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Shadow of the Comet
Année : 1993
Système : PC
Développeur : Infogrames
Éditeur : Infogrames
Genre : Aventure / Point'n click
Par Tonton Ben (02 juillet 2004)
Un logo bien connu des rôlistes...
Un tentacule inquiétant...

Shadow of the Comet se présente comme la rencontre entre deux éléments de chez Infogrames : d'une part la continuité de l'exploitation (réussie) de la licence H.P. Lovecraft commencée avec Alone in the Dark, et d'autre part l'utilisation du moteur de jeu apparu avec Eternam.

Infogrames annonce la couleur.
Un titre très rétro.

Pour la biographie de l'ami Howard Phillips Lovecraft (1890-1937), je vous renvoie à l'excellent article sur Alone in the Dark. Tout ce que j'ajouterai, c'est que Shadow of the Comet se repose en partie sur l'une des plus fameuses nouvelles de l'auteur, à savoir Le cauchemar d'Innsmouth. Histoire de se détacher de la source inspiratrice, la ville se nomme Illsmouth.

Le jeu relate l'aventure de John T. Parker, journaliste scientifique qui part observer la comète de Halley, lors de son passage en 1910, à Illsmouth, petit village reculé de la Nouvelle-Angleterre, point d'observation privilégié.

Les ennuis commencent à apparaître lorsque notre reporter assiste en pleine nuit à des manifestations étranges de la part d'un culte local aux noirs desseins, et dont les projets néfastes se confirment avec l'assassinat du bibliothécaire local. Durant ces trois jours, et surtout ces trois nuits qui composeront cette aventure, Parker va découvrir le secret terrifiant que gardent les habitants d'Illmouth, et devra mettre fin au complot dément qui s'y trame.

Le héros ! Svelte, fringuant, mais qui ne peut s'empêcher de fouiner chez les gens.

Shadow of the Comet se présente comme un jeu d'aventure classique, avec des spécificités héritées de son grand frère Eternam. On y contrôle donc l'ami Parker dans des décors bitmap avec une fausse perspective, le tout au clavier, avec la possibilité d'effectuer une série d'actions classiques comme parler, prendre, utiliser, examiner... De même, le système intelligent de repérage des objets (affiché par un trait pointillé entre le personnage et ledit objet) est de nouveau employé. Très pratique, une fois de plus. Les alternances de jour et de nuit ont été également gardées, à la différence que les phases sont cette fois-ci provoquées par un élément déclencheur, et non plus naturellement et indépendamment cycliques. Enfin, tout comme Eternam, les décors ont été digitalisés et intégrés afin de donner un rendu très réaliste au jeu.

Un bien beau manoir, de jour, et de nuit. Il faut vraiment y pénétrer ?

Première variante, finis les passages troidé en extérieur ! Étant donné que l'ensemble du jeu se déroule dans un lieu bien défini, ils n'avaient plus leur utilité. Deuxième changement : alors qu'Eternam arborait fièrement un environnement cartoon, Shadow of the Comet se veut résolument sombre et inquiétant. Ce qui implique que le style graphique employé pour les animations des visages a été changé. Le résultat est splendide ! Les visages reflètent l'état d'esprit des protagonistes, dont très peu semblent à peu près normaux. Il est particulièrement difficile de déterminer avec certitude quels sont ceux à qui l'on peut vraiment se fier. Même le visage du héros se modifie au cours de l'aventure, au gré des abominations découvertes. Les scènes animées sont toujours de la partie, et contribuent grandement à illustrer les diverses actions essentielles. Le tout est desservi par un VGA qui pêche de nos jours par une pixellisation apparente des graphismes, mais qui reste agréable car on se fait assez vite à la résolution. Des bruitages digitalisés viennent ponctuer certains évènements, et la musique accompagne les passages dramatiques.

Une bien belle rencontre.
On est aussi amené à en faire de mauvaises.

Amateurs de défis relevés, régalez-vous ! Shadow of the Comet comporte de nombreux éléments destinés à s'arracher les cheveux. Le principal point de torture se situe dans le déroulement même de l'aventure : avec la trentaine de personnages vaquant à ses occupations, Parker va devoir solliciter très régulièrement les services ou les connaissances de chacun d'entre eux. Les allers-retours sont fréquents, la recherche d'un habitant précis peut parfois se révéler douloureux tant il peut s'avérer difficile de se repérer dans le village, plus vaste qu'il n'y paraît de prime abord. Certains lieux sont d'ailleurs volontairement labyrinthiques, je pense entre autres à la forêt, ainsi qu'à d'autres passages vraiment tendus. Les intérieurs ne sont pas en reste, le terrain à couvrir est large.

Mais c'est l'ami écureuil !
Le système de jeu, toujours aussi efficace.

On peut aussi citer quelques actions à effectuer qui ne sont pas du tout suggérées au cours du jeu... Sans les nommer, à un voire deux moments précis, on tourne un peu sans savoir quoi faire, et surtout sans connaître l'endroit précis où réaliser l'action. Un défaut certes frustrant, mais qui sent bon le jeu à l'ancienne, celui qui ne fait rien pour aider le joueur. L'intensité monte en flèche lorsque l'on aborde les puzzles : des casse-têtes sont proposés à quelques endroits de l'aventure, et si leur principe apparaît limpide, les solutions sont extrêmement compliquées à mettre en place. Si vous ne trouvez pas au bout de 15 minutes, relancez la sauvegarde et recommencez. Faites aussi une liste des possibilités, et rayez les tentatives. Pour terminer, les fins malheureuses et brutales sont toujours de la partie. Elles sont néanmoins moins fréquentes que dans Eternam, et regroupées dans des sections précises de l'aventure, où le danger se manifeste. Au moins l'on sait lorsqu'il faut se tenir sur ses gardes.

Mais, c'est... raaah, l'acteur, là..
Le jeu est truffé de très belles animations.

En bonus sur le cédé : les voix anglaises ! Excellent pour réviser la langue de Shakespeare, même s'il apparaît une légère désynchronisation entre les dialogues écrits et oraux. Rien de grave néanmoins. Le contrôle à la souris a aussi été ajouté, mais c'est totalement anecdotique, le jeu n'ayant jamais été pensé pour ça. Enfin, et c'est le plus gros intérêt, une section supplémentaire est disponible, et il s'agit du musée de H.P. Lovecraft ! Les œuvres majeures du maître y sont exposées, les connaisseurs apprécieront. À noter qu'Infogrames avait annoncé des énigmes et des personnages supplémentaires pour la version cédé (à lire sur la boite du jeu) : il n'en est rien. Pas de nouvelles énigmes, et seuls deux habitants ont été ajoutés : une dame et sa fille, qui apparaissent furtivement le premier jour dans le village.

Une belle brochette de cinglés, dont notre héros risque de bientôt faire partie...

Ne vous y trompez pas : Shadow of the Comet est un jeu d'aventure transcendant, une expérience incroyablement réussie. Avec un scénario maîtrisé, une intrigue riche en rebondissements et un défi ludique à la hauteur des joueurs expérimentés (ou de ceux qui aspirent à le devenir), ce titre consacre les talents d'Infogrames en matière de jeu d'aventure. L'expérience se terminera avec Prisoner of Ice, sa suite plus ou moins directe, mais ceci est une autre histoire...

Shadow of the Comet est une perle à découvrir, ou à relancer d'urgence.

Que c'est beau, une ville, la nuit...
... le cimetière n'est pas mal non plus.
Tonton Ben
(02 juillet 2004)
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