Le 1er site en français consacré à l'histoire des jeux vidéo
Actualité de l'émulation [contenu fourni par Emu-France]
Pokémon Crystal Clear
Année : 2018
Système :
Développeur : ShockSlayer
Éditeur :
Genre : RPG / Aventure
[voir détails]

Comme on pouvait s'y attendre, la communauté des joueurs de Pokémon a abondamment puisé dans ses connaissances en termes de programmation pour modifier les jeux originaux et proposer des rom hacks de différentes natures, allant de la simple modification de la difficulté, par exemple en augmentant conséquemment tous les niveaux des pokémons sauvages et des entraîneurs rencontrés, jusqu'à la création de toutes nouvelles itérations, avec leurs nouveaux « types » et leurs nouvelles régions. Récemment cependant est apparu un rom hack de la deuxième génération qui s'imposa comme l'un des tout meilleurs de sa catégorie : Pokémon Crystal Clear. Le travail fourni dans ce jeu est tel qu'il mérite un article dédié, tant il améliore notablement l'expérience de jeu et propose une nouvelle vision d'un jeu adoré du nombre.
Effectivement, la seconde génération, et notamment son épisode bonus Version Cristal, est tenue en très haute estime par les joueurs. Révolutionnant le jeu fondateur par de nombreux ajouts et proposant deux régions entières à parcourir, elle demeure aujourd'hui encore la plus appréciée de la licence. Crystal Clear propose de poursuivre cette aventure en construisant un univers s'étendant quelque quatre ans après le jeu original et en apportant son lot de nouveautés.

Les améliorations graphiques sont subtiles, comme le fait que tous les Pokémons ont à présent leur sprite consacré, mais elles améliorent conséquemment notre plaisir. Les ajouts sont également orientés vers le jeu : les fiches de nos créatures proposent à présent les DV, des statistiques habituellement cachées déterminant leur puissance, ainsi que leur taux de bonheur, qui agit sur certains cycles évolutifs et certaines attaques.

Dans ce nouveau monde, les derniers vestiges de la Team Rocket ont été parfaitement balayés. La Ligue des Quatre a été détrônée par cinq nouveaux dresseurs, avatars des concepteurs de ce Rom Hack, et a proposé une reconfiguration majeure de la façon dont les jeunes entraîneurs se lancent dans leurs périples. S'il faut toujours obtenir au moins 8 badges sur les 16 que compte le jeu pour les défier, il est à présent permis de les récolter dans n'importe quel ordre, et de mâtiner autant ceux de Johto que ceux de Kanto. Ce que propose Crystal Clear, c'est une aventure libre et ouverte de Pokémon, une idée que réclamaient les joueurs et les joueuses depuis le commencement. Partant, l'intégralité de la carte est accessible dès le début de la partie. Nul n'est besoin, à présent, d'obtenir les Capacités Secrètes comme « Coupe » ou « Force » pour débloquer les chemins menant aux prochaines étapes : les années ont passé, et des ponts ont été construits pour relier les cités, les ferrys circulent entre les places fortes, des tunnels ont été creusés sous les océans. Cela donne une impression de continuité fort bien réussie, aussi réussie tout du moins que celle à l'œuvre entre les deux premières générations originales.
Le niveau des dresseurs affrontés, partant, augmente suite à nos réussites successives (le niveau des pokémons sauvages, quant à lui, demeure fixé par zone, selon le jeu original). Si les premières arènes que l'on rencontre proposeront des Pokémons d'un niveau inférieur à 10, les dernières demanderont au moins d'être au niveau 70 pour espérer rencontrer la victoire. Toute une stratégie se met alors en place : ira-t-on tout d'abord aux arènes où l'on possède un avantage de type, pour progresser rapidement, ou bien irons-nous d'abord vers les challenges les plus enlevés, notamment l'arène de Claire spécialisée dans les dragons, pour s'épargner un futur combat délicat ? On notera que ce ne sont pas seulement les niveaux des dresseurs qui vont augmentant, mais la composition même des équipes ; et les champions d'arène n'hésiteront pas à aligner face à eux des Pokémons légendaires dans les derniers niveaux de difficulté, histoire d'offrir un challenge à la hauteur de nos espérances.

L'un des nouveaux champions, développeur du hack. Les champions d'arène, dans les derniers modes de difficulté, n'hésitent pas à envoyer des légendaires au combat...

D'ores et déjà, cette caractéristique révolutionne notablement la façon dont nous abordons la partie, mais il y a bien, bien plus ici à découvrir. L'autre point fort de cette version, c'est, justement, que tous les Pokémons de la seconde génération (soit 251 bestioles) peuvent être capturés. Les créatures habituelles, y compris les starters, sont à présent capturables dans la nature, selon les règles d'occurrences que l'on connaît bien ; les légendaires sont, généralement, à l'endroit où on les trouvait jadis, que ce soit dans la première ou la seconde génération ; même Mew et Célébi sont accessibles dans le jeu, moyennant parfois une quête secondaire entièrement nouvelle, programmée pour l'occasion. Le vice a été poussé jusqu'à introduire des PNJ qui vous propose un « échange simulé » pour faire évoluer des créatures qui exigent cette étape. Les magasins, dont le stock va augmentant avec vos victoires dans les arènes, proposent l'intégralité des TM à la vente, de même que les objets évolutifs, les Master Ball et autres sucreries jadis présents en un seul exemplaire ; même, on peut faire apprendre à nos créatures des mouvements jadis délivrés uniquement lors d'événements spéciaux organisés par Nintendo, permettant à l'ensemble de la communauté de profiter du plein pouvoir de leurs bestioles.
Il y a plus encore. Le jeu étant un cadeau offert aux fans, les options d'ergonomie ont été considérablement augmentées. On peut maintenant choisir son genre et son sprite librement au début du jeu ; une fonction de « quick reset », permettant de commencer directement une partie sans se farcir l'écran-titre est sélectionnable ; on nous propose de sauvegarder pour relancer la partie et améliorer la chance d'avoir un légendaire « shiny » avant de l'affronter ; il y a un bouton de course que l'on peut automatiser ; dans les Pokécentre, on peut demander à ne pas avoir de dialogue pour soigner plus rapidement ses Pokémons et repartir à l'aventure ; chaque créature a maintenant un sprite dédié ; j'en passe et des meilleurs.

Activer la statue d'une arène permet de la retenter dans un certain mode de difficulté. À droite, l'arène de Carmin-sur-Mer, jadis bloquée par un arbre, est à présent libre d'accès. Les capacités secrètes ne serviront ici qu'aux quêtes secondaires.

Le jeu propose ainsi l'une des plus belles, si ce n'est la plus belle aventure solitaire jamais expérimentée dans un Pokémon. Le jeu vous propose même une gamme de starters des plus intéressantes : outre les six premiers pokémons « historiques », on nous propose également des Évoli, des pré-évolutions, voire des pokémons « gimmick » comme Métamorph ou Queuleurior, le jeu nous avertissant cependant que l'aventure en découlant sera particulièrement difficile.
Le jeu étant alors tout orienté vers le combat solitaire, et la difficulté des derniers moments de l'aventure étant assez relevée, on aurait pu s'attendre à ce que l'on doive faire de l'expérience, douloureusement, pour palier le problème. Si ce sera là une étape nécessaire, bien entendu, les choses ont encore une fois été judicieusement pensées. Effectivement, une fois une arène terminée, on pourra la retenter dans l'un des seize modes de difficulté proposés, sans contrainte aucune, de quoi amasser facilement argent et expérience sans même s'en rendre compte. Il est assez d'arènes spécialisées pour trouver celle nous permettant de matraquer une attaque « super-efficace » sans mal, et à chaque fois qu'on retente le challenge, nos créatures sont automatiquement soignées, ce qui augmente d'autant plus la vitesse d'exécution.

De nouvelles zones ont été créées pour l'occasion, et elles s'intègrent particulièrement bien au reste. À droite, les magasins vendent à présent tout le nécessaire pour faire évoluer nos créatures.

En toute sincérité, il est difficile ici de trouver à redire à ce rom hack qui s'impose comme le meilleur du genre. Les ajouts sont faits avec tellement de soin qu'il est difficile souvent de déterminer ce qui fut repris de la version Cristal originale, ce qui fut ajouté, et les rares critiques que l'on peut adresser ici proviennent davantage du jeu premier que des concepteurs. Aussi, on regrettera la taille limitée de l'inventaire d'objets, qui oblige à être attentif pour ne pas se retrouver gros Jean comme devant en explorant les environnements, l'absence des « abilités », qui n'apparaîtront que lors de la génération suivante, quelques errances de gameplay qui ont été plus ou moins corrigées certes, mais qui demeurent néanmoins présentes. Surtout, on rappellera que le jeu est, pour l'heure, uniquement en anglais : cela obligera alors les fans à chercher parfois le nom d'une créature ou d'une attaque pour ne pas s'y perdre, mais avec un peu d'habitude, toutes ces scories s'oublient facilement.
Bien entendu, le jeu ne garde que la version solitaire de Pokémon, et oublie l'aspect compétitif qui fait également sa légende ; quant à l'aspect collection, s'il est facilité et encouragé, j'avoue que je l'ai laissé de côté, ayant déjà fait ma part à l'époque. Le jeu permet cependant à quiconque de s'initier à la licence, et j'encourage chacun et chacune, y compris celles et ceux ayant épuré l'original à sa sortie, à s'y essayer : avant que Game Freak ne mette la main à la patte, c'est la meilleure expérience « libre » de Pokémon que l'on peut rêver.

La forêt de Jade a été restituée dans son intégralité, alors qu'elle n'était plus que quelques buissons dans le jeu original, du fait de la place limitée de la cartouche de jeu. À droite, cet oiseau sur le toit de la centrale électrique, n'est-ce pas... ?
MTF
(06 juin 2019)
Page 27 sur 27
>>>