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Rise of the Triad
Année : 1994
Système : PC (DOS)
Développeur : Developers of Incredible Power
Éditeur : Apogee Software
Genre : FPS
Par Tonton Ben (21 juin 2004)

Certains noms, et certaines dates rappellent tout de suite à notre mémoire de grands moments vidéo-ludiques. Allez, un petit trivia, juste pour voir comme ça : ID Software ? Doom. 1992 ? Wolfenstein 3D. Et sa suite ? Spear of Destiny ! Et bien non, perdu, SOD n'est que la version commerciale (comprenez non shareware) de Wolf3D. Sa vraie suite aurait dû s'appeler Wolfenstein 3D : Rise of the Triad. L'histoire n'a retenu que le sous-titre.

Une très belle intro avec des zoulis dessins !
L'écran titre, flanqué de son avertissement parental.

On va essayer de ne pas embrouiller les esprits avec les explications qui vont suivre. Wolfenstein 3D a été développé par ID Software (John Romero, John Carmack, Tom Hall...) et distribué par Apogee. Fort du succès de ce titre, ID est parti fonder sa propre boite d'édition du même nom. Tom Hall, attaché à Apogee, n'a pas suivi ses petits copains et a décidé de créer la suite du soft sous la licence Apogee avec son équipe, les Developers of Incredible Power, qui n'en avait malheureusement pas les droits d'exploitation. ID avait bien donné son accord à Tom Hall pour le faire, mais le cahier des charges imposé étant trop contraignant, ce dernier s'est libéré du nom pour ne donner que Rise of the Triad.

Ahhhh, la chasse au bazooka, le matin dans la brume...
Tout en finesse.

ROTT met en scène l'escouade HUNT (High-risk United Nations Task Force), partie en reconnaissance sur l'île de St-Nicola, qui abrite une forteresse appartenant à une secte soupçonnée d'activités malveillantes et illégales. Le problème, c'est que l'équipe voit sa retraite coupée par des unités militaires qui font exploser leur bateau. La seule issue se trouve désormais dans le monastère d'El Obscuro, la source du mal.

Réparti en 4 épisodes de huit niveaux chacun, ROTT propose un challenge relevé à travers des levels gigantesques (2 à 3 fois plus grands que ceux de Wolf3D), truffés d'ennemis coriaces et de pièges vicieux. Bon, vous vous dîtes "OK, c'est un FPS de plus, complètement submergé par la concurrence de l'époque, et totalement dépassé à l'heure actuelle". Voui, c'est pas faux. Mais ROTT a apporté son lot de nouveautés.

On ne peut pas faire plus explicite.
Un échappé de Wolfenstein 3D ?

Le soft démarre par le choix du héros à incarner parmi cinq différents, avec des femmes et des personnes de couleur, le genre de subtilité que l'on ne reverra que dans Hexen. Chacun d'entre eux possède ses caractéristiques propres, fondées sur la résistance, la précision ou la vitesse. Par contre, pas d'armes spécifiques à chacun des membres, mais un système suffisamment original pour être évoqué, même si, je dois le reconnaître, il fut déstabilisant à l'époque.

ROTT distingue deux types d'armes : les flingues, déclinés en trois versions (pistolet simple, double pistolet et mitraillette), qui ont des chargeurs de balle infinis. Et oui, on n'est jamais à court de munitions ! La difficulté ne réside pas dans l'approvisionnement de ses joujoux, mais dans le surnombre de l'adversaire et sa coriacité. Pour y remédier, la seconde catégorie s'offre à nous : les lance-roquettes. Non, il n'y a rien de plus fin. Et on a le choix, encore faut-il les trouver : tir simple, tête chercheuse, double tir, multi tir, mur de flammes... Tout le monde trouvera chaussure à son pied. Seule restriction : on ne peut en posséder qu'une seule à la fois. Cette limite se retrouve dans quelques FPS modernes, dont celui le plus pratiqué en réseau à l'heure actuelle.

Je suis... ton dieu...
Donne la papatte ! Bon chien...

Différents objets sont à récupérer, des bonus de différentes valeurs, et quelques items de vie bien utiles. Des bonus sont présents, aux effets dévastateurs : il est possible de se transformer en chien, ou en dieu, les deux étant invincibles et possédant leurs propres attaques. Il existe aussi des malus, tout aussi efficaces : le mode "flipper", et le mode "champignons hallucinogènes" (je vous laisse deviner le résultat), ce dernier étant vraiment impressionnant.

Un couteau est à ramasser rapidement, il sert à sortir des filets que lancent les moines ; de même, une batte de base-ball permet de faire le ménage, surtout avec son deuxième mode d'attaque ; et un masque à gaz peut vous sauver la vie, face aux pièges de gaz tendus par la secte. En parlant des pièges, on notera aussi des attaques aux flammes, des tourniquets aux lames de rasoirs acérées... Tout est fait pour vous accueillir.

Les ennemis ne sont pas en reste : du simple garde aux moines fous, en passant par des robots surarmés, tout le monde se fera un devoir de vous éliminer par tous les moyens. Et certains sont surprenants : il n'est pas rare de voir des ennemis faire semblant d'être mort, et se relever dans votre dos pour vous abattre ! De même, certains vous implorent de les épargner : faites-vous une joie de les exploser d'un bon coup de roquette, le résultat est spectaculaire (le jeu est classé ultra-violence comme son prédécesseur). Des boss très originaux viennent ponctuer les épisodes, et Oscuro, le méchant de service, ne donne pas dans la facilité. Pour les plus acharnés, la vraie fin est à découvrir au moyen d'un objectif secret très ardu. Personnellement, je ne l'ai jamais vue.

Surtout ne pas toucher les colonnes...
Toi, tu vas payer pour les autres.

Concernant le réseau, si Doom a proposé les premières LAN à quatre joueurs en combinaison verte, ROTT joue la compétition féroce et monte, grâce à son système pompeusement appelé "Comm-Batt" (qui servira de terreau à l'interface réseau de Duke Nukem 3D), la barre à onze joueurs ! Et les p'tits gars de DIP ne s'arrêtent pas là, puisqu'ils proposent une pléthore de modes réseaux très fous, avec les balbutiements du Capture the Flag, un mode "j'ai plus de bonus que toi, va mourir !", et même une chasse au lapin. Dommage que les cartes réseau et les hubs n'étaient pas aussi abordables et répandus qu'aujourd'hui, la plupart des joueurs n'ayant pu tester tout ça qu'en un contre un, en null-modem. C'est tout de suite moins fun.

Techniquement, la faille de ROTT, c'est d'avoir subi les limites techniques du moteur de Wolfenstein 3D, même s'il a été quelque peu amélioré. C'est très flagrant sur le level design, avec son côté très...cubique, les murs étant tous à angle droit, et le tout est sur un seul niveau, sans véritables escaliers. Dommage, car le reste tient vraiment la route : tout est digitalisé, les ennemis ont été filmés et intégrés (Tom Hall tient le rôle d'Oscuro !), les robots proviennent de figurines animées à la main, et les textures sont réalistes, même si elles ne sont pas très variées. Le moteur gère les lumières dynamiques (la lumière baisse lorsque l'on détruit les sources de lumières), et comme Ultima Underworld, donne la possibilité (plus ou moins automatique) de lever ou de baisser la vue. De plus, la superposition gérée, au moyen de plates-formes sur lesquels on peut monter, tout comme les ennemis, façon Mario ! Ils peuvent mourir de cette façon. Les sons ne sont pas en reste, explosions, voix digits des ennemis (Please... don't shoot !), et des musiques dont les thèmes restent en tête des années plus tard...

Le masque à gaz est indispensable dans certains endroits.
Des passages parfois délicats...

Le challenge de ROTT est relevé, mais il y a tellement de choses à y découvrir...Allez, pour finir : une quinzaine sont à décrocher à la fin de chaque niveau en fonction des actions : "Republican Bonus" si vous récupérez tous les lance-roquettes du niveau, "Bull in a China Shop Bonus" si vous détruisez tous les bonus de vie du niveau, "Curiosity Bonus" pour tous les passages secrets découverts... Enfin, à cinq dates particulières de l'année, si vous lancez le jeu, des clins d'oeil en rapports apparaissent. La plus fameuse d'entre eux est le 25 Décembre, elle vaut le détour.

Rise of the Triad fait partie à mon humble avis du panthéon des FPS. Il a eu le défaut de sortir en 1994, deux mois après Doom II, et un mois avant Heretic, alors forcément, ça ne laisse pas beaucoup de place pour s'exprimer. Les habitués du shareware, ceux qui ont vu passer Wolfenstein 3D, Keen Commander, Jill of the Jungle et Duke Nukem savent que le boulot de la team DIP sur leur unique oeuvre a été fantastique, et qu'il a permis de donner un autre aspect du FPS, moins sérieux et plus innovant. Bravo les gars !

Tonton Ben
(21 juin 2004)
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