Année : 2022 Système : Game Boy Développeur : Vortyne Éditeur : n/a Genre : RPG [voir détails]
[masquer détails] PureRGB est un hack de la première génération de Pokémon, accessible sur le GitHub du développeur : https://github.com/Vortyne/pureRGB
Il n'était pas dans mes plans initiaux de parler encore une fois de Pokémon après mon précédent article sur Unbound. Je voyais dans ce dernier l'une des meilleures façons de célébrer les trente ans de la fameuse licence, et je maintiens ce que je disais précédemment. Cependant, il ne s'agit que d'une certaine façon de faire la fête. Il y en a une autre : revenir à la toute première génération, celle de la Version Rouge et de la Version Bleue, ou plutôt de la Version Verte si on veut vraiment être puriste. Il est, cependant, une grande difficulté à cela.
Car pour être tout à fait honnête, la première génération de Pokémon, culte pourtant et pour laquelle j'ai la plus intense des nostalgies, a particulièrement mal vieilli. Ce n'est pas exclusivement dû à son âge, car bien des jeux plus vieux ou contemporains de celui-ci, Super Mario Land ou Link's Awakening, résistent bien mieux à la relecture. Mais revenir aux tout débuts de Pokémon, ce n'est pas seulement se heurter à des graphismes simples voire simplexes, et à des mécaniques tout aussi rudimentaires : à dire vrai, ce sont là les cadets de nos soucis. Plus ennuyeusement, on rencontre surtout des bugs divers, des erreurs de programmation, une ergonomie d'un autre âge — c'était déjà le cas en 1996 ou en 1999 —, un équilibrage des créatures et de leurs attaques aux fraises.
Des Pokémons se reposent ci et là, et donnent à l'univers une charmante densité.
On acceptait volontiers les choses à l'époque, et moi-même je passais outre, tout aveuglé étais-je par ce nouvel amour ; mais dès la sortie de Pokémon Or et Argent, qui arriva en 2001 en Europe, le retour en arrière était pour ainsi dire impossible si ce n'est, comme je le fis avec d'autres, pour transférer nos bestioles. Le temps passa, Rouge Feu et Vert Feuille firent oublier ces errances enfantines et moi-même, j'oubliais beaucoup de choses jusqu'à découvrir, par le plus complet des hasards, le projet PureRGB (lien externe, GitHub) qui se trouve être, comme vous le voyez déjà sur les premières images de cet article, un hack de la première génération de Pokémon.
Ce hack est néanmoins intéressant puisqu'il se fonde sur une version totalement désassemblée, ou presque, des jeux originaux et donc ne se contente pas d'un ripolinage graphique ou de modifications marginales. Il propose effectivement une reconstruction très notable de la première génération qui réalise là totalement, si l'on peut dire, ses promesses originales.
Le travail sur les sprites est plus ou moins important, mais l'ensemble reste aussi rudimentaire qu'à l'époque.
La liste extensive des modifications et des ajouts (lien externe, GitHub) est particulièrement longue, aussi ne vais-je m'arrêter que sur les éléments que j'ai trouvés, me concernant, les mieux réussis. Déjà, toute l'ergonomie du jeu a été considérablement revue, des écrans de statistiques de nos créatures en passant par la gestion de notre inventaire, avec cette possibilité extraordinaire de directement transférer les objets collectés à notre ordinateur, ou de changer de boîte de stockage de Pokémons à la volée, et éviter ainsi bien des ennuis lors de nos explorations.
Dans le même élan, un personnage peut à présent supprimer les arbres gênants du monde, pour éviter d'avoir à constamment les couper, et on n'a à présent nul besoin de relancer « Surf » ou « Force » à tout bout de champ. Rien que ces modifications transfigurent considérablement notre rapport au jeu, et rendent le retour à cette génération bien, bien plus agréable ; mais si vous y ajoutez un meilleur framerate, un petit travail sur les sprites et les musiques et une meilleure réactivité générale, on a là un modèle de modernisation dont les éditeurs devraient s'inspirer pour leurs futures remakes et remasters.
Le Pokédex précise mieux les endroits où l'on peut capturer les créatures, ce qui est on ne peut plus bienvenu.Si vous atteignez un certain niveau avec une bestiole, ou si vous trouvez certains personnages, vous débloquerez même un menu qui vous indique les attaques qu'un Pokémon peut apprendre.
Le jeu ne se contente pas, cependant, d'améliorer l'existant : il ajoute aussi beaucoup de nouvelles choses, à commencer par une toute nouvelle zone explorable, un volcan entre Cramois'Île et Bourg Palette où l'on pourra trouver, avant d'explorer la Route Indigo, l'oiseau légendaire Sulfura. Cette zone a été reconstruite à partir de données retrouvées dans le jeu initial, mais dont le développement n'avait pas abouti. C'est une belle addition car finalement, Sulfura était le dernier des trois oiseaux légendaires à ne pas avoir de niveau dédié, puisqu'Electhor est toujours dans la centrale désaffectée, qui a été refaite pour l'occasion, et qu'Artikodin se terre toujours au fond des Îles Écume. L'injustice est donc réparée, et le volcan est même l'occasion d'une petite aventure labyrinthique rigolote, même si très brève.
Les autres ajouts, là encore particulièrement bienvenus, renvoient au post-game. Initialement, il n'y avait guère qu'une seule chose à faire dans la première génération, une fois la ligue battue : explorer la Caverne Azurée pour attraper Mewtwo, et ainsi finir son Pokédex. Là, on nous propose un peu plus d'objectifs : le combat caché contre le Professeur Chen, enfoui là encore dans les fichiers du jeu original mais inaccessible, des vengeances des maîtres d'arène et de la ligue avec des équipes survitaminées pour défendre notre titre, et même un accès au fameux « Jardin de Léo », une zone fantasmée par les joueurs et les joueuses du temps, prétendument accessible en faisant une suite totalement arbitraire et changeante d'actions, et qui permettra d'assister à de petites saynètes rigolotes mettant en jeu les protagonistes de l'aventure.
Le volcan est une zone clairement à part des autres, par son ambiance et ses mécaniques, mais c'est une chic addition.Le Jardin de Léo a fait l'objet de tant de légendes dans les cours de récréation, c'est presque irréel d'y entrer à présent...
Ce dernier élément montre, je crois, à quel point PureRGB est un projet de fans, souhaitant plus que tout concrétiser un grand nombre de mythologies et de souhaits de la communauté depuis ses débuts. Ainsi, tous les Pokémons sont capturables dans l'aventure, y compris les formes évoluées et les starters ; les bestioles qui, jadis, ne pouvaient se transformer qu'avec un échange, comme Alakazam ou Ectoplasma, évoluent à présent automatiquement au niveau 37 pour faciliter les choses ; les monstres qui évoluent avec une pierre, comme Nidoking ou Empiflor, peuvent à présent apprendre des attaques en montant en niveau, alors que c'était impossible dans le jeu original ; j'en passe et des meilleurs.
Ce qui est aussi unique, c'est qu'un grand soin a été apporté pour améliorer considérablement l'équilibrage du jeu et rendre toutes les créatures viables, ou presque, pour son équipe. Les statistiques des bestioles les plus faibles ont été augmentées, pour que même un Dardagnan puisse avoir un mot à dire face à un Ronflex ; leurs movesets, soit les attaques que les Pokémons apprennent, ont été modifiés et améliorés pour multiplier les stratégies ; même, certaines attaques nulles ou très largement inefficaces ont été remplacées par d'autres plus intéressantes, ou se sont vues adjoindre des effets secondaires divers.
Les revanches face aux maîtres d'arène sont difficiles, mais très satisfaisantes.Les infirmières des Pokécentres ont de nouveaux dialogues après la fin de l'aventure. C'est peu, mais c'est une belle attention aux détails !
D'autres modifications, liées à l'équilibrage entre les types, ou encore à l'ajout de nouveaux types pour certaines bestioles, rendent le jeu très agréable et, il faut le dire, bien plus intéressant sans en devenir, comme c'est souvent le cas avec ce type de hack, indûment difficile. Le challenge est stimulant tout comme il faut : on peut s'amuser à être plus imaginatif et garder dans l'équipe nos Pokémons favoris sans se soucier de leur compétitivité, et même si l'intelligence artificielle a été revue et que les équipes adverses sont bien plus variées et équilibrées, je n'ai jamais rencontré d'obstacle qui m'aurait semblé démesurément difficile. Du reste, beaucoup de ces modifications et ajouts sont désactivables dans les options et selon votre envie, vous pouvez moduler votre expérience comme bon vous semble.
Encore une fois, je renvoie à la liste des « Features », que j'ai donnée plus haut, si vous voulez en savoir davantage sur cette version du jeu, en gardant à l'esprit que l'ensemble est en anglais et qu'il convient donc d'opérer une petite gymnastique mentale, quand on a grandi avec les noms français, pour transformer les Squirtles en Carapuces, les Fly en Vol et les Potions en Potions (mais on ne le prononce pas pareil dans sa tête). Au besoin, les ressources en ligne comme Poképédia (lien externe) vous viendront en aide, mais on prend le pli rapidement. C'est encore ce qui peut définitivement empêcher de revenir à cette première génération via ce hack, mais il faut peut-être, avant ça, se poser une autre question : pourquoi le ferait-on ?
Sous ce camion, ne pourrait-on pas trouver... ?Le professeur Chen vous attendra dans la Caverne Azurée pour un match légendaire.
Qu'on ne s'y trompe, ce n'est pas là une question rhétorique. C'est une question sincère, que je me suis posée à la fin de mon aventure. Certes, la nostalgie, me concernant tout du moins, est assez puissante et incontestablement, le jeu améliore très, très nettement la formule originale comme je le soulignais. Dans un monde cependant où existent et Pokémon Crystal Clear, et Pokémon Unbound, pourquoi s'embêter avec un hack de la toute première génération de Pokémon, aussi bien fait serait-il ?
Dès que la question fut posée, la réponse me frappa immédiatement : la simplicité, presque insultante, de cette première génération. Pokémon, des trente ans après, est devenu un jeu d'une incroyable complexité sans y paraître. Il y a maintenant près d'un millier de bestioles différentes, davantage d'attaques dont certaines accessibles uniquement en élévant des œufs aux parents particuliers, des combinaisons de types à n'en plus finir, des objets qu'on peut faire tenir aux Pokémons, des compétences passives, des méga-évolutions... Sans même aller dans les délicatesses du métajeu et ses propres règles, un joueur ou une joueuse occasionnelle a déjà largement de quoi faire. À côté de ça, Pokémon Version Bleu, Rouge ou Vert éliminent le superflu, et se concentrent sur l'essentiel. Alors certes, on peut regretter l'absence de certaines fonctionnalités plus récentes, mais on ne peut nier l'attrait de la chose. C'est alors pour ça, sans doute, que je vous encourage à revenir vers PureRGB : pour comprendre pourquoi, il y a trente ans de cela, ma génération est tombée folle amoureuse d'une souris jaune qui lançait des éclairs avec ses joues.
Les attaques ont toutes une description approfondie, de quoi peaufiner sa stratégie.L'équipe dont je me suis servi pour cet article ! Saurez-vous retrouver quelles bestioles j'ai utilisées ?