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Heretic
Année : 1994
Système : PC
Développeur : Raven Software
Éditeur : id Software
Genre : FPS
Par Tonton Ben (26 juin 2007)
La boîte du jeu. Merci au site MobyGames ! Cliquez sur une image pour une version plus grande.

1994. Deux ans après le choc Wolfenstein 3D, un an après la révolution Doom, qui sera confirmée par le Doomsday du 4 Octobre 1994 (jour de sortie mondiale de Doom II), le doomlike ne jure que par l'action militaire, fusil au poing. L'avenir du genre ne sera-t-il donc limité qu'aux assauts musclés à base de fusil à pompe ?

Voici les deux très beaux écrans titres d'Heretic, avec à gauche la version shareware ou normale, et à droite, la version complète enrichie en protéines.

Non ! Raven Software ne l'entend pas de cette oreille, et se lance dans la bataille avec Heretic, le doomlike des temps obscurs.

Les diablotins rouges servent de menu fretin de base ; pas très coriaces, ils ont tout de même l'avantage de débarquer de n'importe où en volant.

Avec un peu de recul, le projet Heretic était aisément devinable. Rappelez-vous. Raven Software, petite société américaine, s'est spécialisée depuis ses débuts dans l'Héroïc Fantasy, avec leur premier titre passé à la postérité : Black Crypt, ce monument du jeu de rôle sur Amiga. Alors qu'ID Software travaille sur Doom, Raven Software leur achète une version préliminaire du moteur du jeu. Raven s'en sert alors pour le développement de Shadowcaster, un croisement entre doomlike et jeu de rôle sur fond de mutation physique, sorti en 1993 sous licence Origin. Le concept se trouvait là. Il ne fallait pas grand-chose pour que Raven Software renouvelle l'expérience avec le moteur de Doom finalisé, pour le compte d'ID Software, en tirant parti des réussites et des erreurs de Shadowcaster.

Deux environnements radicalement différents : à gauche, la lave, dangereuse sauf pour les ennemis, et à droite, la glace, très glissante, sauf pour... vous avez compris.

Heretic va donc nous conter l'histoire de Corvus, un elfe qui a survécu au massacre de son peuple par D'Sparil, le premier des trois chevaucheurs de serpents qui sèment l'apocalypse sur leur passage, et qui compte bien se venger en annihilant celui-ci dans son antre sous-marine.

Le concept étant de transposer l'expérience Doom dans un univers Heroic Fantasy, quelques aménagements techniques, principalement d'ordre graphique, vont être nécessaires. Le moteur du jeu reste dans le fond le même, mais l'arsenal a bien entendu été adapté à la situation. Chose amusante, je ne sais pas si Raven a délibérément voulu ne pas bousculer les habitudes des joueurs, mais chaque arme d'Heretic correspond, et ce presque à l'emplacement près, à celle de Doom.

Voici deux exemples des vues haute et basse, qui provoquent une déformation importante de l'environnement, pas toujours en harmonie avec les éléments bitmap présents à l'écran.

Même le démarrage de l'aventure se déroule à l'identique, puisque le joueur commencera avec le sceptre elfe (l'équivalent du pistolet) et un bâton (équivalent aux poings de Doom). Je vous rassure, on trouvera très vite de quoi se défendre : dans l'ordre, l'arbalète (fusil), le gant du dragon (gatling), le sceptre de l'enfer (fusil à plasma), le bâton de phénix (lance-roquettes), et le lance bouboules (BFG9000, ah non, tiens, pas là, c'est plutôt une grosse arme inutile). Ah, j'oubliais : le bâton pourra être remplacé par les gants de force, plus jouissifs, qui se comportent exactement de la même façon que la tronçonneuse doomienne.

Les munitions sont facilement reconnaissables, et abondent littéralement dans les niveaux ou sur les ennemis.

Les boss sont coriaces et violents ; une fois rencontrés en fin d'épisode, ils apparaîtront régulièrement dans les niveaux des épisodes suivants !

Si, pour les ennemis, la similitude semble moins flagrante, il ne faut pas non plus s'attendre à de grosses innovations. Les gargouilles et les golems servent d'ennemis de base, mais on trouvera rapidement des squelettes géants, des bestioles avec des sabres, des sorciers volants, des dragons-serpents et des créatures marines. Ceci étant, les gargouilles et les golems existent en une deuxième version dotés d'une attaque à distance, alors que les squelettes et les créatures marines ont deux types d'attaques différentes.

Alors, Heretic, simple mod pour Doom ? Les ch'tits gars de Raven Software ne seraient-ils que des opportunistes ? Il y a sûrement une part de vrai là-dedans, puisqu'Heretic s'affirme, depuis le début, comme le pendant médiéval fantastique de Doom, sur le fond comme sur la forme. Néanmoins, quelques détails vont permettre à Heretic de se distinguer de son père : des pitites modifications qui vont rendre le jeu jouissif et indispensable.

Heretic ne cessera de surprendre le joueur par la qualité et la beauté de ses niveaux : un soin tout particulier a été apporté à l'architecture et au design de chacun d'entre eux.

Premier ajout non négligeable : l'inventaire. En plus des sempiternelles clés de couleur et des munitions, le joueur pourra ramasser divers objets utilisables lorsqu'il en aura besoin : des sabliers, introduisant le concept inédit de bombes à retardement ; le crâne ailé, apportant l'option de vol ; l'œuf qui transforme le menu fretin en poulet (!!), les fioles de vie, l'invisiblité, les anneaux d'invincibilité, les torches pour l'éclairage, la téléportation vers le début du niveau... et l'incontournable Tome of Power. Il s'agit d'un livre, couvert de noir. Lorsqu'on l'active, il décuple la puissance des armes en possession du joueur pendant un certain laps de temps. Et là, on se sent un autre homme ! L'arbalète tire trois carreaux au lieu d'un, le sceptre de l'enfer balance une pluie de feu sur l'ennemi touché, le bâton de phénix se transforme en lance-flammes... même les gants de force pompent la vie des monstres pour la redistribuer au héros ! Indispensable, le Tome of Power double l'arsenal pour notre plus grand plaisir.

À l'instar de Doom, chaque niveau est introduit par sa localisation sur la très jolie carte principale.
Heretic ne cesse de piéger le joueur dans des situations difficiles et soudaines.

Deuxième ajout : le moteur permet maintenant d'orienter le point de vue sur l'axe vertical. Écrit comme ça, on se dit que ce n'est pas grand-chose. C'est vrai. Mais c'est quand même pratique sur des hauteurs, en contrebas, et surtout lorsque l'on vole (une des innovations déjà évoquées plus tôt). Jusqu'ici, seul Ultima Underworld offrait cette fonction (ainsi que d'autres innovations... mais je ne vais pas relancer la polémique à ce sujet, il s'agit d'un jeu de rôle).

Troisième ajout : le vent et le courant dans l'eau (enfin, sur l'eau), qui poussent ou repoussent le joueur dans certaines zones, ainsi que les terrains glacés, qui font patiner le personnage. OK, là encore, on ne peut pas parler d'innovation technologique de première ordre, mais Raven Software a tout de même bien réussi ces effets. Ils s'inscrivent dans un ensemble architectural poussé, qui donne à Heretic cette consistance absente de Doom II dans ses niveaux urbains, certes réussis mais manquant sincèrement de réalisme. Ici, les bâtiments jouissent d'une forte identité. De véritables tours de défense crénelées sont bâties, avec ponts, grottes, fortifications... Le travail de construction des niveaux se voit et s'apprécie. Même si certaines textures, notamment les mosaïques, trahissent une forte pixélisation, l'harmonie de l'ensemble renforce encore un peu plus l'atmosphère sombre d'Heretic.

Le Tome of Power rend chaque arme jouissive, que ce soit le lance-flammes ou les gants vampiriques (à droite combinés avec un anneau d'invincibilité).

Les trois épisodes proposés par Raven Software vont donner au joueur du fil à retordre. Non seulement ils sont littéralement infestés de monstres (bien plus que dans Doom), mais les niveaux sont gigantesques. Ainsi, le premier épisode emmène le joueur dans sa contrée natale très médiévale et fortifiée ; le second amorce une descente vers des territoires souterrains bouillonnants de lave sur une île volcanique ; le troisième l'invite dans le dôme sous-marin de D'Sparil lui-même.

On le ressent très vite dès le début du jeu : Heretic est un titre pensé dans ses moindres recoins et bénéficiant d'un travail flagrant sur son gameplay. La difficulté est présente et les niveaux complexes et très bien pensés. Les éléments (objets, mécanismes...) sont toujours distribués selon une disposition pensée et testée, c'est évident. Enfin, et c'est la grande loi d'Heretic, le jeu ne donne jamais rien gratuitement. Les passages secrets ne sont dans l'ensemble pas très difficiles à trouver, mais l'obtention d'un objet déverse immédiatement son lot de monstres, ou demande de sacrifier de la vie ou un objet, comme l'option de vol.

Les niveaux se révèlent complexes et très aboutis.
D'Sparil, qui prend sa douche (merci le Tome of Power) !

Exclusivité Pécé, Heretic ne connaîtra pas d'autres portages, et c'est bien dommage. Seule consolation : le jeu, édité tout d'abord en shareware, sortira sous deux packages différents : la version complète, avec ses trois épisodes, et la version ultra-complète, sous-titrée Shadows of the Serpent Riders, contenant deux épisodes de plus (la jaquette représente d'ailleurs le Tome of Power, tiens). Ensuite ? Il faudra lorgner vers deux autres jeux. Le premier est sa suite scénaristique directe, Hexen, qui bénéficie de tous les avantages d'Heretic en sachant les sublimer un peu plus. Le second, Heretic II, est un jeu avec vue à la troisième personne, le gameplay a donc été modifié. Il reste Hexen II pour prolonger l'expérience Raven Software, mais c'est une autre histoire...

Tonton Ben
(26 juin 2007)
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