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Innsmouth et Lovecraft
JPB est l'un des plus lovecraftiens de nos rédacteurs et il se livre ici à l'analyse de trois jeux inspirés de H.0P. Lovecraft, plus particulièrement du Cauchemar d'Innsmuth, une de ses nouvelles les plus inspirées. Avec ça, vous ne mangerez plus jamais de poisson sans vous poser de questions sur vos origines !
Par JPB (15 janvier 2024)

S'il existe un personnage fictif vraiment mystérieux, connu de tous ceux qui aiment la science-fiction, c'est certainement Cthulhu. Pourtant, personne ne sait à quoi il ressemble réellement. Lovecraft qui l'a inventé (et même rêvé) le décrit dans plusieurs de ses nouvelles, notamment L'Appel de Cthulhu, mais voilà : ses descriptions sont volontairement vagues : ce serait une immense créature, mélange de pieuvre, d'humain et de dragon ; et tout ce qu'il a dessiné, c'est un croquis représentant une petite scuplture de Cthulhu, pas le "vrai". Dans ses nouvelles, les personnages qui le voient tombent en général dans les pommes ou deviennent fous devant "l'indicible", et le lecteur reste sur sa faim.

De nos jours, c'est tout le contraire. Des dessins de Cthulhu, il y en a de toutes les sortes, et forcément, chaque dessinateur pioche dans son conscient - voire son subsconcient - pour arriver à le dessiner. On le voit même en version kawaii, ce qu'il ne suggère pourtant pas ! Vu cette déferlante, je ne vais pas aller jusqu'à dire qu'il est devenu une icône de la culture pop, mais comme pour le Seigneur des Anneaux, il est certain que bien plus de gens en ont au moins entendu parler de nos jours qu'il y a encore une quarantaine d'années. Et du coup, ces mêmes gens ont entendu parler de Howard Philipps Lovecraft, et certains ont découvert plus attentivement ses récits.

Entre l'esquisse de Lovecraft et la peinture de François Baranger (d'autres œuvres ici), il y a une sacrée
différence ! Cliquez sur une image pour une version plus grande.

Je ne compte pas ici raconter la vie de H.P. Lovecraft. Sa biographie est dispo sur Wikipedia, et Laurent en a fait un excellent résumé dans son article sur Alone in the Dark. Je me contenterai de dire qu'il a écrit de nombreuses nouvelles, et surtout que son influence a été immense pour de nombreux romans (certains de Stephen King par exemple), films, jeux de rôle... qui n'hésitent pas à utiliser son univers. Si le mythe de Cthulhu est, quelque part, la pierre angulaire des écrits de Lovecraft, cet écrivain a créé bien d'autres créatures, objets (comme par exemple les livres maudits, dont le plus célèbre est le fameux Necronomicon) et lieux : Arkham, l'Université de Miskatonic, Dunwich... et Innsmouth.

 

Innsmouth : son poisson, sa décrépitude, son cauchemar

J'ai lu la plupart des nouvelles de Lovecraft, j'aime beaucoup ce qu'il a créé et cette façon "scientifique" de raconter les faits ; une des histoires qui m'a le plus plu, c'est Le cauchemar d'Innsmouth. Pourquoi ? ... Je ne sais pas, en fait. Je vais vous en raconter le début, pour que vous puissiez comprendre les références qu'elle apporte.

Joe Sargent, dessiné par Gou TANABE.

Le narrateur est Robert Olmstead, et il relate ce qui s'est passé des mois plus tôt. À l'époque, jeune homme qui vient de fêter sa majorité, il se rend à Arkham pour découvrir à la fois ses origines généalogiques, et découvrir l'architecture de cette partie de la Nouvelle-Angleterre. Arrivé à Newburyport, et embêté par le prix du billet de train, l'employé de la gare lui apprend qu'il est possible de se rendre en bus à Arkham en passant par Innsmouth, et que le trajet sera bien moins cher. Il donne des détails surprenants à propos de cette ville et de ses habitants, mais conclut en disant que le jeune homme ne risquera rien tant qu'il s'y promène de jour. Du coup, Robert décide de faire ce trajet le lendemain. En attendant, il visite le musée de Newburyport, dans lequel est exposée une étrange tiare provenant d'Innsmouth ; cette tiare fascine le jeune homme.

Le lendemain matin, quand le bus brinquebalant arrive, Robert est le seul à y monter. Il a le temps de voir que les préjugés des habitants sur l'apparence de ceux d'Innsmouth ne sont pas exagérés : le conducteur, Joe Sargent, a des yeux globuleux qui ne cillent jamais, une peau rugueuse, des plis au niveau du cou, et sa démarche est étrange, en partie due à des pieds démesurés. Robert paye, et le bus part. En arrivant à Innsmouth, il aperçoit d'abord un immense promontoire avec, construit tout en haut, un manoir (paraît-il source de nombreuses légendes) ; puis il aperçoit au pied des falaises la ville d'Innsmouth proprement dite, qui s'étale sur des dimensions respectables. Même de loin, la ville semble dans un état pitoyable : maisons plus ou moins en ruines, toits effondrés, fenêtres condamnées... La dernière chose que Robert distingue, c'est le fameux Récif du Diable, un peu au large.

Le bus traverse la ville, passe devant la salle de l'Ordre Ésotérique de Dagon (ou OED), que la conservatrice avait mentionné la veille, et Robert semble y apercevoir un personnage qui le saisit d'horreur... mais au bout de quelques instants il doute de ce qu'il a vraiment vu. Le bus arrive finalement à destination, sur une place où se trouve l'hôtel que les gens avaient mentionné : l'hôtel Gilman. Robert descend du bus et s'y rend pour déposer sa valise, puis décide au contraire de commencer à se promener dans la ville pour y faire ses recherches. Il croise très peu de gens, dont la plupart ont le même aspect (qu'il trouve répugnant) que le chauffeur du bus, et qu'il finit par appeler "le masque d'Innsmouth". Seul un jeune commis, travaillant dans une épicerie mais natif d'Arkham, lui donne des informations supplémentaires et lui fait même un croquis des rues de la ville, pour que Robert puisse s'y déplacer en évitant les lieux peu recommandables. Ainsi, en attendant le soir pour repartir en bus, Robert déambule dans Innsmouth, y rencontre l'ivrogne Zadok Allen et apprend des choses... qu'il aurait peut-être mieux valu ne pas savoir.

Innsmouth, toujours dessinée par Gou TANABE. Je trouve que son style fait merveille pour illustrer ce genre
d'histoires. Bien entendu, c'est SA vision qu'il dessine, vous trouverez des dizaines d'autres visions
de la ville sur Internet. Cliquez sur l'image pour une version plus grande.

Je n'en dis pas plus, pour ne pas vous gâcher la surprise que vous pourriez avoir si vous ne connaissez pas cette histoire (vous trouverez ici la version .pdf, plus d'excuse pour ne pas la lire !).

Une dernière remarque, vu qu'ici on parle principalement de jeux vidéo. Des titres qui se sont inspirés de l'univers de Lovecraft (principalement le mythe de Cthulhu, mais pas que) sont plus nombreux que vous pourriez le croire. Un des premiers est une production Infocom, célèbre pour ses jeux textuels, du nom de The Lurking Horror. Sur Amiga et Atari ST, on avait The Hound of Shadow, qui était une petite claque visuelle pour ses images d'ambiance. Par la suite, on a vu fleurir sur PC des point'n click tels que Alone in the Dark, Shadow of the Comet (qui se déroule à... Illsmouth !) ou Prisoner of Ice ; plus récemment, comment ne pas citer le fantastique Bloodborne sur PS4 ? L'univers de Lovecraft couvre toutes les époques du jeu vidéo, et ce n'est pas près de s'arrêter.

Hound of Shadow et Bloodborne, 25 ans d'écart mais Lovecraft est toujours présent.

Je vous propose maintenant une petite analyse de trois jeux distincts, que je n'ai pas cités ci-dessus, et qui se déroulent soit à cet endroit, soit dans des villes qui en sont un reflet presque identique. Au cours de la lecture de ces articles, n'hésitez pas à cliquer sur les captures écran qui le permettent pour apprécier les images à leur juste valeur.
Maintenant, installez-vous confortablement, et tournez la page. Je vous emmène à Innsmouth.

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