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Earthbound
Année : 1994
Système : SNES
Développeur : Ape
Éditeur : Nintendo
Genre : RPG

ATTENTION : cette page dévoilera des moments cruciaux de l'aventure, même si ces parties n'en traitent pas de façon directe. Soyez donc prévenus : l'ignorance est bénie, comme disait l'Évangile.

Une rapide biographie de Shigesato Itoi

Shigesato Itoi. La biographie suivante est une traduction de la page du Wikipedia anglais qui lui est consacrée.

Shigesato Itoi est né le 10 Novembre 1948 à Maebashi (Japon). C'est une figure culturelle des plus influentes dans l'archipel, reconnu pour ses travaux d'écriture, ses chansons et son site Hobo Nikkan Itoi Shinbun, « Les nouvelles pratiquement quotidiennes d'Itoi », ouvert en 1998 et qui, tous les jours ou presque, propose un nouvel article contant ses préoccupations philosophiques ou la vie de son chien, Bouillon.
S'il est connu outre ses essais et son travail en tant que publicitaire, c'est qu'il a prêté sa voix au personnage de Tatsuo Kusakabe, le père de Mei et Satsuki dans le film de Miyazaki Mon voisin Totoro, et a participé en qualité de juge à des émissions télévisées japonaises telles que Iron Chef (une émission culinaire) ou Hey! Spring of Trivia (émission de variétés).

Explication des titres Mother et Earthbound

Cela a été dit au début de cet article : le titre japonais de Earthbound est Mother 2. Si le chiffre s'explique dans la mesure où il s'agit de la suite du premier Mother, il est bon ici de parler plus en détail de la raison pour laquelle ce titre a été choisi.

Ces écrans-titres sont issus, pour les deux premiers, de la compilation Mother 1+2 sur GBA, exclusivement sortie au Japon.

Les « mères » sont des personnages très importants au sein de cette série. Ce sont, avant toutes choses, les mères des personnages principaux, soit parce qu'elles connaissent des fins particulières, soit parce que leur seule présence ou absence influe profondément sur le jeu. Dans Earthbound ainsi, une altération d'état que peut seul connaître Ness est homesick, soit le « mal du pays » ; cela se traduit par une chute de ses statistiques, voire par une impossibilité, de temps à autres, d'attaquer un adversaire. À nouveau, rien de plus « terre à terre » que cela : imaginez-vous partir, du jour au lendemain, pour une grande quête qui vous conduit à des kilomètres de votre foyer. Vous n'avez qu'une dizaine d'années ; votre mère ne vous manquerait-elle pas ? Le seul moyen de guérir cette altération est donc de passer un coup de fil à sa maman, ou encore de revenir chez soi pour passer la nuit dans notre bon lit. Cela n'a l'air de rien ; mais de façon insidieuse, cela vous invite à considérer de plus près les émotions de vos petits personnages de pixels.
Les mères sont également des personnages précieux pour le tout premier épisode de la série Mother, au point même que l'on peut parler d'élément nécessaire de l'intrigue ; mais je n'en dirai pas plus ici. Le mot « mère » peut également se comprendre de façon métaphorique ; et en comparant ce titre avec celui de Earthbound, qui se comprend littéralement comme « lié à la Terre », on peut comprendre que la « mère » dont il est ici également question désigne également Gaïa, soit la divinité personnalisant notre planète. La quête d'Earthbound peut en effet se résumer par la recherche d'un certain nombre de points telluriques possédant un lien très fort avec cette divinité, qui se trouverait alors en danger à cause d'une mystérieuse menace. Il est charmant dans tous les cas qu'un mot aussi beau serve de titre pour de si belles aventures.

Présentation générale des personnages principaux

Il fallait bien une partie comme celle-ci. En effet, contrairement à un certain nombre de jeux de rôle qui vous demandent souvent de confectionner une équipe parmi plusieurs compagnons, Earthbound vous mettra aux commandes de quatre personnages seulement, qui vous rejoindront au fur et à mesure de l'aventure et qui même, parfois, seront les héros d'un chapitre ou l'autre de celle-ci. À nouveau, c'est là un moyen intelligent de faire en sorte que le joueur s'attache profondément à ces avatars.
Voici une présentation plus ou moins précise des personnages en question. Cette partie n'approfondira pas leur histoire, mais plutôt leurs capacités ; elles peuvent être en effet assez obscures si l'on néglige de lire les nombreux dialogues. Considérez alors ce qui suit comme une façon de « guide pratique » permettant de s'y retrouver.

Ness

Bien évidemment, son nom « officiel » (car il est possible de renommer tous ces personnages au début du jeu selon votre bon vouloir) est une anagramme de Snes, clin d'œil sympathique à l'initié. Il s'agit, comme vous aviez déjà dû le deviner, du héros principal de cette aventure. Portant sempiternellement un short bleu, une casquette rouge et un maillot rayé, ses armes de prédilection restent la batte de base-ball et le yoyo. Capable d'utiliser des sorts offensifs ou de soutien, son histoire est plus que jamais liée à celle du monde qu'il arpente.
Ce sera également le seul des personnages principaux à ne pas prononcer la moindre parole au cours du jeu. Ce n'est pas pour autant qu'il ne sera pas animé d'émotions ; j'ai déjà parlé plus haut du statut homesick, mais il faut le voir rougir ou être étonné. Il est fou de constater qu'avec quelques carrés de couleur, un monde de sentiments peut s'ouvrir à vous.

Paula

Paula sera la première amie que vous rencontrerez au cours de votre aventure. Animée de pouvoirs psychiques dès sa plus tendre enfance, elle est capable de rentrer en communication télépathique avec des gens particuliers dont Ness, comme vous pouvez vous en douter. Elle est un rien plus jeune que ce dernier, et se balade souvent avec un ours en peluche rose aussi grand qu'elle ; et si elle sait se servir de poêles à frire pour combattre, il faudra mieux mettre à profit ses pouvoirs spéciaux et notamment ses sorts de soin.
J'ai parlé plus haut de la commande « Prier » ; c'est Paula qui sera capable de l'utiliser et ce de façon exclusive. Qui prie-t-elle ? On ne le sait. Ce qui est sûr, c'est que celui, ou celle, qui l'écoute ne reste pas insensible à ses plaintes. Seulement, les effets produits varient du tout au tout : autant ils peuvent affecter agréablement vos compagnons, les soigner de leurs blessures et de leurs altérations d'état, autant ils peuvent au contraire les blesser et réciproquement concernant vos ennemis. Un pouvoir mystérieux, à n'en point douter.

Jeff

Jeff est un garçon timide et réservé, mais qui n'hésite pas à tout sacrifier pour ceux qui comptent à ses yeux. Il possède une intelligence hors du commun, et passe son temps libre à réparer et améliorer des objets anodins, des crayons ou des ciseaux pour en faire des armes mortelles. Au cours de l'aventure, précisément, il trouvera ci et là des objets brisés, distordus, incapables de fonctionner. Mais si l'inspiration lui vient, la nuit, alors que ses amis s'endorment, peut-être alors pourra-t-il réparer ces instruments et en faire de puissantes armes.
Si Jeff, tout comme Paula, ne saurait compter sur sa force physique, ni sur sa force psychique car ne possédant pas ces capacités surnaturelles, il pourra en revanche faire confiance à son intelligence et sa maîtrise des armes à distance pour progresser au sein de cette belle aventure.

Poo

Peu de choses sont connues de Poo. Venu d'un pays lointain, si lointain qu'aucun chemin n'y mène, il semble s'être entraîné toute son enfance pour rejoindre les rangs de Ness, Jeff et Paula. Portant un kimono blanc et ayant le crâne pratiquement rasé, il possède les mêmes pouvoirs étranges dont je parlais plus haut, mais peut du reste copier l'apparence et les capacités de ses ennemis.
Qui est-il ? D'où vient-il ? Cela, il vous faudra le découvrir.

Pourquoi le jeu n'a-t-il pas marché ?

C'est la question que je voudrais ici aborder, car elle me semble intéressante. Comme vous avez pu le voir, le jeu possède des qualités indéniables ; et même si certains de ses aspects, nommément ses graphismes, ne sauraient attirer les curieux, cela ne suffit pas pour expliquer parfaitement ce pourquoi le jeu fut un échec commercial. Les critiques furent pourtant unanimes pour glorifier le jeu, et Nintendo mit les petits plats dans les grands pour sa promotion, malgré le fait que le genre du jeu de rôle était alors peu goûté des joueurs américains et sa sortie tardive dans l'histoire de la console : le jeu était vendu en effet avec un guide de près de cinquante pages agréablement composé, avec non seulement une pseudo-solution du jeu, mais aussi de fausses coupures de presse, des photographies montrant tous les personnages du jeu en pâte à modeler (l'on pouvait même acheter certaines de ces figurines dans les grands magasins), etc. bref, un plumage qui valait bien son ramage.
En revanche, là où le bât blessa, ce fut concernant les campagnes de publicité papier et télévisuelles. Disons-le tout de go, ce fut un désastre. S'il devait y avoir dans le dictionnaire une image illustrant le terme « mauvais goût », nul doute que l'on montrerait la campagne de pub d'Earthbound. Le slogan choisi par ces messieurs du marketing fut simple : This game stinks! (« Ce jeu pue », mais qui se comprend comme « Ce jeu, c'est de la daube ! »). En effet, l'un des nombreux adversaires du jeu est un tas de vomi ambulant. Personnage récurrent ci et là mais, finalement, peu important comparé à d'autres, il fut cependant élu comme symbole du jeu lui-même. Sans doute les commerciaux espéraient toucher une certaine frange de la population des joueurs, les adolescents à la « Denis la malice », les mêmes qui achètent ces bocaux de fausse morve et aiment à emballer des crottes de chien dans des sacs à papier, les enflammer sur les perrons et attendre, un sourire narquois aux lèvres, que leur professeur de latin les écrase d'un pied vengeur. Mais si c'était le tout ! La publicité était traversée de bas en haut par une traînée verdâtre que l'on pouvait gratter, ce qui dégageait une odeur pestilentielle. Ouvertement, ils ne virent que le côté « potache » du jeu. Toutes les publicités proposées dans les magazines étaient du même ordre.

Si encore la publicité télévisuelle rattrapait le coup ! Hélas, ils durent la confier à la petite sœur du cousin du voisin du frère du chef de l'équipe communication de Nintendo of America. La vidéo montre en effet, pendant une trentaine de secondes, un montage des dix premières minutes du jeu, c'est-à-dire où l'on voit le personnage principal marcher sur une colline, obtenir un premier objet de soin, traverser une grotte et vaincre par « Auto-Win » un ennemi. On ne voit donc absolument pas une ville, un véritable combat ou quoi que ce soit d'intéressant. Et pendant que ces images d'une platitude absolue défilent invariablement, une voix off surexcitée nous parle, hors d'haleine, d'une aventure épique et du sort du monde.
Comme je l'ai dit, les graphismes, vus de loin, ne sauraient être un argument de vente. Il est donc impossible que la publicité ait suscité une curiosité quelconque. J'avoue ne pas avoir compris encore pourquoi cette campagne télévisuelle fut bâclée à ce point. Besoin de ne pas faire de l'ombre à un autre jeu ? Manque de temps ? Les bras m'en tombent, mais il est certain que cela ne l'a pas aidé à se faire connaître.

Pourquoi le jeu n'était-il pas sur Virtual Console ?

Une autre curiosité reste le fait que le jeu a mis énormément de temps avant d'être disponible sur la Virtual Console de Nintendo. Que l'on ne se méprenne : ce n'est pas que Nintendo s'attendait à ne point en vendre. Comme je l'ai dit, le jeu connaît un certain engouement depuis l'apparition de ses personnages dans la série des Super Smash Bros. ; et du reste, Mother 2 n'était pas même disponible sur la console virtuelle nippone. Ce qui se passait en réalité concernait des questions de violations de copyright, qui causèrent problèmes à l'époque.
Ces problèmes touchaient trois niveaux du jeu : tout d'abord les graphismes. Ceux-ci, cependant, ne sauraient réellement être un ennui car ils furent justement corrigés lors de la série américaine du jeu. Cela toucha, en vrac, la croix rouge de la fameuse association ôtée des hôpitaux ou encore un logo rouge et blanc qui ressemblait, vaguement, à celui d'une fameuse marque de soda. Ensuite vinrent les textes, et là encore les choses furent corrigées. Un lieu s'appelait alors la Grateful Dead Valley et fut rebaptisé Peaceful Rest Valley ; un engin volant s'appelait le Sky Walker, il fut appelé en Amérique le Sky Runner (dommage qu'ils n'aient pas osé le Star Killer) ; certains personnages chantaient des célèbres morceaux des Rolling Stones ou des Beatles.

À gauche, le camion dans Mother 2. À droite, le même dans Earthbound.

Mais là où cela devenait plus grave aux yeux de la propriété intellectuelle, c'était au plan des musiques. Shigesato Itoi est un gros, gros, gros fan des Beatles, à tel point qu'il n'a pu s'empêcher de demander à Keiichi Suzuki, concepteur des musiques, d'intégrer quelques riffs de célèbres chansons. Le thème de Dungeon-Man, dont je parlais plus haut, est directement issu du Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band ; la mélodie quand on se réveille d'une nuit dans un hôtel est clairement une reprise de Good Morning Good Morning ; et quand on rentre dans un certain lieu, vers la fin du jeu, l'on reconnaît les trompettes d'ouverture, jouant la Marseillaise, de All you need is love. D'autres musiques encore s'inspirent des Who, des Doors ou encore des Pink Floyd. Si l'on peut penser qu'il s'agit, ponctuellement, d'une coïncidence malheureuse, reste que le tout additionné, l'on peut comprendre que Nintendo fût un peu frileux.
Il faut noter que Mother, sur Famicom, connaît les mêmes ennuis, mais peut-être davantage encore concernant les graphismes : l'on sait que Nintendo of America interdisait aux jeux d'avoir des références à la violence, à la nudité ou encore à la religion. Hors l'on parcourt dans ce jeu des églises aux nombreux crucifix et l'on affronte des zombies à la chemise tachée de sang ou des corbeaux arborant fièrement une clope au bec. La compilation Mother 1 + 2 sur Game Boy Advance corrigea tous ces points, mais les musiques restèrent telles quelles... à croire que Mother aime à jouer avec les nerfs des censeurs et de la justice, restant fidèle jusqu'au bout des pixels à son esprit libertin.

Chut ! C'est un secret !
MTF
(18 juillet 2011)
Sources, remerciements, liens supplémentaires :
- Les informations concernant la campagne de publicité et les violations de copyright proviennent du site Earthbound Central.

- Certains screenshots proviennent du site Starmen.
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