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F/A-18 Interceptor
Année : 1988
Système : Amiga
Développeur : Intellisoft
Éditeur : Electronic Arts
Genre : Simulation
[voir détails]
Par JPB (02 novembre 2009)

J'ai découvert ce jeu lorsque j'ai acheté mon Amiga. Auparavant, sur mon Atari ST, je jouais à Falcon (que j'ai aussi récupéré par la suite sur Amiga). Pourtant, malgré une simulation plus poussée, Falcon ne m'amusait pas autant que F-18 Interceptor, pour des raisons diverses que je serais bien en peine de vous expliquer.

La boîte du jeu (merci au site Hall of Light !).

F-18 est donc plus vieux d'un an que son principal concurrent, et on le sait en informatique, un an c'est énorme, encore qu'à l'époque les technologies évoluaient moins vite que maintenant. Mais le but de ce petit article n'est pas de faire une quelconque comparaison entre F-18, Falcon, F-16 Combat Pilot, Fighter Bomber, ou d'autres jeux plus ou moins axés simulation sortis par la suite sur Amiga. Non, je veux simplement partager avec vous les souvenirs que me procuraient ce jeu, le pilotage d'un chasseur comme dans Top Gun, le film culte de l'époque.

You're clear to takeoff !

Quand on démarre le jeu, une belle image de présentation apparaît. S'il y a 1 Mo de RAM dans l'Amiga, une musique se fait entendre, qui justement, rappelle un peu celle de Top Gun Anthem (par H. Faltermeyer et Steve Stevens). Ce n'est pas une coïncidence : Bob Dinnerman a demandé à Dave Warhol de composer une mélodie qui rappelle celle du film. Le résultat est très agréable à entendre. Aux premières notes, j'ai le souvenir du jeu.

L'écran d'introduction.

Au bout d'un petit moment de chargement, on arrive aux crédits du jeu, puis au menu.
Pour la petite histoire, apprenez que Bob Dinnerman a programmé quelques années plus tôt le mythique Discs of Tron pour le compte de Bally/Midway, et qu'il s'impliquera par la suite dans la série des Jetfighter sur PC).

Les crédits, et le menu.

Le plus simple pour commencer, c'est de demander un vol libre sans ennemis. On peut alors commencer depuis 3 aéroports autour de la baie de San Francisco, qui sont bien connus de ceux qui ont auparavant volé avec le vénérable Flight Simulator II de Sublogic : San Francisco International Airport, Oakland International Airport, San Jose International Airport. On peut aussi décoller du porte-avions USS Entreprise, qui mouille à 20 miles nautiques des côtes.

Petit détail amusant : en choisissant le 0, qui n'est pas proposé, l'avion se retrouve dans l'herbe, sur l'emplacement de la Edwards Air Force Base, mais qui n'a finalement pas été ajoutée dans le jeu par manque de temps.

Le F-16 à gauche, et le F-18 à droite.
Cliquez sur une image pour une version plus grande.

Pour ce vol libre, il est possible de piloter soit le F-16 Falcon, soit le F-18 Hornet, dont les performances sont très proches dans ce jeu. Dommage : contrairement à Top Gun (ou à Nimitz : retour vers l'enfer), on ne pilote pas de F-14 Tomcat, aux ailes orientables... Quelle gueule il a cet avion ! Mais bon, c'est déjà pas si mal : les deux appareils du jeu sont relativement connus. Personnellement, j'aurai toujours une préférence pour un appareil qui a deux moteurs plutôt qu'un seul, mais ce paramètre n'est pas géré ici...

Les liens vers les avions, au paragraphe précédent, vous emmèneront vers un site proposant fiches techniques, plans, et de nombreuses photos.

L'appontage

En dehors du fait qu'il est amusant et instructif de regarder les figures aériennes réalisées par l'ordinateur, puis de les reproduire en suivant l'avion de l'instructeur, cette partie du jeu n'est pas essentielle à la suite. L'épreuve qui permet de commencer les missions proprement dites, c'est de réussir un appontage sur l'USS Entreprise.

Quand faut y aller...
Vue arrière au décollage...

Dans cette mission, rien de plus facile (en théorie du moins) : il suffit de décoller, de faire un petit cercle ou un petit looping, et d'apponter. Mais voilà : même si F-18 est un jeu d'action et pas une vraie simulation, un appontage c'est tout de même délicat.
Tout d'abord, il faut viser le bout du pont du porte-avions, où se trouvent les câbles qui se prennent dans le crochet d'appontage ; ensuite, ce fameux crochet, il ne faut pas oublier de le sortir, ou c'est le plongeon assuré. Pour finir, il faut arriver ni trop vite, ni trop doucement, sous peine de se crasher sur le pont (ou de s'abîmer contre la coque du navire).
En général, avec les aérofreins, le train d'atterrissage et le crochet d'appontage sortis, en mettant entre 50 et 60 % de la puissance, ça doit être bon ; ensuite il faut être très doux avec le manche et ne surtout pas faire de mouvements brusques. De petites corrections de cap et d'altitude, et si vous êtes concentré y'a pas de raison que ça rate !

Un petit tour en regardant sur le côté...
... et on se remet dans l'axe pour apponter.

Dit comme ça, ça paraît insurmontable. Mais je vous promets que c'est tout à fait faisable. Le jeu autorise des erreurs de pilotage qui feraient dresser les cheveux sur la tête d'un vrai pilote... Comme je le disais un peu plus tôt, F-18 n'est pas une simulation, mais un jeu d'action axé simulation. Pour ceux qui connaissent, il est bien plus proche d'un HawX que d'un Lock On : Modern Air Combat...

Un petit tour en regardant sur le côté...

Donc une fois que vous avez réussi à apponter, le jeu débloque la première des 6 missions : l'interception.

Petite remarque que j'avais découverte en lisant Nimitz, retour vers l'enfer, de Martin Caidin, dont a été tiré le film éponyme : quand je jouais à F-18, j'appontais et je coupais les gaz pour m'immobiliser sur le pont, ça me paraissait logique (on se pose et on coupe le moteur, comme sur une piste normale, quoi). Mais dans la réalité c'est tout le contraire : lors d'un appontage, au moment où les roues de l'avion touchent le pont, le pilote doit mettre la post-combustion à fond. En effet, si pour une raison ou une autre le crochet ne se prend pas correctement dans les câbles, c'est la seule chose qui permettra à l'avion de pouvoir redécoller sans s'abîmer dans l'océan. Vous imaginez la résistance de ces câbles qui freinent un avion de plusieurs tonnes, lancé à pleine puissance ?

La zone d'opérations

Je ne vais pas me borner à vous montrer les 6 missions une par une. Sachez cependant que votre tâche sera tout d'abord de faire une reconnaissance pour savoir si les points radar apparus au nord de la baie sont amis ou ennemis, et de les intercepter s'ils sont ennemis. Vous devrez aussi protéger l'avion présidentiel Air Force One d'une attaque de Migs, et sauver un pilote en détresse tombé à la mer. On vous demandera aussi de détruire un missile air-sol qui se dirige à toute vitesse vers la ville... Bref les missions sont assez originales, même si elles sont peu nombreuses.

La Baie de San Francisco dans le jeu.
Vue aérienne, cliquez pour une version plus grande.

Pour combattre les terroristes, vous aurez à disposition des missiles AIM-9 Sidewinder, des AIM-120 AMRAAM, et au canon la mitrailleuse M-61 Vulcan. Si on vous tire dessus, des contre-mesures radar et infrarouge (chaff / flares) sont à bord.

En approche de l'incontournable Golden Gate.
Les locaux d'Electronic Arts !

Le jeu est bien pensé, dans le sens où il reproduit un lieu connu par la plupart des gens, avec les moyens de l'époque bien entendu : la baie de San Francisco. Du coup, on a plaisir à voler tranquillement hors missions, pour jeter un coup d'œil à Alcatraz, ou faire ce que tout pilote de chasse sur ordinateur a fait une fois dans sa vie : passer à fond sous un pont (et ici, entre le San Francisco - Oakland Bay Bridge, le Hayward - San Mateo Bridge, ou le Golden Gate Bridge, vous serez servis).

À fond la postcombustion sous le Oakland Bay Bridge !
La Sutro Tower, je m'étais toujours demandé
ce qu'était ce gros pylône...

Peu de bâtiments sont reproduits, mais on reconnaît bien quand même la Transamerica Pyramid, le 555 California Street, la Sutro Tower du côté de Twin Peaks, quelques autres buildings un peu partout... et les locaux d'Electronic Arts à San Mateo !

Le 555 California Street à gauche, la Transamerica Pyramid devant.
Au loin le Golden Gate, et la petite île d'Alcatraz sur la droite.

Bref, la baie de San Francisco est aussi bien reproduite qu'il était possible. On verra plus tard qu'on peut faire mieux sur Amiga (dans Killing Cloud par exemple) mais au prix d'une nette baisse de l'animation.

La réalisation

Je vous ai déjà parlé de la concordance entre les lieux réels et ceux disponibles dans F-18. Comme vous avez pu le voir avec les captures, les objets 3D sont simples mais reconnaissables. On est loin de la reproduction de San Fierro dans GTA San Andreas, mais on n'avait pas les mêmes machines non plus... Les avions sont eux aussi réalisés avec peu de polygones, mais on les reconnaît. En tout cas même avec de la mauvaise volonté, il est impossible de se tromper entre le F-16 et le F-18. Quelques autres objets sont présents dans le jeu, comme les Migs ou les gros avions de ligne, ils sont eux aussi fidèles aux vrais.

Le Boeing 707 Air Force One du Président qui, grâce à mon intervention, atterrit sain et sauf.

L'animation est très bonne, vu qu'il y a peu d'objets en même temps à l'écran. L'impression de vitesse est suffisamment bien rendue quand on vole à basse altitude, on s'amuse bien à frôler le sol (j'adore quand, en vue extérieure, on voit l'appareil qui se rapproche de son ombre à la surface de l'eau...) Les combats aériens sont suffisamment fluides pour qu'on se prenne au jeu, les Migs ennemis sont assez retors et se battent bien.

Les vues sont classiques, haut/bas et rotation à 360° dans la cabine, quelques vues extérieures autour de l'avion, et une vue depuis la tour de contrôle la plus proche.

Cible verrouillée, Sidewinder lancé.
Un bandit de moins !

Le son est assez sympa. On ne peut pas dire qu'il soit exceptionnel, surtout sur Amiga, on reste dans le très classique, avec les bruits des tirs, des explosions, et des alarmes peu de temps avant un danger. Par contre, dans le bruit des réacteurs il y a par moment des effets de distorsion qui flattent l'oreille (il semble que les sons des moteurs soient échantillonnés depuis... Top Gun !) et le rendent très réaliste. Bob Dinnerman s'est vraiment battu pour que le bruit des moteurs ne soit pas un simple fond sonore monotone.
Le petit détail qui tue : le passage du mur du son, avec petit effet visuel et sonore...

Les commandes sont très simples. On retrouve les directions habituelles au joystick (avec le bouton pour tirer), et les traditionnelles commandes du palonnier sur deux touches (; et :). Les touches de fonction servent à la puissance, le G pour le train d'atterrissage et le Q pour le crochet d'appontage. Avec ça c'est suffisant, les autres touches sont plus anecdotiques (Shift + F pour larguer un module de survie et Shift + E pour s'éjecter). Comme l'avion est très maniable, avec un peu d'inertie, on se plaît vraiment à piloter, en mission ou sans but précis. C'était le but de Bob Dinnerman, qui voulait vraiment un jeu où on pouvait rapidement prendre en main l'appareil.

Le pilote aux commandes...
... et sans les commandes.

Il existe un bug lors de la dernière mission, dans laquelle il est impossible de couler un sous-marin ennemi. Je l'ai constaté moi-même, on peut tirer sur le sous-marin mais rien n'y fait. Lors de son interview en 2004, Bob Dinnerman explique que normalement, même s'il n'y a pas d'effet d'explosion, le bâtiment ennemi est quand même détruit, et qu'une fois toutes les cibles anéanties il faut retourner à la base pour valider la mission. "Je m'excuse pour cette défaillance de mon cerveau, il y a 15 ans !" termine-t-il.

En conclusion, F/A-18 Interceptor est un excellent jeu. Les simulateurs de vol sortis plus tard sur Amiga seront plus beaux, plus complets (rappelez-vous Birds of Prey et ses 40 avions !) mais je garde celui-ci en tête pour les bons souvenirs que j'ai passés en sa compagnie, grâce à son modèle de vol simple et efficace et sa facilité d'utilisation.

F/A-18 Interceptor fut testé :
- dans le Tilt n°57 de Septembre 1988 (Hits, 17/20) ;
- dans le Gen4 n°5 de Septembre/Octobre 1988 (Gen d'Or, 92%).

F/A-18 Interceptor reçut les prix suivants :
- le Tilt d'Or 1988 du Meilleur simulateur de vol ;
- le Tilt de Bronze 1988 de la Meilleure animation ;
- le 4 d'Or 1988 du Meilleur simulateur de vol.

JPB
(02 novembre 2009)
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