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Legacy of Kain : Soul Reaver
Année : 1999
Système : PC, Playstation
Développeur : Crystal Dynamics
Éditeur : Eidos Interactive
Genre : Plate-forme / Action
Par Nephandi (25 août 2008)

Épique... Voilà un mot qui définit à lui tout seul la série des Legacy of Kain. Soul Reaver, le deuxième opus de la série, est probablement le plus connu et le plus apprécié. Toutefois, avant d'en parler, il est nécessaire de faire un petit voyage temporel (une action classique dans la série) en s'arrêtant sur Blood Omen, le prologue de la saga qui lança le destin tragique du vampire Kain.

Présage de sang

« Il existe une opération magique d'une importance maximum : l'initiation d'un nouvel Éon. Lorsqu'il devient nécessaire, en un mot la planète tout entière doit baigner dans le sang... »

Les boites originales de la version Playstation et PC de Legacy of Kain: Blood Omen.

La série Legacy Of Kain a été initiée en 1996 par la société canadienne Silicon Knights sous contrat avec Crystal Dynamics, à l'époque surtout connu pour la série des jeux de plate-forme Gex. Le jeu s'orientait alors vers un resucée classique de jeu d'action-aventure à la Zelda en deux dimensions. Pourtant, déjà à l'époque, plusieurs points rendaient ce premier épisode exceptionnel, en particulier un scénario dantesque et un univers noir et original.

Toute une mythologie s'est développée autour de l'élément central de la saga : les piliers de Nosgoth. Incarnation de l'état physique et psychique de Nosgoth, la corruption de ces derniers constitue le début de l'odyssée sanglante de Kain. Chaque pilier choisit dès sa naissance un humain qui devient dès lors son gardien. Ce dernier se voit imprégné de pouvoirs magiques liés au pilier. Il existe neuf piliers représentant chacun un élément majeur : l'esprit, la nature, l'énergie, la dimension, le temps, les états, la mort, le conflit et le plus important, l'équilibre. L'introduction du jeu montre d'ailleurs l'assassinat d'Ariel, gardienne de l'équilibre, sans en dévoiler le meurtrier. Les piliers se fissurent et prennent alors une apparence grisâtre : le lent déclin de Nosgoth commence. Quelques années plus tard, un jeune noble nommé Kain est assassiné par des brigands à la sortie d'une auberge, au cœur de la nuit. Quelque part entre le ciel et l'enfer, il se voit proposer par Mortanius le nécromancien, gardien du pilier de la mort, de revenir se venger de ses assassins sous forme de... vampire. Et ainsi, « l'héritage » de Kain peut commencer à marquer Nosgoth.

« Ah, vae victis. Souffrances à ceux qui ont été conquis. Par ironie du sort j'étais celui qui souffrait. Rien de concret, pas de douleurs physiques non, plutôt la morsure cruelle de la colère impuissante : la soif de vengeance. Peu m'importait que je fusse au ciel ou en enfer, tout ce que je voulais, c'était tuer mes assassins... (Mortanius enlève l'épée plantée dans le dos de Kain) Ahh... Parfois nos prières sont entendues. Mortanius, le Nécromancien, m'a offert l'occasion de me venger... Et, comme un imbécile, j'ai sauté sur elle, sans réfléchir aux conséquences. Rien n'est donné... pas même la vengeance... »

Mortanius le nécromancien, guide de la vengeance de Kain.
Artwork de la scène présentant le tourment de Kain avant sa renaissance.

L'ambiance qui se dégage du jeu doit beaucoup à sa conception sonore. En effet, la musique composée par le sound designer principal de Silicon Knights, Steve Henifin, souligne réellement l'aspect gothique du monde dans lequel on évolue. D'ailleurs tous les lieux et personnages rencontrés possèdent des noms à consonance germanique : Willendorf, Ottmar, etc.

D'autre part, le casting original sélectionné est tout bonnement excellent et s'articule autour de trois doubleurs professionnels :
- Simon Templeman, essentiellement acteur de théâtre, prête sa voix à Kain. Le personnage est très vite classifié : revanchard, vicieux et extrêmement cynique. Certains des sons émis par Kain sont d'ailleurs devenus des classiques comme son « Vae Victis » ou son rire diabolique.
- Richard Doyle, doubleur de dessins animés et acteur de série TV. Il incarne Moëbius, le gardien du temps. Fourbe et manipulateur, le personnage est éclipsé très vite de Blood Omen pour revenir dans les épisodes suivants.
- Tony Jay, légende vivante du doublage américain. Membre de la Royal Shakespeare Company, sa voix barytone lui offre tous les rôles de méchants : Megabyte dans le dessin animé Reboot ou le transcendant dans Planescape: Torment. Il joue le rôle de Mortanius le nécromancien et guide le joueur à travers Nosgoth en voix-off.

La V.F est très inégale. D'un coté, le doubleur de Kain (que je n'ai pas réussi à identifier) est absolument parfait pour le rôle. Mais certains seconds rôles possèdent des voix abominables, je pense notamment à Nupraptor et sa voix nasillarde à souhait.

Le manoir de Vorador.
Les piliers de Nosogth.

L'humour est très très noir dans la série des Legacy of Kain et Blood Omen préfigure cette tendance. Ainsi, les différents objets utilisables par Kain offrent des effets visuels très gores, et ce dernier prend un malin plaisir à décrire leurs effets lorsqu'ils sont découverts :
- Kain observant l'objet « fond de putrescence » : « Si cet objet vient à atteindre un ennemi, sa chair pourrit immédiatement ne laissant qu'une mare de sang et de tissus. Les toxines demeurent vivantes et donc mortelles au toucher pendant un certain temps. »
- Kain : « La mort et la maladie régnaient dans les rues. Les cadavres gisaient, la plupart à l'endroit même où ils avaient rendu l'âme... Un parfait retour au foyer. »

Blood Omen vous fait vivre la vengeance de Kain qui l'amène à détruire un par un les membres corrompus du cercle, sous l'égide du fantôme d'Ariel. Pour parvenir à ses fins, le nouveau vampire obtiendra la Soul Reaver (« Éclateur d'âmes » en vf, sic), autre élément-clé de la série qui n'est encore qu'une épée très puissante, ayant la particularité de siphonner votre barre de mana. Il rencontre également de bien étranges individus comme Vorador, un vieux vampire décadent, et Moëbius, un oracle qui possède une machine à remonter le temps et s'en servira pour manipuler Kain. Le final du jeu confronte Kain avec le dernier gardien du cercle, Mortanius, qui se révèle comme le meurtrier d'Ariel. Mais le nécromancien est en fait possédé par un démon nommé Hash'ak'gik, véritable instigateur du complot. Pourquoi cherche-t-il à détruire les pilliers ? D'où vient-il ? Autant de questions qui ne trouveront pas de réponses dans ce premier épisode. Kain, victorieux du monstre, réalise qu'il est en fait le nouveau gardien de l'équilibre, remplaçant de feu Ariel. Le jeu se termine donc sur un choix : se sacrifier pour purifier les piliers de toute corruption (après tout être un vampire, ça n'est pas très sain) ou laisser son ego triompher et régner sur un monde condamné à la déchéance.

- Hash'ak'gik : Ha ha ha. Tu te prenais pour un roi, alors que tu n'étais qu'un pion ! Tu m'as bien servi, Kain.
- Kain : Je ne sers personne !
- Hash'ak'gik : Assurément. Quelle vision étriquée ! Tu ne vois donc pas ? L'élimination d'Ariel et ses répercussions bien calculées n'étaient que le premier acte de ma pièce... le grand guignol dont tu es le héros tragique. Continue à jouer petit vampire ! Continue !

Oh mon dieu, qu'il est laid !
« Mieux vaut règner en enfer, que servir au Paradis. » John Milton

Et comme tout travail mérite récompense, Kain choisit purement et simplement de créer son propre empire vampirique, et donc de condamner Nosgoth.

Fin canonique de Blood Omen...

La boite du jeu version Playstation, la version européenne a un effet holographique qui transforme le décor en monde spectral.
Cliquez sur une image pour une version plus grande. Merci au site Mobygames !

Genèse et embrouilles juridiques

Un an après la sortie de Blood Omen, de graves contentions naissent entre le créateur de la série Sillicon Knights et les producteurs Crystal Dynamics. En effet, ces derniers ont commencé à réaliser une suite à Blood Omen sans tenir compte des droits d'auteurs que possédaient le studio vis-à-vis de l'histoire de Kain. Pire, le nouvel épisode en cours semble reprendre énormément d'éléments du projet « Shifter » du développeur canadien dans lequel :
- Le héros se déplaçait entre deux mondes.
- Le héros était assassiné par son maître et ses frères.
- Le héros revenait à la vie pour se venger d'eux.
- On observait une forte connotation biblique avec plein de nom hébraïques.

Bref, la collaboration entre les deux entreprises s'arrête brutalement, et se termine comme toute bonne histoire américaine devant les tribunaux. Toutefois, un accord à l'amiable est finalement trouvé entre les deux parties : Crystal Dynamics garde les droits de Legacy of Kain pour faire une suite, mais Silicon Knights sera toujours crédité comme étant le créateur de la série (un peu comme Joe Shuster et Jerry Siegel apparaissant comme les créateurs de Superman sur tous les produits dérivés). Bref, ces difficultés retardent fortement le projet et obligent les développeurs à laisser de coté beaucoup de fonctionnalités. Mais sous la direction de Amy Henning, principale responsable de la série chez Crystal Dynamics, le jeu prend un nouvel élan, et en 1999 sort dans nos belles contrées françaises Legacy of Kain : Soul Reaver.

Changement de décor radical et occasion solennelle de découvrir l'univers pour les nouveaux venus : près de 1500 ans après les événements de Blood Omen, Kain domine Nosgoth à l'aide d'un empire vampirique. Les humains ne servent plus guère que de garde-manger pour les vampires et les piliers sont complètement détruits. Seule leur base distordue demeure et le cercle des piliers constitue maintenant le sanctuaire des clans vampiriques où Kain a installé son trône.

Raziel : - Kain est un dieu aujourd'hui, une légende. Rares sont ceux qui connaissent la vérité. Il fut mortel, lui aussi, mais sa haine de l'humanité l'a conduit à nous créer, moi et mes semblables. (Le héros se montre.) Je suis Raziel, premier-né des lieutenants de Kain, son serviteur durant mille années. Aux côtés de mes frères, j'ai vu naître son empire. Ensemble nous avons formé les légions qui ont soumis Nosgoth. Nos pouvoirs ont évolué : nous sommes devenus de moins en moins humains, de plus en plus... divins. Les mutations intervenaient d'abord chez Kain, quelques années après nous suivions notre maître sur cette voie. Un jour, j'ai eu l'honneur de précéder mon maître...

Les piliers sont devenus le centre de l'empire de Kain.
Raziel, premier-né des lieutenants de Kain.

Le jeu démarre sur une superbe introduction narrée par Raziel, premier-né des lieutenants de Kain. Les vieux vampires ont la particularité « d'évoluer » et de développer de nouveaux pouvoirs. Ainsi, Kain obtient un nouveau pouvoir et les lieutenants suivent. Mais cette fois, Raziel surpasse son maître en développant... des ailes. Comme punition (enfin en apparence), Kain réduit les ailes de Raziel en lambeaux, et ordonne aux autres maîtres de clans de le jeter dans le Lac des Morts, sorte de bain d'acide éternel.

Pourtant après une agonie sans fin, Raziel se réveille dans un lieu et une époque inconnue, a priori ramené à la vie par une entité nommée l'Elder God. Ce dernier lui apprend que Nosgoth court à sa perte à cause des vampires. En effet, l'Elder God nourrit la Roue du Destin, un cycle karmique de réincarnation qui permet au monde de se régénérer. Mais étant donné que les vampires sont immortels, leurs âmes ne rejoignent pas le cycle et contribuent à le détruire. L'Elder God ne souhaite donc qu'une seule chose de Raziel, qu'il détruise les vampires et Kain afin que la roue tourne. Il offre ainsi une chance de vengeance à l'ancien vampire et le baptise « Soul Reaver », le dévoreur d'âmes. Le joueur incarne donc Raziel, qui n'a plus d'autre raison d'exister que de se venger de Kain puisque même la mort lui est refusée.

Le lac des morts.
Raziel, version être spectral.

Pire, il est devenu une créature du monde spectral et pour retourner dans le monde physique, il doit se nourrir d'âmes errantes. Si le nombre d'âmes absorbées est suffisant, alors Raziel peut retourner, via certains points précis, dans le monde physique. Et ce simple principe constitue le cœur du gameplay. En effet, selon le plan dans lequel Raziel est présent, le décor évolue, certains obstacles disparaissent ou apparaissent, l'eau devient aussi palpable que l'air, etc. Dans le même temps, la « mort » de Raziel n'est jamais définitive. S'il est détruit dans le monde physique, il passe automatiquement dans le monde spectral et sa destruction dans ce dernier le ramène au pied de l'Elder God (le point de départ du jeu). Cet endroit agit comme une sorte de nexus dans le jeu car à chaque fois que vous reprenez la partie, vous vous retrouvez dans cet endroit particulier. En effet, les sauvegardes ne gardent que votre progression dans le jeu, pas votre position. Il faut donc dénicher des salles de téléportation cachées un peu partout dans Nosgoth pour éviter la marche à pied. C'est peut être le plus gros défaut de Soul Reaver, puisque l'aire de jeu est très, très grande, et marcher des heures constitue une véritable gageure au bout de la dixième fois.

Soul Reaver offre une expérience en trois dimensions de toute beauté pour la fin de vie de la Playstation. Les décors sont très variés et offrent des spectacles somptueux, comme le gigantesque Lac des Morts ou le Sanctuaire des Clans. La maniabilité du personnage est sans faille : Raziel peut sauter, planer à l'aide de ses ailes décharnées et utiliser divers objets en guise d'armes de fortune, telles que des torches ou des pals. Quelques petits problèmes de placements de caméra peuvent intervenir, notamment lors des combats qui utilisent un système de lock, mais rien de bien gênant.

Absorber les âmes errantes devient vite une seconde nature.
Raziel peut encore planer avec ses ailes en lambeaux.

Elder God : - Ce monde est ravagé par les cataclysmes, comme si la nature cherchait désespérément à se libérer de l'emprise de Kain. Le destin de ce monde fut déterminé en un instant par un seul homme : refusant de se sacrifier pour l'équilibre du monde, Kain a condamné le monde à cette terrible déchéance... Il a alors commis l'irréparable. Aujourd'hui, il est presque trop tard : Nosgoth chancelle, son fragile équilibre est irrémédiablement menacé.

Une fois revenu dans le monde physique, le petit père Raziel tombe des nues : Nosgoth est en ruine, le soleil est caché par un brouillard permanent (malin les vampires) et d'immondes créatures distordues ont remplacé les vampires. En fait pas exactement : les vampires ont dégénéré au fil des siècles et sont devenus des monstres horribles. Des siècles ? Eh bien oui, l'Elder God a oublié de préciser à son nouveau protégé que sa torpeur avait duré très longtemps. Ô rage, ô désespoir, Raziel découvre que suite à sa transgression, son clan a tout simplement été détruit par l'un de ses frères : Melchiah. Ivre de vengeance, il se met en quête de son petit frère dont les enfants sont devenus des sortes de créatures nécrophages, se terrant sous terre. Après une longue recherche, il trouve Melchiah terré dans les profondeurs de son sanctuaire. Comme tous les vampires de Nosgoth (à l'exception de Kain), ce dernier est devenu un monstre grotesque ayant la possibilité de se dématérialiser afin de passer à travers des grilles. Après des retrouvailles pas vraiment chaleureuses (après tout, Melchiah a jeté son frère dans les abysses), un combat fratricide s'engage. Melchiah finit broyé par une énorme machine et c'est ainsi que Raziel peut absorber son âme.

Dumah a été empalé par des humains, mais son esprit rôde encore.
Melchiah a vu de meilleurs jours.

Melchiah : - Nous avons tous peur. Nosgoth est devenu un monde de frayeur. Je comprends que ces changements te troublent. Mon apparence me dégoûte ! Mais tu pensais vraiment que notre seigneur risquerait son empire pour nous ?

C'est le principe de chaque combat contre les frères de Raziel : chacun d'entre eux permet à Raziel de développer un nouveau pouvoir et donc d'accéder à de nouveaux lieux de Nosgoth. Ainsi, à l'aide du pouvoir de traverser les grilles dans le monde spectral, Raziel accède au Sanctuaire des Clans et rencontre sur son créateur : Kain. Assez étrangement, ce dernier répond aux questions embrasées de Raziel par des réponses énigmatiques et divague assez vite sur son passé. Finalement, après un bref combat qui tourne mal pour notre héros, l'épée de Kain, la « Soul Reaver » vient simplement se briser sur le dos de Raziel. Kain laisse échapper un sourire de satisfaction et disparaît.

Deux exemples des pouvoirs que pourra développer Raziel en cannibalisant ses frères.

Raziel : - Maudit sois-tu, Kain ! Tu n'es pas un dieu ! Ce génocide est impardonnable !
Kain : - Conscience... C'est toi qui me parles de conscience ! Attends d'avoir pesé la gravité de tes choix, avant d'avoir l'audace de porter un jugement sur moi. Ta vie n'est qu'une étincelle comparée à la quantité de regrets et de doutes que j'ai pu accumuler depuis que Mortanius, pour la première fois, me détourna de la lumière... aah. Le destin du monde dépend de la sagesse du moindre de mes gestes. Sais-tu ce que tu ferais, toi, si tu étais à ma place ?

Comme seul réconfort à cette rencontre décevante, la Soul Reaver trône dans le monde spectral et Raziel s'empresse de s'en emparer. Cette dernière devient alors une arme spectrale, retrouvant sa vraie forme selon l'Elder God, et entre en symbiose avec son porteur. Quoique vue la souffrance que semble éprouver son nouveau porteur, elle ressemble plus à un parasite... Dans tous les cas, la Soul Reaver devient la nouvelle arme par défaut de Raziel dans le monde spectral. Dans le monde physique, son usage est plus délicat, il faut en effet que la barre de vie de Raziel soit au maximum pour qu'elle apparaisse. Pour limiter la casse, lorsque cette dernière est active, la barre de vie ne descend pas lentement comme c'est le cas autrement.

Même Kain a eu le droit à un petit lifting.

Étant présent dans le monde spectral près de la base des pilliers, Raziel fait la rencontre du fantôme n°1 de la série Legacy of Kain : Ariel. Cette dernière, contrainte d'errer près des piliers suite au refus du sacrifice de Kain, est devenue à moitié folle. Heureusement, lorsqu'elle apprend la position de Raziel, elle n'hésite pas à lui donner des informations pour retrouver ses frères. Ainsi, elle vous prodiguera des conseils sibyllins tout au long du jeu comme : "Un géant se languit dans une grande cathédrale au nord". Problème, il n'y a pas de boussole dans le jeu ! Et là, on bute sur le plus gros problème de Soul Reaver : un univers immense, mais aucune orientation. Mais bon, à force de persévérance et en identifiant les zones inaccessibles (comme des grilles ou des endroits submergés), on devine quand même la prochaine étape du jeu.

Raziel : - Ne suis-je donc qu'un monstre, un fratricide ?
Elder God : - Tu fais ton devoir, Raziel. L'âme de Melchiah t'a enrichi de nouveaux dons : ces obstacles sont aisément franchissables dans la sphère spectrale. Si tu veux passer, tu le peux...

Les capacités de Raziel se développeront au fur et à mesure de ses crimes fratricides : grimper sur des parois, nager ou utiliser des pouvoirs télékinésiques. Mais si vous avez un peu envie de fouiller les ruines de Nosgoth, vous pouvez acquérir de nouveaux pouvoirs complètement facultatifs mais facilitant beaucoup les combats, à savoir les glyphes. Ces derniers sont cachés à travers le jeu et vous demandent de sérieusement réfléchir face à des énigmes de plus en plus corsées. Les glyphes sont nombreux et variés, du simple glyphe de son qui peut étourdir temporairement les adversaires au glyphe de lumière qui les carbonise directement. Le jeu regorge de petits plus complètement optionnels, dont le plus important est sans conteste la Forteresse Humaine. En effet, quelques valeureux humains ont réussi à se protéger des vampires et ont érigé une forteresse qui ne peut être approchée que par les airs. Cette dernière ne cache qu'un glyphe, mais l'initiative de pouvoir se balader à travers la dernière citadelle humaine est appréciable. De plus, si vous n'attaquez pas les chasseurs de vampires rencontrés durant la partie, tous les humains que vous rencontrerez vous aduleront comme un messie. Vraiment très chouette.

Dernier élément révélateur de la tournure que la série allait prendre : on pouvait dénicher une forge pour imprégner la Reaver de feu et ainsi carboniser les adversaires ou rallumer des feux. Des power-up pour augmenter la barre de vie de manière permanente étaient aussi disponibles en fouillant.

Qu'est ce qui rend Soul Reaver unique ?

Très certainement, l'ambiance. Amy Henning a compris ce qui faisait la force du premier opus et a employé cet aspect à très bon escient. L'architecture mélange des teintes gothiques - comme la cathédrale de Zéphon - et des inspirations des premières civilisations sud-américaines avec de drôles de ziggourats. Les distortions liées au monde spectral ajoutent encore un aspect encore plus étrange à l'ensemble tandis que les colonnes et les murs se fissurent.

Elder God : - Cette abbaye était jadis un sanctuaire de la lutte contre les vampires. Elle fut engloutie par le raz-de-marée qui a dévasté ce pays. Ton frère, Rahab, et les siens, très sensibles au rayonnement solaire, ont vaincu leur peur de l'eau pour se réfugier dans ce nouvel environnement. Ils errent maintenant à travers ces ruines dans l'obscurité trouble de ces eaux profondes.

De multiples références à l'univers de Nosgoth tel qu'on l'avait laissé sont éparpillées dans le jeu et ne manqueront par de faire tiquer le joueur vétéran de la première heure. Outre les références essentielles à l'univers comme les piliers de Nosgoth ou la Soul Reaver, on retrouve de nombreux lieux ravagés par le temps : la cathédrale d'Avernus a été engloutie par les flots, le crâne de l'antre du Nupraptor est tombé de sa falaise et la chronoplaste de Moëbius constitue l'ultime étape du voyage.

Du point de vue sonore, on est encore extrêmement gâtés. La musique, orchestrée par Kurt Harland, est tout en ambiance et change de rendu selon le monde dans lequel évolue Raziel. Dans la v.o, Simon Templeman reprend son rôle de Kain tandis que Tony Jay revient dans le rôle de l'Elder God. C'est Michael Bell, doubleur récurrent de dessins animés, qui incarnera Raziel pour toute la série. Le casting est excellent et ajoute vraiment un plus à l'immersion. La v.f a droit à une grosse refonte, renouvelant complètement le casting et faisant appel à des doubleurs très connus. Ainsi, Raziel est doublé par Benard Lanneau, voix française de Kevin Costner ou encore de Conrad dans Fade To Black. Kain et l'Elder God sont interprétés par le cultissime Benoit Allemane, voix française de Morgan Freeman mais aussi de nombreux personnages de Full Throttle ou de tellement d'autres jeux ! Si des mauvaises langues n'y voient que la voix de The Sentinel et de Tony le tigre de la pub Frosties, ces deux doubleurs sont pour beaucoup à l'intérêt de l'histoire dans la v.f et soulèvent réellement le récit. Autre bon point, les éditeurs semblent enfin avoir compris avec la série des Legacy of Kain que les joueurs francophones aimaient aussi qu'il y ait une continuité au travers des doublages.

La Chronoplaste, à ne pas confondre avec la Chronosphere d'Einstein !
« Mais c'est impossible, tu es mort à Zanzibar ! »

Kain : - Ce lieu offre la science à qui sait se montrer patient. Trop pressé de me trouver, tu n'as sans doute pas été assez attentif... Tout est écrit : Moëbius a prédit mon avenir, il y a mille ans de cela. Humhum. Nous ne sommes que de pauvres pantins, jouant les rôles que le destin nous réserve. Nous sommes irrémédiablement condamnés à parcourir les chemins tracés pour nous. La liberté n'est qu'une illusion.

Finalement arrivé au bout de l'aventure, on a le droit à de nombreuses révélations sur le scénario, notamment par une scène très étrange qui nous propulse dans une salle avec de mystérieux miroirs temporels, où l'on voit par exemple Ariel se faire absorber par la Soul Reaver. Toutes ces visions ne sont que des possibilités et l'on ne saura pas vraiment si elles sont réelles. Arrivé face à Kain, un combat dantesque s'engage au cours duquel Kain active une énorme machine. Cette dernière est la Chronoplaste, la machine à remonter dans le temps de Moëbius l'oracle. À la fin du combat, Kain s'échappe à travers un portail activé par la machine et Raziel le suit. Le jeu se termine avec la rencontre dans un lieu inconnu avec un mystérieux individu qui révèle être Moëbius et déclame cette étrange tirade :

Raziel ! Rédempteur et destructeur, héros ou pantin. Bienvenue âme en déroute. Découvre ton destin ! Le temps est un cercle, un minuscule rouage de l'usine universelle, il suffit d'un grain de sable, introduit par le grand manipulateur, d'une erreur infime, pour que le monde bascule dans un CHAOS INFERNAL !!!

Puis on a droit à un magnifique À SUIVRE... Fin de Soul Reaver.

Merci d'être passé les gars, un jour on vous offrira une vraie fin. Joypad écrivait à l'époque : « Jamais on a osé faire ça dans un jeu vidéo ! » Je n'ai jamais été aussi énervé face à une fin de jeu. Le sentiment d'être laissé en plan est inexcusable. Il aura fallu bien des années pour que je me réconcilie avec les développeurs, la sortie de Soul Reaver 2 en fait. Pourquoi ? Comment ? Certaines explications sont nécessaires pour comprendre cette fin en queue de poisson et les événements bizarres relevés au cours du jeu.

Après le film, les bonus.

Suite aux nombreux péripéties de la création de Soul Reaver, Eidos a mis une grosse pression sur l'équipe de développement, ce qui a abouti à la suppression de nombreux éléments. En effet, la fin originelle n'a jamais été intégrée faute de temps, et le mode debug de la version PC permet de suivre toute l'affaire :

- Tout d'abord, la Soul Reaver possédait de nombreuses forges disséminées à travers le jeu. Ainsi, cette dernière pouvait prendre l'aspect de l'eau ou du soleil - entre autres ; on peut les voir apparaître dans les tous premiers trailers du jeu. Autre pouvoir sympathique, mais infiniment trop gros bill et retiré : la glyphe spirituelle. Cette dernière devait arracher directement les âmes de tous les ennemis présents et régénérer Raziel sans lever le petit doigt.

- L'un des frères de Raziel, Turel, échappe à sa vengeance et on n'obtient son pouvoir que par l'intermédiaire d'un turelim après une séquence clé du jeu : les projectiles télékinésiques. Pourtant, ce dernier était bien prévu dans les boss du jeu : il donnait accès à une forme supérieure de télékinésie détruisant de plus gros objets et assommant les ennemis. De même, le territoire du clan de Turel devait être accessible.

- À la fin de l'épisode du Chronoplaste, Kain devait normalement s'enfuir dans une retraite perchée dans les montagnes (l'ex-retraite de Nupraptor). Mais en affrontant Kain, Raziel gagnait un nouveau pouvoir : le fait de se manifester physiquement à volonté, donc plus besoin de portails. Ainsi, on pouvait accéder à une nouvelle partie de la forteresse humaine : la ville souterraine. Dans cette dernière se terrait la prêtresse humaine d'un culte vampirique manipulant psychiquement ses habitants. Après l'avoir détruite, absorber son âme donnait la possibilité de posséder les ennemis, comme dans Blood Omen, et ainsi de réaliser des opérations simples comme pousser un levier. Kain étant bien trop puissant pour être simplement détruit, l'âme d'Ariel devait bien être absorbée par la Soul Reaver pour le détruire - ce qui lui donnait un nouvel aspect et la rendait bien plus puissante.

- Le combat final avec Kain prenait place dans sa retraite montagneuse, située au fin fond du territoire de Turel. Une vision similaire apparaît dans la salle des miroirs de la chronoplaste où Raziel brandit la version normale de la Soul Reaver, l'idée étant sûrement de montrer que la Soul Reaver seule ne suffirait pas à le détruire. La mort de Kain ne clôturait pas le jeu et Raziel devait se débarrasser de la plaie vampirique une bonne fois pour toutes. Ainsi, dans la cathédrale silencieuse de Zephon, on peut ouvrir un gigantesque orgue mais cela n'a pour effet que de tuer deux vampires présents à coté. Le lieu est décrit comme une ancienne place forte humaine où une arme permettant de détruire tous les vampires avait été créée ; mais Zephon et son engeance ont réussi à les arrêter avant qu'il ne soit trop tard. La fin du jeu devait donc amener Raziel, après une bataille contre des hordes de vampires désespérés, au sommet de la cathédrale où il activait l'orgue de destruction et tuait ainsi tous les vampires de Nosgoth. Plutôt différent de la fin canonique, non ?

Mais Crystal Dynamics et la géniale Amy Henning ne se sont pas arrêtés en si bon chemin, et des hordes de fans assoiffés d'âmes ont pu connaître la suite des aventures de Raziel pendant la saison des fêtes de l'an 2000.
Mais ceci est une autre histoire...

Nephandi
(25 août 2008)
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