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Actualité de l'émulation [contenu fourni par Emu-France]
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Par Jean-Christian Verdez (12 août 2024)
À la seconde où le Jeu Vidéo est devenu ne serait-ce qu'un tout petit peu exploitable au yeux des commerciaux, on a vu apparaître des jeux à licence. Cherchant à attirer un maximum de joueurs grâce à un nom évocateur (Sherlock Holmes, Lovecraft...), surfant sur la popularité et la publicité gratuite d'un succès parallèle (un film fraichement sorti au cinéma, un sportif populaire...), ou simple produit dérivé, la qualité du résultat n'était pourtant pas garantie. C'est même plutôt l'inverse : par contraintes du calendrier pour coïncider avec la sortie du film, par déficit budgétaire vu que tout l'argent a été dépensé dans la licence, ou par pur cynisme puisque de toutes façons le jeu va se vendre sur son simple nom, les raisons potentielles sont nombreuses pour que ce type de productions soit au final très inférieur aux standards de la machine les faisant tourner, et ne parlons même pas des attentes du joueur vis-a-vis de son univers préféré. Et tout ceci était particulièrement vrai dans les années 80, époque où le jeu vidéo était encore balbutiant en termes de gameplay, et très limité sur ses aspects techniques. On a tous, dans notre parcours vidéo-ludique, un ou plusieurs jeux que l'on avait acheté, pleins d'espoir, sur les promesses d'une jaquette se référant à notre film ou série favorite, et qui se sont révélés complètement nuls ! Et puis de temps en temps, le miracle : le jeu est bon, la licence est respectée, le chef d'œuvre promis existe bel et bien ! Rares, ces softs en deviennent souvent légendaires, précisément parce que la licence est déjà connue de tous, même de ceux qui ne possèdent pas la console voire qui ne s'intéressent au jeu vidéo qu'en dilettante. (Goldeneye demeurera toujours plus populaire que Perfect Dark, même si ce dernier est tout aussi bon voire meilleur). Ce qui nous amène au jeu traité aujourd'hui, qui pose une simple question : Conan : Hall of Volta, arnaque pariant sur la popularité d'un film hollywoodien et de son acteur principal, ou classique incontournable des micros 8-bit ? Eh bien, les deux mon capitaine ! |
| Action | Niveau | Score |
| Tuer la chauve-souris | 1 | 750 |
| Rester à l'intérieur de la bulle | 3 | 10 par "tick" |
| Prendre une clef | 2,4 | 1000 |
| Ouvrir une porte | 2,4,5 | 2500 |
| Mettre un diamant dans son réceptacle | n/a | 5000 |
| Tuer un crabe-sauteur | 4 | 750 |
| Tuer un dragon | 5 | 2500 |
| Neutraliser une foudre-dragon | 5 | 0 |
| Toucher une étoile verte | 7 | 750 |
| Toucher une étoile pourpre | 7 | 750 |
| Tuer une abeille géante | 7 | 15050 |
| Toucher votre allié volant | 3 | une vie en plus |
| Finir un niveau | n/a | 1000 * (numéro du niveau) |
| Bonus de fin de jeu | n/a | 20000 * (nombre de vies restantes) |
Comme on peut le constater, Hall of Volta fourmille de petits détails malins, d'astuces pour ne pas dire de secrets pour progresser. L'une des particularités du jeu est qu'un certain nombre de "bonus" sont éparpillés au fil des tableaux. Ces bonus ne pourront être récupérés qu'en faisant preuve d'adresse et de dextérité. Je me souviens encore lorsque, petit, je découvrais l'utilité de l'oiseau au niveau 3 (offrant une très utile vie supplémentaire), ou encore le fait qu'on pouvait accumuler des gemmes et épées-boomerangs pendant le niveau 4. À une époque où les jeux micro de ce type étaient généralement très dirigistes quant à la façon de résoudre leurs énigmes, Conan était très avant-gardiste. Le simple fait de pouvoir au choix marcher ou courir, et ainsi prendre plus ou moins d'élan en sautant, avait en 1984 un goût de sensationnel.


Une autre particularité est la diversité des messages de Game Over qui ponctuent la fin d'une partie. Il en existe au moins une vingtaine, et il y a un mélange d'humour et de sagesse dans ces épitaphes. Nul doute que si les achievements avaient existé en 1984, l'un d'entre eux aurait consisté à expérimenter au moins une fois chaque mort ! En tout cas il est amusant de constater la générosité du jeu jusque dans l'affichage d'un simple Game Over !
Hall of Volta peut paraitre un peu court aujourd'hui (et il l'est), mais chaque niveau est finement travaillé, et on y revient encore et toujours. Avec l'expérience, on s'essaye à des runs parfaits, ou bien on améliore son score au maximum, ou encore on tente un classique speedrun... Hall of Volta fait partie de cette poignée de softs de l'époque qu'on pouvait très bien ne plus lâcher une fois plongé dedans, à l'image de Lode Runner, ou Manic Miner, jamais lassants. Un petit bémol toutefois, histoire de critiquer, le jeu exploitait au maximum les capacités de la machine, et certains niveaux sont tellement riches en personnages qu'il arrivait parfois que le pauvre Apple II ait du mal à suivre, octroyant un ralentissement généralisé à l'écran... Mais bon, ça fait aussi partie de son charme.
Tout ceci étant dit, à ce stade, on pourrait s'étonner de plusieurs choses étranges : Depuis quand Conan, barbare de son état, possède-t-il une aussi bonne technique de saut périlleux ? Depuis quand se bat-il avec des épées-boomerang ? La réponse est simple : depuis jamais ! Ce jeu, en réalité, n'a pas du tout été créé pour l'univers de Conan, c'est tout simplement un autre soft sur lequel l'éditeur Datasoft a accolé une licence vendeuse en fin de développement :


À l'origine, Hall of Volta s'appelait VisiGoth. J'en avais moi-même fait la découverte totalement par hasard en faisant bugger le jeu sur mon vieil Apple II. En effet, une manip' (qui fait accessoirement planter l'ordi) permet d'afficher l'écran-titre d'origine, encore enfoui quelque part dans le code source, et preuve que la licence Conan est arrivée plus tard...
On peut d'ailleurs noter que du côté des adaptations, outre les versions Atari 800 et Commodore 64 sorties dans la foulée, le jeu est paru l'année suivante au Japon, sur MSX puis Sharp X1 (puis en 1986 sur FM-7 et PC-88, histoire de servir toute la gamme micro-informatique japonaise). À cette occasion, il perd la licence Conan et retrouve son nom d'origine, Vizi Goth, ainsi qu'une jaquette totalement différente. Cette conversion est signée Soft Pro International, qui s'était fait une spécialité d'adapter pour le marché nippon des jeux venus du pays de l'Oncle Sam. Dans leur catalogue, on trouve par exemple Aztec, Spare Change, Lode Runner, Choplifter, entre autres...


Alors, ça valait le coup ?
En tant que jeu à licence, Conan : Hall of Volta est mauvais puisqu'il ne respecte à peu près rien de l'univers original, faisant de notre barbare favori un maître voltigeur et lanceur de boomerang. En revanche, en tant que jeu vidéo tout court, il s'impose sans difficulté dans le top 10 des incontournables de la ludothèque Apple II ! Original, au gameplay varié, à la difficulté bien dosée, on y revient régulièrement pour refaire une petite partie, progresser et améliorer son score. Et si le fait d'avoir changé le titre et collé la tête de Schwarzy sur la boite a permis d'attirer l'attention du public, augmenter les ventes et mettre ce jeu entre les mains d'un maximum de joueurs, alors oui, pour une fois, ça valait le coup !

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