse (d'autant et surtout qu'elle inclut le pouvoir permettant de ramener à la non-vie un de vos camarades tombé au combat).
  • Erik. Il manquait à cette fine équipe un gros bourrin sans cervelle, et bien Erik est votre homme. Membre du clan Gangrel (le clan vampirique le plus proche de la nature), il s'exprime par phrases courtes, articule avec difficulté et oublie assez fréquemment de conjuguer ses verbes, mais avec ses cheveux longs et sales, sa barbe façon Robinson Crusoé et sa centaine de kilos de muscles, il n'est pas vraiment là pour taper la discute. Enfin, taper, si. Juste pas la discute. Il maîtrise les disciplines d'Endurance (augmentation de la résistance aux dégâts), Animalisme (contrôle des animaux) et Protéisme (transformation de tout ou partie du corps en animaux ou équivalents -- grosses griffes, vision nocturne, fusion avec la terre...).

Le plus gros problème quand on pionce pendant 858 ans et qu'on en profite pour bouger de quelques milliers de kilomètres, c'est que vos amis restent rarement avec vous dans ces moments-là. Quand vous vous réveillez, vous êtes seul, en haillons, avec pour seule alliée votre fidèle épée. Nouvelle époque, nouveaux amis !

  • Pink est un punk Brujah, qui va apprendre à Christof les rudiments de la (non-)vie au vingtième siècle. Pas grand-chose à dire sur lui, si ce n'est que plus stéréotypé que lui, tu passes dans le Dolby. Et il est plein de blagues à 2 balles, aussi.
  • Lily, que vous récupérerez un peu plus tard, est une Toréador. Un clan d'artistes, adorateurs de tout ce qui est beau -- des intellectuels à tendance snob, et Lily ne fait pas exception. Comme tous ceux de son clan, elle maîtrise les Disciplines de Célérité, Présence et Augure (augmentations sensorielles, perception astrale et apparentés).
  • Samuel sera le dernier membre à joindre votre coterie, et quand on voit sa tête on comprend pourquoi. Samuel fait partie du clan Nosferatu, et la faiblesse de ce clan est que tous ses membres ressemblent plus ou moins au Nosferatu du film du même nom avec Bela Lugosi. Ils sont horriblement repoussants (en termes de jeu, leur attribut Apparence est bloqué à 0), et je pèse mes mots. Mais il ne faut pas juger un livre à sa couverture, et Samuel vous sera très utile avec ses Disciplines d'Animalisme, Puissance et Occultation ("Tu me vois ? Hop ! Tu me vois plus !").

Soif ! Soif ! ((c) The Space Décapsuleurs)

Je viens de passer un bon moment à vous parler de Disciplines. Elles sont très utiles, mais leur utilisation n'est pas gratuite. Vous voilà confronté à la triste vérité de la condition de vampire : chaque Discipline que vous utiliserez, chaque point de vie que vous régénérerez vous coûtera des points de sang. Et pour les faire remonter, il n'y a que 2 solutions. Soit vous avez des fioles de sang dans votre inventaire et vous les utilisez (mais il vaut mieux les conserver pour les combats), soit il va falloir y aller à l'ancienne.
Pour ce faire, il vous suffit de repérer un civil (ça marche aussi sur les ennemis mais c'est plus dur, principalement à cause des autres ennemis qui continuent à vous taper dessus), de vous en approcher, de sélectionner la Discipline "se nourrir" (raccourci clavier : touche F) et de faire le plein. Il faut bien entendu éviter de faire ça en présence de gardes, et surtout (le point le plus important) il faut penser à lacher votre victime avant de l'avoir complètement vidée de son sang.
Car chaque humain que vous tuerez (à part certains cas de légitime défense -- les gardes mentionnés plus haut n'en font pas partie) diminuera votre score en Humanité. Qu'est-ce que l'Humanité, me direz-vous ? C'est une mesure de ce qui vous sépare d'un simple animal. Plus elle est haute, plus vous êtes proche de l'humain. Plus elle est basse, et plus vous êtes susceptible de laisser la Bête prendre le contrôle. La mauvaise nouvelle c'est que vous ne pouvez pas l'augmenter avec des points d'expérience.
En pratique cela signifie que si votre Humanité atteint zéro, la partie est terminée. De plus, le jeu possède trois fins différentes, et la possibilité de choisir dépendra de votre score en Humanité. Donc vous devriez essayer de la maintenir élevée... Sauf que certains objets magiques puissants et certains pouvoirs ne peuvent pas être utilisés si votre Humanité est au-dessus d'un certain seuil. Cruel dilemme, hein ?

Papa, papa, quand est-ce qu'on va tuer des gens ?

Parlons maintenant un peu de vos ennemis. Le bestiaire est assez varié mais pas transcendant. Ne vous attendez pas à du Diablo, que ce soit au niveau de la qualité ou de la quantité (tout ce petit monde est en 3D, ce qui limite le nombre maximum d'objets à l'écran). On fritte des goules, des animaux, des créatures étranges victimes d'expériences qu'il ne vaudrait mieux pas essayer d'imaginer, des vampires, quelques humains, et même un loup-garou et quelques spectres. Le tout se bat (et se combat) avec une variété honorable d'armes, même si c'est toujours loin d'égaler un Diablo. De l'épée à la lance en passant par la hache, diverses armes à feu (dont un minigun), un lance-grenades, deux modèles de lance-flammes et même une tronçonneuse, il y a de quoi faire. Certaines armes blanches sont magiques, et pas des plus dégueulasses : on trouve dans le tas l'épée Ainkurn, qui est d'après la légende la lame soeur de celle de Dracula. Come get some.
Les donjons ne sont pas générés aléatoirement, ce qui nuit à la replay value du jeu, mais en contrepartie le level design est exemplaire. L'architecture des niveaux est excellente, et l'ambiance graphique est un plaisir pour les yeux. Quant aux ennemis, leur placement est suffisamment bien étudié pour que le jeu soit fun et pas trop facile sans être frustrant. Comptez une quinzaine d'heures pour le finir sans vous presser.
Par contre (et on aborde là le gros défaut du jeu) l'intelligence artificielle qui les anime est... Comment dire ? Au-dessus de celle de Diablo, mais... Risible. On a l'impression que les ennemis ont acheté un cerveau (tous le même) en time-share avec une huître. Je veux bien terminer Conquest Earth si les routines d'IA occupent plus de 5% du temps machine utilisé par le jeu (NdL : Je crois que Wild_Cat a été un peu déçu par Conquest Earth, mais je peux me tromper).
Ce ne serait pas trop grave en temps normal, mais (vous l'avez sans doute deviné) le reste de votre équipe (ça s'appelle une Coterie en langage V :tM) est aussi géré par ces fameuses routines. Ils sont un peu moins crétins mais... C'est toujours pas ça. Bon, ils sont suffisamment efficaces en combat pour éviter d'être des ultra-boulets façon Baldur's Gate, mais pensez à garder un oeil sur eux. On peut d'ailleurs modifier leur comportement selon 3 attitudes : aggressive, neutre ou défensive. En pratique ça ne sert à rien. Plus utile par contre est le petit point vert à gauche de la barre de vie : cliquer dessus dit au personnage d'arrêter de suivre celui que vous contrôlez. C'est très utile dans quelques passages du jeu (notamment un où vous devez vous déplacer avec précision en évitant la lumière du jour) et quand on veut se la jouer stratégique. Parce que l'IA, au niveau stratégie, est presque aussi forte que celle des zombies de Bio Hazard.

Tournée générale

Je n'ai jamais testé le mode multijoueur de Vampire (l'avis de quelqu'un qui l'a fait serait le bienvenu). Voici cependant ce qui se dit en général dessus : Neverwinter Nights n'a rien inventé. L'idée du mode multijoueur avec un Maître du Jeu dans un CRPG vient à l'origine de Vampire. Ca fonctionne comme un jeu de rôles classique : jusqu'à quatre joueurs viennent vivre l'aventure que leur a préparé le MJ; MJ qui pendant ce temps contrôle tout l'environnement. Il peut à tout moment prendre le contrôle de n'importe quel personnage, faire dire n'importe quoi à n'importe qui, faire apparaître des objets... Bref, il est juste au-dessus de Dieu, si Dieu il y a dans sa campagne.
Le jeu utilise pour l'écriture des aventures un moteur de script dont le langage de programmation est presque identique à Java, et un SDK est téléchargeable gratuitement pour customiser le jeu.
Le problème, c'est que tout le monde n'est pas prêt à apprendre un langage de programmation complet (aussi puissant et facile à apprendre soit-il) juste pour pouvoir jouer à un malheureux jeu PC. Du coup, Vampire en multijoueur n'a jamais été vraiment populaire.

Mon avis sur tout cela est le même que sur Neverwinter Nights (les forumers qui me l'ont déjà entendu donner un bon millier de fois peuvent sauter directement au paragraphe suivant). Un jeu de rôles en multijoueur avec un MJ, ça n'a rien de révolutionnaire. Pour un investissement total de moins de 50 euros (hardware compris), vous pouvez vous acheter tout ce qu'il faut pour jouer à un vrai JdR papier Vampire : La Mascarade. Le résultat sera identique voire meilleur, ne plantera pas, ne posera aucun problème de configuration de ce p*** de réseau qui pourtant marchait la dernière fois, peut durer des années et vous faire vivre des aventures inoubliables (surtout Vampire, qui est à mon avis l'un des meilleurs JdR qui existent). En bonus, vous aurez également à lire un livre de plus de 300 pages incroyablement bien écrit, illustré et immersif.

A noter l'existence de deux gros mods pour le jeu : World of Darkness et Noir.

En conclusion...

...Vampire : La Mascarade - Rédemption est un excellent jeu, doté d'un gameplay agréable, d'un scénario au-dessus de la moyenne et surtout d'une ambiance géniale, malgré une IA naze et un mode multijoueur anecdotique. Remarquablement optimisé, il tournait très correctement sur des bécanes de milieu de gamme à l'époque de sa sortie, donc si vous l'essayez maintenant vous pourrez pousser toutes les options graphiques à fond et avoir un jeu impeccablement fluide. Bien noté par les magazines, Vampire avait également reçu un bon accueil de la part du public et ne devrait pas être très difficile à se procurer.

J'espère donc avoir réussi à vous donner envie de l'essayer, en attendant la sortie de Vampire : The Masquerade - Bloodlines, le deuxième jeu à utiliser la license Vampire, actuellement (juin 2003) en développement chez Troïka Games (Arcanum; les fondateurs de la boîte ont également créé Fallout). Il s'annonce comme un Deus Ex-like vampirique, et utilisera le moteur Source de Valve (oui, celui-là même qu'on va trouver dans Half-Life 2).

Wild_Cat
(29 juin 2003)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
- N'oubliez pas de patcher le jeu en version 1.1 si vous voulez y jouer correctement. Sans ce patch, on ne peut en effet sauvegarder qu'à certains endroits.
- J'ai enfin trouvé comment installer le jeu sous Windows 2000 ! C'est un peu de la bricole, mais c'est assez simple à faire. Il suffit de suivre les instructions à l'adresse suivante : https://activision.custhelp.com/cgi-bin/activision.cfg/php/enduser/std_adp.php?p_admin=1&p_faqid=6158. N'oubliez pas d'éditer le fichier .reg (avec Notepad) pour que les chemins d'accès correspondent à celui où vous avez installé le jeu.

Quelques liens :
http://www.nihilistic.com
http://www.activision.com/games/vampire/
http://www.planetvampire.com
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