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Killing Cloud
Année : 1991
Système : Amiga, Atari ST
Développeur : Vektor Grafix
Éditeur : Imageworks
Genre : Action / Simulation
[voir détails]
Par JPB (11 janvier 2010)

"San Francisco n'était plus la superbe ville qu'elle avait été - et tout ça à cause des nuages biochimiques. Un jour le brouillard de la baie était arrivé sur la ville et n'avait plus bougé : il avait dû se mélanger à des gaz toxiques à un moment ou à un autre.
Le Nuage Meurtrier était arrivé.
En quelques jours, la moitié de la population était morte ou agonisante ; le reste se précipita sur les toits. La ville entière en était recouverte - le Nuage était comme suspendu, à peu près 30 mètres d'épaisseur, exterminant tous ceux qui s'en remplissaient les poumons. Il n'avait pas l'air d'être prêt à partir."

La boîte du jeu (merci au site Hall of Light !)

"Tout cela est arrivé il y a quelques années et depuis, la ville a changé - une toute autre façon de vivre s'est développée. Après le Nuage, les autorités se sont installées sur les hauteurs, construisant des passages piétons et des voies de tramways dans le ciel, au-dessus des vapeurs mortelles. On s'est vite habitué à cette vie sur les hauteurs - si on peut appeler ça une vie.
Ensuite tout a empiré. Une série d'assassinats laissa la ville sans leader et le crime se mit à fleurir. On commença même à dire que le Nuage n'était pas un phénomène naturel ; que quelqu'un avait tout arrangé pour une raison ou une autre. Mais les ressources se faisaient rares - il ne restait plus qu'une poignée de flics pour résoudre le mystère...
Et bien sûr, il fallait que je me retrouve parmi eux !"

Image issue de la documentation.

Cette introduction, tirée du manuel du jeu, met tout de suite dans l'ambiance... non ?

"Je suis un flic. Et un bon flic."

Après l'image de présentation (superbe digitalisation de la boîte du jeu), il faut choisir la langue pour passer l'inévitable protection (page x, paragraphe y, mot z de la documentation). Ensuite, on entre immédiatement dans le vif du sujet. Vous incarnez donc un policier dans un monde mortel : sans compter le Nuage, sachez que les Black Angels, qui veulent faire leur loi sur la ville, s'en prennent aux flics aussi radicalement que la bande à Boddicker dans Robocop.

L'écran d'introduction.

Détaillons, si vous le voulez bien, la première mission. Elle consiste à récupérer 3 robots de surveillance, envoyés par les Black Angels, qui patrouillent dans les quartiers de Nob Hill et de Chinatown. Deux de ces robots sont endommagés et ne serviront à rien, mais le troisième contient des informations vitales pour l'arrestation du gang. Impossible de savoir à l'avance quel est le robot utile, il faut les ramener tous les trois.

La salle de briefing.
Largage des filets et des PUPs sur Chinatown.

Donc, lors du briefing, faites un zoom sur la ville pour vous centrer sur les deux quartiers concernés. Dans chacun d'eux, demandez le parachutage de filets (ici, pour capturer les robots) et de PUPs (Pick-Up Pods, qui servent à ramener les suspects au commissariat) : lors de la mission, vous pourrez les récupérer sur place. Attention, leur nombre n'est déjà pas élevé à la base, mais en plus on ne peut pas tous les utiliser. Il faut faire preuve de discernement et de beaucoup d'économie.

Les infos sur les robots à récupérer.
Passage obligé par l'armurerie.

Enfin, c'est le passage par l'armurerie, pour prendre des munitions, du carburant supplémentaire, la combinaison de survie en cas de sortie de l'appareil... Il faut faire attention, on n'a qu'une certaine limite de poids transportable : les livres restantes sont indiquées pour savoir s'il y a surcharge ou pas. Le jet monoplace XB500 (VTOL, c'est à dire à décollage et atterrissage vertical) est très perfectionné mais ne peut pas embarquer énormément d'équipement. Même la combinaison pèse son poids, il faut en tenir compte !

Les exploits d'un chevalier solitaire dans un monde dangereux... Le chevalier et sa monture.

Une fois que le chargement des armes est effectué, il ne reste plus qu'à assister à l'animation du jet qui se tourne sur la plate-forme de décollage, puis l'arrivée du flic qui s'installe aux commandes, et enfin le portage du véhicule sur le toit du commissariat. Ensuite... Vous êtes aux commandes !

Pollution, je dis non !

Tout d'abord, même si ça paraît bête, il faut quand même mettre le contact...
Ensuite, par défaut l'appareil est en mode "hovercraft" (VTOL), ce qui permet de prendre de l'altitude simplement en levant le nez, ou au contraire de descendre en regardant vers le bas. La première chose qui frappe le joueur (et c'est voulu) c'est le Golden Gate qui dépasse à peine du Nuage, on ne voit que le haut des piliers au loin... Et c'est pareil partout, seuls les plus hauts gratte-ciel dépassent de cette brume omniprésente.

Le Golden Gate au loin...
... San Francisco dans le brouillard.

C'est pas le tout, mais il faut penser à remplir la mission : alors passage en mode "vol" (l'altitude ne change plus en fonction de l'inclinaison) et à fond les turbines vers les quartiers où patrouillent les robots. Le vol au-dessus du Nuage est calme, mais au bout d'un moment il faut bien plonger à travers pour se rapprocher du sol. Et là, c'est le jour et la nuit : on bascule aux infrarouges, car la visibilité est nulle. En utilisant le radar à longue, puis à courte portée, le but est de trouver les trois robots. Avant tout, faites un passage à l'endroit où vous avez auparavant fait déposer un des filets : en le survolant, celui-ci s'arrime à votre appareil (vous pouvez en transporter 3 simultanément), et c'est parti pour la chasse !

Et hop, on plonge sous le Nuage, vue infrarouge.
À la poursuite du premier robot.

Une fois que vous avez repéré un robot, activez le filet et lancez-le sur votre cible. Le robot est ainsi immobilisé, vous n'avez plus qu'à descendre de votre appareil pour appeler un PUP, afin qu'il vienne le ramasser et qu'il l'emmène au commissariat. Il ne vous reste plus qu'à faire pareil avec les deux autres.

Et voilà, le robot est ficelé, et un PUP approche lentement pour l'embarquer.

C'est beau, une ville sous la brume...

La première mission n'est pas trop difficile, elle met les choses en place pour la suite de l'aventure... Vous allez parcourir la ville et le Nuage au cours de 10 missions, de plus en plus difficiles, qui font avancer l'histoire petit à petit. Ainsi, au cours de la deuxième mission, vous allez devoir appréhender un suspect (Steven "Attila" Grenco) qui extorque de l'argent aux commerçants de Chinatown en échange de sa "protection". Il faut le trouver, l'arrêter grâce au filet, et le ramener au poste, mais ses complices peuvent être éliminés s'ils vous posent problème. En rentrant au commissariat, vous allez diriger un interrogatoire serré, dans lequel vous négociez des remises de peine pour qu'il se mette à table... Il est obligatoire de réussir, ou la mission suivante ne sera pas accessible !

Portrait-robot de Grenco, et sa capture.

Ensuite, ce sera le tour d'Henri "Fritz" Leclerc qui rôde dans Chinatown, puis d'Eugène "the Axeman" Cody qu'il faut attraper pendant qu'il dirige une attaque sur le commissariat n°3, dans un temps limité (avant que le bâtiment ne soit détruit). Comme vous le voyez, ça se complique.

Leclerc et Cody. Belles tronches de heu, ... non, oubliez ce que je viens de dire.

La mission suivante sera une course contre la montre pour trouver une bombe placée près d'un commissariat (sans savoir lequel), la récupérer et la jeter à l'eau en moins de 2 minutes... Ça devient franchement stressant ! Ensuite vous devrez appréhender un autre membre des Black Angels : Louis "the Converter" St Paul, et lui n'est pas une proie facile - il est un peu raide dingue. La septième mission consistera à détruire la maison de Johnny "the Fall Guy" Niagra, en train de préparer une attaque sur le commissariat n°2, pour qu'il se rende. Attention à ses complices qui sont de très bons pilotes.

Maintenant que je vois ces deux-là, je commence à regretter les autres...

La huitième mission vous fera chaperonner un camion qui transporte des munitions d'un commissariat à l'autre : les Black Angels comptent bien se les approprier, mais il faudra qu'ils comptent avec vous et une autre unité en renfort.

Protection d'un camion et de son escorte.
Quelques instants plus tard, le combat fait rage !

Lors des deux dernières missions, vous devrez faire de votre mieux pour éviter que les forces de police de San Francisco soient littéralement décimées... Arriverez-vous à mettre un terme aux agissements des Black Angels ? Le Nuage est-il lié à ces bandits ? Autant de réponses que vous trouverez à la fin du jeu...

La réalisation

Vektor Grafix a fait quelques jeux sur Atari ST et Amiga, le plus connu d'entre eux étant sans aucun doute Fighter Bomber, le simulateur de vol sorti en 1989. Leur maîtrise de la 3D n'est plus à démontrer. Avec Killing Cloud, ils mettent la barre très haut, car ils ont recréé la vile de San Francisco en entier (dans la limite des moyens de l'époque). Et c'est là à la fois un travail impressionnant et un souci terrible, car jamais une vue 3D n'avait été aussi bien faite, mais jamais une vue 3D n'avait été aussi gourmande !

Le même endroit, avec la brume puis sans.
Sur l'image de droite, la grande structure rouge clair est le socle de la Transamerica Pyramid.

Si on regarde d'un peu plus près les graphismes, on pourra se rendre compte que la partie 2D est bien réalisée, dans les tons bleus "police". Quant à la partie 3D, elle est réellement exceptionnelle : il existe déjà un grand nombre de bâtiments différents pour "meubler" le décor, mais en plus les constructions reconnaissables sont également fort nombreuses (comme le Golden Gate, la Transamerica Pyramid...) Le fait qu'il y ait cette vision infrarouge et aucun trafic donne vraiment l'impression d'évoluer dans un San Francisco dévasté. Autre fait qui peut sembler banal aujourd'hui, mais qui était réellement impressionnant : le sol n'est pas une simple surface plane sur laquelle on pose tous les objets ; non, ici, les dénivelés des rues sont également reproduits !

Quelques images du dessous du Nuage... Admirez la complexité !

Du coup, vu la quantité d'objets à afficher à l'écran, l'animation est catastrophique si on les voit tous : les développeurs ont donc prévu 3 niveaux de détail (accessibles par les touches 7, 8 et 9) ainsi que l'affichage ou pas de la brume (touche 6) uniquement lors de la première mission. Si vous optez pour sa présence, la visibilité se réduit à quelques mètres (ce qui paraît somme toute logique) et on constate un clipping impressionnant, puisque les bâtiments et autres objets sortent du brouillard gris très près du vaisseau ; par contre, l'animation reste dans les standards de fluidité des jeux 3D de l'époque sur Amiga. Demander par contre à cacher la brume fait évoluer le joueur dans une immense ville aux innombrables bâtiments, qui s'étendent à perte de vue... et l'animation affiche une image toutes les secondes (voire pire !) sur Amiga 500.
La brume est donc obligatoire à partir de la mission 2, pour permettre un jeu plus fluide lors des missions plus mouvementées.

Vue du jet XB500 sous le Nuage.

Le son est standard. Honnêtement, si les bruitages sont simples mais reconnaissables (puissance des moteurs, explosions, alertes...), je trouve que la musique aurait pu être mieux travaillée, David Whittaker nous avait habitués à mieux (Shadow of the Beast, Archipelagos...)

Killing Cloud n'est pas à proprement parler une simulation, déjà parce que le véhicule qu'on pilote n'existe pas, ensuite parce que le modèle de vol est simplifié à l'extrême. Cependant, le pilotage est bien pensé, puisqu'une croix indique toujours la position dans laquelle on se déplace, ce qui permet de tenir compte de l'inertie. Par ailleurs, il faut connaître les touches qui servent pendant le jeu, il y en a une bonne vingtaine : ce n'est pas excessif mais c'est plus que dans un simple jeu d'action. On trouve parmi elles les traditionnelles vues avant, arrière, de côté, ainsi qu'une vue extérieure et une vue de poursuite. On se retrouve bien en terrain connu des amateurs de simulateurs de vol.
Il faut également se rappeler des procédures : toujours sortir de l'appareil pour lire les droits aux suspects capturés et appeler le PUP. Donc penser à la combinaison pour ne pas mourir asphyxié. Du coup, prendre moins de munitions à cause du poids limité de l'appareil, mais c'est peut-être dangereux en cas de mauvaise rencontre. Et ainsi de suite...

J'ai percuté un immeuble...
... alors je suis mort, et c'est peut-être aussi bien !

Voilà un jeu original, à la réalisation soignée, qui change des simulations habituelles et propose des combats aériens sur fond d'enquête policière. Il n'a eu aucune récompense par la suite... C'est bien dommage. Il en méritait, ne serait-ce que par la complexité de la scène 3D, exceptionnelle pour l'époque. Une prise en main agréable et une profondeur intéressante achèvent le tableau, Killing Cloud vaut vraiment le détour.

Kiling Cloud fut testé :
- dans le Tilt n°91 de Juin 1991 (Hits, 15/20) ;
- dans le Gen4 n°31 de Mars 1991 (Gen d'Or, 91%).

JPB
(11 janvier 2010)
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